jeudi 5 novembre 2015

"Danse Macabre" de Stephen King

"Danse Macabre" de Stephen King
Ed. J'ai Lu 1997. Pages 441.
Titre Original: "Night Shift"

Résumé: Ce recueil de nouvelles regorge d'inventions et de violence. Le fantastique et l'horreur surgissent au détour des réalités les plus familières. Ainsi... Quand un tueur à gages rentre de voyage, mission accomplie, et qu'il découvre dans un colis arrivé en son absence des soldats de plomb, il a envie de sourire, non ? Il aurait tort... Quand des camions mènent un train d'enfer sur le parking de votre motel et vous assiègent, n'y a-t-il pas de quoi devenir fou ? Surtout quand on s'aperçoit qu'il s'agit de camions sans chauffeur...

La 7 de la page 7: "Il y a des gens qui en ont de la mémoire." 

Recueil de vingt nouvelles. Toutefois, elles ne sont pas toutes égales. Certaines histoires auraient mérité d'être plus approfondies et d'autres où on se réjouit qu'elles se terminent. 
King s'exerce à différents styles: épouvante, horreur, suspens mais il donne aussi un aspect plus humain à certaines de ses nouvelles. 
Le maître de l'horreur dissèque à nouveau la noirceur des êtres humains avec talent. Ce recueil est parfait pour des petites pauses lectures. 

Extrait: "L’amour est la drogue la plus pernicieuse qui soit au monde. Laissons aux idéalistes le soin de débattre de sa nature. Les pragmatiques savent le reconnaître là où il se trouve et en faire un moyen de pression. " 

"L'invention de la solitude" de Paul Auster

"L'invention de la solitude" de Paul Auster
Ed. Le Livre de Poche 1983. Pages 179.
Titre Original: "The Invention of solitude"

Résumé: "Avant même d'avoir préparé nos bagages et entrepris les trois heures de route vers le New Jersey, je savais qu'il me faudrait écrire à propos de mon père..."
Pour l'auteur-narrateur, la mort brutale de son père sonne l'heure d'une confrontation fondamentale, qui mettre aux prises l'écriture et la mémoire, l'écriture et la vie.
Récit et roman, quête promise à l'échec d'un "homme invisible" éloigné par la mort, mais aussi d'une blessure intime, L'Invention de la solitude est le texte-source d'un des écrivains les plus marquants de la littérature américaine d'aujourd'hui.

La 7 de la page 7: "A tout moment, je m'attendais à voir surgir mon père, me dévisageant, incrédule, et me demandait ce que fichais là." 

"L'invention de la solitude" est un roman sur le deuil. Il est divisé en deux parties. Si la deuxième partie est bien écrite, je dois avouer un vrai coup de cœur pour la première. Elle est beaucoup plus personnelle et Auster s'y livre plus. Il vient de perdre son père et ses mots pour décrire son deuil sont vrais et parleront à tous ceux qui ont perdu un être aimé. 

Extrait: "Il trouve extraordinaire, même dans l’ordinaire de son existence quotidienne, de sentir le sol sous ses pieds, et le mouvement de ses poumons qui s’enflent et se contractent à chaque respiration, de savoir qu’il peut, en posant un pied devant l’autre, marcher de là où il est à l’endroit où il veut aller. Il trouve extraordinaire que, certains matins, juste après son réveil, quand il se penche pour lacer ses chaussures, un flot de bonheur l’envahisse, un bonheur si intense, si naturellement en harmonie avec l’univers qu’il prend conscience d’être vivant dans le présent, ce présent qui l’entoure et le pénètre, qui l’envahit soudain, le submerge de la conscience d’être vivant. Et le bonheur qu’il découvre en lui à cet instant est extraordinaire. Et qu’il le soit ou non, il trouve ce bonheur extraordinaire."

"Ô Jérusalem" de Dominique Lapierre et Larry Collins

"Ô Jérusalem" de Dominique Lapierre et Larry Collins
Ed. Pocket 1994. Pages 925.

Résumé: O Jérusalem Mai 1948. Les Anglais quittent la Palestine. La Ville sainte est à feu et à sang. Le conflit israélo-arabe commence et ne s'éteindra plus.

La 7 de la page 7: "Pendant qu'il contemplait la ville étendue à ses pieds, une poussée angoissante l'avait troublé: là, au-dessous de sa terrasse, cent-soixante mille habitants n'attendaient que son départ pour s'entre-tuer."

Dire que ce texte est romancé serait un mensonge. Mais dire que c'est un document au sens propre du terme serait mentir aussi. Qu'est-ce donc que ce "Ô Jérusalem" alors? Et bien c'est un récit un peu romancé et surtout très bien documenté.  "Ô Jérusalem" est une fresque fabuleuse où on nous narre la naissance d'Israël. 
Les auteurs mettent en présence toutes les personnes politiques (ou pas)  qui vont créer l'état d'Israël. Impartial et incisif, ce livre couvre les années 1947-48. 
Un livre qui demande concentration et implication, il donne envie d'aller plus loin dans la réflexion et dans les explications du conflit israëlo-palestinien qui est, malheureusement toujours d'actualité. 

Extrait: "Ce n'est qu'au début de 1949 que les Nations unies obtiendraient que l’Égypte, le Liban, la Jordanie, et la Syrie signent un armistice avec Israël. Si ces accords consacraient l'arrêt des hostilités, ils ne mirent pas fin à l'état de guerre. Les États arabes proclamèrent avec persistance et résolution leur volonté de supprimer un État qu'ils refusaient à accepter et à reconnaître.
Ainsi se termina cependant, le conflit que les Israéliens appelèrent leur guerre d'Indépendance. La jeune nation avait payé cher sa survie. Environ six mille de ses membres étaient tombés au cours des combats. Proportionnellement, cela représentait plus de perte que n'en avait subi la France durant toute la Seconde guerre mondiale. Les Israéliens se retrouvaient maîtres d'un territoire de mille trois cent kilomètres carrés et de cent douze villages initialement attribués à l’État arabe par le plan de partage de la Palestine.
"

"L'île de tous les dangers" de Natasha Cooper

"L'île de tous les dangers" de Natasha Cooper
Ed. France Loisirs 2010. Pages 422.
Titre Original: "No Escape"

Résumé: Une famille est sauvagement assassinée lors d’un pique-nique sur la petite île de Wight. Très rapidement, la police arrête un jeune homme au comportement étrange. Une psychologue, Karen Taylor, est envoyée sur place pour évaluer le suspect. Elle réalise que ce coupable idéal est peut-être innocent et décide, malgré les pressions, de lui venir en aide…

La 7 de la page 7: "Le problème, c'est que ça ne fonctionne pas toujours." 

L'ambiance de ce roman est assez bonne et les personnages sont corrects. Mais force est de constater que l'intrigue est assez froide et prévisible. Ce qui nuit grandement à l'ensemble de ce policier. Si l'ambiance et l'atmosphère sont plutôt bonnes, ce n'est pas assez et on finit par s'ennuyer car rien d'intéressant ne se passe. 

Extrait: "Pour elle, le cerveau était plutôt le repaire des angoisses et des délices, le réceptacle des souvenirs de punitions et de détresse, l'émetteur de l'excitation, de l'effroi, de l'espoir et de la peur. Et parfois un dédale terrifiant abritant un monstre qu'il fallait rechercher, cataloguer, et qu'on pouvait, si on avait beaucoup de chance et de courage, éradiquer, ou au moins neutraliser." 

"Monologues du Vagin" de Eve Ensler

"Monologues du Vagin" de Eve Ensler
Ed. Balland 2003. Pages 127.
Titre Original: "The Vagina Monologues"

Résumé: Depuis leur parution aux Etats-Unis en 1998, Les Monologues du vagin ont déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si différents... Mais que sont donc ces Monologues dans lesquels toutes les femmes se reconnaissent ? Il s'agit ni plus ni moins de la célébration touchante et drôle du dernier des tabous : celui de la sexualité féminine. Malicieux et impertinent, tendre et subtil, le chef-d'œuvre d'Eve Ensler donne la parole aux femmes, à leurs fantasmes et craintes les plus intimes. Qui lit ce texte ne regarde plus le corps d'une femme de la même manière.

La 7 de la page 7: "Je me sentais comme une petite fille quand je n'avais plus de poils en bas, là." 

Texte du spectacle qui a fait fureur, "Monologues du Vagin" est un texte fort. On rit souvent mais on tremble aussi en lisant certains passages. Ensler remet le mot "vagin" au centre du langage. Souvent utilisé en termes médicaux, "vagin" est ici revisité à la gloire de la féminité. 
Ensler nous offre un texte qui touche aux tabous de la féminité. Ce recueil de témoignages est une ode à la femme et à la fierté de son sexe, au littéral comme au figuré. Mais ces témoignages sont aussi marqués de pudeur souvent et de violence parfois. Le sexe féminin semble faire peur tant aux femmes qu'aux hommes. Ensler se fait la porte-parole de ces femmes violentées physiquement ou psychologiquement. C'est court mais percutant.

Extrait: "Mon vagin m'a stupéfiée. Quand est venu mon tour de prendre la parole, je n'ai pas pu prononcer un seul mot. J'étais muette. Je venais de m'éveiller à ce que la femme qui animait l'atelier appelait "l'étonnement vaginal". Je ne désirais rien d'autre que de rester allongée sur mon matelas, les jambes écartées, à examiner mon vagin, jusqu'à la nuit des temps." 

mercredi 4 novembre 2015

"Chantier infernal et autres nouvelles" de Woody Allen

"Chantier infernal et autres nouvelles" de Woody Allen
Ed. Librio 2009. Pages 89. 
Titre Original: "Mere Anarchy" 

Résumé: Venant d'acquérir un petit immeuble pour une bouchée de pain, un couple décide de le remettre à neuf. Ce qui semblait au départ une bonne affaire s'avère être un véritable défi: un détecteur de mouvement made in Tibet, des clous de bois à soixante mille dollars; en somme, le budget de rénovation du Taj Mahal pour un bâtiment en grès brun de l'Upper East Side de Manhattan... Neuf nouvelles de Woody Allen qui renouent avec l'esprit des premiers films du maître de la dérision.

La 7 de la page 7: "J'espérais me délecter de tableaux de pécheresses aux chevelures de jais tout droit sorties des pages du catalogue de lingerie Victoria's Secret." 

Ce recueil contient neuf nouvelles:

1. "Recalé"
2. "Le chantier infernal" 
3. "Tu es au parfum, Sam?" 
4. "Les jolies colonies de vacances "Coupez!"
5. "Le figurant ravi"
6. "Sans foi ni matelas"
7. "L'erreur est humaine, la lévitation divine"
8. "Les infortunes d'un génie méconnu"
9. "Nounou très chère"

On retrouve ici un Woody Allen cynique, sarcastique et décalé. Des tracas ridicules transformés en drames universels. Éclats de rire assurés!
Mentions spéciales à "Recalé", "Les jolies colonies de vacances "Coupez!" et "Sans foi ni martelas" 

Extrait: "Au procès, Stubbs à choisi d'assumer lui-même sa propre défense, refusant la présence d'un avocat. Toutefois, il n'a pas réussi à se mettre d'accord sur les honoraires, ce qui a créé certaines tensions. J'ai rendu visite à Beau Stubbs dans le "couloir de la mort". Cela fait maintenant une décennie que plusieurs recours lui ont évité la potence. Il a mis à profit cette période pour apprendre un métier : il est devenu pilote de ligne."
 

"On a tué mes enfants" de Ann Rule

"On a tué mes enfants" de Ann Rule
Ed. Le Livre de Poche 2005. Pages 602.
Titre Original: "Small Sacrifices"

Résumé: « On a tué mes enfants ! » hurle Diane Downs en arrivant à l’hôpital, ses trois enfants sont grièvement blessés à l’arrière de sa voiture.
Cette tragédie bouleverse la tranquillité d’une petite bourgade américaine. La police se lance à la poursuite du mystérieux « homme aux cheveux longs » d’ écrit par la mère éplorée.
Un procureur zélé, troublé» par les contradictions de Diane, fouille le passé de cette mère adorable et met au jour le pire des crimes…
Une plongée terrifiante dans les noirceurs de l’âme humaine

La 7 de la page 7: "Joanne Hugi, codirectrice du centre informatique de l'université de l'Oregon, était pendue dans ses pensées." 

Ici, Ann Rule se charge de romancer les crimes de Diane Downs. Cette dernière a tué ses enfants et fait croire à un assassin étranger à la famille. C'est, sans doute, en raison de ces crimes odieux qu'Ann Rule prend le parti d'une écriture plus clinique qu'à l'accoutumée. Or de question que Downs puisse être, de quelque façon que ce soit, humanisée sous la plume de l'auteure. L'ambiance est froide, dénuée de compassion sauf pour les pauvres victimes. C'est un livre à charges, écrit implacablement de la première à la dernière page. 

Extrait: "La personnalité du sociopathe à été comparée à un écran de télévision sans image...Il "singe" les individus et ne renvoi que le minimum nécessaire pour recevoir une gratification." 

"L'Enigme San Giovanni" de Ian Pears

"L’Énigme San Giovanni" de Ian Pears
Ed. 10/18 2005. Pages 362.
Titre Original: "Death and Restoration"

Résumé: Lorsque l'inspectrice Flavia di Stefano reçoit un coup de téléphone la prévenant d'un vol imminent dans le monastère San Giovanni, elle prend l'affaire d'autant plus au sérieux que son supérieur, le général Bottando, lui a demandé d'éviter les incidents jusqu'à sa prochaine mutation, et que l'endroit abrite un célèbre Caravage...
Quelques jours après, le père supérieur est agressé dans l'église et une icône sans aucune valeur disparaît. Tandis que Jonathan Argyll fouille les archives pour retracer l'histoire de cette mystérieuse œuvre d'art, Flavia examine les nombreuses pistes qui s'offrent à eux. Entre la grande voleuse Mary Verney, un restaurateur au talent contesté, un magnat grec féru d'antiquités, une chose est sûre, les suspects ne manquent pas.  

La 7 de la page 7: "Si quelque chose se passait en son "absence", un membre de son équipe, Flavia di Stefano par exemple, était tout à fait capable de prendre le relais." 

La seule énigme de ce roman est qu'il soit parvenu à trouver un éditeur. Le livre est ennuyeux , c'est long et lent. Les personnages ne sauvent pas l'histoire, que du contraire. 
Non vraiment, rien de positif à dire sur "L’Énigme San Giovanni".  

Extrait: "Les réunions de travail se ressemblent toutes plus ou moins, dans le monde entier, et ce depuis l'aube des temps. Il y a l'homme qui dirige effectivement, celui qui est censé diriger, celui qui voudrait diriger, ainsi que leurs hommes liges, leurs ennemis, et enfin les hésitants qui se laissent porter par le courant tout en espérant que la traversée ne sera pas trop agitée."  

"La règle de quatre" de Ian Caldwell et Dustin Thomason


 "La règle de quatre" de Ian Caldwell et Dustin Thomason
Ed. Le Livre de poche. Pages 446.
Titre Original: "The Rule of Four"

Résumé : Depuis 1499, des savants tentent de décoder un chef d'oeuvre de la Renaissance, Le songe de Poliphile. Ecrit en cinq langues, orné de gravures érotiques et violentes, ce texte a résisté à tous les assauts, brisé des destins, des amitiés et des vies. Pourtant, deux étudiants de Princeton osent s'y mesurer et, au fil des messages cachés, découvrent l'histoire d'un prince du Quattrocento et l'existence d'une crypte secrète qui recèle des trésors inouïs. Ils croyaient échapper à la malédiction de cette énigme. Mais pour la défendre, certains sont prêts à mourir et à tuer.

La 7 de la page 7: "Gil s'en sortit en élaborant une théorie sur les effets de l'imposition d'une taxe d'habitation." 

Je n'ai pas du tout aimé. Mais alors vraiment pas.
C'est confus. La structure laisse à désirer. Les personnages ne sont absolument pas captivants. L'histoire part dans tout les sens. C'est brouillon et bâclé.
Bref, à oublier. 

Extrait: "Comme tout dans l'univers, nous sommes condamnés, depuis notre naissance, à nous séparer. Le temps ne fait que mesurer cet éloignement. Si nous sommes des particules dans un océan de distance, détachées d'une matrice originelle, notre solitude obéit à une loi immuable: elle augmente à mesure que nos années s'écoulent."

"Chroniques de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami

"Chroniques de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami
Ed. 10/18 2015. Pages 952.
Titre Original: "Nejimaki-Dori Kuronikuru"

Résumé: Un chat égaré, une inconnue jouant de ses charmes au téléphone, des événements anodins suffisent à faire basculer la vie d'un jeune chômeur, Toru Okada, dans un tourbillon d'aventures. L'espace limité de son quotidien devient le théâtre d'une quête sans cesse renouvelée où rêves, réminiscences et réalités se confondent. Aucune frontière, physique ou symbolique, ne résiste à l'effervescence des questionnements qui s'enchaînent au rythme de rencontres déroutantes, chacune porteuse d'un secret, d'une fragilité propre. Haruki Murakami (La Course au mouton sauvage, La Ballade de l'impossible) tente de nous donner à voir la part d'ombre des choses et des êtres. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante.

La 7 de la page 7: "Tu sais, le jardin où il y a cette statue d'oiseau." 

L'histoire paraît assez évidente quand on lit le 4ème de couverture. Et pourtant, rien n'est plus loin de la vérité. Ce qui commence comme un roman assez typique se transforme en une fresque extraordinaire après seulement quelques pages. Les choses s’accélèrent lorsque Kumiko disparaît. Les personnages de ce roman sont splendidement bizarres et terriblement mystérieux. Ils sont tous emprunts d'une aura mystique sans pour autant renoncer à leur culture et leurs croyances. 

"Effectivement, le jour où je rendis visite à sa famille pour faire ma demande en mariage officielle, on me réserva un accueil plutôt froid. Comme si tous les réfrigérateurs du monde avaient ouvert leurs portes en même temps. A cette époque, je travaillais déjà au cabinet juridique. Les parents de Kumiko me demandaient si j'avais l'intention de me présenter à l'examen de la magistrature. En fait, à l'époque, j'hésitais encore un peu, mais je me disais que ça valait sans doute la peine d'en mettre un coup et de tenter l'examen. Ils me demandèrent quelles notes j'avais obtenues à l'Université, et firent remarquer que au vu de ces résultats, mes chances de réussir étaient plutôt minces. Autrement dit, je ne leur paraissait pas l'homme le plus indiqué pour épouser leur fille. Si, finalemement, ils acceptèrent, notre mariage bien qu'à contre-coeur- un véritable miracle en fait- ce fut grâce à M. Honda. M. Honda leur posa de nombreuses questions à mon sujet et prédit que je serais un merveilleux compagnon pour leur fille, que si elle voulait m'épouser, ils ne devaient surtout pas s'y opposer, sinon les conséquences risquaient d'être désastreuses. Les parents de Kumiko avaient une confiance absolue dans les prédictions de M. Honda, il leur fut donc impossible après cela de faire la moindre objection à notre mariage." 

Toru Okada reste stoïc et laisse les événements s'enchaîner. Il ne sait pas trop où tout cela le mène mais il continue sur le chemin qui lui semble tout tracé. 
Entre scènes de la vie quotidienne et événements bizarres et extraordinaire, Toru affronte tout avec la même sensation de vide et de détachement. Fondamentalement, Toru est un homme très seul. Il semble avoir tout ce qu'on peut désirer mais il gravite dans sa propre histoire sans pour autant en être acteur. Seul le chant de l'oiseau à ressort casse son ennui. Des coups de fils bizarres pimentent sa vie mais tout cela l'effraie quelque peu. Il voit aussi débarquer dans sa vie une jeune fille assez étrange. Différents récits s'entremêlent. Et c'est avec l'histoire du militaire sauvé d'un puits que l'histoire va réellement se mettre en route. Au cœur du récit de Toru, on trouve des gens étranges qui s’immiscent dans la vie de Toru, des questions sur la disparition de Kumiko, un chat, une tache sur le visage, un beau-frère mais surtout un puits et la maison inoccupée d'en face.    

"Ensuite, la maison est restée vide quelque temps, avant d'être rachetée par une actrice de cinéma. Son nom ne te dirait rien, elle n'était pas très célèbre, et puis, cette histoire remonte à pas mal d'années. Elle était célibataire, et habitait avec deux domestiques. Mais quelques années  après son installation, elle a été atteinte par une maladie des yeux, elle s'est mise à voir trouble, ne distinguait plus que vaguement même les objets les plus proches. Elle refusait de porter des lunettes pour travailler, à cause de son métier (...) Mais un jour, un jeune caméraman, qui n'était pas au courant de la situation, changea de place un certain nombre de choses sur le plateau après le départ de l'actrice qui était retournée dans sa loge, rassurée après ses vérifications habituelles. Elle se prit les pieds dans des objets en tournant sa scène, tomba, et ne put plus jamais marcher (...) Elle restait chez elle (...) une de ses domestiques, en qui elle avait tellement confiance qu'elle lui avait donné procuration, lui vola tout son argent et s'enfuit avec un homme (...) elle s'est suicidée en se plongeant la tête dans la baignoire. Et tu t'en doutes, il doit falloir une sacré dose de volonté pour arriver à se suicider comme ça." 

Toru se laisse porter et des personnages de plus en plus étranges entrent dans sa vie. Il l'accepte, toujours stoïc. Et c'est ici qu'on entre dans le côté onirique des "Chroniques de l'oiseau à ressort". Où est la vérité? Où est le rêve? Qu'est-ce qui est réel? Qu'est-ce qui est métaphorique? Globalement, "tout et rien". Murakami embrouille son lecteur avec sa plume poétique. Le texte est tellement beau et bien écrit qu'on se laisse emporter, tout comme Toru. On attend la suite avec impatience. On se pose des questions sur la frontière entre la réalité et le rêve. Et on continue à suivre, inlassablement, le même chemin que Toru. 
Murakami décrit aussi bien le plus doux des moments comme il parvient à décrire les pires atrocités. Romans où les personnages sont tous fondamentalement seuls et où chacun d'entre eux tente de survivre de manière différente. Ils veulent tous s'en sortir, quitter leur solitude. 
Non seulement la plume de Murakami est exceptionnelle mais son intrigue part dans tous les sens pour, au final, se rejoindre dans une apothéose rarement égalée. 
Du pur bonheur littéraire. 

Extrait: "De la fin de cet étrange été jusqu'à l'arrivée de l'hiver, aucun changement notable ne se produisit dans ma vie. Les jours s'écoulaient paisiblement, de l'aube au crépuscule. En septembre, il y eut beaucoup de pluie, et en novembre, quelques journées d'une chaleur estivale. Mais, mis à part les variations météorologiques, chaque jour était semblable à la veille. Suivant une immuable routine, j'allais à la piscine, nageais plusieurs longueurs, me préparais des repas équilibrés. Bref, je me concentrais uniquement sur des tâches concrètes et bien réelles. Malgré cela, un sentiment profond de solitude m'assaillait par moments. L'eau que je buvais, l'air que je respirais me transperçaient de longues pointes acérées comme autant de lames de poignards, elles en avaient l'éclat métallique. A l'heure la plus calme, vers quatre heure du matin, je pouvais entendre distinctement pousser à petit bruit les racines de ma solitude."
 

mardi 3 novembre 2015

"Le jeu de l'ombre" de Sire Cédric

"Le jeu de l'ombre" de Sire Cédric
Ed. Pocket 2012. Pages 597.

Résumé: Mais que pouvait bien chercher Malko Swann cette nuit-là ? Une overdose d'adrénaline, la sensation ultime, le sentiment de liberté ?
Pourquoi roulait-il aussi vite en pleine nuit sur une route de campagne étroite et sinueuse jusqu'à faire une chute de trente mètres en bas du pont du Diable ?
Atteint d'un traumatisme inexplicable, le musicien est désormais incapable d'entendre la musique. Mais il ne s'agit que du début de sa déchéance. Dans l'ombre, quelqu'un l'observe... quelqu'un qui veut jouer avec lui. Un jeu au goût de sang... Il s'engage alors dans un combat désespéré.

La 7 de la page 7: "Malko? murmure-t-il d'une voix blanche." 

Mon tout premier Sire Cédric et une véritable claque en cadeau! Un rythme effréné, des personnages mystérieux, des écorchés vifs, une ambiance déconcertante. Un thriller français comme il y en a peu. Sire Cédric mériterait plus de presse que ce qu'il reçoit pour l'instant. Et surtout beaucoup plus d'attention venant des fans de thrillers. 
La plume est fluide et très agréable. L'intrigue est imparable avec juste assez de descriptions pour instaurer une ambiance implacable. 
L'idée du musicien qui n'entend plus les notes est aussi très intéressante. On est face à un personnage qui tente de se retrouver et qui va voir les obstacles se dresser contre lui jusqu'au dénouement final. Un suspens terriblement efficace. Je suis impatiente de découvrir le reste de l’œuvre de Sire Cédric! 

Extrait: "Il lève son verre et hume l'arôme du vin, tout en observant les touches d'ivoire et d'ébène. Blanc et noir. Noir et blanc. Peut-il y avoir plus hypnotique qu'un tel spectacle? Les touches d'un piano sont comme une alphabet parfait, se répétant, se répondant. Malko a toujours entendu la musique comme des couleurs. Pour lui, les notes de piano sont toujours vertes ou bleues. Il n'a jamais pu expliquer pourquoi. Et maintenant..."

"Magicien, l'apprenti" de Raymond E. Feist

"Magicien, l'apprenti" de Raymond E. Feist
Ed. Milady 2013. Pages 470.
Titre Original: "Magician"

Résumé: Un jeune orphelin vint un jour du royaume des Isles.
Il devint l’apprenti du maître magicien de la cour de Crydee, sur les terres de Krondor. Son courage lui valut une place à la cour et le cœur d’une adorable princesse, mais l’approche traditionnelle de la magie ne le satisfaisait pas.
C’était avant que n’éclate la Guerre de la Faille avec l’invasion d’un étrange peuple de guerriers surgi d’un empire lointain.
Alors, celui qu’on appelait Pug dut faire face à son véritable destin. Le jour viendrait où il détiendrait le sort de deux mondes entre ses mains.

La 7 de la page 7: "Tu peux marcher?" 

Premier tome de la Guerre de la Faille des Chroniques de Krondor. Les éditions Milady ont effectué un redécoupage de l’œuvre de Feist. 
Dans ce premier tome, on nous présente les personnages (surtout Pug et Thomas) et on nous explique quelques petites choses fondamentales à la compréhension du reste de l'histoire (les elfes, les dragons etc. Donc pas de souci si vous n'êtes pas coutumier de ce monde et que c'est votre première percée dans le monde du Fantasy, les codes y sont bien expliqués) 
Les personnages sont non seulement bien écrits mais ils sont aussi extrêmement attachants. Feist prend bien le temps de tout mettre en place. Ce qui peut, bien évidemment, amené quelques longueurs mais ce n'est pas vraiment dérangeant. 
Si j'ai beaucoup aimé ce premier tome, j'y met quand même un petit bémol. Même si il est vrai que le monde décrit par Feist n'est pas réellement nouveau, d'autre s'y sont essayé avant lui, force est de constater qu'on peut quand même faire un gros parallèle avec Tolkien. Non pas sur le sujet ou sur le monde que Feist nous offre, maisn surtout dans la structure narrative. Et ça, c'est plus dérangeant. Si on veut lire du Tolkien, on lit du Tolkien. Ici, la patte de l'auteur est trop semblable à celle de l'auteur anglais. J'espère qu'il sortira de cette facilité pour les prochains tomes. 

Extrait: "Loin au dessus de la baie se dressait un château dont les hautes tours se découpaient nettement sur le ciel grisâtre. C'était un endroit bizarre, foisonnant d'aiguilles et de tours élancées comme une main pleine de griffes. Le château était entièrement noir, à l'exception d'une fenêtre dans une tour ou dansait une lumière bleue, comme si l'habitant y avait enfermé la foudre."
 

"Charlie" de Stephen King

"Charlie" de Stephen king
Ed. Le Livre de Poche 1996. Pages 466.
Titre Original: "Firestarter"

Résumé: Dès l'enfance, le terrible pouvoir de la petite Charlie s'est révélé : qu'un objet, un animal, un être humain provoque en elle la moindre crainte, la moindre tension... et il se trouve aussitôt livré aux flammes ! Aujourd'hui la douce et jolie Charlie a sept ans et le cauchemar demeure. Certes, elle sait à présent que son pouvoir est un mal qu'elle doit combattre sans relâche pour en être un jour libérée, délivrée. Alors, de toutes ses forces, Charlie lutte, mais la pulsion souvent l'emporte et déferle. Indomptable, criminelle. Et l'enfant cède au désespoir... Comment ses parents pourraient-ils lui avouer l'atroce vérité - cette imprudence fatale qu'ils ont commise avant sa naissance ? A quel destin Charlie est-elle vouée ?

La 7 de la page 7: "Pour vous autant que pour moi." 

Avec "Charlie", Stephen King signe ici un très bon roman. Il est difficile de catégoriser ce roman tant il appartient à diverses catégories. On va donc le classer dans le style "épouvante-thriller psychologique". En bref, c'est l'histoire d'une petite fille qui enflamme tout ce qui bouge dès qu'elle est en colère. On tombe donc ici dans le "surnaturel" 
Certains peuvent penser que "Charlie" n'est qu'une sorte de "remake" détourné de "Carrie" mais ce n'est pas du tout le cas. King a l'intelligence de varier son style et son écriture par rapport à la structure du roman. 
On passe un réel bon moment avec "Charlie". 

Extrait: "Excepté les chaussure, John Rainbird ne s'intéressait qu'à deux choses. La première était la mort. La sienne, bien entendu. Il se préparait à cet inévitable fait depuis plus de vingt ans . La mort avait toujours été son travail, celui dans lequel il excellait. En vieillissant, il se passionnait de plus en plus pour elle, tout comme de peintre approfondit se recherche des qualités et des degrés de lumière, l'écrivain celle du mot juste et de la nuance. Ce qui intéressait le plus John Rainbird était le véritable départ... la véritable exhalaison de l'âme... l'abandon du corps, de ce que les êtres humains nomment vie, et le passage vers autre chose. Quelle impression cela fait-il de se sentir glisser? Croit-on qu'il s'agit d'un rêve dont on va se réveiller? Le diable des chrétiens est-il là, avec sa fourche, prêt à transpercer l'âme hurlante pour l'emporter tel un morceau de viande sur un chiche-kebab? Eprouve-t-on de la joie? Sait-on qu'on est en train de partir? Que peuvent bien voir les yeux d'un mourant?Rainbird espérait qu'il aurait l'occasion de trouver les réponses pour lui-même. Dans son métier, la mort venait souvent à l'improviste, trop vite. Il souhaitait, à son heure, avoir le temps, il observait le visage de ceux qu'il tuait à la recherche du secret dans le regard.
La mort l'intéressait
."  

"Salles Fumeurs" de Christopher Buckley

"Salles Fumeurs" de Christopher Buckley
Ed. Le Livre de Poche 2006. Pages 409. 
Titre original: Thank You for Smoking" 

Résumé: Nick Taylor est le porte parole de l'industrie du tabac. Ce qui, naturellement, le rend particulièrement impopulaire auprès de pratiquement tout le monde. On l'aime, on le déteste mais il ne laisse personne indifférent. Il nous fait avaler des couleuvres et on en redemande!

La 7 de la page 7: "Même les fumeurs ont le souci d'une bonne aération." 

Déjà, "Salles Fumeurs" est oppressant pour les bronches. Toute cette fumée, tout le temps, donne la nausée aux plus grands des fumeurs. 
Buckley nous offre, ici, une critique virulente de l'industrie du tabac. Mais pas seulement. L'auteur a l'intelligence d'élargir son propos à l'alcool, aux armes... bref à tout ce qui nous veut du mal mais qui est particulièrement bien orchestré et protégé par la loi. 
On est mis en présence d'un protagoniste atypique: on le hait et en même temps on se rend bien compte qu'il ne fait que son travail. Si ce n'était pas lui, cela en serait un autre. Le travail, aussi moche soit-il, doit être fait. On mélange l'homme et ce qu'il est payé pour défendre. On se trompe de cible. Il est plus facile de haïr Nick car il a un visage humain (au contraire de l'industrie du tabac) Buckley aurait pu tomber dans la facilité et aller droit dans le mur avec un sujet aussi tabou que celui de l'industrie du tabac et de son mode de fonctionnement. Mais ce n'est pas le cas. Il maîtrise le sujet du début à la fin sans franchir la ligne du mauvais goût. Mis à part, peut-être, le goût de la nicotine. 

Extrait: "On avait déjà traité Nick Taylor de tous les noms depuis qu'il était devenu le porte-parole officiel de l'Académie des études tabagiques, mais personne encore jusqu'à aujourd'hui, ne l'avait comparé à Satan."  

"Demain" de Guillaume Musso

"Demain" de Guillaume Musso
Ed. Pocket 2014. Pages 535.

Résumé: Emma vit à New York. À 32 ans, elle continue de chercher l'homme de sa vie. Matthew habite à Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa fille de quatre ans. Ils font connaissance grâce à Internet et bientôt, leurs échanges de mails les laissent penser qu'ils ont enfin droit au bonheur. Désireux de se rencontrer, ils se donnent rendez-vous dans un petit restaurant italien de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte du restaurant. Ils sont conduits à la même table et pourtant... ils ne se croiseront jamais.
Jeu de mensonges ? Fantasme de l'un ? Manipulation de l'autre ? Victimes d'une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu'il ne s'agit pas d'un simple rendez-vous manqué... Une aventure aussi mystérieuse que bouleversante. Une intrigue virtuose aux frontières du réel. Un suspense diabolique, intense et captivant.

La 7 de la page 7: "Un ballon de football américain arrivait dans sa direction." 

Avec "Demain", Guillaume Musso parvient à nous livrer une jolie petite histoire. La plume est fluide et agréable à lire. L'histoire est plutôt bien ficelée et originale. Il y a quelques parties un peu lentes mais, même si ça ralentit un peu trop l'histoire, elles ne nuisent pas trop à l'intrigue. 
Les personnages sont assez attachants et on souhaite vraiment que tout se passe bien pour eux. 
Bref, un livre assez plaisant qui permet au lecteur de s'évader pendant quelques heures. 

Extrait: "On ne peut pas balayer les souvenirs d'un simple coup de balai.Ils restent en nous, tapis dans l'ombre, guettant le moment où l'on baissera la garde pour ressurgir avec une force décuplée."