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mercredi 27 juillet 2016

"La femme de hasard" de Jonathan Coe


“La femme de hasard” de Jonathan Coe.
Ed. Folio 2006. Pages 184.
Titre original: “The Accidental Woman”

Résumé: Maria, une jeune fille de milieu modeste, vit aux environs de Birmingham. Indifférente par choix, indécise par nature, elle trouve que l'on fait beaucoup de bruit pour peu de chose. Que valent les succès aux examens et les déclarations de Ronny qui l'aime désespérément, que penser des amis de classe avec leurs vacheries et leurs cancans... Seul le chat, un exemple d'indifférence satisfaite, lui donne à penser qu'une forme de bonheur est possible. Mais comment être heureux lorsque votre vie est une succession d'accidents, de hasards...
Premier roman de Jonathan Coe, "La femme de hasard" décrit une sinistre histoire, celle de Maria et ses désillusions. Toujours soucieux de lucidité et de démystification, Jonathan Coe se livre à une descente en flammes de toutes les institutions prisées dans la société et des formes couramment admises de bonheur, et fait de ce premier roman une œuvre exemplaire.


La 7 de la page 7: “Il ne tarda pas à replier son pupitre et à quitter la pièce, à la grande satisfaction de Maria.”

“La femme de hasard” est le premier roman de Jonathan Coe. Et le moins que l’on puisse dire que c’est une réussite. L’écriture est particulièrement efficace La protagoniste est humaine dans le sens strict du terme. Elle a également un côté qui peut sembler froid et légèrement pathétique. Or il n’en est rien. Elle vit juste sa vie, sans vague, sans remous. Comme toujours, Coe nous livre une critique acerbe de la société britannique. Insulaire et repliée sur elle-même, elle représente cette Angleterre statique et indifférente. Un roman assez court mais diablement efficace.

Extrait: “Rien n’est plus misérable que le souvenir du bonheur, position qu’on peut occuper de divers points de vue, comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants. Dans le même ordre d’idées, à moins qu’il ne s’agisse d’un ordre d’idées opposée, rien n’est plus plaisant que la perspective du bonheur, et quand je dis « rien, je n’emploie pas ce mot à la légère. Car le bonheur en soi, se disait Maria, n’avait guère de poids comparé au temps passé soit dans sa perspective, soit dans son souvenir. En outre, l’expérience immédiate du bonheur paraissait complètement détachée de l’expérience de son attente ou de son souvenir. Jamais elle ne le disait, quand elle était heureuse : « C’est ça, le bonheur », et jamais donc elle ne l’identifiait comme tel au moment où elle le vivait. Ce qui ne l’empêchait pas de penser, quand elle ne le vivait pas, qu’elle avait une idée très claire de ce qu’il recouvrait. La vérité, c’est que Maria n’était vraiment heureuse que lorsqu’elle pensait au bonheur à venir, et je crois qu’elle n’était pas seule à adopter cette attitude absurde. Il est plus agréable, allez savoir pourquoi, d’éprouver de l’ennui, ou de l’indifférence, ou de la torpeur, en se disant : dans quelques minutes, quelques jours, quelques semaines, je serai heureux, que d’être heureux en sachant, fût-ce inconsciemment, que le prochain sursaut intérieur nous éloignera du bonheur. L’idée du bonheur, qu’il soit prospectif ou rétrospectif, éveille en nous des émotions beaucoup plus fortes que la seule émotion du bonheur. Fin de l’analyse.”

mercredi 28 octobre 2015

"Expo 58" de Jonathan Coe

"Expo 58" de Jonathan Coe
Ed. Gallimard 2014. Pages 326.

Résumé: Londres, 1958. Thomas Foley dispose d’une certaine ancienneté au ministère de l’Information quand on vient lui proposer de participer à un événement historique, l’Exposition universelle, qui doit se tenir cette année-là à Bruxelles. Il devra y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue d’un pub, Le Britannia, censé incarner la culture de son pays. Le jeune Foley, alors qu’il vient de devenir père, est séduit par cette proposition exotique, et Sylvia, son épouse, ne voit pas son départ d’un très bon œil. Elle fera toutefois bonne figure, et la correspondance qu’ils échangeront viendra entrecouper le récit des nombreuses péripéties qui attendent notre héros au pays du roi Baudouin, où il est très vite rejoint par de savoureux personnages : Chersky, un journaliste russe qui pose des questions à la manière du KGB, Tony, le scientifique anglais responsable d’une machine, la ZETA, qui pourrait faire avancer la technologie du nucléaire, Anneke, enfin, l’hôtesse belge qui va devenir sa garde rapprochée…

La 7 de la page 7: "Très heureux de faire votre connaissance, Foley." 

Jonathan Coe nous livre ici un roman d'espionnage complètement atypique. Le ton est effectivement très différent de ce qu'on peut généralement trouver dans un roman d'espionnage de base. L'ambiance de ce roman est très agréable et paradoxalement très étouffante. Étouffante car on se sent enfermé dans cette Exposition Universelle. Mais en même temps, il fait quand même bon vivre dans ce huis-clos assez particulier. C'est donc une ambiance assez paradoxale. 
Le personnage de Foley est très bien écrit. Il oscille entre la naïveté (voire la bêtise) et un côté extrêmement attachant (mais on se tape le front assez fréquemment quand même)
Coe, grâce à ce roman, met en avant une certaine couche de la société qui aime se mettre en avant alors qu'ils n'ont pas forcément les moyens d'assumer leurs propos ou leurs bravades. 
Les descriptions de Coe sont implacables et nous emmènent bien dans les méandres de l'Expo 58. On se promène de pays en pays tout en restant dans un univers feutré. Cela nous ferait presque regretté de ne pas nous être promenés nous-mêmes dans cette Exposition Universelle. Mais grâce à Coe, finalement, c'est un peu comme si on y avait été. 

Extrait: "Ici, pendant les six prochains mois, convergeraient tous les pays dont les relations complexes entre conflits et alliances, dont les histoires riches et inextricablement liées avaient façonné et continuaient de façonner la destinée du genre humain. Et cette folie éblouissante était au cœur du phénomène, gigantesque treillis de sphères interconnectées, impérissables, chacune emblématique de cette minuscule unité mystérieuse que l’homme venait si récemment d’apprendre à fissionner : l’atome. Cette vue seule lui fit battre le cœur."  

lundi 12 octobre 2015

"Testament à l'anglaise" de Jonathan Coe


"Testament à l'anglaise" de Jonathan Coe
Ed. Folio 2004. Pages 673.
Titre Original: "What a carve up!"

Résumé: Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d'écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l'Angleterre des années quatre-vingt, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations...Et si la tante Tabitha disait vrai? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés? Par une nuit d'orage, alors que tous sont réunis au manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera...Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l'establishment. 

La 7 de la page 7: "Son esprit (ou du moins les quelques tristes lambeaux qui en subsistaient) continua de ruminer obsessionnellement les circonstances entourant la mort de son frère, et elle se mit à lire avidement des livres, des journaux, des périodiques, concernant le déroulement de la guerre, l'histoire de la Royal Air Force, tout ce qui avait un rapport même lointain avec l'aviation." 
 

Quand un livre commence avec un schéma généalogique des personnages... Ça veut dire beaucoup de personnages... Donc énormément de "Tiens, c'est qui encore celui-là?" 
Et c'est malheureusement ce qui arrive dans ce roman. Il y a énormément de noms à retenir. Mais ce n'est même pas le plus ennuyant. Le personnage de Michael est certes intéressant mais, somme toute assez lent et très peu sympathique. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, c'est un bon roman. Une bonne histoire. Je lui reproche juste une fin peut-être un peu trop "cliché". Un rebondissement qui n'en est pas réellement un. 
Le livre se lit malgré quelques longueurs un peu fatigantes. Mais certainement le meilleur Jonathan Coe.

Extrait: "Je tentai donc de me perdre dans une rêverie érotique, basée sur l'hypothèse que le corps plaqué contre moi n'était pas celui d'un agent de change boutonneux mais celui de Kathleen Turner, portant un mince chemisier de soie presque transparent et une mini-jupe incroyablement courte et incroyablement serrée. J'imaginai les contours fermes et généreux de sa poitrine et de ses fesses, un éclat de désir voilé et réticent dans ses yeux, la pression irrésistible de son bassin contre mes jambes - et tout d'un coup, à ma grande horreur, je me mis à avoir une érection ; dans un mouvement de panique, je me cabrai de tout mon corps pour tenter de me détacher de l'homme d'affaires dont la braguette était déjà en contact direct avec la mienne. Mais il était trop tard : sauf erreur, lui aussi bandait, soit qu'il eût également essayé le même tour que moi, soit qu'il eût mal interprété mon attitude et que je fusse exposé à de sérieux ennuis."

jeudi 1 octobre 2015

"Une Touche d'Amour" de Jonathan Coe

 "Une touche d'amour" de Jonathan Coe.
Ed. Folio 2004. Pages 282.

Résumé: Robin Grant est étudiant à Coventry, où il traîne sa thèse en littérature depuis quatre ans. Solitaire, égocentrique, amorphe, il mène une existence sans amour et sans amitié. Profondément dépressif, il exprime sa vision du monde et son sens de la fatalité en écrivant des récits à l'humour cotonneux. Le monde extérieur va pourtant le toucher de plein fouet lorsque, soupçonné de s'être exhibé devant un petit garçon, il est accusé d'outrage à la pudeur.

La 7 de la page 7: "Deux grands yeux ardents et hostiles se posèrent sur lui." 

Un véritable petit bijou! 
Le personnage de Ted est particulièrement bien écrit. Celui qui sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux... Il connaît les vraies valeurs! Bref un véritable crétin ignare et imbu de lui-même. On connaît tous un Ted... Robin est le contraire de Ted. Il sait qu'il ne sait pas et ne comprend pas ce qu'il sait. Un artiste trop intellectuel pour son propre bien-être. Il ne se laisse pas assez (ou trop) vivre pour comprendre où se trouve l'essentiel. 
Coe fait un travail remarquable entre "ses" écrits et ceux de Robin. On a une vraie cassure de style. On ne lit pas du Coe mais du Robin. Et déjà rien que pour cela, le livre est une vraie réussite. Il n'est pas facile de casser son style comme le fait Coe. 
Le livre est une critique acharnée de ces universitaires pour lesquels seuls leur discipline est intéressante. Le passage où Robin et Ted se souviennent de leur passé commun est particulièrement bien fait. Coe démontre brillamment que si les souvenirs sont "les mêmes" leur interprétation peut varier. Ted enjolive tout car pour lui ce sont des souvenirs heureux alors que Robin est plus terre à terre. 
Ce qui est curieux, c'est qu'on prend, sans réfléchir, le parti de Robin. On ne se dit pas que les souvenirs de Robin sont faux alors qu'on sent la lourde amertume qui les teinte. 
La première partie du livre est particulièrement bien écrite et on commence la seconde partie avec impatience. 
La seconde partie est intéressante car le lecteur en sait plus que les personnages. Ils font des conclusions hâtives et se fourvoient alors que le lecteur connaît des détails qui modifient leur perception des événements. On en sait plus et on adore ça. Cependant, c'est dans le texte de Robin que tout se produit.  Ici, encore, Coe fait du travail remarquable. On est dans le roman à l'intérieur du roman. 
Les personnages féminins de Coe sont très bien construits. Leurs sentiments sont justes. Il ne tombe pas dans un pathos dégoulinant. Elles sont crédibles et on peut aisément s'identifier à elles. 
Là où Coe est imprenable, c'est que malgré qu'on ne sache pas encore la vérité sur les accusations portées à l'encontre de Robin, on suppose qu'il est innocent. On ne doute jamais de son innocence. Coe met ici en valeur un débat très répandu: confondre l'artiste et son œuvre. Robin est considéré comme coupable puisqu'il a écrit des personnages capables de faire ce dont on l'accuse...  
La troisième partie est une remise en question de Robin par Robin. Il nous raconte ce qu'il s'est passé le jour où tout à basculé. On hésite entre la pitié et la peine pour ce personnage pathétique. Incapable de se résoudre aux conventions sociales.
La quatrième partie met en avant le côté dérisoire de l'histoire de Robin et de la vie en général. 
Ce livre se lit comme se boit le bon vin!

Extrait: "On devrait réfléchir très soigneusement avant de parler, tu ne trouves pas? Un mot peut être une arme mortelle. Un mot peut détruire le travail, un mot mal placé peut tout défaire : une famille, un mariage, une amitié."