jeudi 1 octobre 2015

"La Maison des damnés" de Richard Matheson

"La Maison des Damnés" de Richard Matheson.
Ed. J'ai Lu 2014. Pages 349.
Titre original: "Hell House"

Résumé: Passer une semaine dans une maison réputée hantée depuis trente ans : telle est la mission confiée au Dr Barrett et à une équipe de spirites par un milliardaire mourant, qui s'intéresse de près à la survie de l'âme. Mission que le parapsychologue s'empresse d'accepter, y voyant là l'occasion de triompher des « maléfices » et de vérifier ses théories scientifiques sur l'existence d'une vie après la mort. Arrivés sur place, les investigateurs se rendent compte que le lieu est à la hauteur de sa réputation : résonnant des crimes et des orgies qu'elle a accueillis par le passé, la maison Belasco semblait n'attendre qu'eux.

La 7 de la page 7: "Il y a une documentation tellement riche." 

Matheson nous livre ici un chef-d’œuvre de la littérature d'épouvante. Huis-clos angoissant de par l'histoire mais également de par son écriture. La plume de Matheson fait mouche et nous plonge dans cette maison angoissante, entouré de personnages intelligemment écrits. 
A lire une nuit pluvieuse et venteuse. Frissons garantis! 

Extrait: "Un gémissement d'horreur lui échappa des lèvres. Elle leva la main et se mordit le poing. La douleur lui submergea complètement l'esprit. Daniel s'évanouit. Au bout d'un moment, elle retira son poing toujours serré et l'examina. Ses dents avaient entaillé la chair et du sang coulait sur le dos de sa main. 

"Une Touche d'Amour" de Jonathan Coe

 "Une touche d'amour" de Jonathan Coe.
Ed. Folio 2004. Pages 282.

Résumé: Robin Grant est étudiant à Coventry, où il traîne sa thèse en littérature depuis quatre ans. Solitaire, égocentrique, amorphe, il mène une existence sans amour et sans amitié. Profondément dépressif, il exprime sa vision du monde et son sens de la fatalité en écrivant des récits à l'humour cotonneux. Le monde extérieur va pourtant le toucher de plein fouet lorsque, soupçonné de s'être exhibé devant un petit garçon, il est accusé d'outrage à la pudeur.

La 7 de la page 7: "Deux grands yeux ardents et hostiles se posèrent sur lui." 

Un véritable petit bijou! 
Le personnage de Ted est particulièrement bien écrit. Celui qui sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux... Il connaît les vraies valeurs! Bref un véritable crétin ignare et imbu de lui-même. On connaît tous un Ted... Robin est le contraire de Ted. Il sait qu'il ne sait pas et ne comprend pas ce qu'il sait. Un artiste trop intellectuel pour son propre bien-être. Il ne se laisse pas assez (ou trop) vivre pour comprendre où se trouve l'essentiel. 
Coe fait un travail remarquable entre "ses" écrits et ceux de Robin. On a une vraie cassure de style. On ne lit pas du Coe mais du Robin. Et déjà rien que pour cela, le livre est une vraie réussite. Il n'est pas facile de casser son style comme le fait Coe. 
Le livre est une critique acharnée de ces universitaires pour lesquels seuls leur discipline est intéressante. Le passage où Robin et Ted se souviennent de leur passé commun est particulièrement bien fait. Coe démontre brillamment que si les souvenirs sont "les mêmes" leur interprétation peut varier. Ted enjolive tout car pour lui ce sont des souvenirs heureux alors que Robin est plus terre à terre. 
Ce qui est curieux, c'est qu'on prend, sans réfléchir, le parti de Robin. On ne se dit pas que les souvenirs de Robin sont faux alors qu'on sent la lourde amertume qui les teinte. 
La première partie du livre est particulièrement bien écrite et on commence la seconde partie avec impatience. 
La seconde partie est intéressante car le lecteur en sait plus que les personnages. Ils font des conclusions hâtives et se fourvoient alors que le lecteur connaît des détails qui modifient leur perception des événements. On en sait plus et on adore ça. Cependant, c'est dans le texte de Robin que tout se produit.  Ici, encore, Coe fait du travail remarquable. On est dans le roman à l'intérieur du roman. 
Les personnages féminins de Coe sont très bien construits. Leurs sentiments sont justes. Il ne tombe pas dans un pathos dégoulinant. Elles sont crédibles et on peut aisément s'identifier à elles. 
Là où Coe est imprenable, c'est que malgré qu'on ne sache pas encore la vérité sur les accusations portées à l'encontre de Robin, on suppose qu'il est innocent. On ne doute jamais de son innocence. Coe met ici en valeur un débat très répandu: confondre l'artiste et son œuvre. Robin est considéré comme coupable puisqu'il a écrit des personnages capables de faire ce dont on l'accuse...  
La troisième partie est une remise en question de Robin par Robin. Il nous raconte ce qu'il s'est passé le jour où tout à basculé. On hésite entre la pitié et la peine pour ce personnage pathétique. Incapable de se résoudre aux conventions sociales.
La quatrième partie met en avant le côté dérisoire de l'histoire de Robin et de la vie en général. 
Ce livre se lit comme se boit le bon vin!

Extrait: "On devrait réfléchir très soigneusement avant de parler, tu ne trouves pas? Un mot peut être une arme mortelle. Un mot peut détruire le travail, un mot mal placé peut tout défaire : une famille, un mariage, une amitié."


"Célébration d'un mariage improbable et illimité" de Eugène Savitzkaya

"Célébration d'un mariage improbable et illimité" de Eugène Savitzkaya.
Ed. de Minuit 202. Pages 92.

Résumé: Quelque part dans le monde un festin se prépare, des noces sont célébrées : la corporation des bouchers marie ses enfants. Pour honorer les deux tribus qui se lient, sont présentes les autres tribus de la confrérie/sororerie. On parle, on boit, on chante, on jure, on évoque le destin. Autour des Convives, le Temps, s'exprimant par le vrombissement des Mouches, le bourdonnement des Abeilles, le Bruit des Feuilles et les Trilles têtus des Merlettes, les asperge de questions fondamentales. Fiancée et Fiancé sont absents de la fête.

La 7 de la page 7: "Où te manque-t-il quelque chose?" 

Une véritable découverte! Un vrai petit bijou! Une écriture intelligente et originale basée sur la répétition et l'absurde. Mais aussi tellement plus que cela. Chaque mot est réfléchi, bien placé. D'énormes répétitions sans redondance, Savitzkaya nous emmène dans un univers particulier, il nous prend par la main et nous lâche en plein milieu. Il nous y laisse avec nos peurs, nos doutes et nos interrogations. Répondez à toutes ses questions, et trouvez le secret de votre vie. On passe d'un sujet à l'autre sans se rendre compte, qu'au final, tout est connecté. c'est, sans doute, grâce à ce genre de texte qu'on se rend compte de la richesse de la langue française. Un vrai régal.

Extrait: "Les Mouches: qui grandit? Qu'est-ce qui grandit? Quelle voix parle de qui? Où sont les fées qui les donnèrent à la lumière? Où sont les tyrans qui les persécutèrent? Vous venez? D'où venez-vous? Vous mangez? Que mangez-vous? Que chantez-vous? Pourquoi chanter? Quoi chanter? Quel jour chanter?  Y-a-t-il un jour? Y-a-t-il une nuit? La nuit suit-elle le jour? Le jour suit-il la nuit? La fille suit-elle la mère? Le père suit-il le fils? Où vont-ils? Où est grand-mère? Qui est grand-père? Grand-mère est mère? Mère est grand-mère? Mère est-elle grande? Grande est mère? Qui marche? Qui marche sur tes pas? Qui marche le premier? Qui marche le dernier? Vers quoi marchent-elles? Avancez-vous? Qui devancez-vous? Qui dépasses-tu? Qui trébuche? Qui passe? On passe? Par où passe-t-on? Qu'as-tu passé? Qui n'est plus? Qui est? Qui s'attende? Où est-il tard? Quand est-il tard?" 

"Le Premier Cavalier de l'Apocalypse" de John Case


"Le Premier Cavalier de l'Apocalypse" de John Case.
Ed. Le Livre de Poche 2001. Pages 448.
Titre Original: "The First Horseman"

Résumé: La grippe espagnole – la terrifiante influenza qui fit des millions de victimes en 1918 – est-elle en train de se réveiller ? C'est ce que laisse à penser une information des services secrets américains faisant état de l'extermination par l'armée nord-coréenne d'un village en proie à une curieuse épidémie... Parallèlement, une expédition scientifique est envoyée en Arctique pour ramener les corps de cinq Norvégiens victimes de la terrible maladie, en 1920. Mais les corps ont disparu. Un journaliste qui a manqué le voyage se met à enquêter. Il découvre qu'une secte, le Temple de la lumière, n'est pas étrangère à ce qui pourrait devenir la plus terrible épidémie mondiale de tous les temps...

La 7 de la page 7: "Matha! Qu'est ce que tu fabriques?" 
 
Ca va être rapide... Ce livre m'a donné l'impression qu'on me prenait pour une idiote... La mise en place de la grippe espagnole est beaucoup trop présente. Comme si on avait pas été à l'école! 
Si l'intrigue aurait pu être intéressante, elle est gâchée par des personnages sans profondeur et auxquels il est très difficile de s'attacher.  Les ressorts du dénouement sont usés avant même d'avoir été utilisés. On soupire souvent. On comprend l'histoire et l'intrigue bien avant les personnages. La fin est prévisible et téléphonée. Une très grosse déception. Tout est prévisible et l'histoire n'est pas relevée par les personnages... Vraiment? Aucun intérêt!

Extrait: "Franck joua un instant avec l'idée qu'une compagnie pharmaceutique s'était peut-être donné tout ce mal pour récupérer le virus, dans l'intention de fabriquer un vaccin."

"Meurtre à l'anglaise" de Cyril Hare

"Meurtre à l'anglaise" de Cyril Hare.
Ed. Rivages/Noir 2005. Pages 231.
Titre Original: "An English Murder"

Résumé: Nous sommes à la veille de noël. C'est l'occasion pour le vieux lord Warbeck de réunir son fils Robert, son cousin sir Julius le chancelier de l'échiquier, et quelques amis, dont le professeur Bottwink qui effectue des recherches historiques au château. Lorsque sonne le premier coup de minuit dans la salle à manger où la température est aussi glaciale que l'ambiance, on porte les traditionnels toasts de noël. Mais à peine robert Warbeck a-t-il vidé sa coupe de champagne qu'il s'écroule, non pas ivre mort, mais mort tout court et certainement empoisonné. Dans le château isolé par une tempête de neige, chacun commence à soupçonner son voisin... Avec ce meurtre à l'anglaise, Cyril Hare (pseudonyme d'un juge britannique) revisite les traditions du roman d'énigme. Vieille demeure, aristocratie et majordome stylé, rien ne manque - surtout pas l'humour - pour faire de cet inventif pastiche un livre délicieux.

La 7 de la page 7: "Il m'est déjà assez difficile d'assurer le service dans la salle à manger et à l'office sans oublier votre plateau, monsieur, biensûr." 

Avis aux amateurs de bons policiers à l'ancienne: Ce livre est pour vous. Un meurtre. Des suspects. Une ambiance feutrée et étouffante. Tout y est. 
Parfaitement maîtrisé par Hare, "Meurtre à l'anglaise" est un véritable plaisir policier. A lire de préférence par jour de pluie sous une bonne couette. 

Extrait: "Le professeur avait conscience de la température mais tant que ses doigts n'étaient pas trop engourdis pour tenir un stylo, sa concentration n'était pas affectée."  

"Pénélope Green: La chanson des enfants perdus" de Béatrice Bottet

 "Pénélope Green: La chanson des enfants perdus" de Béatrice Bottet.
Ed. Casterman 2013. Pages 388.

Résumé: NOM : Green
PRÉNOM : Pénélope
SITUATION FAMILIALE : orpheline, unique héritière du journaliste James Alec Green
AMBITION (SCANDALEUSE) : devenir journaliste
SIGNES PARTICULIERS : une envie d'étrangler son prétendant, cette endive de Wilfrid, et un goût prononcé pour l'aventure et le danger
Pénélope Green décide de reprendre une mystérieuse enquête de son père : le dossier FOXGLOVE COURT. Quel terrible secret va-t-elle découvrir, dans les bas-fonds de Londres ?

La 7 de la page 7: "Moi j'avance pas plus loin." 
 
On entre ici dans l'Angleterre Victorienne. On ne tarde pas à entrer dans le vif du sujet. Il n'y a pas de grande et longue introduction des personnages. On en apprend plus sur eux au fil des pages. 
Le suspens est bien maintenu. Qui est Cox? Pourquoi le médaillon est-il si important? 
On découvre le Londres de 1880. Avec ses quartiers malfamés, ses mécréants et sa grande bourgeoisie sournoise. 
On tient fermement la main de Penny alors qu'elle s'engouffre dans les mystères des bas-fonds. 
 Il y a certes quelques passages un peu longs. On croule sous les détails. Mais il faut arriver à la fin de sa lecture pour se rendre compte de l'importance de ces détails. Ils permettent également de donner une certaine atmosphère au livre. 
Penny ressemble fort à ces ingénues victoriennes chères à Jane Austen. Elle se met volontairement dans un pétrin colossal et attend qu'on vienne la secourir. 
Si la vengeance est un plat qui se mange froid, cette histoire nous a été servie glacée. Un très bon premier tome, à lire et à relire.

Extrait: "Au bout d'un petit quart d'heure, leur concert terminé, les violonistes saluèrent. La fille rousse, d'un petit geste mutin de l'archet, fit tomber la casquette de son compère, puis la ramassa avec une drôle de petite révérence pour ensuite la faire circuler à la ronde." 

"Allah Superstar" de Y.B.

 "Allah Superstar" de Y.B.
Ed. Grasset 2003. Pages 253.

Résumé: Kamel Hassani, jeune beur de banlieue âgé de dix-neuf ans, a envie de réussir dans la vie. Et que désire-t-on aujourd’hui en France quand on veut réussir dans la vie ? Ben, devenir une vedette, cela semble logique, comme en témoigne quotidiennement les programmes de télévision, mix incessant de télé-réalité et de radio-crochets high-tech. Donc, Kamel Hassani veut devenir une star. Cool. Il y parviendra. Ou du moins il aura la possibilité de le devenir en montant un projet comique où il incarne ni plus ni moins que le Oussama des Guignols de l’Info. Gonflé, quand même ! Mais est-ce du lard ou du cochon ? De quoi en tout cas énerver quelques barbus et s’attirer une fatwa…

La 7 de la page 7: "Tu vois ce que je veux dire?" 
 
Comment peut-on adorer et détester un livre en même temps? J'ai du mal à mettre des mots sur ce livre. J'ai beaucoup aimé le personnage et sa "candeur".  J'ai beaucoup aimé la fin, que, personnellement, je n'avais pas vu venir. Mais je dois dire que le style m'a énormément posé problème. C'est tout à fait volontaire de la part de l'auteur, mais cela m'a profondément gênée dans ma lecture. Donc aimer ou pas? Vraisemblablement, oui, j'ai aimé ce livre même si certains aspects de la présentation ne m'ont pas attirée. 
Quant à la version polémique du livre... Je trouve que c'est une bonne idée que de traiter d'un sujet aussi grave de manière aussi légère. Mais est-ce vraiment léger au final? Je ne le pense pas. Je ne crois pas que l'auteur veuille nous choquer (fondamentalement) mais plutôt nous secouer. C'est réussi. 

Extrait: "Bala il est malien et Sidonie elle est végétarienne vu que Bala et moi on mange halal avec une grande bouteille de Pepsi Max vu que Sidonie est au régime, une vraie mangeuse de cailloux, moi je trouve ça débile vu qu'elle a toujours été obèse et c'est justement ça qui fait son charme, en tout cas pour Bala, lui aussi c'est un musulman comme moi mais en plus physique et en pus pratiquant même le vendredi il va aux stand-up du Cheikh à la mosquée et le reste du temps il est magasinier chez Franprix, pendant que Sidonie elle bosse dans le même centre de beauté que Nawel comme quoi le monde il est petit à Evry."

"Mildred Pierce" de James Cain

 "Mildred Pierce" de James Cain.
Ed. Gallimard L'Imaginaire 2007. Pages 406.

Résumé: Mildred Pierce, petite femme aux cheveux blonds mousseux et aux yeux bleus limpides, décide de se séparer de son mari ; c'est, dit-elle, parce qu'il court après une certaine Mrs. Biederhof, mais surtout parce que, victime de la crise de 1929, il est sans travail et en prend trop aisément son parti. Elle doit pourtant gagner sa vie, et celle de ses filles, alors, pour s'en sortir, elle vend les " pies " faits maison, et travaille comme serveuse dans un restaurant. Mais cela ne suffit pas, du moins pas aux yeux de sa fille aînée, Véda, alors Mildred se lance dans les affaires et ouvre son propre restaurant " Mildred Pierce, Poulet - Gaufres - Pies ", suivi d'un deuxième, puis d'un troisième. Elle fait aussi la connaissance de Monty Beragon, un jeune et élégant oisif, devient sa maîtresse, puis, lorsqu'il est ruiné, l'entretient. Or, pendant ces années de lutte, Véda grandit et devient une rivale redoutable au caractère orgueilleux, cupide et méprisant, et Mildred, rejetée et bafouée, se retrouve, après un drame affreux provoqué par sa propre fille, seule, pauvre et vieillie...

La 7 de la page 7: "-Alors, tu peux faire tes bagages tout de suite et t'en aller pour de bon, car si tu passes cette porte, je ne te laisserai pas rentrer." 

Coup de cœur magistral! Ce livre est un véritable petit bijou! L'histoire est terriblement bien ficelée. On souffre en même temps que Mildred et on ne souhaite pas la quitter. On voudrait la soutenir et lui dire que tout va bien se passer. 
On déteste sa fille Véda. Quelle peste celle-là! On aurait envie de lui mettre des claques magistrales. 
On voudrait aussi secouer Mildred pour qu'elle ouvre enfin les yeux sur son entourage. On voudrait la protéger mais sa naïveté prend toujours le dessus. C'est une optimiste cette Mildred. Malheureusement pour elle, elle ne voit pas qu'elle ne fait pas confiance aux bonnes personnes. 
Le style est direct et les descriptions sont présentes sans pour autant noyer le texte. 
Un pur petit bijou! 
Recommandé de chez recommandé!

Extrait: " Elle avait peur de Véda, de son snobisme, de son mépris, de son orgueil invincible. Et elle avait peur d'autre chose qui semblait toujours être aux aguets sous l'élocution caressante, affectée de Véda: un désir froid, cruel, grossier de torturer sa mère, de l'humilier, et par-dessus tout de la blesser."

"La couleur des sentiments" de Kathryn Stockett



" La couleur des sentiments" de Kathryn Stockett.
Ed. Babel 2012. Pages 608.
Titre Original: "The Help"

Résumé: Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s'occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L'insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s'enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s'exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu'on n'a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l'ont congédiée.
Mais Skeeter, la fille des Phelan, n'est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s'acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l'a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même laisser un mot.
Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante.

La 7 de la page 7: "Mon Dieu, il va sûrement falloir faire ça pendant que ces dames sont là." 

Un véritable coup de cœur. C'est le premier livre de Stockett et on a qu'une seule envie: qu'elle en écrive d'autres! Beaucoup d'autres! 
L'histoire est surprenante. On est envahi de tendresse mais aussi de réelle haine envers certains personnages. La palette de couleurs différentes est particulièrement intéressante. On vibre avec les injustices commises par les blancs mais on se rend compte aussi qu'ils ne sont pas tous les mêmes. Mêmes conclusions pour les noirs. 
L'auteur nous montre bien ici ce que c'était d'être noir dans une Amérique très blanche. Or nous sommes en 1962... Ce n'est pas si loin. Et le livre pose les bonnes questions qui sont malheureusement toujours d'actualité. 
Revenons-en aux personnages. 
On a envie de prendre Aibileen dans nos bras. On a envie de soutenir Skeeter. Et on partage la colère de Minny. Et on a vraiment envie de dégommer Hilly! 
On passe par divers sentiments. On se rend compte qu'on juge tout autant que les personnages. Et c'est en ça que le livre est puissant. On nous raconte une histoire simple mais on ne peut s'empêcher de prendre parti. On est plein de certitudes comme les personnages du roman. Et il nous arrive aussi de nous tromper. 
Il est difficile de comprendre le comportement des personnages les plus crapuleux du livre puisqu'on ne vit pas dans le Mississippi en 1962... 
Un livre très prenant et très bien écrit! Que le nombre de pages ne vous fasse pas peur... Ca se lit tout seul!   

Extrait: "Je suis revenue à la maison ce matin-là, après qu'on m'a renvoyée, et je suis restée dehors avec mes chaussures de travail toutes neuves. Les chaussures qui avaient coûté autant à ma mère qu'un mois d'électricité. C'est à ce moment, je crois, que j'ai compris ce qu'était la honte, et la couleur qu'elle avait. La honte n'est pas noire, comme la saleté, comme je l'avais toujours cru. La honte a la couleur de l'uniforme blanc tout neuf quand votre mère a passé une nuit à repasser pour gagner de quoi vous l'acheter et que vous le lui rapportez sans une tache, sans une trace de travail."

"Corps Etranger" de Didier van Cauwelaert.


"Corps Étranger" de  Didier van Cauwelaert.
Ed. Albin Michel 1998. Pages 429.

Résumé: Peut-on changer de vie par amour, devenir quelqu'un de neuf sous une autre identité, sans sacrifier pour autant son existence habituelle ? C'est ce que va oser Frédéric.
A dix-huit ans, il avait publié sous le nom de Richard Glen un roman passé inaperçu, puis il avait renoncé à l'écriture ; il avait conquis Paris d'une autre manière... Mais, un jour, une jeune étudiante de Bruges envoie une lettre à ce pseudonyme oublié, à cette part de lui-même en sommeil depuis plus de vingt ans. De tentations inconnues en bonheurs d'imposture, il va s'inventer dans les yeux de Karine un autre passé, un autre présent, rendre Richard Glen de plus en plus réel, de plus en plus vivant...
Mais combien de temps deux personnalités peuvent-elles se partager un corps ? Avec son humour et sa tendresse implacable, le romancier d'Un aller simple, prix Goncourt 1994, nous entraîne dans un récit poignant qui explore le rêve secret de beaucoup d'entre nous.

La 7 de la page 7: "Il passait tous ses loisirs au quatrième étage d'Henri Faure, à six cents mètres de la caserne, pour tenir le crachoir - auprès des patients plongés dans le coma." 

L'annonce est prometteuse... Bon il y a à boire et à manger dans ce livre. C'est une très jolie histoire. Certes. Mais elle est un peu longue aussi. Si la fin se veut un clin d’œil, on se demande quand même si ce n'est pas un peu une fin de facilité. Clairement pas le meilleur van Cauwelaert. C'est plaisant, mais sans plus. Cette histoire aurait mérité d'être plus courte pour être plus percutante. 

Extrait: "Entre une épouse handicapée qu'il soigne à domicile, le contrôleur d'impôts qui s'acharne sur lui, le découvert creusé par sa crise d'inspiration et son physique de nain violacé qui limite le choix de ses muses aux réseaux de call-girls désormais hors budget, Dieu et la république l'ont privé de gateau depuis longtemps et la question de la cerise ne se pose plus."

"Gone Baby Gone" de Dennis Lehane

"Gone Baby Gone" de Dennis Lehane. 
Ed. Rivages/Noir 2007. Pages 533. 

Résumé: Patrick Kenzie et Angela Gennaro, les deux héros de Dennis Lehane, sont chargés de retrouver une petite fille de quatre ans, Amanda, mystérieusement disparue un soir d’automne. Curieusement, la mère d’Amanda paraît peu concernée par ce qui est arrivé à sa fille, qu’elle avait laissée seule le soir du drame pour aller dans un bar.
Sa vie semble régie par la télévision, l’alcool et la drogue. Patrick et Angie découvrent d’ailleurs que la jeune femme travaillait pour le compte d’un dénommé Cheddar Olamon et qu’elle aurait détourné les deux cent mille dollars de sa dernière livraison. Olamon se serait-il vengé en kidnappant la fille de son « employée » ?

La 7 de la page 7: "Il l'a interrompue d'un geste, comme pour signifier que s'il devait tout déballer, c'était maintenant ou jamais." 


Quatrième volet des aventures de Kenzie et Genaro. Comme d'habitude, avec Lehane, on entre dans un Boston très sombre. On est vite projeté dans l'histoire, on entre directement dans le vif du sujet. Ses deux personnages principaux restent fidèles à ce qu'ils sont. Pour l'ensemble des personnages, on oscille entre le cynisme pur et dur et le pathétique douloureux. On se méfie de tous et de tout le monde. Surtout de ceux qui semblent sympathique. Ils doivent cacher quelque chose. On doute de tout, même de ce qui semble pourtant évident. On a tellement envie d'y croire qu'on nie se qui est juste là, sous notre nez. Et c'est justement là où réside la force de Lehane. Il nous emmène dans l'obscurité et on y reste, volontairement, prisonniers de son univers noir. 
Il y a beaucoup de personnages mais on ne s'y perd pas car Lehane les met bien en place au bon moment. 
Les descriptions sont particulièrement bien écrites et nous permettent de plonger dans l'horreur en même temps que Kenzie et Genaro. On est présent dans chaque pièce et on découvre l'horreur à travers leurs yeux. On est placé dans un rôle de témoin silencieux et invisible dans la noirceur de l'âme humaine. 
Les pages s'enchaînent et le dénouement se profile. Inattendu. On tombe des nues. On ose encore douter. On perd encore un peu plus foi en l'humanité. Les cartes se révèlent au fur et à mesure et on ne peut s'empêcher de continuer à tourner les pages. On a été abusé comme Kenzie et Genaro. On a cru à l'histoire qui maintenant s'effondre impitoyablement. On subit la fin comme une gifle. On veut savoir. On doit savoir. Et pourtant quand tout est là, on est encore réticent à y croire. Et plus on avance, plus on tombe de haut. 
Génialissime! Sans aucun doute, le meilleur tome de la saga à l'heure actuelle des choses. Il surpasse les trois premiers qui pourtant étaient déjà très bons. 
A lire et à relire sans aucune modération.

Extrait: "Suite au déclin de l'industrie du granit, les carrières sont devenues au fil des années l'endroit idéal pour se débarrasser de divers encombrants : voitures volées, cuisinières et réfrigérateurs cassés, cadavres. Tous les deux ou trois ans, quand un enfant se volatilise après s'y être aventuré ou quand un détenu de Walpole avoue à la police avoir précipité du haut d'une falaise une prostituée portée disparue, le site est passé au peigne fin et les journaux publient des cartes topographiques et des photos sous-marines révélant un paysage submergé des plus tourmentés : massifs montagneux, rochers brisés, pics déchiquetés s'élevant des profondeurs, soudaines avancées pierreuse. Autant de formes spectrales évocatrices d'une Atlantide noyée sous trente mètres d'eau de pluie.
Parfois, on retrouve les corps. Parfois, non. Les lacs des carrières, agités par des tempêtes subaquatiques de limon sombre provoquant de brusques changements dans leurs relief, riches de surplombs et de crevasses inexplorées, révèlent leurs secrets aussi facilement et fréquemment que le Vatican."

"Une place à prendre" de J.K. Rowling

"Une place à prendre" de J.K. Rowling
Ed. Grasset 2012. Pages 680.
Titre Original: "The Casual Vacancy"

Résumé: Bienvenue à Pagford, petite bourgade anglaise paisible et charmante : ses maisons cossues, son ancienne abbaye, sa place de marché pittoresque… et son lourd fardeau de secrets. Car derrière cette façade idyllique, Pagford est en proie aux tourmentes les plus violentes, et les conflits font rage sur tous les fronts, à la faveur de la mort soudaine de son plus éminent notable.
Entre nantis et pauvres, enfants et parents, maris et femmes, ce sont des années de rancunes, de rancœurs, de haines et de mensonges, jusqu’alors soigneusement dissimulés, qui vont éclater au grand jour et, à l’occasion d’une élection municipale en apparence anodine, faire basculer Pagford dans la tragédie.

La 7 de la page 7: "Elle n'oublierait jamais la scène: les hurlements de lamentation de Mary; les yeux de Barry toujours à demi ouverts au-dessus du masque à oxygène posé sur son nez tel un gros museau; l'expression sur le visage de l'ambulancier, que ni elle ni Miles n'arrivaient à déchiffrer; les secousses du trajet dans l'habitacle encombré; les vitres teintées; la terreur." 

Si tout ce que vous aimez chez Rowling sont les sorciers, les moldus et les balais qui volent, clairement, ce livre n'est pas pour vous! 
Par contre, si vous êtes de ceux qui pensent qu'un auteur peut très bien se diversifier et écrire autre chose que ce qui l'a fait connaître sans pour autant lui jeter des cailloux médiatiques... Ce livre pourrait vous plaire. 
Force est de constater qu'il y a beaucoup de personnage. Parfois, il faut retourner en arrière pour vérifier mais qui donc est-ce? 
La trame semble un peu se perdre. On a l'impression que rien ne se passe... On a même envie de poser le bouquin quelque part et ne plus y toucher. Et pourtant on aurait bien tort car toute cette histoire nous mène à un dénouement palpitant où chacun pourra se faire sa propre idée de qui est responsable du  rebondissement final. Alors si vous avez poser ce bouquin quelque part en soupirant, prenez un bon verre de vin et continuer le... Il en vaut la peine! (Non, toujours pas de sorcier... Désolée)

Extrait: "- Vous avez fait tout le trajet jusqu'à l’hôpital ? demanda Shirley, toujours sur le haut-parleur.
- Non, non, répondit Samantha en pensée, à mi-chemin, vu qu'on commençait à s'emmerder sévère, on a demandé à l'ambulance de s'arrêter pour nous laisser descendre.

"Sacré" de Dennis Lehane

 "Sacré" de Dennis Lehane.
Ed. Rivages/noir 2003. Pages 410.
Titre Original: "Sacred"

Résumé: Patrick Kenzie et Angela Gennaro ont affaire à un client hors du commun. Pour s’assurer leurs services, le milliardaire Trevor Stone ne trouve rien de mieux que de les kidnapper en pleine rue. Il faut dire qu’il est aux abois : son épouse est morte dans un terrible accident de voiture, il est atteint d’un cancer incurable et sa fille Désirée a disparu. Fait troublant, l’enquêteur chargé de retrouver la jeune fille a également disparu. Patrick et Angie se laissent convaincre d’accepter l’affaire et la partie de cache-cache commence. Des bureaux de l’organisation SOS détresse jusqu’à Tampa en Floride, le tandem suit une piste où ne manquent ni les rebondissements, ni les cadavres. Au bout du voyage, ils attendent quelques révélations saisissantes.

La 7 de la page 7: "J'ai agrippé sa main alors que mes mollets repartaient vers le canapé et que la pièce penchait un peu trop vers la droite." 


Troisième volet de la série Kenzie/Gennaro. Et peut-être le mieux réussi! Les rebondissements n'en finissent plus. On croit savoir où on met les pieds mais en fait, non. Absolument pas. Le style, propre à Lehane, colle très bien à ses personnages. On se surprend à aller voir les rues mentionnées sur google streetview pour s'imprégner de la réalité noire de Boston. 
L'histoire est bien menée et les personnages très fournis. On a envie de rester avec eux jusqu'au bout de la nuit! 
Vivement le prochain! 

Extrait: "Alors que je m’éloignais dans le couloir de l’immeuble, j’ai entendu la voix de Nelson à travers les cloisons minces :
- Bon, je t’explique le règlement de la maison, papy. C’est simple : tu touches la télécommande, je te découpe la main avec une vieille scie rouillée."

"Rottweiler" de Ruth Rendell

"Rottweiler" de Ruth Rendell.
Ed. des Deux Terres 2006. Pages 423.

Résumé: La première fille avait une morsure dans le cou. Selon la police, les analyses ADN désignaient son fiancé. Qu'importe ! La presse à sensation s'était tout de suite emparée de l'histoire : elle avait baptisé le tueur le Rottweiler, et le surnom lui était resté. Le dernier corps est découvert tout près du magasin d'antiquités d'Inez Ferry, dans le quartier de Marylebone, à Londres. Depuis la mort de son mari, Inez complète son modeste revenu en acceptant des locataires au-dessus de la boutique. Les activités obsessionnelles et imprévisibles du Rottweiler sèment la suspicion au sein de cette petite communauté disparate : un maniaque, un assassin se cache parmi eux.

La 7 de la page 7: "-Je n'ai pas honte de mon amour, je le clame sur les toits." 

Si le résumé est alléchant, le livre l'est nettement moins. Le rythme est lent. Trop lent. Cela m'a complètement ruiné l'histoire. Impossible de m'intéresser à ces personnages prévisibles et vraiment antipathiques. Ce n'est vraiment pas une réussite. On espère toujours que quelque chose fasse démarrer l'histoire, mais on attend en vain. Pas grand chose à dire de plus. Une vraie déception.

Extrait: "Il vit le nom inscrit en lettres d'or ,mais sans le lire , il secoua la tête et marmonna Non merci,trop tard car elle en avait déjà laissé échapper un jet droit sur ses deux mains levées dans un geste de défense .Sur lui l'effet fut cataclysmique . Il recula et , lorsque cette essence lui assaillit les narines ,il sentit un séisme le secouer de la tête aux pieds. "

"Jusqu'à ton dernier souffle" de Ann Rule

"Jusqu'à ton dernier souffle" de Ann Rule.
Ed. Michel Lafon 2004. Pages 368.
Titre Original: "Every Breath You Take"

Résumé: " S'il m'arrive malheur, veille à ce qu'on ouvre une enquête, et promets-moi que tu demanderas à Ann Rule de raconter mon histoire. Telle est l'étrange supplique qu'adresse Sheila à sa sœur, quelque temps après son divorce. Dix ans plus tard, on retrouve au bord de sa piscine son corps gisant dans une mare de sang. Autour d'elle, les traces de pas de ses quatre bambins. Sheila Blackthorne avait pourtant refait sa vie, protégé son anonymat, construit une nouvelle famille, mais elle sentait, depuis toujours, planer une ombre au-dessus de son bonheur. Celle d'un homme qui s'était juré de la harceler sans relâche. Jusqu'à ton dernier souffle : derrière un écheveau de mensonges et d'obsessions. le récit d'une froide vengeance qui aboutit à l'anéantissement d'un être trop aimé.

La 7 de la page 7: "Très jolie, les yeux bleus, les traits fins, le teint d'une blancheur éclatante, Gene s'était mariée à quinze ans avec un jeune soldat, Duane Anderson." 

Ann Rule nous a quitté cet été, et j'ai donc décidé de relire un de ses romans pour me remettre dans cette ambiance si particulière que l'auteure savait si bien mettre en place. 
Comme toujours, Rule part d'une histoire de faits divers réel. Et c'est justement pour cela qu'on aime Ann Rule. On oscille entre vérité et romanesque sans jamais savoir sur quel pied dansé. On a vraiment l'impression de lire un thriller bien campé alors que Rule se sert d'une histoire vraie. 
Ici, elle utilise l'histoire de Sheila Blackthorne, née Walsh, qui sera poursuivie par son ex-mari jusqu'à la dernière minute qui lui sera fatale. 
Et c'est dans cette optique que Rule est vraiment intéressante. Elle parvient à donner le premier rôle aux victimes et non pas, comme trop souvent, aux assassins. Elle leur donne un visage, des sentiments, elle les humanise. Et juste pour cela, on la recommande! 

Extrait: "Sa voix, tandis qu'elle appelait "maman" résonnait sur les murs comme sur les parois d'une caverne. Elle sortit dans le jardin par la porte de la cuisine: personne; elle passa sous la grande véranda vitrée, se pencha sur la piscine...rien."