vendredi 6 novembre 2015

"La salle des meurtres" de P.D. James

"La salle des meurtres" de P.D. James 
Ed. Le Livre de Poche 2004. Pages 572. 
Titre original: "The Murder Room" 

Résumé: Cette nouvelle intrigue concoctée par P.D. James se déroule dans le huis clos d'un petit musée londonien, le Dupayne, dédié aux années de l'entre-deux-guerres, véritable enclave de verdure et de calme située à la lisière du parc de Hampstead Heath. Administrée par les trois enfants de son fondateur Max Dupayne, cette institution rencontre des difficultés financières, et l'un des fils, Neville, psychiatre de son état, hésite à donner une nouvelle fois son aval à la reconduction du bail. Or sans son accord, le musée fermera. Aussi, quand on retrouve son corps carbonisé dans l'enceinte de l'établissement, est-ce tout naturellement sur les responsables et le personnel du musée que se portent les soupçons du commandant Adam Dalgliesh, dépêché sur les lieux.
Qui a pu souhaiter la mort du médecin? Son frère Marcus et sa sueur Caroline qui, eux, tiennent absolument à ce que le Dupayne reste ouvert? Le conservateur, James Calder-Hale, dont on apprend qu'il a des liens avec les services secrets du M15 ? Les deux employées modèles, Tally Clutton et Muriel Godby, qui se dévouent corps et âme à cette institution? L'affaire se complique lorsqu'un deuxième corps est retrouvé, cette fois dans l'une des salles du musée, précisément celle consacrée aux meurtres célèbres des années trente...

La 7 de la page 7: "Les gens sont tellement procéduriers."

Le livre est long et l'histoire est riche. Malheureusement, un indice plus qu'important est donné très tôt. Pour le lecteur inattentif, cela passe comme une lettre à la poste. Or j'ai une tendance à être très attentive aux détails quand je lis un roman policier. J'aime à essayer de découvrir l'assassin. De ce fait, j'ai très vite découvert qui était l'assassin.  Restait à savoir pourquoi. Et le mobile est assez vague. On reste avec un goût de trop peu dans l'esprit. 

Un bon divertissement qui tire parfois en longueur.

Extrait: "La salle des Meurtres était une grande pièce, d'au moins neuf mètres de long, bien éclairée par trois lustres. Pourtant Dalgliesh éprouva sur-le-champ une impression d'obscurité oppressante, malgré deux fenêtres donnant à l'est et une au sud. A droite de la cheminée richement ornée, une deuxième porte, ordinaire, était percée dans la paroi. Elle était de toute évidence fermée en permanence car il n'y avait ni bouton ni clenche à l'extérieur.
Des vitrines occupaient tous les murs. La partie inférieure portait des étagères de livres probablement consacrés aux différentes affaires au-dessus des vitrines s'alignaient des rangées de photographies sépia ou noir et blanc, de nombreux agrandissements mais aussi quelques clichés originaux, souvent d'une crudité sans équivoque. On aurait dit un collage de visages morts, ensanglantés et blêmes, assassins et victimes désormais unis dans le trépas, le regard fixé sur le néant.
"
 

"Fahrenheit 451" de Ray Bradbury

"Fahrenheit 451" de Ray Bradbury
Ed. Folio 2013. Pages 236. 
Résumé: 451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s'enflamme et se consume.
Dans cette société future où la lecture, source de questionnement et de réflexion, est considérée comme un acte antisocial, un corps spécial de pompiers est chargé de brûler tous les livres dont la détention est interdite pour le bien collectif. Montag, le pompier pyromane, se met pourtant à rêver d'un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l'imaginaire au profit d'un bonheur immédiatement consommable.
Il devient dès lors un dangereux criminel, impitoyablement pourchassé par une société qui désavoue son passé.

La 7 de la page 7: "Depuis l'âge de vingt ans." 

Que fait chaque dictature à un moment de son histoire? Elle interdit l'accès aux livres, parfois, elle les brûle. Pour son livre anti-moderne, Bradbury part d'une dictature bien spécifique: la dictature de la consommation immédiate et de la culture du fast-food. Non seulement on vous interdit de lire mais on vous interdit de réfléchir par vous-même. 
Au niveau du style, il faut un peu s'accrocher mais l'histoire racontée mérite qu'on s'y accroche et qu'on persévère. Montag se laisse entraîner par la mystérieuse Clarisse. Mais c'est de lui-même qu'il prend ses décisions. Il possède des livres interdits. Il remet tout en question grâce à Clarisse mais aussi (et surtout) grâce aux livres. 
Ce livre est une vraie réflexion sur cette société qui met la culture au rabais. Ode aux livres, ce roman est toujours d'actualité. La puissance de frappe des mots est beaucoup plus important que ce qu'on peut croire. 
On lit ce livre en apnée tellement Bradbury est juste.Il faut remettre le roman dans son époque: Bradbury écrit ce livre dans les années 50 et à l'heure actuelle, en 2015, il n'a jamais été autant d'actualité. Oracle du passé auquel l'avenir reste sourd. 
A lire impérativement avant que que quiconque ne vous y empêche...

Extrait: "Si vous ne voulez pas qu'un homme se rende malheureux avec la politique, n'allez pas lui casser la tête en lui proposant deux points de vue sur une question ; proposez-lui en un seul. Mieux encore, ne lui en proposez aucun. Qu'il oublie jusqu'à l'existence de la guerre. Si le gouvernement est inefficace, pesant, gourmand en matière d'impôt, cela vaut mieux que d'embêter les gens avec ça. La paix, Montag. Proposez des concours ou l'on gagne en se souvenant des paroles de quelque chanson populaire, du nom de la capitale de tel ou tel État ou de la quantité de maïs récolté dans l'Iowa l'année précédente. Bourrez les gens de données incombustibles, gorgez-les de "faits" qu'ils se sentent gavés, mais absolument "brillants" côté informations. Ils auront l'impression de penser, ils auront le sentiment du mouvement tout en faisant du sur place. Et ils seront heureux parce que de tels faits ne changent pas. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie pour relier les choses entre elles. C'est la porte ouverte à la mélancolie."
 

"Baise-moi" de Virginie Despentes

"Baise-moi" de Virginie Despentes
Ed. J'ai Lu 2002. Pages 249.

Résumé: « Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L âme en acier trempé. » Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes. De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.

La 7 de la page 7: "Perverse sans convivialité." 

Bon... Je n'ai pas du tout aimé ce roman. J'ai trouvé qu'il tombait beaucoup trop dans des clichés bien trop faciles. Les personnages ne sont pas vraiment attachants. J'ai eu du mal à m'intéresser à leurs histoires. De plus, le "faux rythme" du roman m'a laissée un goût désagréable. "Cassé" sans pour autant assumer son rythme, Despentes m'a laissé sur le côté de la route. Il me faudra un autre roman de cette auteure pour me faire une vraie idée. Là, vraiment, je suis totalement restée indifférente à ce récit. 

Extrait: "Elle n’a pas honte de ça. Il y a de l’orgueil à se mettre aussi bas, un héroïsme dans la déchéance. Elle a du mépris pour les autres, ceux qui ne savent rien et la prennent de haut quand elle passe, parce qu’ils s’imaginent qu’ils ont plus de dignité." 

"Les oiseaux se cachent pour mourir" de Colleen McCullough


"Les oiseaux se cachent pour mourir" de Colleen McCullough
Ed. J'ai Lu 1982. Pages 826. 
Titre Original: "The Thornbirds" 

Résumé: A quinze ans - belle et grave - qui est-elle, Meggie Cleary ? Une enfant ? Une femme ? Un destin si bref encore, si lourd déjà d'émotions brûlantes et de chagrins déchirants...
Tout a commencé par l'arrachement à la ferme natale quand les Cleary et leurs huit enfants ont quitté la Nouvelle-Zélande pour cette dure terre d'Australie. Et à Drogheda, l'immense domaine aux troupeaux sans nombre où son père est régisseur la petite Meggie peine à la ferme, veille sur ses jeunes frères. Elle a neuf ans seulement quand elle rencontre celui qui va marquer toute sa vie : Ralph de Brocassart, un jeune prêtre, beau comme un prince, doux comme un frère.
Plus tard, Ralph s'éloignera, fidèle à sa vocation... Déchirée mais forte, Meggie veut vivre, donner la vie…

La 7 de la page 7: "Quand Frank l'avait interrogée, elle s'était contentée de marmonner quelques mots sur le désir des petites filles de posséder une poupée et avait brusquement changé de sujet." 

"Les oiseaux se cachent pour mourir" est une histoire d'amour fort compliquée. Et on se laisse happer par cette histoire interdite. On mange les pages (même si il est vrai que l'on saute quelques passages parfois un peu trop longs) et on veut vraiment connaître la fin. Comment cette histoire va-t-elle se terminer? On n'entrevoit aucun "happy end" même si on le désire ardemment. C'est fluide, c'est bien construit et cela se lit avec beaucoup de facilités. 

Extrait: "Selon une légende, il est un oiseau qui ne chante qu'une seule fois de toute sa vie, plus suavement que n'importe quelle autre créature qui soit sur terre. Dès l'instant où il quitte le nid, il part à la recherche d'un arbre aux rameaux épineux et ne connaît aucun repos avant de l'avoir trouvé. Puis, tout en chantant à travers les branches sauvages, il s'empale sur l'épine la plus longue, la plus acérée. Et, en mourant, il s'élève au-dessus de son agonie dans un chant qui surpasse celui de l'alouette et du rossignol. Un chant suprême dont la vie est le prix ! Le monde entier se fige pour l'entendre, et Dieu dans son ciel sourit. Car le meilleur n'est atteint qu'aux dépens d'une grande douleur... ou c'est du moins ce que dit la légende."
 

"Tuer ma solitude" de Dorothy B. Hugues

"Tuer ma solitude" de Dorothy B. Hugues
Ed. Omnibus 1995. Pages 152.
Titre Original: "In a Lonely Place"

Résumé: Une vague de meurtres secoue Los Angeles. Un vétéran de guerre, Dick reprend contact avec un ancien ami devenu policier. Lorsque Dick rencontre Laurel, il développe une addiction à cette dernière. Qui est Dick? Il semble en savoir beaucoup sur ces meurtres. Polar par excellence, "Tuer ma solitude" nous fait entrer dans un monde de noirceur incomparable. 

La 7 de la page 7: "Bonjour, Dick." 

"Tuer ma solitude" fait partie d'un recueil de polars des années cinquante édité par Omnibus. C'est le premier polar à figurer dans ce recueil. Et on peut dire que cela commence assez fort. Ce polar, assez court, est terriblement efficace. Chaque mot est choisi avec minutie. Raconté sous le point de vue de Dick, "Tuer ma solitude" joue sur la psyché du tueur; sa manière de penser, de déjouer les plans de la police, s'immiscer dans l'enquête. Et le lecteur est transporté par l'histoire. Va-t-il s'en sortir? Le soupçonne-ton? Ce polar est plein de mystère et de suspens haletant. 
Hugues ne s'attarde pas sur les crimes en eux-même, et c'est justement là que réside toute la force de ce polar. Rien de violent, juste de la suggestion. 
On se surprend à être du côté de l'assassin, à vouloir qu'il s'en sorte. Et en même temps, on lui trouve un côté exécrable. On ne sait plus trop que penser. Une véritable réussite. 

Extrait: "La peur, ce n'est pas un trait de lumière  qui vous coupe en deux; ce n'est pas un poing glacé en plein dans l'estomac; ce n'est pas quelque chose qu'on peut affronter et annihiler en se montrant plus fort qu'elle. La peur, c'est le brouillard qui rôde, qui vous enserre dans ses tentacules, qui se glisse par les pores de votre peau jusque dans votre chair et vos os. La peur, c'est une femme qui répète d'une voix qui n'est plus qu'un souffle, un petit mot qu'on se refuse à entendre, bien que ce léger souffle résonne à vos oreilles comme un hurlement dont jamais on ne parviendra à chasser le souvenir." 

jeudi 5 novembre 2015

"Danse Macabre" de Stephen King

"Danse Macabre" de Stephen King
Ed. J'ai Lu 1997. Pages 441.
Titre Original: "Night Shift"

Résumé: Ce recueil de nouvelles regorge d'inventions et de violence. Le fantastique et l'horreur surgissent au détour des réalités les plus familières. Ainsi... Quand un tueur à gages rentre de voyage, mission accomplie, et qu'il découvre dans un colis arrivé en son absence des soldats de plomb, il a envie de sourire, non ? Il aurait tort... Quand des camions mènent un train d'enfer sur le parking de votre motel et vous assiègent, n'y a-t-il pas de quoi devenir fou ? Surtout quand on s'aperçoit qu'il s'agit de camions sans chauffeur...

La 7 de la page 7: "Il y a des gens qui en ont de la mémoire." 

Recueil de vingt nouvelles. Toutefois, elles ne sont pas toutes égales. Certaines histoires auraient mérité d'être plus approfondies et d'autres où on se réjouit qu'elles se terminent. 
King s'exerce à différents styles: épouvante, horreur, suspens mais il donne aussi un aspect plus humain à certaines de ses nouvelles. 
Le maître de l'horreur dissèque à nouveau la noirceur des êtres humains avec talent. Ce recueil est parfait pour des petites pauses lectures. 

Extrait: "L’amour est la drogue la plus pernicieuse qui soit au monde. Laissons aux idéalistes le soin de débattre de sa nature. Les pragmatiques savent le reconnaître là où il se trouve et en faire un moyen de pression. " 

"L'invention de la solitude" de Paul Auster

"L'invention de la solitude" de Paul Auster
Ed. Le Livre de Poche 1983. Pages 179.
Titre Original: "The Invention of solitude"

Résumé: "Avant même d'avoir préparé nos bagages et entrepris les trois heures de route vers le New Jersey, je savais qu'il me faudrait écrire à propos de mon père..."
Pour l'auteur-narrateur, la mort brutale de son père sonne l'heure d'une confrontation fondamentale, qui mettre aux prises l'écriture et la mémoire, l'écriture et la vie.
Récit et roman, quête promise à l'échec d'un "homme invisible" éloigné par la mort, mais aussi d'une blessure intime, L'Invention de la solitude est le texte-source d'un des écrivains les plus marquants de la littérature américaine d'aujourd'hui.

La 7 de la page 7: "A tout moment, je m'attendais à voir surgir mon père, me dévisageant, incrédule, et me demandait ce que fichais là." 

"L'invention de la solitude" est un roman sur le deuil. Il est divisé en deux parties. Si la deuxième partie est bien écrite, je dois avouer un vrai coup de cœur pour la première. Elle est beaucoup plus personnelle et Auster s'y livre plus. Il vient de perdre son père et ses mots pour décrire son deuil sont vrais et parleront à tous ceux qui ont perdu un être aimé. 

Extrait: "Il trouve extraordinaire, même dans l’ordinaire de son existence quotidienne, de sentir le sol sous ses pieds, et le mouvement de ses poumons qui s’enflent et se contractent à chaque respiration, de savoir qu’il peut, en posant un pied devant l’autre, marcher de là où il est à l’endroit où il veut aller. Il trouve extraordinaire que, certains matins, juste après son réveil, quand il se penche pour lacer ses chaussures, un flot de bonheur l’envahisse, un bonheur si intense, si naturellement en harmonie avec l’univers qu’il prend conscience d’être vivant dans le présent, ce présent qui l’entoure et le pénètre, qui l’envahit soudain, le submerge de la conscience d’être vivant. Et le bonheur qu’il découvre en lui à cet instant est extraordinaire. Et qu’il le soit ou non, il trouve ce bonheur extraordinaire."

"Ô Jérusalem" de Dominique Lapierre et Larry Collins

"Ô Jérusalem" de Dominique Lapierre et Larry Collins
Ed. Pocket 1994. Pages 925.

Résumé: O Jérusalem Mai 1948. Les Anglais quittent la Palestine. La Ville sainte est à feu et à sang. Le conflit israélo-arabe commence et ne s'éteindra plus.

La 7 de la page 7: "Pendant qu'il contemplait la ville étendue à ses pieds, une poussée angoissante l'avait troublé: là, au-dessous de sa terrasse, cent-soixante mille habitants n'attendaient que son départ pour s'entre-tuer."

Dire que ce texte est romancé serait un mensonge. Mais dire que c'est un document au sens propre du terme serait mentir aussi. Qu'est-ce donc que ce "Ô Jérusalem" alors? Et bien c'est un récit un peu romancé et surtout très bien documenté.  "Ô Jérusalem" est une fresque fabuleuse où on nous narre la naissance d'Israël. 
Les auteurs mettent en présence toutes les personnes politiques (ou pas)  qui vont créer l'état d'Israël. Impartial et incisif, ce livre couvre les années 1947-48. 
Un livre qui demande concentration et implication, il donne envie d'aller plus loin dans la réflexion et dans les explications du conflit israëlo-palestinien qui est, malheureusement toujours d'actualité. 

Extrait: "Ce n'est qu'au début de 1949 que les Nations unies obtiendraient que l’Égypte, le Liban, la Jordanie, et la Syrie signent un armistice avec Israël. Si ces accords consacraient l'arrêt des hostilités, ils ne mirent pas fin à l'état de guerre. Les États arabes proclamèrent avec persistance et résolution leur volonté de supprimer un État qu'ils refusaient à accepter et à reconnaître.
Ainsi se termina cependant, le conflit que les Israéliens appelèrent leur guerre d'Indépendance. La jeune nation avait payé cher sa survie. Environ six mille de ses membres étaient tombés au cours des combats. Proportionnellement, cela représentait plus de perte que n'en avait subi la France durant toute la Seconde guerre mondiale. Les Israéliens se retrouvaient maîtres d'un territoire de mille trois cent kilomètres carrés et de cent douze villages initialement attribués à l’État arabe par le plan de partage de la Palestine.
"

"L'île de tous les dangers" de Natasha Cooper

"L'île de tous les dangers" de Natasha Cooper
Ed. France Loisirs 2010. Pages 422.
Titre Original: "No Escape"

Résumé: Une famille est sauvagement assassinée lors d’un pique-nique sur la petite île de Wight. Très rapidement, la police arrête un jeune homme au comportement étrange. Une psychologue, Karen Taylor, est envoyée sur place pour évaluer le suspect. Elle réalise que ce coupable idéal est peut-être innocent et décide, malgré les pressions, de lui venir en aide…

La 7 de la page 7: "Le problème, c'est que ça ne fonctionne pas toujours." 

L'ambiance de ce roman est assez bonne et les personnages sont corrects. Mais force est de constater que l'intrigue est assez froide et prévisible. Ce qui nuit grandement à l'ensemble de ce policier. Si l'ambiance et l'atmosphère sont plutôt bonnes, ce n'est pas assez et on finit par s'ennuyer car rien d'intéressant ne se passe. 

Extrait: "Pour elle, le cerveau était plutôt le repaire des angoisses et des délices, le réceptacle des souvenirs de punitions et de détresse, l'émetteur de l'excitation, de l'effroi, de l'espoir et de la peur. Et parfois un dédale terrifiant abritant un monstre qu'il fallait rechercher, cataloguer, et qu'on pouvait, si on avait beaucoup de chance et de courage, éradiquer, ou au moins neutraliser." 

"Monologues du Vagin" de Eve Ensler

"Monologues du Vagin" de Eve Ensler
Ed. Balland 2003. Pages 127.
Titre Original: "The Vagina Monologues"

Résumé: Depuis leur parution aux Etats-Unis en 1998, Les Monologues du vagin ont déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si différents... Mais que sont donc ces Monologues dans lesquels toutes les femmes se reconnaissent ? Il s'agit ni plus ni moins de la célébration touchante et drôle du dernier des tabous : celui de la sexualité féminine. Malicieux et impertinent, tendre et subtil, le chef-d'œuvre d'Eve Ensler donne la parole aux femmes, à leurs fantasmes et craintes les plus intimes. Qui lit ce texte ne regarde plus le corps d'une femme de la même manière.

La 7 de la page 7: "Je me sentais comme une petite fille quand je n'avais plus de poils en bas, là." 

Texte du spectacle qui a fait fureur, "Monologues du Vagin" est un texte fort. On rit souvent mais on tremble aussi en lisant certains passages. Ensler remet le mot "vagin" au centre du langage. Souvent utilisé en termes médicaux, "vagin" est ici revisité à la gloire de la féminité. 
Ensler nous offre un texte qui touche aux tabous de la féminité. Ce recueil de témoignages est une ode à la femme et à la fierté de son sexe, au littéral comme au figuré. Mais ces témoignages sont aussi marqués de pudeur souvent et de violence parfois. Le sexe féminin semble faire peur tant aux femmes qu'aux hommes. Ensler se fait la porte-parole de ces femmes violentées physiquement ou psychologiquement. C'est court mais percutant.

Extrait: "Mon vagin m'a stupéfiée. Quand est venu mon tour de prendre la parole, je n'ai pas pu prononcer un seul mot. J'étais muette. Je venais de m'éveiller à ce que la femme qui animait l'atelier appelait "l'étonnement vaginal". Je ne désirais rien d'autre que de rester allongée sur mon matelas, les jambes écartées, à examiner mon vagin, jusqu'à la nuit des temps." 

mercredi 4 novembre 2015

"Chantier infernal et autres nouvelles" de Woody Allen

"Chantier infernal et autres nouvelles" de Woody Allen
Ed. Librio 2009. Pages 89. 
Titre Original: "Mere Anarchy" 

Résumé: Venant d'acquérir un petit immeuble pour une bouchée de pain, un couple décide de le remettre à neuf. Ce qui semblait au départ une bonne affaire s'avère être un véritable défi: un détecteur de mouvement made in Tibet, des clous de bois à soixante mille dollars; en somme, le budget de rénovation du Taj Mahal pour un bâtiment en grès brun de l'Upper East Side de Manhattan... Neuf nouvelles de Woody Allen qui renouent avec l'esprit des premiers films du maître de la dérision.

La 7 de la page 7: "J'espérais me délecter de tableaux de pécheresses aux chevelures de jais tout droit sorties des pages du catalogue de lingerie Victoria's Secret." 

Ce recueil contient neuf nouvelles:

1. "Recalé"
2. "Le chantier infernal" 
3. "Tu es au parfum, Sam?" 
4. "Les jolies colonies de vacances "Coupez!"
5. "Le figurant ravi"
6. "Sans foi ni matelas"
7. "L'erreur est humaine, la lévitation divine"
8. "Les infortunes d'un génie méconnu"
9. "Nounou très chère"

On retrouve ici un Woody Allen cynique, sarcastique et décalé. Des tracas ridicules transformés en drames universels. Éclats de rire assurés!
Mentions spéciales à "Recalé", "Les jolies colonies de vacances "Coupez!" et "Sans foi ni martelas" 

Extrait: "Au procès, Stubbs à choisi d'assumer lui-même sa propre défense, refusant la présence d'un avocat. Toutefois, il n'a pas réussi à se mettre d'accord sur les honoraires, ce qui a créé certaines tensions. J'ai rendu visite à Beau Stubbs dans le "couloir de la mort". Cela fait maintenant une décennie que plusieurs recours lui ont évité la potence. Il a mis à profit cette période pour apprendre un métier : il est devenu pilote de ligne."
 

"On a tué mes enfants" de Ann Rule

"On a tué mes enfants" de Ann Rule
Ed. Le Livre de Poche 2005. Pages 602.
Titre Original: "Small Sacrifices"

Résumé: « On a tué mes enfants ! » hurle Diane Downs en arrivant à l’hôpital, ses trois enfants sont grièvement blessés à l’arrière de sa voiture.
Cette tragédie bouleverse la tranquillité d’une petite bourgade américaine. La police se lance à la poursuite du mystérieux « homme aux cheveux longs » d’ écrit par la mère éplorée.
Un procureur zélé, troublé» par les contradictions de Diane, fouille le passé de cette mère adorable et met au jour le pire des crimes…
Une plongée terrifiante dans les noirceurs de l’âme humaine

La 7 de la page 7: "Joanne Hugi, codirectrice du centre informatique de l'université de l'Oregon, était pendue dans ses pensées." 

Ici, Ann Rule se charge de romancer les crimes de Diane Downs. Cette dernière a tué ses enfants et fait croire à un assassin étranger à la famille. C'est, sans doute, en raison de ces crimes odieux qu'Ann Rule prend le parti d'une écriture plus clinique qu'à l'accoutumée. Or de question que Downs puisse être, de quelque façon que ce soit, humanisée sous la plume de l'auteure. L'ambiance est froide, dénuée de compassion sauf pour les pauvres victimes. C'est un livre à charges, écrit implacablement de la première à la dernière page. 

Extrait: "La personnalité du sociopathe à été comparée à un écran de télévision sans image...Il "singe" les individus et ne renvoi que le minimum nécessaire pour recevoir une gratification." 

"L'Enigme San Giovanni" de Ian Pears

"L’Énigme San Giovanni" de Ian Pears
Ed. 10/18 2005. Pages 362.
Titre Original: "Death and Restoration"

Résumé: Lorsque l'inspectrice Flavia di Stefano reçoit un coup de téléphone la prévenant d'un vol imminent dans le monastère San Giovanni, elle prend l'affaire d'autant plus au sérieux que son supérieur, le général Bottando, lui a demandé d'éviter les incidents jusqu'à sa prochaine mutation, et que l'endroit abrite un célèbre Caravage...
Quelques jours après, le père supérieur est agressé dans l'église et une icône sans aucune valeur disparaît. Tandis que Jonathan Argyll fouille les archives pour retracer l'histoire de cette mystérieuse œuvre d'art, Flavia examine les nombreuses pistes qui s'offrent à eux. Entre la grande voleuse Mary Verney, un restaurateur au talent contesté, un magnat grec féru d'antiquités, une chose est sûre, les suspects ne manquent pas.  

La 7 de la page 7: "Si quelque chose se passait en son "absence", un membre de son équipe, Flavia di Stefano par exemple, était tout à fait capable de prendre le relais." 

La seule énigme de ce roman est qu'il soit parvenu à trouver un éditeur. Le livre est ennuyeux , c'est long et lent. Les personnages ne sauvent pas l'histoire, que du contraire. 
Non vraiment, rien de positif à dire sur "L’Énigme San Giovanni".  

Extrait: "Les réunions de travail se ressemblent toutes plus ou moins, dans le monde entier, et ce depuis l'aube des temps. Il y a l'homme qui dirige effectivement, celui qui est censé diriger, celui qui voudrait diriger, ainsi que leurs hommes liges, leurs ennemis, et enfin les hésitants qui se laissent porter par le courant tout en espérant que la traversée ne sera pas trop agitée."  

"La règle de quatre" de Ian Caldwell et Dustin Thomason


 "La règle de quatre" de Ian Caldwell et Dustin Thomason
Ed. Le Livre de poche. Pages 446.
Titre Original: "The Rule of Four"

Résumé : Depuis 1499, des savants tentent de décoder un chef d'oeuvre de la Renaissance, Le songe de Poliphile. Ecrit en cinq langues, orné de gravures érotiques et violentes, ce texte a résisté à tous les assauts, brisé des destins, des amitiés et des vies. Pourtant, deux étudiants de Princeton osent s'y mesurer et, au fil des messages cachés, découvrent l'histoire d'un prince du Quattrocento et l'existence d'une crypte secrète qui recèle des trésors inouïs. Ils croyaient échapper à la malédiction de cette énigme. Mais pour la défendre, certains sont prêts à mourir et à tuer.

La 7 de la page 7: "Gil s'en sortit en élaborant une théorie sur les effets de l'imposition d'une taxe d'habitation." 

Je n'ai pas du tout aimé. Mais alors vraiment pas.
C'est confus. La structure laisse à désirer. Les personnages ne sont absolument pas captivants. L'histoire part dans tout les sens. C'est brouillon et bâclé.
Bref, à oublier. 

Extrait: "Comme tout dans l'univers, nous sommes condamnés, depuis notre naissance, à nous séparer. Le temps ne fait que mesurer cet éloignement. Si nous sommes des particules dans un océan de distance, détachées d'une matrice originelle, notre solitude obéit à une loi immuable: elle augmente à mesure que nos années s'écoulent."

"Chroniques de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami

"Chroniques de l'oiseau à ressort" de Haruki Murakami
Ed. 10/18 2015. Pages 952.
Titre Original: "Nejimaki-Dori Kuronikuru"

Résumé: Un chat égaré, une inconnue jouant de ses charmes au téléphone, des événements anodins suffisent à faire basculer la vie d'un jeune chômeur, Toru Okada, dans un tourbillon d'aventures. L'espace limité de son quotidien devient le théâtre d'une quête sans cesse renouvelée où rêves, réminiscences et réalités se confondent. Aucune frontière, physique ou symbolique, ne résiste à l'effervescence des questionnements qui s'enchaînent au rythme de rencontres déroutantes, chacune porteuse d'un secret, d'une fragilité propre. Haruki Murakami (La Course au mouton sauvage, La Ballade de l'impossible) tente de nous donner à voir la part d'ombre des choses et des êtres. Replaçant la méditation bouddhique dans la violence contemporaine du japon ou d'ailleurs, il se propose d'explorer nos ténèbres intérieures. Sans se départir d'un humour où perce la détresse, il emmène le lecteur dans un monde fantastique où, toujours plus fuyante, la réalité n'en devient que plus envoûtante.

La 7 de la page 7: "Tu sais, le jardin où il y a cette statue d'oiseau." 

L'histoire paraît assez évidente quand on lit le 4ème de couverture. Et pourtant, rien n'est plus loin de la vérité. Ce qui commence comme un roman assez typique se transforme en une fresque extraordinaire après seulement quelques pages. Les choses s’accélèrent lorsque Kumiko disparaît. Les personnages de ce roman sont splendidement bizarres et terriblement mystérieux. Ils sont tous emprunts d'une aura mystique sans pour autant renoncer à leur culture et leurs croyances. 

"Effectivement, le jour où je rendis visite à sa famille pour faire ma demande en mariage officielle, on me réserva un accueil plutôt froid. Comme si tous les réfrigérateurs du monde avaient ouvert leurs portes en même temps. A cette époque, je travaillais déjà au cabinet juridique. Les parents de Kumiko me demandaient si j'avais l'intention de me présenter à l'examen de la magistrature. En fait, à l'époque, j'hésitais encore un peu, mais je me disais que ça valait sans doute la peine d'en mettre un coup et de tenter l'examen. Ils me demandèrent quelles notes j'avais obtenues à l'Université, et firent remarquer que au vu de ces résultats, mes chances de réussir étaient plutôt minces. Autrement dit, je ne leur paraissait pas l'homme le plus indiqué pour épouser leur fille. Si, finalemement, ils acceptèrent, notre mariage bien qu'à contre-coeur- un véritable miracle en fait- ce fut grâce à M. Honda. M. Honda leur posa de nombreuses questions à mon sujet et prédit que je serais un merveilleux compagnon pour leur fille, que si elle voulait m'épouser, ils ne devaient surtout pas s'y opposer, sinon les conséquences risquaient d'être désastreuses. Les parents de Kumiko avaient une confiance absolue dans les prédictions de M. Honda, il leur fut donc impossible après cela de faire la moindre objection à notre mariage." 

Toru Okada reste stoïc et laisse les événements s'enchaîner. Il ne sait pas trop où tout cela le mène mais il continue sur le chemin qui lui semble tout tracé. 
Entre scènes de la vie quotidienne et événements bizarres et extraordinaire, Toru affronte tout avec la même sensation de vide et de détachement. Fondamentalement, Toru est un homme très seul. Il semble avoir tout ce qu'on peut désirer mais il gravite dans sa propre histoire sans pour autant en être acteur. Seul le chant de l'oiseau à ressort casse son ennui. Des coups de fils bizarres pimentent sa vie mais tout cela l'effraie quelque peu. Il voit aussi débarquer dans sa vie une jeune fille assez étrange. Différents récits s'entremêlent. Et c'est avec l'histoire du militaire sauvé d'un puits que l'histoire va réellement se mettre en route. Au cœur du récit de Toru, on trouve des gens étranges qui s’immiscent dans la vie de Toru, des questions sur la disparition de Kumiko, un chat, une tache sur le visage, un beau-frère mais surtout un puits et la maison inoccupée d'en face.    

"Ensuite, la maison est restée vide quelque temps, avant d'être rachetée par une actrice de cinéma. Son nom ne te dirait rien, elle n'était pas très célèbre, et puis, cette histoire remonte à pas mal d'années. Elle était célibataire, et habitait avec deux domestiques. Mais quelques années  après son installation, elle a été atteinte par une maladie des yeux, elle s'est mise à voir trouble, ne distinguait plus que vaguement même les objets les plus proches. Elle refusait de porter des lunettes pour travailler, à cause de son métier (...) Mais un jour, un jeune caméraman, qui n'était pas au courant de la situation, changea de place un certain nombre de choses sur le plateau après le départ de l'actrice qui était retournée dans sa loge, rassurée après ses vérifications habituelles. Elle se prit les pieds dans des objets en tournant sa scène, tomba, et ne put plus jamais marcher (...) Elle restait chez elle (...) une de ses domestiques, en qui elle avait tellement confiance qu'elle lui avait donné procuration, lui vola tout son argent et s'enfuit avec un homme (...) elle s'est suicidée en se plongeant la tête dans la baignoire. Et tu t'en doutes, il doit falloir une sacré dose de volonté pour arriver à se suicider comme ça." 

Toru se laisse porter et des personnages de plus en plus étranges entrent dans sa vie. Il l'accepte, toujours stoïc. Et c'est ici qu'on entre dans le côté onirique des "Chroniques de l'oiseau à ressort". Où est la vérité? Où est le rêve? Qu'est-ce qui est réel? Qu'est-ce qui est métaphorique? Globalement, "tout et rien". Murakami embrouille son lecteur avec sa plume poétique. Le texte est tellement beau et bien écrit qu'on se laisse emporter, tout comme Toru. On attend la suite avec impatience. On se pose des questions sur la frontière entre la réalité et le rêve. Et on continue à suivre, inlassablement, le même chemin que Toru. 
Murakami décrit aussi bien le plus doux des moments comme il parvient à décrire les pires atrocités. Romans où les personnages sont tous fondamentalement seuls et où chacun d'entre eux tente de survivre de manière différente. Ils veulent tous s'en sortir, quitter leur solitude. 
Non seulement la plume de Murakami est exceptionnelle mais son intrigue part dans tous les sens pour, au final, se rejoindre dans une apothéose rarement égalée. 
Du pur bonheur littéraire. 

Extrait: "De la fin de cet étrange été jusqu'à l'arrivée de l'hiver, aucun changement notable ne se produisit dans ma vie. Les jours s'écoulaient paisiblement, de l'aube au crépuscule. En septembre, il y eut beaucoup de pluie, et en novembre, quelques journées d'une chaleur estivale. Mais, mis à part les variations météorologiques, chaque jour était semblable à la veille. Suivant une immuable routine, j'allais à la piscine, nageais plusieurs longueurs, me préparais des repas équilibrés. Bref, je me concentrais uniquement sur des tâches concrètes et bien réelles. Malgré cela, un sentiment profond de solitude m'assaillait par moments. L'eau que je buvais, l'air que je respirais me transperçaient de longues pointes acérées comme autant de lames de poignards, elles en avaient l'éclat métallique. A l'heure la plus calme, vers quatre heure du matin, je pouvais entendre distinctement pousser à petit bruit les racines de ma solitude."