mercredi 20 septembre 2017

"The Whites" de Richard Price.

"The Whites" de Richard Price.
Ed. Bloombury 2015. Page 333.

Résumé: Milieu des années quatre-vingt-dix. Le jeune Billy Graves est flic au sein d'une brigade anticriminalité de l'un des pires districts du Bronx. Il fait partie d'un groupe de policiers prometteurs, les Wild Geese, et une carrière brillante lui semble assurée. Jusqu'au jour où il tire accidentellement sur un gamin. L'affaire, fortement médiatisée, lui vaut d'être mis au placard quelque temps.
Aujourd'hui, Billy est devenu chef d'une équipe de nuit du NYPD. Son quotidien : sillonner les rues de New York, de Wall Street à Harlem, pour en assurer la sécurité, même s'il sait que certains criminels passeront toujours au travers des mailles du filet. Ces derniers, il les surnomme les « whites », ceux qui s'en sortent blancs comme neige. Chaque policier en a un qui l'obsède.
Puis vient un appel qui change tout : un meurtre a eu lieu à Penn Station. Et la victime n'est autre que le white d'un de ses anciens coéquipiers. Lorsqu'un autre white est assassiné, Billy commence à s'interroger : quelqu'un serait-il en train de régler ses comptes ? Et qui est cet homme qui, soudainement, paraît s'intéresser à sa femme et à ses enfants, au point de les suivre en filature ?

La 7 de la page 7: "As he stepped back to brush the ash off his sport jacket, his cell rang: Rollie the Wheel." 

Avec "The Whites", Richard Price nous offre un polar très sombre et très dur. On entre dans un monde de noirceur et on en redemande. On s'attache assez vite au personnage de Billy. Il nous plait car c'est un homme qui porte ses cicatrices avec humilité. Mais cela vaut pour tous les personnages de "The Whites". Ils sont blindés de blessures mais continuent leur vie, "normalement". Jusqu'au moment où l'équilibre se rompt. La tension monte au fur et à mesure et on ne peut qu'être témoins, impuissants, de la tragédie en préparation. 
On suit la vie de ces inspecteurs dont le quotidien est d'une dureté sans nom. Mais on sait aussi que la ligne a été franchie. On ne peut revenir en arrière. 
Price joue avec les limites de "bon" et de "méchant". Chacun maintient ses cartes près de sa poitrine, se dévoilant sans jamais avouer. La différence entre le bien et le mal devient de plus en plus ténue. 
Et c'est avec étonnement qu'on assiste au dénouement de ce polar bien ficelé. Price nous emmène là où on ne s'y attendait pas. Un très bon roman qui se laisse lire avec une facilité déconcertante. 

Extrait: "And no, my son isn't going to apologize to that little shit, and no, we're not going to pay for those glasses. But you know whu should? You and this whole goddamn school, because what happened yesterday is all your fault. You put on this stupid, boring show about the planets, all these poor kids has to come out and say "Hello I am Saturn". And you know, you know, one poor kid has to come out and say "Hello, I am Uranus". Jesus Christ, you're a shrink, do you know how humiliating that is?
 

"A Knight of the Seven Kingdoms" de George R.R. Martin

" A Knight of the Seven Kingdoms" de George R.R. Martin
Ed. Harper Voyager 2017. pages 355.

Résumé: Taking place nearly a century before the events of A Game of Thrones, A Knight of the Seven Kingdoms compiles the first three official prequel novellas to George R. R. Martin’s ongoing masterwork, A Song of Ice and Fire. These never-before-collected adventures recount an age when the Targaryen line still holds the Iron Throne, and the memory of the last dragon has not yet passed from living consciousness.
Before Tyrion Lannister and Podrick Payne, there was Dunk and Egg. A young, naïve but ultimately courageous hedge knight, Ser Duncan the Tall towers above his rivals—in stature if not experience. Tagging along is his diminutive squire, a boy called Egg—whose true name (hidden from all he and Dunk encounter) is Aegon Targaryen. Though more improbable heroes may not be found in all of Westeros, great destinies lay ahead for these two . . . as do powerful foes, royal intrigue, and outrageous exploits.

La 7 de la page 7: "I could ride him as well as you, he said, bold as you please."

En tant que grande fan du "Trône de Fer", il fallait bien que je retourne ronger mon frein à Westeros le temps que Martin se décide a, enfin, nous livrer son "Winds of Winter". Je me suis donc ruée sur "A Knight of the Seven Kingdoms". Un siècle avant les événements de "Game Of Thrones", nous voilà en compagnie de Dunk et Egg pour trois nouvelles dont ils sont les héros. 
Alors comme toujours, la plume de Martin est particulièrement efficace mais il faut bien avouer que ce livre a été lu plus par dépit que par réelle envie. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas écrit, "A Knight of the Seven Kingdoms" est un très bon roman de fantasy. Mais ce n'est pas "Game of Thrones" et c'est là que réside la seule critique que l'on peut réellement faire à ce roman.  On en veut plus. Mais il reste très intéressant de retrouver un endroit connu. Un petit plaisir non dissimulé à savoir que dans un siècle, un joyeux remue-ménage (et méninges) va avoir lieu. 
Personnellement, je me suis plus attachée à Egg qu'à Dunk. Targaryen un jour... Un bon moment de lecture en attendant la suite des aventures de Westeros. 

Extrait: "A hedge knight  must hold tight to his pride. Without it, he was no more than a swellsword. I must earn my place in that company. If I fight well, some lord may take me into his household. I will ride in noble company then, and eat fresh meat every night in a castle hall, and raise my own pavillion at tourneys. But first I must do well. Reluctantlly, he turned his back on the tourney grounds and led his horses into the trees." 

"Miss Peregrine et les enfants particuliers: La Bibliothèque des âmes" de Ransom Riggs

"Miss Peregrine et les enfants particuliers: La Bibliothèque des âmes" de Ransom Riggs.
Ed. Bayard Jeunesse 2016. Pages 582.
Titre Original: "Library of Souls"

Résumé: Dans le Londres d'aujourd'hui, Jacob Portman et Emma Bloom se lancent à la recherche de leurs amis enlevés par les Estres. Ils retrouvent leur trace grâce au flair aiguisé d'Addison, l'illustre chien particulier doué de parole. Bientôt, au bord de la Tamise, ils font la connaissance de Sharon, un géant bourru qui, moyennant une pièce d'or, propose de leur faire traverser le fleuve. Ils rejoignent ainsi l'Arpent du Diable, une boucle temporelle à la réputation effroyable où séjournent les particuliers les moins recommandables, où pirates et malfaiteurs commettent leurs forfaits en toute impunité.
Jacob et Emma ne se sont pas trompés : l'ennemi a bien établi son QG dans l'Arpent, derrière les murs d'une forteresse imprenable...

La 7 de la page 7: "Soudain, le creux a pivoté pour me faire face."

Le premier tome m'avait totalement hypnotisée et le deuxième un peu déçue. J'espérais donc un feu d'artifice pour le tome de fin, pour la conclusion. Et j'ai continué dans ma déception. Je me suis demandée pendant tout le roman où Riggs voulait m'emmener. Et je me suis retrouvée exactement là où je n'avais aucune envie d'être. Dans une fin prévisible et bâclée. Et c'est vraiment dommage. J'en attendais beaucoup, peut-être trop, sans doute. Mais je ne me suis pas retrouvée avec la même excitation que celle du premier tome. Les enfants particuliers sont partis, sans moi, à la recherche de leurs amis et de Miss Peregrine. Riggs m'a donné l'impression de ne pas réellement se décider de la manière dont il voulait terminer sa saga. Et du coup, on se retrouve avec une fin mièvre au possible. D'accord c'est un roman jeunesse mais une fin aussi guimauve a été la goutte d'eau. Une très grosse déception. 

Extrait:  "Avant de nous embarquer, Sharon a ôté six rats frétillants de sous sa cape d'un geste théâtral. Apparemment, un voyage sans vermine était un luxe réservé aux particuliers importants, et il nous rangeait dans cette catégorie."

"Le crime du comte Neville" de Amélie Nothomb

"Le crime du comte Neville" de Amélie Nothomb
Ed. Le Livre de Poche 2017. Pages 149.

Résumé: « Ce qui est monstrueux n'est pas nécessairement indigne. »

La 7 de la page 7: "Sans cette prédiction de dernière minute, Neville aurait réservé à cet instant un trésor d'effusion." 

Avec "Le crime du comte Neville", Amélie Nothomb nous offre une critique acérée du milieu nobiliaire dont elle est issue. Les codes y sont décortiqués et appliqués à chacun des personnages. Si on a une référence, lointaine, à Oscar Wilde, c'est bien un roman de Nothomb que le lecteur tient en main. Le ton est souvent léger alors que les propos sont très loin d'être drôles. La famille Neville est une de ces familles dont la richesse n'est plus qu'apparence. Désargentée, la famille vivote comme elle peut. Le père, le comte de Neville se voit faire une prémonition. Il tente alors tout ce qu'il est possible pour contrecarrer cette prophétie. Il oublie que ce n'est pas nous qui conduisons notre destin. Que ce qui est écrit est irrémédiable. Avec ce roman, Nothomb allie le drôle et le pathétique avec souplesse et dextérité. Un seul bémol, heureusement que le roman est court car il n'aurait probablement pas tenu sur la longueur. 

Extrait: "Ce n'était pas un hasard si la garden-party du pluvier constituait le plus important événement mondain des Ardennes belges depuis si longtemps: pendant un dimanche après-midi, il devenait possible de croire que l'on appartenait à un milieu chimérique qui méritait le nom de noblesse que le vers sublime "Ô Saison, Ô château" avait un sens que la vie consistait en une danse pleine d'élégance avec de belles dames mystérieuses dont les pieds menus effleuraient à peine l'herbe des jardins." 

"Carnaval" de Ray Celestin

"Carnaval" de Ray Celestin
Ed. 10/18 2016. Pages 523.
Titre Original: "The Axeman's Jazz"

Résumé: Au coeur du Sud profond, La Nouvelle-Orléans, construite sur des marécages en dessous du niveau de la mer, a toujours été aux prises avec tornades, inondations et épidémies de toutes sortes. La nature du sol en fait une cité qui s'affaisse, où les morts ne peuvent être enterrés. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais. Nombre de menaces ont toujours plané au-dessus de la ville. Et pourtant...
Lorsqu'en 1919 un tueur en série s'attaque à ses habitants en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot, la panique gagne peu à peu. On évoque le vaudou. Les victimes étant siciliennes, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l'agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D'Andrea, vont tenter de résoudre l'affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets... Alors qu'un ouragan s'approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

La 7 de la page 7: "La masse des fêtards prit le chemin de la maison où s'était tenue la veillée." 

Le lecteur entre dans "Carnaval" suivi de notes de jazz, d'odeurs de cuisine créole mais aussi de violences suivies de ce sentiment de désastre imminent. Et il n'est pas déçu. La tension monte au fur et à mesure, bien dosée afin de ne pas étouffer le lecteur. Les meurtre s'enchaînent mais pourtant ce ne sont pas eux qui attirent le plus l'attention du lecteur. Parce que "Carnaval", au-delà du thriller, est un roman d'amour à la Louisiane. Le lecteur traîne des pieds dans les quartiers sombres, s'arrête deux minutes pour écouter aux portes, dodeline de la tête au son du jazz s'échappant des portes de bar entrouvertes. Si l'ambiance est particulièrement réussie, il faut mettre en évidence le talent de Celestin à nous offrir des personnages riches et intéressants. Ils sont bien construits et nous donnent envie de les connaître, de les laisser s'épancher sur notre épaule afin d'écouter leurs malheurs. Le lecteur est bercé dans une ambiance parfois malsaine, il est mal à l'aise car ces quartiers sont devenus les siens. La peur rôde et s'empare du lecteur qui ne demandait rien de plus que de continuer sa balade dans la Nouvelle Orléans. Un voyage dans l'espace mais surtout un voyage dans le temps où il est confronté aux inégalités raciales qui sont toujours, malheureusement, d'actualité dans une Amérique qui pose plus de questions qu'elle n'offre de réponses. 
Musique, magie, sorcellerie, violence, menace... Le lecteur en a pour son argent. Un excellent roman. 

Extrait: "Je vais te dire comment je vois le monde, fiston. Le tueur à la hache, c'est un mystère. Un truc avec une pièce qui manque et, que personne arrive à expliquer. Et dans nos têtes, on aime pas les pièces qui manquent. Alors, quand on voit ça, on remplace la pièce manquante par quelque chose. Ce quelque chose, c'est ce qu'on a dans un recoin de notre esprit et qui nous fait peur." 

"God's Pocket" de Pete Dexter

"God's Pocket" de Pete Dexter.
Ed. Points 2003. Pages 380.

Résumé: Philadelphie, quartier de God's Pocket. Leon Hubbard meurt sur un chantier. Un peu trop vantard, la lame de rasoir toujours à portée de main, il a provoqué une fois de trop un de ses collègues. Version officielle : accident du travail. Personne n'y croit. L'affaire prend de l'ampleur et la mafia s'en mêle. Richard Shellburn, journaliste de faits divers, décide de mener l'enquête.

La 7 de la page 7: "La fête avait lieu chez un juge du tribunal de la route en partance pour Holmesburg Prison, condamné à une peine de un à trois ans pour corruption et détournement de fonds." 

"God's Pocket" est un roman noir dans la lignée pure de la tradition américaine. On sombre dans la violence quotidienne de ces personnages fondamentalement humains. Ils ont, chacun, leurs défauts, leurs qualités, leurs failles. Dexter s'engouffre dans leurs blessures sans jamais les juger, sans jamais permettre à son lecteur de se détacher d'eux. L'intrigue est tellement bien construite que le lecteur aime à flâner dans cette Philadelphie sombre et triste. Et pourtant si vivante. Parfois, l'intrigue s'efface pour laisser place aux personnages charismatiques et souvent pathétiques mais toujours touchants, respirant la vie. Vous ne trouverez pas de "gentil" ou de "méchant" dans ce roman. Dexter nous peint un tableau magnifique de la nature humaine dans ce qu'elle a de pire, de meilleur et surtout de banal. 
L'écriture est magistralement maîtrisée et le style est posé, laissant le lecteur aller à son rythme, sans le forcer à quoi que ce soit. "God's Pocket" est un excellent roman qui devrait se trouver dans toutes les bibliothèques. 

Extrait: "La veille du sermon, Shellburn avait publié un article où il comparait l'arrivée du nouveau journalisme à celle des Charlie Piscoli dans le crime organisé, se demandant s'il existait encore une échelle de valeurs. En parallèle avec l'histoire du journalisme, il dressait le portrait du crime organisé de Philadelphie jusqu'à l'assassinat d'Angelo Bruno, cette décharge de chevrotine qui avait réduit à néant tout l'ordre, la dignité et la discipline qui régissait jusqu'alors le crime organisé."
 

dimanche 20 août 2017

"Les corps de verre" de Erik Axl Sund

"Les corps de verre" de Erik Axl Sund
Ed. Actes Sud 2015.Pages 422.
Titre Original: "Glaskroppar"

Résumé: Un peu partout en Suède, des jeunes mettent fin à leur vie. Une vague de suicides décidément étrange : chaque fois, les procédés choisis sont déroutants, les mises en scène horriblement méticuleuses… On charge l’inspecteur Jens Hurtig d’enquêter.
Bientôt la police découvre qu’au moment de passer à l’acte les victimes écoutaient une cassette, une mixtape unique créée pour l’occasion par un obscur musicien underground.

La 7 de la page 7: "Hurtig rit." 

Ma dernière rencontre avec les auteurs des "Corps de Verre" s'était assez mal terminée. J'avais terminé le deuxième tome de la saga Victoria Bergman avec la ferme intention de ne pas lire le troisième. Mais ici, il faut bien avouer que le quatrième de couverture m'a assez intriguée pour que je retourne vers eux. Et je ne le regrette absolument pas. "Les corps de verre" est un livre difficilement classable. On le mettrait avec aisance dans la catégorie thriller et pourtant, ce n'en est pas vraiment un. Certes, les codes sont bien ceux du thriller mais l'ambiance, en elle-même, est totalement maîtrisée. Et quelle ambiance... La noirceur de ce roman est exceptionnellement réussie. On entre dans une mélancolie noire. Si il y a beaucoup de personnages, on s'habitue vite à eux et on parvient à comprendre les tenants et les aboutissants sans aucun problème. Tout prend sens au moment voulu. Au fur et à mesure des pages, on se laisse envahir par la noirceur de ce texte quasi envoûtant. Les pages défilent à une vitesse déconcertante avec fluidité. Par contre, la fin est bâclée. Elle est bien trop alambiquée pour qu'on puisse vraiment y croire. Et cela est bien dommage. Mais au-delà de cette fin, l'ambiance en elle-même vaut bien la peine de s'attarder pour un temps dans ce roman dont la noirceur est presque le thème principal. 

Extrait: "Avec l'héroïne, ça a été le coup de foudre immédiat. Elle l'a séduit et est devenue sa camarade de jeu. Désormais, c'est un monstre qui le dévore de l'intérieur. Il va aux toilettes chercher une bande de gaze qu'il serre fort autour de son bras avant d'aller s'asseoir dans le canapé du séjour. La plénitude l'envahit. mais il sait que la sensation est fugace. Putain de bordel de merde. Quand toutes les portes sont closes et qu'on a aucune clé, alors on a le droit d'abandonner. A quoi bon proposer à l'adversaire de jouer la revanche, si la disposition de l'échiquier indique clairement que la partie est perdue d'avance?" 

"Joyland" de Stephen king

"Joyland" de Stephen King
Ed. Le Livre de Poche 2016. Pages 400.

Résumé: Après une rupture sentimentale, Devin Jones, 21 ans, débarque l’été 1973 à Joyland, petit parc d’attraction sur le littoral de la Caroline du Nord. Il est embauché avec d’autres étudiants pour compléter l’équipe de forains, à la fois étrange et joyeuse. Sa rencontre avec un petit garçon doué de voyance, atteint d’une maladie grave, et surtout de sa mère, va changer la vie de Devin. Obsédé par le mystère du train fantôme soi-disant hanté par le spectre d’une femme égorgée 4 ans auparavant, le jeune homme se lance dans l’enquête. Un nouveau meurtre est-il possible ? Parviendra-t-il à l’éviter ? Une chose est sûre, l’aventure le changera à jamais...

La 7 de la page 7: "Sauf que j'avais prévu de passer au moins une partie de cette semaine-là avec Wendy." 

Amateurs de l'horreur, de l'épouvante, du sanglant et du frisson, ce livre est... Non ce livre n'est absolument pas fait pour vous. Si vous vous attendez à un King qui vous en met plein la vue avec de l'hémoglobine dégoulinante et des monstres cachés dans des placards, vous risquez d'être copieusement déçu. Si il y a bien une base de surnaturel dans ce roman, King nous offre ici un récit de vie comme il sait tellement bien le faire. Devin ne va pas être confronté à des bêtes immondes sorties d'un monde innommable, non, Devin va être confronté au démon le plus coriace qu'il est jamais donné de rencontrer; la vie elle-même. Je sais que cela peut faire pompeux comme présentation mais c'est pourtant le cas. "Joyland" est l'histoire d'un été où tout s'est mal passé et où pourtant tout ce qui devait se passer est arrivé. Empreint d'une mélancolie efficace, ce roman se laisse lire comme on boit un bon vin. Tempéré, il se laisse respirer pour fondre sous nos papilles de lecteurs. Devin est en quête mais il ne le sait pas. Devin construit l'homme qu'il deviendra sans s'en rendre compte. Bien sûr il y a bien une histoire de fantôme et de tueur en série, King ne serait plus King sans cela. Mais ce récit là n'est que prétexte. King nous emmène à Joyland. On y sent les odeurs, le vent nous ébouriffe les cheveux et jamais on ne voudrait partir. Un roman qu'on ne peut lâcher, avides inexorablement de connaître la fin de la quête de Devin. Un King en douceur et en subtilité. Un King qui a mûrit et qui nous donne le meilleur de sa récolte. 

Extrait: "L'écriteau en coquillages avait disparu du porche de la grande maison grise de Heaven's Bay. Mrs Shoplaw avait fait le plein de pensionnaires pour l'été et j'ai béni intérieurement Lane hardy de m'avoir fait penser à réserver un logement à l'avance. La troupe de saisonniers de Joyland était arrivée et il ne restait pas une chambre libre en ville." 
 

"Last Call" de Alex Barclay

"Last Call" de Alex Barclay
Ed. Michel Lafon 2007. Pages 302.
Titre Original: "The Caller"

Résumé: Il entre chez ses victimes sans effraction. À croire qu'elles lui ouvrent la porte avec un sourire et lui offrent un café avant de finir le crâne défoncé, le visage mutilé, un téléphone à la main. À qui font-elles suffisamment confiance pour oublier les verrous, les digicodes et les caméras de sécurité, sinon à un maître des faux-semblants ? L'inspecteur Joe Lucchesi, du département de la police de New York, est chargé de diriger l'enquête. Mais cette affaire ravive chez lui des blessures encore béantes : une fois, déjà, il a permis à un monstre de s'introduire dans son intimité, de meurtrir sa femme et son fils. Face au Visiteur, comme la presse surnomme le tueur qui terrifie les New-Yorkais, Joe Lucchesi n'a pas le droit de baisser la garde.

La 7 de la page 7: "Du tofu." 

Le premier bon point de "Last Call" c'est qu'il ne fait pas partie de ces thrillers où il faut quatre-vingts pages d'introduction pour que l'action commence. Ici, on ne se pose pas de question, on entre directement dans le vif du sujet. 
Le style est assez plaisant et il est agréable de se laisser porter par ce thriller accessible et sans fioriture. Bien sûr, ce serait mentir que de dire que "Last Call" bouleverse les règles du thriller et nous offre une remise en question littéraire monumentale. Non... "Last Call" est un thriller sans prétention qui nous sert une intrigue efficace sans pour autant être totalement originale. 
Les personnages sont bien en place, l'intrigue est agréable et le lecteur se laisse porter, tranquillement. Que demander de plus par une journée pluvieuse? 

Extrait: "La pièce, de deux mètres cinquante sur trois, était dépourvue de fenêtres. De faibles rais de lumières s'allongeaient entre les barreaux qui coupaient le mur, du sol au plafond. La petite télévision montée sur une étagère noire à l'extérieur grésillait à plein volume. Sur un plateau, près de la porte, gisaient les reliefs racornis d'un repas carbonisé."

"13 Reasons Why" de Jay Asher

"13 Reasons Why" de Jay Asher
Ed. Albin Michel 2017. Pages 287.

Résumé: 
Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu'elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D'abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l'oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer...

La 7 de la page 7: "Hannah Baker s'est suicidée." 

On ne va pas se mentir, oui j'avais regardé la série de Netflix avant de lire le roman. Je sais. C'est mal. Donc oui, je connaissais déjà l'histoire et je savais ce qui avait poussé Hannah à commettre l'irréparable. Et oui, j'avais beaucoup aimé la série même si je regrettais la lenteur accablante de Clay à écouter ces cassettes. Déjà premier point positif du livre: il les écoute en une seule et unique nuit. Comportement bien plus logique que celui du Clay télévisuel. Et c'est la seule réelle comparaison qu'on puisse faire entre le livre et la série. On est en présence de deux oeuvres différentes qui n'ont pas la même destination.  Si les raisons du suicide d'Hannah restent les mêmes, le récit est différemment délivré. Dans ce roman, Hannah peut sembler être beaucoup trop fragile pour ce monde. Et parfois, on se dit qu'elle devrait peut-être un peu se détendre. Et on réagit comme ceux qui n'ont rien fait pour elle en pensant que parfois, elle exagère quand même un peu et que le monde ne tourne pas uniquement autour d'elle. Or autour de quoi d'autre le monde tourne-t-il quand on a 17 ans? Qui est le vrai "héro" de ce roman? Hannah ou Clay? Si on assiste à la descente aux enfers de Hannah, on est également témoin de la détresse de Clay, impuissant devant la tragédie qui s'est déjà produite. Témoin involontaire des "détails" qui mèneront Hannah au suicide, nous aussi, nous sommes spectateurs d'un désastre qui s'est déjà produit. On en vient à s'impliquer dans l'histoire d'Hannah, à lui en vouloir parfois de ne pas avoir eu assez confiance en certains et trop en d'autres. Mais peut-on pourtant crier au génie de l'auteur? Peut-on réellement dire que ce roman est particulièrement réussi. Oui et non. D'abord non. Parce qu'il faut bien avouer que l'auteur n'a pas inventé grand chose. Le style est plutôt basique et la lecture parfois monotone. Et pourtant oui. Oui parce qu'il aborde un sujet particulièrement délicat et que ce sujet là mérite bien un roman coup de poing: Elle est morte. Vous ne pourrez rien y changer. Maintenant, lisez son histoire. Alors ce n'est pas le roman du siècle mais si il peut donner une impulsion par rapport à un sujet de société bien réel, je ne vois pas 13 raisons pourquoi ne pas le faire... 

Extrait: "Salut tout le monde. Ici Hannah Baker. En live stéréo. Je n'en crois pas mes oreilles. Il n'y aura pas d'autres dates. Pas de rappel. Et cette fois, aucune intervention du public. Non c'est impossible. Hannah Baker s'est suicidée. J'espère que vous êtes prêts, parce que je vais vous raconter l'histoire de ma vie. Ou plus exactement la raison pour laquelle elle s'est arrêtée. Et si vous êtes en train d'écouter les cassettes, c'est que vous êtes l'une des raisons." 

"Le secret de Crickley Hall" de James Herbert

"Le secret de Crickley Hall" de James Herbert
Ed. Milady 2011. Pages 764.
Titre Original: "The Secret of Crickley Hall"

Résumé: Crickley Hall : une vieille demeure comme on n en trouve que dans les régions reculées de l Angleterre. Vaste et sinistre, elle a même l air un peu menaçant.
Lorsque Gabe et Eve Caleigh viennent s y installer avec leurs deux petites filles, ils espèrent y trouver la paix, et tourner la page sur le terrible malheur qui a frappé leur famille.
Mais quelque chose ne va pas... Bientôt des bruits inexplicables les arrachent au sommeil. Les enfants sont les seuls témoins d étranges apparitions. Et, chaque matin, la porte de la cave est entrouverte alors qu on l avait fermée la veille.
Cette maison est le dernier endroit que les Caleigh auraient dû choisir. L'horreur qui les y attend dépasse tout ce qu ils pouvaient imaginer.
Oserez-vous affronter le terrifiant secret de Crickley Hall ?

La 7 de la page 7: "Gabe gratifia le chien, désormais alerte, d'un léger signe du menton vers le haut, comme un hochement d'approbation inversé." 

Si "Le secret de Crickley Hall" est désigné comme un thriller, il a plutôt sa place dans la catégorie horreur/épouvante. Tout y est: les codes, l'ambiance, les personnages, la maison... 
Malheureusement, ce roman est lent. Mais vraiment lent. L'intrigue met du temps à réellement s'installer et une fois que le récit s'emballe, on est presque déjà passé à autre chose. La tension est montée, certes, mais le temps qu'elle nous atteigne, on ne peut plus être surpris par ce récit. 
Et au-delà de cette lenteur accablante, il y a un autre problème beaucoup plus ennuyeux. Cette histoire tombe dans les clichés pratiquement dès la première page. Une famille qui vient de subir un drame déménage dans une maison inquiétante où leur entourage est mystérieux. Comme on dit en anglais: "Been There. Done That." 
On a aucun mal à voir où Herbert tente de nous emmener. On y a déjà été. Plusieurs fois. Et il n'y a pas ce petit quelque chose en plus qui aurait pu faire une différence. Une vraie déception. 

Extrait: "Cette nuit-là, ils dormirent tous ensemble, les filles blotties entre Gabe et Eve. A la différence que, cette fois, Chester refusait de quitter la cuisine où Gabe avait été contraint de le faire rentrer à cause de la pluie. Chester avait opposé une farouche résistance lorsque Gabe avait tiré sur son collier, répondant aux tentatives de son maître pour l'amadouer par des gémissements, la queue basse. En dépit des supplications de Gabe, le bâtard était resté collé à la porte qui donnait sur le jardin; là, il s'était recroquevillé, les yeux emplis d'une terreur qu'il était seul à comprendre." 

"La mémoire du sang" de Greg Iles

"La mémoire du sang" de Greg Iles
Ed. France Loisirs 2006. Pages 699.
Titre original: "Blood Memory"

Résumé: Cat Ferry est dentiste, spécialisée en médecine légale. Maniaco-dépressive, en proie à d'affreux cauchemars, elle noie ses démons dans l'alcool. Appelée à La Nouvelle-Orléans auprès du corps couvert de morsures de la énième victime d'un tueur en série, Cat s'effondre, prise d'une attaque de panique. Elle est immédiatement écartée de l'enquête. De retour dans la propriété de son enfance, au cœur du Mississippi, elle répand par mégarde dans sa chambre de petite fille l'un de ses produits chimiques, qui fait apparaître d'anciennes traces de sang. Il y a vingt ans, son père a été mystérieusement assassiné. Cat, frappée de mutisme à la suite du drame, a tout oublié. Mais, tandis qu'elle recompose le puzzle de son enfance, elle y découvre un lien avec la série de meurtres de La Nouvelle-Orléans... Une anti-héroïne perdue et fascinante, une intrigue implacable, un suspense incroyablement rythmé : du pur concentré de thriller, signé par un grand nom du genre.

La 7 de la page 7: "Anatomie, hématologie, histologie, biochimie, tout ce qu'une enquête peut requérir." 

En commençant "La Mémoire du sang" j'ai eu un sentiment mitigé. Le texte est particulièrement froid et le principal personnage est dans la même mouvance. Le côté "femme forte et tourmentée" est présenté de telle manière que cela m'a directement dérangée. Une certaine antipathie pour le personnage de Cat s'est alors installée. Et à partir de là, j'ai eu énormément de mal à m'intégrer dans cette histoire. Et pourtant...Même si les débuts sont réellement chaotiques en ce qui me concerne, le personnage de Malik va changer la donne. Grâce à lui, on commence à entrevoir un peu d'épaisseur dans cette intrigue. Iles commence alors à aborder des sujets plus durs et donne à Cat une ampleur plus humaine. L'intrigue décolle et le doute s'installe. Il est dommage de devoir attendre si longtemps pour s'intéresser à cette histoire mais, au final, cela en vaut la peine. On en vient à douter de tous et de tout. Même de Cat. On entre dans le psychologique et il devient quasi impossible de s'en défaire. Un avis qui n'est donc pas si mitigé que cela. Une bonne histoire un peu difficile à appréhender au départ mais qui nous donne un agréable moment de lecture. 

Extrait: "On quitte un endroit quand on est jeune, sans savoir pourquoi, seulement parce qu'on doit s'en échapper." 
 

"L'Eventreur de Pékin" de Peter May

"L'Eventreur de Pékin" de Peter May
Ed. France Loisirs 2006. Pages 474.
Titre Original: "Chinese Whispers"

Résumé: " Qian ouvrit le tiroir supérieur de son bureau et en sortit une chemise A4 en plastique.
A l'intérieur était glissée une feuille dépliée. Il la remit à Li, puis se retira près de la fenêtre pour respirer un peu d'air frais. Li reconnut les caractères peu soignés, à l'encre rouge : Je vous envoie la moitié du rein que j'ai pris sur une femme. Conservé pour vous. L'autre morceau, je l'ai frit et mangé. " L'inspecteur Li Yan sait qu'il a en face de lui un redoutable adversaire. Celui qui se surnomme " l'éventreur de Pékin " a déjà exécuté plusieurs victimes chinoises, les laissant affreusement mutilées : la gorge coupée, le visage tailladé, les organes vitaux extraits et placés dans ce qui s'avère être une mise en scène extrêmement réfléchie.
Tout va se précipiter lorsqu'une scientifique américaine se livrant à des expériences sur un nouveau procédé de détection du mensonge est assassinée à son tour. Li découvre alors que le meurtrier lui en veut personnellement et cherche à le détruire. La situation devient vite infernale aussi bien pour lui que pour sa compagne, le docteur Margaret Campbell.

La 7 de la page 7: "Elle n'avait pas de véritables revenus personnels en dehors de l'argent que lui rapportaient les quelques conférences données à l'université de la Sécurité publique." 

En ouvrant "L'Eventreur de Pékin", je ne savais pas trop à quoi m'attendre et au final, heureusement que je ne m'attendais pas trop. En gros, c'est l'histoire de Jack L'Eventreur mais en Chine. Pas de surprise donc si on connaît l'histoire du tueur en série anglais. Pas d'enthousiasme non plus. Le récit est truffé de références et on se demande comment les inspecteurs peuvent encore être surpris de leur enquête. Le lecteur se doute de ce qui va suivre et soupire parfois de la lenteur de ces inspecteurs qui restent en première tout le long du roman. On se doute d'où May veut nous emmener et c'est bien dommage. Ce livre est beaucoup trop prévisible pour qu'on y prenne vraiment plaisir. Ce qui "sauve" partiellement ce roman est sans doute l'immersion dans la culture chinoise. Mais c'est vraiment pour mettre en avant un point positif du roman. Pas d'explosion. Pas de rebondissement. Une écriture un peu froide et une fin qui laisse vraiment à désirer. Une grosse déception. 

Extrait: "Détectant quelque chose dans sa voix, elle lui lança un rapide coup d’œil, mais ne dit rien. Elle savait que s'il voulait parler, il le ferait. Elle cassa un œuf sur la crêpe, l'étala, et le saupoudra de graines avant de badigeonner le tout de sauces épicées appétissantes. Elle avait les doigts rougis et irrités par le froid." 

"Antéchrista" de Amélie Nothomb

"Antéchrista" de Amélie Nothomb.
Ed. Le Livre de Poche 2016. Pages 160.

Résumé: Avoir pour amie la fille la plus admirée de la fac, belle, séduisante, brillante, enjouée, audacieuse ? Lorsque Christa se tourne vers elle, la timide et solitaire Blanche n'en revient pas de ce bonheur presque écrasant.
Elle n'hésite pas à tout lui donner, et elle commence par l'installer chez elle pour lui épargner de longs trajets en train. Blanche va très vite comprendre dans quel piège redoutable elle est tombée. Car sa nouvelle amie se révèle une inquiétante manipulatrice qui a besoin de s'affirmer en torturant une victime. Au point que Blanche sera amenée à choisir : se laisser anéantir, ou se défendre. 

La 7 de la page 7: "Le lendemain, au prix d'un courage sans précédent, j'en parlais à Christa: si tu veux,  les lundis soir, tu pourrais loger chez moi." 

Comme quoi, tout arrive: j'ai vraiment aimé "Antéchrista" de Amélie Nothomb. N'étant pas très fan de l'auteure, j'ai toujours eu du mal à m'impliquer dans ses romans. C'est donc avec scepticisme que j'ai ouvert "Antéchrista". Mais c'est avec le sourire que je l'ai fermé. Parce que, pour une fois, oui, j'ai apprécié ma lecture. La relation malsaine qui se développe entre Christa et Blanche est correctement maîtrisée. La mesure est présente dans le texte de l'auteur, qui, pour une fois, n'en fait pas des caisses. Christa est une sale peste et il faut impérativement que Blanche s'en débarrasse. Facile. Efficace. Que demander de plus? L'écriture est fluide et agréable et le texte assez court. Ce qui permet de le lire d'une seule traite. Un bon moment de lecture. 

Extrait: "Le premier jour, je la vis sourire. Aussitôt, je voulus la connaître. Je savais bien que je ne la connaîtrais pas. Aller vers elle, je n'en étais pas capable. J'attendais toujours que les autres m'abordent; personne ne venant jamais. C'était ça l'université: croire que l'on allait s'ouvrir sur l'univers et ne rencontrer personne."  

"Stupeur et tremblements" de Amélie Nothomb

"Stupeur et Tremblements" de Amélie Nothomb.
Ed. Le Livre de Poche 2016. Pages 186.

Résumé:Au début des années 90, la narratrice est embauchée par Yumimoto, une puissante firme japonaise. Elle va découvrir à ses dépens l'implacable rigueur de l'autorité d'entreprise, en même temps que les codes de conduite, incompréhensibles au profane, qui gouvernent la vie, sociale au pays du Soleil levant. D'erreurs en maladresses et en échecs, commence alors pour elle, comme dans un mauvais rêve, la descente inexorable dans les degrés de la hiérarchie, jusqu'au rang de surveillante des toilettes, celui de l'humiliation dernière.

La 7 de la page 7: "Mademoiselle Mori mesurait au moins un mètre quatre-vingts, taille que peu d'hommes japonais atteignent." 

Je suis Belge et pourtant, je dois bien avouer que les récits d'Amélie Nothomb, auteure majeure de mon pays ont le don de me plomber l'ambiance de mon week-end. Mais, dans une volonté de comprendre le "phénomène Nothomb" qui veut qu'on crie au génie à chaque fois qu'elle sort un nouveau roman. Donc me voilà, en compagnie de "Stupeur et Tremblements". 
Et je dois bien avouer que j'ai pas mal apprécié la lecture. Le style est fluide et assez agréable. On s'immerge dans cette entreprise japonaise en se demandant quand même quel est le problème exact de ce peuple, ce qui n'est pas, je pense, le but. Si le ton est humoristique, le récit est tout de même rempli de sadisme et d'humiliations assez volontaires. On se sent mal à l'aise en compagnie de ces personnages, tellement différents de notre culture et qu'il est fort difficile d'apprécier. Les méprisés du roman deviennent les héros du lecteur tandis que les bourreaux se transforment en monstres inqualifiables. Or, je ne pense vraiment pas que cela soit le but du roman. Peut-être est-il plus question de différences culturelles. Le plaisir de lecture n'est pas forcément constant mais on peut commencer à entrevoir les raisons du succès de Nothomb. Le livre est assez bon. Mais je ne suis toujours pas convaincue. 

Extrait:" J'eus envie de demander où était mon erreur, mais il était clair que mon chef ne tolérait pas les questions, comme l'avait prouvé sa réaction à mon investigation au sujet du destinataire. Il fallait donc que je trouve par moi-même quel langage tenir au mystérieux Adam Johnson."