jeudi 9 juin 2016

"Simetierre" de Stephen King


“Simetierre” de Stephen King
Ed. J’ai Lu 1998. Pages 571.
Titre Original: Pet Sematary”

Résumé: Louis Creed, un jeune médecin de Chicago, vient s'installer avec sa famille à Ludlow, charmante petite bourgade du Maine. Leur voisin, le vieux Jud Grandall, les emmène visiter le pittoresque vieux "simetierre" forestier où des générations successives d'enfants de la localité ont enterré leurs animaux familiers. Mais, au-delà de ce "simetierre", tout au fond de la forêt, il en est un second, et c'est un lieu imprégné de magie qui vous enjôle et vous séduit par de mystérieuses et monstrueuses promesses. Bientôt, le drame se noue, et l'on se retrouve happé dans un suspense cauchemardesque, tellement affreux que l'on voudrait s'arracher à cette lecture...

La 7 de la page 7: “Tu as…?”

Avec “Simetierre”, Stephen King touche à un sujet douloureux et qui est parlant pour la majorité des lecteurs: le deuil. Dans ce roman, il pose une question essentielle: jusqu’où seriez-vous capable d’aller pour retrouver les êtres qui ont disparus? Le cœur prédomine et la raison a disparu. Le protagoniste de King sait que ce qu’il tente est non seulement dangereux mais également totalement fou et contre-nature. Mais c’est son cœur qui a pris les manettes et qui décide de ses actions. C’est la douleur qui est son moteur. Il fait les mauvais choix car ses émotions sont les seules qu’il écoute. Le désespoir et le complexe de Dieu tout puissant donnent, ici, un roman exceptionnel. Avec “Simetierre”, le maître de l’épouvante signe un page-turner efficace basé sur la mythologie américaine. Un roman implacable et remarquablement écrit. King maîtrise son sujet du début à la fin. Un tout grand Stephen King.


Extrait: “Après cela, il n’y avait plus rien de lisible le long de deux cercles entiers, mais ensuite, alors qu’il était encore à bonne distance du centre, Louis découvrit une plaque de grès sur laquelle on avait maladroitement gravé une phrase qui disait : « HANNAH, LA MEILLEURE CHIENNE DE TOUS LES TEMPS, 1929-1939 ».
Bien sûr, le grès est une roche relativement tendre (en conséquence de quoi il ne subsistait d’ailleurs de l’inscription qu’un squelette), mais Louis n’en avait pas moins de mal à s’imaginer les trésors de patience qu’il avait fallu à un malheureux gamin pour tracer ces quelques mots dans la pierre. La charge d’amour et de désespoir que cela représentait lui paraissait immense ; c’était un monument comme aucun adulte n’en élèverait jamais à ses propres parents, ni même à un enfant mort en bas âge. »

"Si c'est un homme" de Primo Lévi.


“Si c’est un homme” de Primo Lévi.
Ed. Pocket 1999. Pages 315.
Titre Original: “Se questo è un Uomo”

Résumé: On est volontiers persuadé d'avoir lu beaucoup de choses à propos de l'holocauste, on est convaincu d'en savoir au moins autant.
Et, convenons-en avec une sincérité égale au sentiment de la honte, quelquefois, devant l'accumulation, on a envie de crier grâce. C'est que l'on n'a pas encore entendu Levi analyser la nature complexe de l'état du malheur. Peu l'on prouvé aussi bien que Levi, qui a l'air de nous retenir par les basques au bord du menaçant oubli : si la littérature n'est pas écrite pour rappeler les morts aux vivants, elle n'est que futilité.

La 7 de la page 7: “On nous fit alors monter dans des autocars qui nous conduisirent à la gare de Carpi.’”

S’engager dans la lecture d’un roman traitant d’un sujet aussi dur que la guerre et l’Holocauste n’est jamais une tâche très aisée. C’est d’autant plus difficile quand il s’agit d’un récit véritable, un récit témoignage. La ligne, parfois ténue, entre la réalité et la fiction s’efface totalement pour ne laisser que la consternation de l’horreur. Lévi a bien connu la guerre et a bien connu les camps. On est ici en plein témoignage d’un homme brisé par la guerre et par les atrocités innommables dont il a été victime. Et on plonge avec lui dans cette abomination historique. On serre les dents en tournant les pages. On en a presque la nausée à chaque phrase tellement ce récit est poignant, cruel et horrible. Le texte est implacable et continue à enfoncer le lecteur dans les méandres de l’Histoire. Un génocide préparé et exécuté avec calme et ordre. Un barème de l’horreur à chaque page dépassé. Un livre à lire et à conseiller pour que chacun se rende vraiment compte de l’horreur de cette guerre et de l’ignominie dont l’être humain est capable. “Si c’est un homme” est un chef d’œuvre de la littérature de guerre. “Si c’est un homme” est un chef d’œuvre tout simplement.

Extrait:”'J’ai donc touché le fond. On apprend vite en cas de besoin à effacer d'un coup d'éponge passé et futur. Au bout de quinze jours de Lager, je connais déjà la faim réglementaire, cette faim chronique que les hommes libres ne connaissent pas, qui fait rêver la nuit et s'installe dans toutes les parties de notre corps ; j'ai déjà appris à me prémunir contre le vol, et si je tombe sur une cuillère, une ficelle, un bouton que je puisse m'approprier sans être puni, je l'empoche et le considère à moi de plein droit. Déjà sont apparues sur mes pieds les plaies infectieuses qui ne guériront pas. Je pousse des wagons, je manie la pelle, je fond sous la pluie et je tremble dans le vent. Déjà mon corps n'est plus mon corps. J'ai le ventre enflé, les membres desséchés, le visage bouffi le matin et creusé le soir ; chez certains, la peau est devenue jaune, chez d'autres, grise ; quand nous restons trois ou quatre jours sans nous voir, nous avons du mal a nous reconnaître.”

mercredi 8 juin 2016

"L'Homme à l'envers" de Fred Vargas


“l’Homme à l’envers” de Fred Vargas.
Ed. J’ai Lu 2005. Pages 317.

Résumé: Réintroduire des loups dans le Mercantour, c’était une belle idée. Évidemment, on n’a pas tenu compte de l’opinion des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde. Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour de Saint-Victor ? Les superstitions ressurgissent, un bruit se propage : ce n’est pas une bête, c’est un homme, un loup-garou. Lorsque Suzanne est retrouvée égorgée, la rumeur devient certitude : les loups n’agressent pas les hommes. À Paris, devant sa télé, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Mercantour, d’autant plus intrigué qu’il a cru reconnaître Camille sur la place de Saint-Victor...

La 7 de la page 7: “Un solitaire rusé, cruel, s’approchant des villages où la nuit avec son cul bas sur ses pattes grises.”

Autant le premier volet des aventures de Adamsberg m’avait emballée, autant avec “L’Homme à l’envers” j’ai connu une intense déception. L’intrigue est trop simpliste et ne m’a pas permise de vraiment m’y intéresser. Je me suis fermement ennuyée. Du début à la fin. J’espère simplement que ce n’est qu’un faux-pas dans la saga Adamsberg  parce que je m’étais vraiment attachée au personnage. Cela ne m’empêchera pas de continuer mais il faut bien avouer, qu’en ce qui me concerne, ce volet est une très grosse déception.

Extrait: “Elle avança la main vers ce visage, avec la sensation angoissée qu'à son contact, quelque chose exploserait. La vitre épaisse, peut-être. Ou bien les cales insoupçonnées de cette mémoire, bourrées de vieux trucs en état de marche, qui attendaient, hypocrites, embusqués, défiant le temps. C'est à peu près ce qui se produisit, une longue déflagration, plus alarmante qu'agréable. Elle considéra tout ce fracas, et le fouillis stupéfiant échappé des basses cales de son propre navire. Elle voulut ranger, contenir, mettre de l'ordre. Mais, comme une part de Camille convoitait le désordre, elle renonça et s'allongea contre lui.

"Lestat, le vampire" de Anne Rice


“Lestat, le vampire” de Anne Rice
Ed. Pocket 1990. Pages 606.
Titre Original: “Lestat the Vampire”

Résumé: Un vampire libertin et impie qui ne croit ni à Dieu ni au diable ? Lestat de Lioncourt, benjamin d'une famille de hobereaux auvergnats minés, a été vampirisé dans sa vingtième année par un démon.
Deux siècles plus tard, en Californie, attiré des profondeurs de la terre par le climat dionysiaque qui règne dans le monde, il lance un défi aux puissances des ténèbres en jouant une musique à réveiller les morts... Avec Lestat le vampire, Anne Rice a créé une créature unique et a révolutionné la littérature fantastique. Du San Francisco d'aujourd'hui à la Bretagne druidique en passant par la Venise du XVe siècle et le Paris prérévolutionnaire, un roman admirable et vertigineux, au cœur d'un univers fascinant de sensualité et d'angoisse, peuplé d'êtres mi-anges mi-démons qui nous ressemblent comme des frères...

La 7 de la page 7: “La misère et la saleté qui, depuis des temps immémoriaux, s’étalaient partout dans les grandes cités du monde avaient presque totalement disparu.”

“Lestat, le vampire” est le deuxième volet des Chroniques des Vampires de Anne Rice. On avait déjà rencontré Lestat dans “Entretien avec un vampire”. Là où Louis avait un côté trop sentimental, trop romantique, c’est surtout Lestat qui nous avait intrigué. C’est donc logiquement que Rice consacre son deuxième tome au mystérieux et cruel Lestat. Au-delà d’indices concernant la personnalité du vampire, Rice nous emmène dans un voyage exceptionnel à travers les âges et les paysages. Elle nous fait voyager de l’époque contemporaine au Xvème siècle pour passer à la révolution française. Et tout cela avec fluidité. On suit avec délectation ce vampire atypique. De plus, on découvre plus Lestat, ses colères, ses tristesses. On suit la transformation de cet humain en vampire impitoyable et cynique. Le récit est élégant mais sait être violent quand l’intrigue l’exige. Une très bonne suite qui ne donne qu’une envie: continuer ces chroniques des vampires afin de continuer ce voyage sombre et hypnotisant. 

Extrait: “Le monde n'est par lui-même ni bon ni mauvais. La nature, Dieu, ou quelque principe que ce soit à qui nous attribuons la direction de notre existence, n'apportent ni récompense ni châtiment. A nous de tirer leçon de nos expériences. Il n'est qu'une seule faute : l'ignorance.”

"Le sang du temps" de Maxime Chattam


“Le sang du temps” de Maxime Chattam.
Ed. Pocket 2013. Pages 468.

Résumé: Paris, 2005. Détentrice d'un secret d'Etat, menacée de mort, Marion doit fuir au plus vite. Prise en charge par la DST, elle est conduite en secret au Mont-Saint-Michel.
Le Caire, 1928. Le détective Matheson consigne dans son journal les détails d'une enquête particulièrement sordide: des cadavres d'enfants atrocement mutilés sont retrouvés dans les faubourgs du Caire. Rapidement, la rumeur se propage: une goule, créature démoniaque, serait à l'origine de ces meurtres. Mais Matheson refuse de croire à la piste surnaturelle.
A première vue, rien de commun entre ces deux époques. Et pourtant...
La vérité se cache dans ces pages. Saurez-vous la retrouver ?

La 7 de la page 7: “L’odeur des antiseptique ne masquait pas totalement celle, plus âpre, de la viande froide.”

Mon premier Chattam. Et il me faudra probablement un autre livre signé par cet auteur pour me faire une idée plus tranchée. Si l’écriture est efficace et les personnages plutôt bien construit, je ne suis pas parvenue à trouver un intérêt réel pour l’intrigue. L’histoire ne m’a emmenée nulle part. La fin m’a laissée perplexe, je l’ai trouvée trop facile, trop prévisible. Il me faudra donc un autre roman de Chattam afin de réellement savoir si c’est le roman qui m’a posé problème ou si c’est l’auteur. Si quelqu’un a un conseil de lecture pour le prochain Chattam, je suis plus que preneuse!


Extrait: Elle déplia la couverture sous la fenêtre qu’elle s’était choisie et se prépara à quitter le XXIe siècle.
Lorsqu’elle ouvrit la page de garde du livre noir, elle eut l’impression d’ouvrir une porte.
Les mots étaient une formule magique.
Elle les prononça délicatement pour commencer, puis accéléra.
Le Mont-Saint-Michel disparut.
Le soleil se mit à briller.
Les odeurs exotiques se répandirent sous son nez.
Et la rumeur d’une époque révolue monta tout autour de Marion.”

"Le cardinal du Kremlin" de Tom Clancy


“Le cardinal du Kremlin” de Tom Clancy
Ed. Le Livre de Poche 1992. Pages 699.
Titre Original: “The Cardinal of the Kremlin”

Résumé: Une arme à laser résultant de la recherche militaire est susceptible de bouleverser l'équilibre des forces mondiales. Jack Ryan a pour mission de percer le secret de cette invention. Et pour complice le colonel Filitov, alias le Cardinal, haut dignitaire russe acquis à la collaboration avec l'Occident.

La 7 de la page 7: “Son siège était faussé, la bulle avait éclaté et son armature métallique emprisonnait l’homme.”

Si vous voulez vous mettre au roman d’espionnage, que vous conseiller de mieux que Tom Clancy? Comme l’auteur est contemporain, on ne peut pas dire que ses texte aient “mal vieillis”. Mais surtout, ses personnages sont particulièrement efficaces. Notamment, Jack Ryan que l’on retrouve dans ce roman. Si l’intrigue est parfois un peu faible chez cet auteur, avec “Le cardinal du Kremlin” on entre dans une histoire bien ficelée et intelligemment exposée. Petit bémol, comme toujours, Tom Clancy prend son temps pour mettre tout en place et fait souffrir son texte de quelques longueurs inutiles. Donc, oui, 699 pages, c’est un peu long. D’autant plus que le récit n’aurait pas souffert de l'absence de ces quelques passages ennuyeux. Mais mis à part ce petit bémol, force est de constater que “Le cardinal du Kremlin” est assez réussi et une fois refermé, le lecteur éprouve une certaine satisfaction à avoir terminé ce récit prenant et intriguant.  


Extrait: “Les Afghans sont un beau peuple dont les traits réguliers et la peau claire souffrent vite du vent, du soleil et de la poussière, qui trop souvent les vieillissent prématurément.”

"Misery" de Stephen King


“Misery” de Stephen King.
Ed. J’ai Lu 1995. Pages 440.

Résumé: Misery Chastain est morte. Paul Sheldon l'a tuée avec plaisir. Tout cela est bien normal, puisque Misery Chastain est sa créature, le personnage principal de ses romans. Elle lui a rapporté beaucoup d'argent, mais l'a aussi étouffé : sa mort l'a enfin libéré. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre.
Un accident de voiture le laisse paralysé aux mains d'Annie Wilkes, l'infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière parfaite qui adore ses livres mais ne lui pardonne pas d'avoir fait mourir Misery Chastain. Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Il n'a pas le choix...

La 7 de la page 7: “Comme une idole, elle prenait tout le reste.”

Avec “Misery”, Stephen King touche à l’angoisse de l’écrivain: tomber sur une fan complètement barrée qui exige qu’on ramène à la vie un de ses personnages préférés. Et elle n’y va pas de main morte. Tortures physiques, psychologiques. On est dans un huis clos étouffant et particulièrement bien maîtrisé. On souffre en même temps que Paul et on se crispe à chaque bruit de la maison. Est-ce son geôlier qui revient ou a-t-il la possibilité de s’enfuir. King met en évidence ces personnages incapables de faire la différence entre la réalité et la fiction. Cela peut arriver avec le cinéma, la télévision et même avec la littérature. Bon nombre de lecteurs de “Harry Potter” se sont indignés de la mort de Dumbledore. Et ici, King met cette réalité artistique en avant. A partir de quel moment les personnages d’un auteur ne lui appartiennent plus? Mais comme toujours, King pousse sa réflexion à l’extrême et nous engouffre dans un cauchemar haletant. Du grand King.


Extrait: “Fous un écrivain à poil, fais le tour de ces cicatrices, et il te racontera en détail l'histoire de la plus petite d'entre elles. Les grandes sont à l'origine de tes romans, pas l'amnésie. C'est tout à fait utile d'avoir un peu de talent pour devenir écrivain, mais la seule chose qui soit absolument indispensable, c'est la capacité de se souvenir de la moindre cicatrice. “

jeudi 2 juin 2016

"La Fille du train" de Paula Hawkins


“La fille du train” de Paula Hawkins.
Ed. Sonatine 2015 Pages 379.
Titre Original: “The Girl on the train”

Résumé: Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

La 7 de la page 7: “Chaque jour, je me dis de ne pas regarder et , chaque jour, je regarde.”

Je vais être très honnête avec vous. J’ai recommandé ce livre à bon nombre de clients alors que ce roman traînait dans ma PAL depuis au moins huit mois. Sans mentir, les retours étaient très bons. Donc je ne prenais pas de grands risques à le recommander (et en travaillant dans une librairie aéroporturaire, il y a quand même peu de chance que les clients reviennent pour m’en coller une si ils n’ont pas aimé...)
Mais au bout du compte, je l’ai quand même lu cette fameuse “Fille du train”. Et une seule chose me saute à l’esprit: j’ai vraiment bien fait de le recommander à autant de gens.
Non seulement les personnages sont bien écrits, mais ils sont surtout authentiques. Ils ont leurs qualités mais ils sont surtout définis par leurs défauts. Ils ne sont pas vraiment attachants. Surtout pas. Il faut pouvoir se distancier d’eux pour s’imaginer dans ce train aux côtés de la protagoniste.
C’est surtout l’intrigue qui est magnifiquement exécutée. On part d’une idée assez simple. Une femme. Un train. Un fantasme. Un drame.
Et de fil en aiguille, la paranoïa s’installe. Que s’est-il passé? Quelle est l’implication de Rachel? Est-elle vraiment impliquée? On entre dans un huis clos ouvert. On tourne les pages avec avidité. On en redemande à chaque chapitre. On veut savoir. Pire, comme Rachel, on a besoin de savoir.
Si il y a parfois quelques longueurs, la fin parfaitement maîtrisée et conduite par des personnages remarquables rachète toutes les petites imperfections, bien mineures avouons-le, de cette “Fille du train”.  A lire au plus vite, dans un train ou ailleurs.


Extrait:”Dans mon malheur, je me suis sentie très seule. Je me suis isolée, alors j’ai bu, un peu, puis un peu plus, et ça m’a rendue plus solitaire encore, parce que personne n’aime passer du temps avec une soûlarde. J’ai bu et j’ai perdu, j’ai perdu et j’ai bu. J’aimais mon travail, mais je n’avais pas non plus un métier passionnant, et même si ça avait été le cas... Soyons francs, encore aujourd’hui, la valeur d’une femme se mesure à deux choses: sa beauté et son rôle de mère. Je ne suis pas belle, et je ne peux pas avoir d’enfant. Je ne vaux rien. Je ne peux pas dire que mes problèmes d’alcool ne viennent que de tout cela. Je ne peux pas les mettre sur le compte de mes parents ou de mon enfance, d’un oncle pédophile ou d’une terrible tragédie. C’est ma faute. Je buvais déjà, de toute façon, j’ai toujours aimé boire. Mais je suis devenue plus triste, et la tristesse, au bout d’un moment, c’est ennuyeux –pour la personne qui est triste et pour tout ceux qui l’entourent. Puis je suis passée de quelqu’un qui aime boire à alcoolique, et il n’y a rien de plus ennuyeux que ça.”

"Carnets Noirs" de Stephen King


“Carnets Noirs” de Stephen King
Ed. Albin Michel 2016. Pages 426.
Titre Original: “Finders Keepers”

Résumé: En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s'emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C'est compter sans les mauvais tours du destin... et la perspicacité du détective Bill Hodges.

La 7 de la page 7: “Avec quatre cents dollars pour dépenses courantes dans chacune d’elles.”

Avec “Carnets Noirs” on ne peut pas vraiment parler de suite de “Mr. Mercedes” en tant que telle. Nul besoin d’avoir lu le premier volet pour apprécier ce deuxième. L’histoire est différentes et mis à part quelques exceptions, les personnages aussi. Bien sûr, on retrouve Hodges et sa clique mais l’histoire de “Carnets Noirs” n’a q’un lien assez ténu avec le premier tome. Bien sûr, si vous avez lu “Mr Mercedes”, la lecture en est d’autant plus agréable, mais “Carnets Noirs” se lit individuellement du premier tome.
Pendant quelques années, j’ai trouvé la prose de King assez faiblarde. Mais depuis quelques livres, je retrouve le plaisir originel de lire ses romans. Est-ce moi? Est-ce lui? Là n’est pas la question. L’important, ici, c’est que “Carnets Noirs” contribue à mon renouement avec l’auteur.
“Carnets Noirs” est réussi. C’est un fait. L’intrigue est intéressante et sa manière de l’aborder aide l’intrigue. Les personnages sont particulièrement bien écrits et attachants, même Morrie a un côté touchant (ça ne dure pas très longtemps mais bon...)
King repart sur l’obsession de certains lecteurs pour un auteur, comme il l’avait déjà fait pour “Misery”. Mis à part qu’ici, il se concentre plus sur l’oeuvre que sur l’auteur en lui-même. Compulsion et déception de voir un livre qu’on aime se terminer d’une manière qu’on n’apprécie pas particulièrement. Sentiment que les personnages appartiennent aux lecteurs et non plus à l’auteur. King parvient à nous donner une lecture à la hauteur de son talent. Vivement la suite.

Extrait: “Arnold me demande jamais à quoi sert cet argent. Il pense peut-être que j’ai un arrangement avec une prostituée ou deux. Ou que je joue aux courses à Rockingham. Mais tu veux savoir le plus drôle? Aurait-il pu dire à M. Jaune (alias Morrie) Moi non plus je ne me le suis jamais demandé. Pas plus que je me demande pourquoi je continue à remplir carnet sur carnet. Il aurait pu dire tout ça, mais il se tut. Pas parce que M. Jaune comprendrait pas mais parce que le sourire entendu qui étirait ses lèvres rouges disait au contraire qu’il pourrait bien comprendre. Et qu’il s’en foutrait.”

"Juste un regard" de Harlan Coben


“Juste un regard” de Harlan Coben.
Ed. Pocket 2006. Pages 482.
Titre Original: “Just One Look”

Résumé: Et si votre vie n'était qu'un vaste mensonge ? Si l'homme que vous avez épousé il y a dix ans n'était pas celui que vous croyez ? Si tout votre univers s'effondrait brutalement Pour Grace Lawson, il a suffi d'un seul regard. Juste un regard sur une photo vieille de vingt ans pour comprendre que son existence est une terrible imposture. Mais le cauchemar ne fait que commencer... Traques, disparitions, vengeances implacables, assassinats sanglants... un suspense à vous couper le souffle, par Harlan Coben, le maître de vos nuits blanches.

La 7 de la page 7: “Dans le silence qui s’est ensuivi, Scott a jeté un coup d’oeil au miroir.”

Dire que “Juste un regard” est un mauvais roman en soi, serait mentir et/ou être de mauvaise foi. Et pourtant. J’ai eu l’impression de lire un roman déjà lu avant. Pire, déjà écrit par le même auteur. Et on entre ici dans “le problème Coben”: J’ai toujours l’impression de lire, inlassablement, le même livre. La même trame avec des personnages sensiblement identiques. Si ce n’est pas une photo qui met en route l’intrigue, c’est un e-mail. Si ce n’est pas un e-mail, c’est un sms. Ou un appel téléphonique. Ou... Ou... Bientôt son entame contiendra un pigeon voyageur. De qui se moque-t-on? Mais ce qui est bien, c’est de pouvoir dire “j’ai lu tout Coben en un seul roman.” Il paraît que la saga Simon Bolivar est différente. Peut-être un autre jour, parce que là, tout de suite, je n’ai pas la moindre envie de retenter l’expérience. Mais si c’est votre premier Coben, allez y avec bon coeur, car le roman n’est pas mal du tout. Et après vous pourrez dire que vous avez lu “tout Coben”... Ce qui est enrageant dans cette histoire, c’est que la plume est plutôt bonne. Et la structure narrative est assez efficace. Vraiment dommage.

Extrait: Il n'y avait plus d'interrogations. Plus de dilemme éthique.
Plus question de crier une sommation, de lui intimer l'ordre de ne pas bouger et de mettre les mains sur sa tête. Plus de transgression morale. il n'y avait plus de civilisation, plus d'humanité, plus le plus petit soupçon de culture ou d'éducation
. “

"Le Portrait de Dorian Gray" de Oscar Wilde


“Le Portrait de Dorian Gray” de Oscar Wilde.
Ed. Folio (classique) 1992. Pages 403.
Titre Original: “The Picture of Dorian Gray”

Résumé: - Ainsi tu crois qu'il y a seulement Dieu qui voit les âmes, Basil ? Ecarte le rideau et tu verras la mienne. Il avait, prononcé ces mots d'une voix dure et cruelle. - Tu es fou, Dorian, ou tu joues, murmura Hallward en fronçant les sourcils. - Tu ne veux pas ? Alors, je vais le faire moi-même, dit le jeune homme qui arracha le rideau de sa tringle et le jeta par terre. Une exclamation d'horreur s'échappa des lèvres du peintre lorsqu'il vit dans la faible lumière le visage hideux qui lui souriait sur la toile. Il y avait quelque chose dans son expression qui le remplit de dégoût et de répugnance. Grands dieux ! C'était le visage de Dorian Gray qu'il regardait ! L'horreur, quelle qu'elle fût, n'avait pas encore entièrement ravagé sa stupéfiante beauté. Il restait encore des reflets d'or dans la chevelure qui s'éclaircissait et un peu de rouge sur la bouche sensuelle. Les yeux bouffis avaient gardé quelque chose de la beauté de leur bleu. Le contour des narines et le modelé du cou n'avaient pas encore perdu complètement la noblesse de leurs courbes. C'était bien Dorian. Mais qui avait peint ce tableau ? Il lui semblait reconnaître son coup de pinceau. Quant au cadre, il était de lui. C'était une idée monstrueuse et pourtant il eut peur. Il prit la chandelle allumée et la tint devant le portrait, Son nom figurait dans le coin gauche, tracé en longues lettres d'un vermillon brillant.

La 7 de la page 7: “J’en veux à la raison véritable.”

“Le Portrait de Doran Gray” est souvent considéré comme le premier roman parlant ouvertement d’homosexualité. Et franchement, c’est bien trop réducteur. Si Wilde utilise un subterfuge surnaturel, il met surtout en avant des critiques virulentes de la société victorienne. Moralisatrice et narcissique, il critique ce qui l’entoure. Mais reprenons depuis le début. Dorian gray est un jeune homme à la beauté époustouflante. Basil est un de ses amis. C’est un peintre. Il lui peint son portrait. A la vue de ce portrait, Dorian fait un voeux: que ce soit le portrait qui vieillisse à sa place et qu’il garde, à jamais, sa beauté surnaturelle. Ce voeux se réalise. Et au fil des années qui passent, le visage de Dorian ne change pas. Malheureusement pour Dorian, il devient de plus en plus cruel et se laisse emporter par la décadence de Henry Wotton. Cette décadence est centrale dans le roman de Wilde puisqu’il fait partie intégrante du courant décadent.
Avant toute chose, “Le Portrait de Dorian Gray” est un roman décadent qui dénonce, lui-même, son propre courant.
Ensuite, la structure narrative de Wilde est imparable et sans faille. Tout est à sa place.
Roman qui établit que rien n’est bon ni mauvais, juste beau ou laid, “Le Portrait de Dorian Gray” est le seul roman de Wilde. Il y met ses visions de la vie, de la société, de la beauté et de l’art.
Lors du fameux procès de Wilde, “Le Portrait de Dorian Gray” est utilisé contre son auteur pour affirmer les propos de la Couronne et appuyer l’accusation de sodomie. L’œuvre condamne son auteur et ce dernier sera emprisonné pendant deux ans. Et c’est sans doute pour cela que “Le Portrait de Dorian Gray” reste un classique. L’art assassine la vie qui pourtant n’aurait pas eu de raison de vivre sans art.
De plus, et enfin, Wilde parvient à décrire une société de consommation cynique et une élite intellectuelle médiocre. Ce qui rend, malheureusement, ce roman encore beaucoup trop d’actualité. Un pur chef-d’œuvre.

Extrait: “- La décadence me fascine plus.
- Que pensez-vous de l'art ? demanda-t-elle.
- C'est une maladie.
- L'amour ?
- Une illusion.
- La religion ?
- Un substitut élégant pour la foi.
- Vous êtes un sceptique.
- Nullement ! Le scepticisme est un début de croyance.
- Qu'êtes-vous donc ?
- Définir, c'est limiter.
- Donner- moi un fil conducteur.
- Les fils cassent. Vous vous perdriez dans le labyrinthe.
- Vous me désorientez.

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Celeste Ng.

'Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Celeste Ng.
Ed. Sonatine 2016. Pages 271. 
Titre Original: "Everything I never told you" 

Résumé: Lydia est morte.
Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…
Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.
Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.
Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés. Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées.

La 7 de la page 7: "D'ailleurs, je suis américain, ajoute-t-il, légèrement sur la défensive, quand les gens clignent des yeux d'un air étonné."


Les Editions Sonatine nous offre, généralement, des récits qui tendent plus vers le thriller, le policier et le suspens. Avec "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", elles innovent. Si vous êtes un fan inconditionnel des thrillers haletants et des suspens efficaces, passez votre chemin et ne lisez pas "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit". Loin de moi l'idée d'écrire une mauvaise critique de ce roman. Mais il ne tombe absolument pas dans les catégories généralement défendues des Editions Sonatine. On est bien loin d'un Ellory ou d'un Anonyme par exemple. Et si vous entrez dans ce livre avec l'intention de lire un récit qui vous fera chavirer dans l'enquête ou un côté déjanté, vous serez déçus. Maintenant que cela est établit, concentrons-nous sur ce roman de Celeste Ng. Il y a plusieurs niveaux de lectures, plusieurs thèmes qui en font un roman riche et agréable à lire. Il nous met pourtant parfois (souvent) mal à l'aise. On entre dans cette famille sans y être invité, au détour de la mort tragique de Lydia, l'auteure dissèque une famille plus que dysfonctionnelle. Le propos de l'auteure est de nous emmener dans une histoire pathétique d'une famille qui ne se rend pas compte de ses propres défauts. Des parents qui ne se concentrent que sur un de leurs trois enfants. Des enfants qui se sentent délaissés ou au contraire beaucoup trop surveillés. Incapables de pouvoir se sortir de cette structure familiale. Une mère qui ne se concentrent que sur les études afin que sa fille ne connaisse pas le même destin qu'elle. Un père, assis entre deux cultures, qui ne parvient pas à se sortir de ses propres traumatismes de l'enfance et tente de protéger, maladroitement, ses enfants des difficultés qu'il a connu par le passé. Bref, une situation familiale souvent trop commune et très souvent dysfonctionnelle. Le drame est connu dès le départ, Ng nous emmène dans le récit de comment cette famille a pu se retrouver dans une telle situation. C'est sobrement écrit, sans qu'on s'immisce dans les méandres sinueux de la famille Lee. Le lecteur reste spectateur d'un drame annoncé. Le roman est efficace mais les personnages trop en avant et paradoxalement trop en retrait n'ont pas gagné ma sympathie. Ils sont tous tellement auto-centrés qu'on ne parvient pas à leur trouver une substance autre que l'égoïsme qu'ils dégagent. Cela reste, toutefois, un bon roman, bien écrit et qui a le mérite de poser de bonnes questions.


Extrait: "Et il avait décidé de lui montrer les photos des astronautes qu'il avait collectionnées, sa liste de lancements, tout. Elle comprendrait. Elle serait impressionnée. Puis, avant qu'il ait pu dire un mot, Lydia était descendue, et l'attention de sa mère s'était envolée et posée sur les épaules de sa fille. Nath boudait dans un coin, triturant les bords de son classeur, mais personne n'avait fait attention à lui jusqu'à ce que son père arrive dans la cuisine."