mercredi 8 juin 2016

"Le cardinal du Kremlin" de Tom Clancy


“Le cardinal du Kremlin” de Tom Clancy
Ed. Le Livre de Poche 1992. Pages 699.
Titre Original: “The Cardinal of the Kremlin”

Résumé: Une arme à laser résultant de la recherche militaire est susceptible de bouleverser l'équilibre des forces mondiales. Jack Ryan a pour mission de percer le secret de cette invention. Et pour complice le colonel Filitov, alias le Cardinal, haut dignitaire russe acquis à la collaboration avec l'Occident.

La 7 de la page 7: “Son siège était faussé, la bulle avait éclaté et son armature métallique emprisonnait l’homme.”

Si vous voulez vous mettre au roman d’espionnage, que vous conseiller de mieux que Tom Clancy? Comme l’auteur est contemporain, on ne peut pas dire que ses texte aient “mal vieillis”. Mais surtout, ses personnages sont particulièrement efficaces. Notamment, Jack Ryan que l’on retrouve dans ce roman. Si l’intrigue est parfois un peu faible chez cet auteur, avec “Le cardinal du Kremlin” on entre dans une histoire bien ficelée et intelligemment exposée. Petit bémol, comme toujours, Tom Clancy prend son temps pour mettre tout en place et fait souffrir son texte de quelques longueurs inutiles. Donc, oui, 699 pages, c’est un peu long. D’autant plus que le récit n’aurait pas souffert de l'absence de ces quelques passages ennuyeux. Mais mis à part ce petit bémol, force est de constater que “Le cardinal du Kremlin” est assez réussi et une fois refermé, le lecteur éprouve une certaine satisfaction à avoir terminé ce récit prenant et intriguant.  


Extrait: “Les Afghans sont un beau peuple dont les traits réguliers et la peau claire souffrent vite du vent, du soleil et de la poussière, qui trop souvent les vieillissent prématurément.”

"Misery" de Stephen King


“Misery” de Stephen King.
Ed. J’ai Lu 1995. Pages 440.

Résumé: Misery Chastain est morte. Paul Sheldon l'a tuée avec plaisir. Tout cela est bien normal, puisque Misery Chastain est sa créature, le personnage principal de ses romans. Elle lui a rapporté beaucoup d'argent, mais l'a aussi étouffé : sa mort l'a enfin libéré. Maintenant, il peut écrire un nouveau livre.
Un accident de voiture le laisse paralysé aux mains d'Annie Wilkes, l'infirmière qui le soigne chez elle. Une infirmière parfaite qui adore ses livres mais ne lui pardonne pas d'avoir fait mourir Misery Chastain. Alors, cloué dans sa chaise roulante, Paul Sheldon fait revivre Misery. Il n'a pas le choix...

La 7 de la page 7: “Comme une idole, elle prenait tout le reste.”

Avec “Misery”, Stephen King touche à l’angoisse de l’écrivain: tomber sur une fan complètement barrée qui exige qu’on ramène à la vie un de ses personnages préférés. Et elle n’y va pas de main morte. Tortures physiques, psychologiques. On est dans un huis clos étouffant et particulièrement bien maîtrisé. On souffre en même temps que Paul et on se crispe à chaque bruit de la maison. Est-ce son geôlier qui revient ou a-t-il la possibilité de s’enfuir. King met en évidence ces personnages incapables de faire la différence entre la réalité et la fiction. Cela peut arriver avec le cinéma, la télévision et même avec la littérature. Bon nombre de lecteurs de “Harry Potter” se sont indignés de la mort de Dumbledore. Et ici, King met cette réalité artistique en avant. A partir de quel moment les personnages d’un auteur ne lui appartiennent plus? Mais comme toujours, King pousse sa réflexion à l’extrême et nous engouffre dans un cauchemar haletant. Du grand King.


Extrait: “Fous un écrivain à poil, fais le tour de ces cicatrices, et il te racontera en détail l'histoire de la plus petite d'entre elles. Les grandes sont à l'origine de tes romans, pas l'amnésie. C'est tout à fait utile d'avoir un peu de talent pour devenir écrivain, mais la seule chose qui soit absolument indispensable, c'est la capacité de se souvenir de la moindre cicatrice. “

jeudi 2 juin 2016

"La Fille du train" de Paula Hawkins


“La fille du train” de Paula Hawkins.
Ed. Sonatine 2015 Pages 379.
Titre Original: “The Girl on the train”

Résumé: Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller à Londres. Le 8 h 04 le matin, le 17 h 56 l’après-midi. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe, lors d’un arrêt, une jolie maison en contrebas de la voie ferrée. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle voit derrière la vitre. Pour elle, ils sont Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Rien d’exceptionnel, non, juste un couple qui s’aime. Jusqu’à ce matin où Rachel voit un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Rachel, bouleversée de voir ainsi son couple modèle risquer de se désintégrer comme le sien, décide d’en savoir plus sur Jess et Jason. Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

La 7 de la page 7: “Chaque jour, je me dis de ne pas regarder et , chaque jour, je regarde.”

Je vais être très honnête avec vous. J’ai recommandé ce livre à bon nombre de clients alors que ce roman traînait dans ma PAL depuis au moins huit mois. Sans mentir, les retours étaient très bons. Donc je ne prenais pas de grands risques à le recommander (et en travaillant dans une librairie aéroporturaire, il y a quand même peu de chance que les clients reviennent pour m’en coller une si ils n’ont pas aimé...)
Mais au bout du compte, je l’ai quand même lu cette fameuse “Fille du train”. Et une seule chose me saute à l’esprit: j’ai vraiment bien fait de le recommander à autant de gens.
Non seulement les personnages sont bien écrits, mais ils sont surtout authentiques. Ils ont leurs qualités mais ils sont surtout définis par leurs défauts. Ils ne sont pas vraiment attachants. Surtout pas. Il faut pouvoir se distancier d’eux pour s’imaginer dans ce train aux côtés de la protagoniste.
C’est surtout l’intrigue qui est magnifiquement exécutée. On part d’une idée assez simple. Une femme. Un train. Un fantasme. Un drame.
Et de fil en aiguille, la paranoïa s’installe. Que s’est-il passé? Quelle est l’implication de Rachel? Est-elle vraiment impliquée? On entre dans un huis clos ouvert. On tourne les pages avec avidité. On en redemande à chaque chapitre. On veut savoir. Pire, comme Rachel, on a besoin de savoir.
Si il y a parfois quelques longueurs, la fin parfaitement maîtrisée et conduite par des personnages remarquables rachète toutes les petites imperfections, bien mineures avouons-le, de cette “Fille du train”.  A lire au plus vite, dans un train ou ailleurs.


Extrait:”Dans mon malheur, je me suis sentie très seule. Je me suis isolée, alors j’ai bu, un peu, puis un peu plus, et ça m’a rendue plus solitaire encore, parce que personne n’aime passer du temps avec une soûlarde. J’ai bu et j’ai perdu, j’ai perdu et j’ai bu. J’aimais mon travail, mais je n’avais pas non plus un métier passionnant, et même si ça avait été le cas... Soyons francs, encore aujourd’hui, la valeur d’une femme se mesure à deux choses: sa beauté et son rôle de mère. Je ne suis pas belle, et je ne peux pas avoir d’enfant. Je ne vaux rien. Je ne peux pas dire que mes problèmes d’alcool ne viennent que de tout cela. Je ne peux pas les mettre sur le compte de mes parents ou de mon enfance, d’un oncle pédophile ou d’une terrible tragédie. C’est ma faute. Je buvais déjà, de toute façon, j’ai toujours aimé boire. Mais je suis devenue plus triste, et la tristesse, au bout d’un moment, c’est ennuyeux –pour la personne qui est triste et pour tout ceux qui l’entourent. Puis je suis passée de quelqu’un qui aime boire à alcoolique, et il n’y a rien de plus ennuyeux que ça.”

"Carnets Noirs" de Stephen King


“Carnets Noirs” de Stephen King
Ed. Albin Michel 2016. Pages 426.
Titre Original: “Finders Keepers”

Résumé: En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s'emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. Le bonheur dans le crime ? C'est compter sans les mauvais tours du destin... et la perspicacité du détective Bill Hodges.

La 7 de la page 7: “Avec quatre cents dollars pour dépenses courantes dans chacune d’elles.”

Avec “Carnets Noirs” on ne peut pas vraiment parler de suite de “Mr. Mercedes” en tant que telle. Nul besoin d’avoir lu le premier volet pour apprécier ce deuxième. L’histoire est différentes et mis à part quelques exceptions, les personnages aussi. Bien sûr, on retrouve Hodges et sa clique mais l’histoire de “Carnets Noirs” n’a q’un lien assez ténu avec le premier tome. Bien sûr, si vous avez lu “Mr Mercedes”, la lecture en est d’autant plus agréable, mais “Carnets Noirs” se lit individuellement du premier tome.
Pendant quelques années, j’ai trouvé la prose de King assez faiblarde. Mais depuis quelques livres, je retrouve le plaisir originel de lire ses romans. Est-ce moi? Est-ce lui? Là n’est pas la question. L’important, ici, c’est que “Carnets Noirs” contribue à mon renouement avec l’auteur.
“Carnets Noirs” est réussi. C’est un fait. L’intrigue est intéressante et sa manière de l’aborder aide l’intrigue. Les personnages sont particulièrement bien écrits et attachants, même Morrie a un côté touchant (ça ne dure pas très longtemps mais bon...)
King repart sur l’obsession de certains lecteurs pour un auteur, comme il l’avait déjà fait pour “Misery”. Mis à part qu’ici, il se concentre plus sur l’oeuvre que sur l’auteur en lui-même. Compulsion et déception de voir un livre qu’on aime se terminer d’une manière qu’on n’apprécie pas particulièrement. Sentiment que les personnages appartiennent aux lecteurs et non plus à l’auteur. King parvient à nous donner une lecture à la hauteur de son talent. Vivement la suite.

Extrait: “Arnold me demande jamais à quoi sert cet argent. Il pense peut-être que j’ai un arrangement avec une prostituée ou deux. Ou que je joue aux courses à Rockingham. Mais tu veux savoir le plus drôle? Aurait-il pu dire à M. Jaune (alias Morrie) Moi non plus je ne me le suis jamais demandé. Pas plus que je me demande pourquoi je continue à remplir carnet sur carnet. Il aurait pu dire tout ça, mais il se tut. Pas parce que M. Jaune comprendrait pas mais parce que le sourire entendu qui étirait ses lèvres rouges disait au contraire qu’il pourrait bien comprendre. Et qu’il s’en foutrait.”

"Juste un regard" de Harlan Coben


“Juste un regard” de Harlan Coben.
Ed. Pocket 2006. Pages 482.
Titre Original: “Just One Look”

Résumé: Et si votre vie n'était qu'un vaste mensonge ? Si l'homme que vous avez épousé il y a dix ans n'était pas celui que vous croyez ? Si tout votre univers s'effondrait brutalement Pour Grace Lawson, il a suffi d'un seul regard. Juste un regard sur une photo vieille de vingt ans pour comprendre que son existence est une terrible imposture. Mais le cauchemar ne fait que commencer... Traques, disparitions, vengeances implacables, assassinats sanglants... un suspense à vous couper le souffle, par Harlan Coben, le maître de vos nuits blanches.

La 7 de la page 7: “Dans le silence qui s’est ensuivi, Scott a jeté un coup d’oeil au miroir.”

Dire que “Juste un regard” est un mauvais roman en soi, serait mentir et/ou être de mauvaise foi. Et pourtant. J’ai eu l’impression de lire un roman déjà lu avant. Pire, déjà écrit par le même auteur. Et on entre ici dans “le problème Coben”: J’ai toujours l’impression de lire, inlassablement, le même livre. La même trame avec des personnages sensiblement identiques. Si ce n’est pas une photo qui met en route l’intrigue, c’est un e-mail. Si ce n’est pas un e-mail, c’est un sms. Ou un appel téléphonique. Ou... Ou... Bientôt son entame contiendra un pigeon voyageur. De qui se moque-t-on? Mais ce qui est bien, c’est de pouvoir dire “j’ai lu tout Coben en un seul roman.” Il paraît que la saga Simon Bolivar est différente. Peut-être un autre jour, parce que là, tout de suite, je n’ai pas la moindre envie de retenter l’expérience. Mais si c’est votre premier Coben, allez y avec bon coeur, car le roman n’est pas mal du tout. Et après vous pourrez dire que vous avez lu “tout Coben”... Ce qui est enrageant dans cette histoire, c’est que la plume est plutôt bonne. Et la structure narrative est assez efficace. Vraiment dommage.

Extrait: Il n'y avait plus d'interrogations. Plus de dilemme éthique.
Plus question de crier une sommation, de lui intimer l'ordre de ne pas bouger et de mettre les mains sur sa tête. Plus de transgression morale. il n'y avait plus de civilisation, plus d'humanité, plus le plus petit soupçon de culture ou d'éducation
. “

"Le Portrait de Dorian Gray" de Oscar Wilde


“Le Portrait de Dorian Gray” de Oscar Wilde.
Ed. Folio (classique) 1992. Pages 403.
Titre Original: “The Picture of Dorian Gray”

Résumé: - Ainsi tu crois qu'il y a seulement Dieu qui voit les âmes, Basil ? Ecarte le rideau et tu verras la mienne. Il avait, prononcé ces mots d'une voix dure et cruelle. - Tu es fou, Dorian, ou tu joues, murmura Hallward en fronçant les sourcils. - Tu ne veux pas ? Alors, je vais le faire moi-même, dit le jeune homme qui arracha le rideau de sa tringle et le jeta par terre. Une exclamation d'horreur s'échappa des lèvres du peintre lorsqu'il vit dans la faible lumière le visage hideux qui lui souriait sur la toile. Il y avait quelque chose dans son expression qui le remplit de dégoût et de répugnance. Grands dieux ! C'était le visage de Dorian Gray qu'il regardait ! L'horreur, quelle qu'elle fût, n'avait pas encore entièrement ravagé sa stupéfiante beauté. Il restait encore des reflets d'or dans la chevelure qui s'éclaircissait et un peu de rouge sur la bouche sensuelle. Les yeux bouffis avaient gardé quelque chose de la beauté de leur bleu. Le contour des narines et le modelé du cou n'avaient pas encore perdu complètement la noblesse de leurs courbes. C'était bien Dorian. Mais qui avait peint ce tableau ? Il lui semblait reconnaître son coup de pinceau. Quant au cadre, il était de lui. C'était une idée monstrueuse et pourtant il eut peur. Il prit la chandelle allumée et la tint devant le portrait, Son nom figurait dans le coin gauche, tracé en longues lettres d'un vermillon brillant.

La 7 de la page 7: “J’en veux à la raison véritable.”

“Le Portrait de Doran Gray” est souvent considéré comme le premier roman parlant ouvertement d’homosexualité. Et franchement, c’est bien trop réducteur. Si Wilde utilise un subterfuge surnaturel, il met surtout en avant des critiques virulentes de la société victorienne. Moralisatrice et narcissique, il critique ce qui l’entoure. Mais reprenons depuis le début. Dorian gray est un jeune homme à la beauté époustouflante. Basil est un de ses amis. C’est un peintre. Il lui peint son portrait. A la vue de ce portrait, Dorian fait un voeux: que ce soit le portrait qui vieillisse à sa place et qu’il garde, à jamais, sa beauté surnaturelle. Ce voeux se réalise. Et au fil des années qui passent, le visage de Dorian ne change pas. Malheureusement pour Dorian, il devient de plus en plus cruel et se laisse emporter par la décadence de Henry Wotton. Cette décadence est centrale dans le roman de Wilde puisqu’il fait partie intégrante du courant décadent.
Avant toute chose, “Le Portrait de Dorian Gray” est un roman décadent qui dénonce, lui-même, son propre courant.
Ensuite, la structure narrative de Wilde est imparable et sans faille. Tout est à sa place.
Roman qui établit que rien n’est bon ni mauvais, juste beau ou laid, “Le Portrait de Dorian Gray” est le seul roman de Wilde. Il y met ses visions de la vie, de la société, de la beauté et de l’art.
Lors du fameux procès de Wilde, “Le Portrait de Dorian Gray” est utilisé contre son auteur pour affirmer les propos de la Couronne et appuyer l’accusation de sodomie. L’œuvre condamne son auteur et ce dernier sera emprisonné pendant deux ans. Et c’est sans doute pour cela que “Le Portrait de Dorian Gray” reste un classique. L’art assassine la vie qui pourtant n’aurait pas eu de raison de vivre sans art.
De plus, et enfin, Wilde parvient à décrire une société de consommation cynique et une élite intellectuelle médiocre. Ce qui rend, malheureusement, ce roman encore beaucoup trop d’actualité. Un pur chef-d’œuvre.

Extrait: “- La décadence me fascine plus.
- Que pensez-vous de l'art ? demanda-t-elle.
- C'est une maladie.
- L'amour ?
- Une illusion.
- La religion ?
- Un substitut élégant pour la foi.
- Vous êtes un sceptique.
- Nullement ! Le scepticisme est un début de croyance.
- Qu'êtes-vous donc ?
- Définir, c'est limiter.
- Donner- moi un fil conducteur.
- Les fils cassent. Vous vous perdriez dans le labyrinthe.
- Vous me désorientez.

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Celeste Ng.

'Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Celeste Ng.
Ed. Sonatine 2016. Pages 271. 
Titre Original: "Everything I never told you" 

Résumé: Lydia est morte.
Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore…
Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus.
Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.
Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés. Des secrets si longtemps enfouis qu’au fil du temps ils ont imperceptiblement éloigné ses membres, creusant des failles qui ne pourront sans doute jamais être comblées.

La 7 de la page 7: "D'ailleurs, je suis américain, ajoute-t-il, légèrement sur la défensive, quand les gens clignent des yeux d'un air étonné."


Les Editions Sonatine nous offre, généralement, des récits qui tendent plus vers le thriller, le policier et le suspens. Avec "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", elles innovent. Si vous êtes un fan inconditionnel des thrillers haletants et des suspens efficaces, passez votre chemin et ne lisez pas "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit". Loin de moi l'idée d'écrire une mauvaise critique de ce roman. Mais il ne tombe absolument pas dans les catégories généralement défendues des Editions Sonatine. On est bien loin d'un Ellory ou d'un Anonyme par exemple. Et si vous entrez dans ce livre avec l'intention de lire un récit qui vous fera chavirer dans l'enquête ou un côté déjanté, vous serez déçus. Maintenant que cela est établit, concentrons-nous sur ce roman de Celeste Ng. Il y a plusieurs niveaux de lectures, plusieurs thèmes qui en font un roman riche et agréable à lire. Il nous met pourtant parfois (souvent) mal à l'aise. On entre dans cette famille sans y être invité, au détour de la mort tragique de Lydia, l'auteure dissèque une famille plus que dysfonctionnelle. Le propos de l'auteure est de nous emmener dans une histoire pathétique d'une famille qui ne se rend pas compte de ses propres défauts. Des parents qui ne se concentrent que sur un de leurs trois enfants. Des enfants qui se sentent délaissés ou au contraire beaucoup trop surveillés. Incapables de pouvoir se sortir de cette structure familiale. Une mère qui ne se concentrent que sur les études afin que sa fille ne connaisse pas le même destin qu'elle. Un père, assis entre deux cultures, qui ne parvient pas à se sortir de ses propres traumatismes de l'enfance et tente de protéger, maladroitement, ses enfants des difficultés qu'il a connu par le passé. Bref, une situation familiale souvent trop commune et très souvent dysfonctionnelle. Le drame est connu dès le départ, Ng nous emmène dans le récit de comment cette famille a pu se retrouver dans une telle situation. C'est sobrement écrit, sans qu'on s'immisce dans les méandres sinueux de la famille Lee. Le lecteur reste spectateur d'un drame annoncé. Le roman est efficace mais les personnages trop en avant et paradoxalement trop en retrait n'ont pas gagné ma sympathie. Ils sont tous tellement auto-centrés qu'on ne parvient pas à leur trouver une substance autre que l'égoïsme qu'ils dégagent. Cela reste, toutefois, un bon roman, bien écrit et qui a le mérite de poser de bonnes questions.


Extrait: "Et il avait décidé de lui montrer les photos des astronautes qu'il avait collectionnées, sa liste de lancements, tout. Elle comprendrait. Elle serait impressionnée. Puis, avant qu'il ait pu dire un mot, Lydia était descendue, et l'attention de sa mère s'était envolée et posée sur les épaules de sa fille. Nath boudait dans un coin, triturant les bords de son classeur, mais personne n'avait fait attention à lui jusqu'à ce que son père arrive dans la cuisine."

jeudi 12 mai 2016

"Fuck America" de Edgar Hilsenrath


“Fuck America” de Edgar Hilsenrath
Ed. Point 2010. Pages 281.
Titre Original: “Fuck America. Bronsky Geständnis.”

Résumé: 1952 : dans une cafétéria juive de Broadway, Jakob Bronsky, tout juste débarqué aux Etats-Unis, écrit son roman sur son expérience du ghetto pendant la guerre : Le Branleur ! Au milieu des clodos, des putes, des maquereaux et d'autres paumés, il survit comme il peut, accumulant les jobs miteux, fantasmant sur le cul de la secrétaire de son futur éditeur, M Doublecrum. Dans la lignée de Fante, Roth et Bukowski, Fuck America est un témoignage étourdissant sur l'écrivain immigré crève-la-faim.

La 7 de la page 7: “Grüspan hoche la tête.”

Autant prévenir tout de suite, je suis une très grande admiratrice de l’oeuvre de Hilsenrath. J’aime le décallage entre son propos et sa manière de l’aborder. On est parfois dans le cynisme, souvent dans la brutalité et toujours dans le génie.
“Fuck America” ne déroge pas à la règle. Après s’être attaqué au nazisme, aux ghettos ukrainiens, Hilsenrath s’attaque avec ce livre à l’émigration au pays de tous les rêves, les Etats-Unis. Le rêve américain est souvent vendu comme étoilé et pétillant. Oubliez ça avec Hilsenrath. “Fuck America” est un titre à la mesure du propos tenu par l’auteur. Il y met en scène un jeune auteur survivant de la deuxième guerre mondiale. La résonnance personnelle est plus qu’interpellante quand on connaît un peu la vie de l’auteur. Quelle partie du personnage est Hilsenrath et quelle partie est purement Bronsky, le jeune émigré? La frontière est mince et le lecteur se retrouve à lire ce roman comme si Hilsenrath en était le protagoniste.
La plume est percutante et le propos acéré. L’auteur y démonte tous les mythes américains. On est pas mieux servi en Amérique que dans un guetto finalement. On reste le juif. On reste l’émigré. On reste la cible des idées bien pensantes et des préjugés à la dent dure. L’auteur se vautre dans ces idées reçues et s’y prélasse avec délectation. Bronsky, héro pathétique d’une histoire rocambolesque, est touchant. Et détestable en même temps. Mais il n’est que le produit de son environnement. Il réplique aux coups de la seule manière qu’il connaisse. Anomalie d’un système américain qui se veut libéral en prônant des idées conservatrices, Bronsky met à mal la vision idéalisée qu’ont les occidentaux des Etats-Unis. Sauveurs de la guerre mais dans le refus d’aider sur leur propre sol, les américains laissent les nouveaux émigrés reformer les guettos de la guerre. Un abandon particulièrement bien organisé et qui oblige les émigrés de se comporter à nouveau comme s’ils devaient survivre à un ghetto de la guerre.
Le texte de Hilsenrath est puissant. Profond. Faussement léger. Un vrai bonheur. Un pur régal. Décidément, Hilsenrath fait sans aucun doute partie de mes auteurs préférés.

Extrait: “Il ne faut jamais dire à une jeune femme qu’on est seul, a dit l’agent matrimonial. Et il ne faut jamais dire qu’on a pas de date, parce que ça signifie qu’on est un raté. “J’y avais pas pensé.” “Ca ne fait pas assez longtemps que vous êtes dans le pays, c’est tout.” “C’est vrai.” “Et puis, il ne faut jamais demander à une jeune femme si elle compte vous rencontrer le soir même. Ca n’est pas convenable. Ou le lendemain, un samedi de surcroît. Ou le surlendemain, un dimanche de surcroît. Ca ne se fait pas. Vous vous comportez comme si vous ignoriez que dans ce pays, une fille ne peut pas admettre qu’elle n’a pas de rendez-vous le week-end. Ca n’existe pas. Une femme qui a réussi, une femme accomplie se doit d’être mariée ou d’avoir au moins un rendez-vous le week-end. Vous comprenez?” “Oui” j’ai dit.”

"Ca" de Stephen King

“Ca” de Stephen King
Ed. J’ai Lu 1996. Pages 1611.
Titre Original: “it”

Résumé: Tout avait commencé juste avant les vacances d'été quand le petit Browers avait gravé ses initiales au couteau sur le ventre de son copain Ben Hascom.
Tout s'était terminé deux mois plus tard dans les égouts par la poursuite infernale d'une créature étrange, incarnation même du mal. Mais aujourd'hui tout recommence. Les enfants terrorisés sont devenus des adultes. Le présent retrouve le passé, le destin reprend ses droits, l'horreur resurgit. Chacun retrouvera dans ce roman à la construction saisissante ses propres souvenirs, ses angoisses et ses terreurs d'enfant, la peur de grandir dans un monde de violence.

La 7 de la page 7: “J’m’excuse, M’man.”

Réduire “Ca” de Stephen King a un simple roman d’épouvante serait extrêmement réducteur. Effectivement, c’est bien une histoire d’épouvante et tous les codes utilisés par l’auteur vont dans ce sens. Cependant, ce n’est pas une simple histoire de clown maléfique.
Avec “Ca”, King touche à l’enfance et à ce qu’ils estiment être inoffensif. Il base son roman sur la peur intrinsèque des enfants, sur le “ne faire confiance à personne, même pas aux clowns”. Ce qui est supposé être drôle et amusant se révèle cauchemardesque. Il touche à l’enfance dans ce qu’elle a de plus innocent. C’est justement cette innocence qui les mène à leur perte.
Les clowns sont sensés nous divertir, ici, ils sont utilisés comme des armes d’horreur. Le mal, pur et dur, prend la forme du divertissement pour anéantir ses pauvres victimes. Il faudra un groupe de jeunes enfants et une bonne dose de courage pour que le mal soit vaincu. Mais l’est-il réellement?
Probablement un des meilleurs romans de Stephen King. Maîtrisé et magistral, l’auteur nous emmène aux tréfonds de l’horreur et des angoisses d’enfant qui ne quittent jamais vraiment les adultes que nous devenons.


Extrait: “Peut-être que ces histoires de bons ou mauvais amis, cela n’existe pas; peut-être n'y a t-il que des amis, un point c'est tout, c'est-à-dire des gens qui sont à vos côtés quand ça va mal et qui vous aident à ne pas vous sentir trop seul. Peut-être vaut-il toujours la peine d'avoir peur pour eux, d'espérer pour eux, de vivre pour eux. Peut-être aussi vaut-il la peine de mourir pour eux, s'il faut en venir là. Bons amis, mauvais amis, non. Rien que des personnes avec lesquelles on a envie de se trouver; des personnes qui bâtissent leur demeure dans votre coeur.”




"Ballade pour Leroy" de Willy Vlautin


“Ballade pour Leroy” de Willy Vlautin.
Ed. Albin Michel (terres d’Amérique) 2016. Pages 292.
Titre Original: “The Free”

Résumé: La première chose que voit Leroy lorsqu'il sort du coma, c'est la photo d'une pin-up en bikini aux couleurs du drapeau américain. Une vision aussi nette que les sept années qui séparent pour l'Irak de cet instant précis où il se réveille dans un établissement spécialisé. Lui qui avait oublié jusqu'à son nom pourra-t-il redevenir un jour celui qu'il a été? Alors qu'il prend une terrible décision, son destin va bouleverser la vie de ceux qui gravitent autour de lui: Freddie, un gardien de nuit, Pauline, une infirmière, sa petite amie Jeanette et sa mère Darla, qui continue à lui lire à haute voix des romans de science-fiction. Pendant que Leroy lutte dans un inquiétant monde parallèle pour sauver sa peau...

La 7 de la page 7: “Elle était généralement partie à l’heure où Freddie arrivait, mais parfois il la croisait et il avait de la peine pour elle.”

Si vous êtes friands des ovnis littéraires, “Ballade pour Leroy” est pour vous. Totalement. Entièrement. Juste pour vous. “Ballade pour Leroy” est un petit bijou. L’histoire semble simple et pourtant. La complexité des personnages est grandiose. On ne les connaît pas et au fur et à mesure, ils deviennent des amis proches. On voudrait les accompagner dans leurs douleurs et leurs combats. Chacun d’entre eux tente de survivre dans une Amérique qui a perdu ses rêves. Pas de strass. Pas de paillette. Juste des êtres humains qui survivent, comme ils le peuvent. Une tranche de vie. Dure. Amère. Mais tellement bien écrite. On se laisse emporter dans cette Amérique qui souffre, dans ces personnages qui survivent et qui sont prêts à tout pour leur petit coin de paradis. Pour leur heure de bonheur. Entre mélancolie et cruauté de la vie, “Ballade pour Leroy” est un conte contemporrain qui nous pose de vraies questions. Vlautin, auteur jusqu’à lors totalement inconnu de votre très chère, se classe maintenant dans les auteurs à lire et à suivre. Il y a du pathétique dans son récit, il y a aussi de la poésie, des moments de grâce. La plume est légère, elle ne s’immisce pas entre le lecteur et les personnages. Narration d’une Amérique en perdition, “Ballade pour Leroy” n’en reste pas moins un ode à la vie. Continuer. Toujours continuer. Jusqu’à ce que le vent tourne. Savoir abandonner aussi. Ses principes, ses ambitions. Et pourtant y rester fidèle. Paradoxe d’une société qui laisse les gens sur le côté de la route, “Ballade pour Leroy” vous fera sourire, pleurer et quand vous aurez refermé ce livre, vous aurez gagné une petite parcelle d’humanité en plus en compagnie de ces personnages qui vous emmèneront jusqu’au bout de leur histoire, la leur, la vôtre. A lire. Absolument.

Extrait:” Sur le chemin du retour, il prit son petit-déjeuner dans un diner, comme chaque dimanche, et le jour venait juste de se lever quand il entra dans sa maisonoù il régnait un froid glacial. Il garda sa veste; fit du feu, et finit par s’endormir devant la télévision. Quand il se réveilla, la nuit tombait et le feu s’était éteint. Il se leva, le ralluma et sortit de son portefeuille un morceau de papier sur lequel figurait une longue liste de questions. Il téléphona à ses filles et parla à chacune d’elles. Après il essaya de se rendormir. Mais en regardant les flammes, il revit sa mère qui, l’hiver se réchauffait près du feu que son mari avait allumé à son intention car il rentrait toujours du travail avant elle. Elle s’offrait alors une tasse de thé et quatre biscuits Oreo. Allongé sur le canapé, Freddie pensa à ses parents et à ses propres enfants, et à toutes les fois où ils s’étaient chauffés près de ce même feu. Leurs photos encadrées étaient posées sur la cheminée. Freddie essaya de dormir mais n’y parvint pas. C’était la première fois de sa vie qu’il faisait quelque chose d’illégal. Et il espérait bien que ses parents et grands-parents, où qu’ils soient, n’étaient pas en train de le regarder.”

"Hygiène de l'assassin" de Amélie Nothomb


“Hygène de l’assassin” de Amélie Nothomb
Ed. Le Livre de Poche 2014. Pages 222.

Résumé: Prétextat Tach, prix Nobel de littérature, n'a plus que deux mois à vivre.
Des journalistes du monde entier sollicitent des interviews de l'écrivain que sa misanthropie tient reclus depuis des années. Quatre seulement vont le rencontrer, dont il se jouera selon une dialectique où la mauvaise foi et la logique se télescopent. La cinquième lui tiendra tête, il se prendra au jeu. Si ce roman est presque entièrement dialogué, c'est qu'aucune forme ne s'apparente autant à la torture.
Les échanges, de simples interviews, virent peu à peu à l'interrogatoire, à un duel sans merci où se dessine alors un homme différent, en proie aux secrets les plus sombres. Premier roman d'une extraordinaire intensité, où Amélie Nothomb, 25 ans, manie la cruauté, le cynisme et l'ambiguïté avec un talent accompli.

La 7 de la page 7:” Oui, c’était en vers.”

Ce n’est pas un secret, je ne suis pas très cliente de Amélie Nothomb. J’avais déjà lu “La Métaphysique des tubes”, que j’avais proprement détesté. Mais je me disais que je devais quand même tenter d’autres romans signés par cet auteur. Maintenant je me demande pourquoi j’éprouve autant d’antipathie pour moi-même. Pourquoi me fais-je autant de mal? Je n’aime pas Amélie Nothomb. Ca arrive. On ne peut pas aimer tous les auteurs. Mais je continue à m’entêter avec “Hygiène de l’assassin”. De deux choses l’une, soit je choisi très mal les romans de Nothomb soit sa prose me passe complètement au-dessus de la tête. Non seulement je n’ai trouvé aucun intérêt dans l’intrigue, mais les personnages m’ont complètement laissée indifférente. Je n’en ai strictement rien à faire de ce qu’il se passe dans ses romans. Mais bon, il paraît que “Il faut vraiment que tu lises “Mercure” pour changer d’avis.” Donc il est probable que je lise “Mercure”. Même si je soupçonne que cette chronique soit tout aussi mauvaise que celle-ci.
Je me sens compltètement exclue de ses romans. J’ai l’impression de me retrouver face à un mur littéraire qui me balance des mots, certes joliment trouvés et qui s’entremêlent assez agréablement, mais j’ai toujours ce sentiment irrépréssible de perdre mon temps. Au moins, point positif, ce roman est assez court... Ca passe vite. Je ne souffre pas trop longtemps. Donc... Ben, je vais lire “Mercure”... (Il doit quand même bien en avoir un qui me plaise... Ou pas...)

Extrait: “En écoutant la bande, les confrères ne dirent rien, mais ce n’était certainement pas à Tach que s’adressait leur sourire de condescendance.
-Ce type est un cas, racontait la dernière victime. Allez comprendre! On ne sait jamais comment il réagira. Parfois, on a l’impression qu’il peut tout entendre, que rien ne le vexe et même qu’il prend plaisir aux petites nuances impertinentes de certaines questions. Et puis soudain, sans crier gare, le voilà qui explose pour des détails dérisoires ou qui nous jette à la porte si nous avons le malheur de lui faire une remarque infime et légitime.”

"L'Orange Mécanique" de Anthony Burgess


“L’Orange Mécanique” de Anthony Burgess
Ed. Pocket 2007. Pages 221.
Titre Original: “A Clockwork Orange”

Résumé: Londres dans un futur proche. La société est presque déshumanisée et le soir, les jeunes sortent en bande et s'adonnent à toutes sortes de violences: vol, passage à tabas, viol... Parmi eux, Alex, 15 ans, et ses droogs. Un jour il est arrêté et pour réduire sa peine, il accepte de subir un traitement qui promet qu'on ne retournera jamais en prison.
Il s'agit du best-seller d'Anthony Burgess, dont l'adaptation filmée de Stanley Kubrick est largement connue. Au delà des images de violence qui ont provoqué la polémique sur ce livre, l'auteur aborde surtout, à travers l'histoire d'Alex, le danger qui guette l'homme qui n'est plus libre de choisir.

La 7 de la page 7: “Puis il y est allé de sa bidonske-ho-ho-ho- raide choum- en faisant semblant de se torcher le yahura avec sa lettre.”

Grâce à “L’Orange Mécanique”, Burgess monte et démonte, avec acidité, une société qui crée ses propres démons et ses propres monstres. Alex est le produit de son environnement. Ensuite, il sera le produit du “traitement” de sa réhabilitation. L’écriture de ce roman est exigeante et particulière. Elle demande de la concentration. Cependant, cela n’empêche absolulement pas la lecture fluide de ce roman d’anthologie. Notre société engendre ses démons et en faisant la boucle, violente ses propres créations. Cercle d’une violence complètement désincarnée et banalisée, “L’Orange Mécanique” se lit comme on prend une gifle. Entre écoeurement et compassion, Burgess joue avec les émotions de son lecteur qui ne sait plus où donner de la tête. Une véritable claque à la société et un monument de la littérature internationale.

Extrait: “Là-dessus, on y est allés de la castagne en beauté, ricanochant tant et plus du litso, mais sans que ça l'empêche de chanter. Alors on l'a croché aux pattes, si bien qu'il s'est étalé à plat, raide lourd, et qu'un plein baquet de vomi biéreux lui est sorti swoouuush d'un coup. C'était si dégoûtant qu'on lui a shooté dedans, un coup chacun, et alors, à la place de chanson et de vomi, c'est du sang qui est sorti de sa vieille rote dégueulasse. Et puis on a continué notre chemin.

mardi 12 avril 2016

"A visage couvert" de P.D. James

“A visage couvert” de P.D. James
Ed. Le Livre de Poche 2012. Pages 251.
Titre Original: “Cover Her Face”

Résumé: À Martingale, la belle demeure des Maxie dans la campagne anglaise, on est assez tolérant pour admettre une domestique mère célibataire, et qui ne veut pas être séparée de son enfant. Mais rien ne va plus lorsque celle-ci arbore la même robe que la fille de la maison... et annonce ses fiançailles avec le " jeune maître ". Un meurtre est commis le soir même chez les Maxie. Et le policier Dalgliesh, spécialement mandaté par Scotland Yard, va entrer dans une des affaires les plus troublantes de sa carrière...

La 7 de la page 7: “Elle avait recommandé Sally sans réserve, tout paraissait si satisfaisant, en apparence.”

C’est dans “A visage couvert” que Adam Dagliesh fait sa première apparition. Comme toujours chez P. D. James, l’ambiance est ce qu’il y a de plus efficace. On reste sur ses gardes tant la menace est pesante à chaque page. Malheureusement, dans “ A visage couvert”, les personnages ne sont pas à la hauteur de l’auteur. Si l’intrigue est efficace, on s’enlise dans une histoire qui s’est trop vite révélée. On découvre vite qui est le tueur et quel est son mobile. Cependant, “A visage couvert” reste une bonne histoire, agréable à lire.

Extrait: “ll méritait bien son nom, s'adressant à la catégorie de lecteurs qui aiment une histoire solidement ficelée sans beaucoup se soucier de celui qui l'a écrite, préfèrent s'éviter la tâche fastidieuse du choix personnel et pensent qu'une bibliothèque de volumes de mêmes dimensions dans des reliures de même couleur donne de la classe à n'importe quelle pièce. “

"Hannibal" de Thomas Harris



“Hannibal” de Thomas Harris
Ed. Pocket 2002. Pages 601.

Résumé: Sept ans ont passé depuis Le Silence des agneaux. Depuis, Hannibal Lecter vit sous nom d'emprunt à Florence, en Italie, où le faux docteur, vrai serial killer, mène la grande vie. Sur ses traces, Clarice Sterling, agent modèle du FBI. Mais elle n'est pas la seule à le pister : Mason Verger, une des premières victimes d'Hannibal Lecter, attend sa vengeance. La lutte peut-elle être égale entre cet homme cloué à son lit d'hôpital, accroché à son respirateur artificiel, qui tente de tirer parti de toutes les potentialités d'Internet pour mener sa traque, et le redoutable Lecter ?

La 7 de la page 7: “Vous voyez, le bâtiment de la criée donne directement sur la rive.”

“Hannibal” est probablement le roman le plus abouti de Harris. Troisième volet de la saga Hannibal Lecter, on entre enfin dans un roman où le célèbre psychiatre est le personnage central. En compagnie d’une Clarisse Sterling qui a beaucoup plus de substance que dans “Le Silence des Agneaux”, le lecteur passe plus de temps en compagnie du psychopathe inventé par Harris. “Hannibal” est aussi le roman le plus gore et le plus violent de la saga. On assiste à des scènes presque insoutenables et pourtant, on en ressent une certaine satisfaction. Car, comme Lecter, on donne énormément d’importance à la courtoisie et on veut, vraiment, que Lecter s’en sorte. La relation entre Clarisse et Hannibale évolue, pour monter crescendo vers une fin, peut-être prévisible, mais néanmoins très jouissive. Une romance qui dérange. Beaucoup. Mais on en redemande quand même.
Harris nous offre une intrigue efficace et acérée. Chaque passage est réfléchi. Chaque personnage, du plus insignifiant au plus important est écrit sans faille. On vit cette histoire en apnée. Désireux de connaître la fin. Et en même temps, une déception nous envahi quand le livre se termine. La boucle est bouclée et c’est avec déception qu’on quitte un Lecter qui, au final, malgré son côté épouvantable, va quand même nous manquer. Féru d’arts, implacable, Lecter devient une sorte de mythe contemporrain. Le pire de ce que l’être humain peut offrir et en même temps, une érudition et un mystère qui ne peut que nous ensorceller.
La fin parfaite à une saga sans faille.

Extrait: Cordell guettait les larmes, un sanglot. Lorsqu'il vit que les épaules de l'enfant étaient secouées de frissons, il s'approcha et lui essuya les joues avec des compresses stériles. Puis il plaça les bouts de tissu mouillé dans le verre de martini destiné à Mason Verger, qui refroidissait dans le frigidaire de la salle de jeux au milieu des jus d'orange et des coca-cola.”