mercredi 27 juillet 2016

"La femme de hasard" de Jonathan Coe


“La femme de hasard” de Jonathan Coe.
Ed. Folio 2006. Pages 184.
Titre original: “The Accidental Woman”

Résumé: Maria, une jeune fille de milieu modeste, vit aux environs de Birmingham. Indifférente par choix, indécise par nature, elle trouve que l'on fait beaucoup de bruit pour peu de chose. Que valent les succès aux examens et les déclarations de Ronny qui l'aime désespérément, que penser des amis de classe avec leurs vacheries et leurs cancans... Seul le chat, un exemple d'indifférence satisfaite, lui donne à penser qu'une forme de bonheur est possible. Mais comment être heureux lorsque votre vie est une succession d'accidents, de hasards...
Premier roman de Jonathan Coe, "La femme de hasard" décrit une sinistre histoire, celle de Maria et ses désillusions. Toujours soucieux de lucidité et de démystification, Jonathan Coe se livre à une descente en flammes de toutes les institutions prisées dans la société et des formes couramment admises de bonheur, et fait de ce premier roman une œuvre exemplaire.


La 7 de la page 7: “Il ne tarda pas à replier son pupitre et à quitter la pièce, à la grande satisfaction de Maria.”

“La femme de hasard” est le premier roman de Jonathan Coe. Et le moins que l’on puisse dire que c’est une réussite. L’écriture est particulièrement efficace La protagoniste est humaine dans le sens strict du terme. Elle a également un côté qui peut sembler froid et légèrement pathétique. Or il n’en est rien. Elle vit juste sa vie, sans vague, sans remous. Comme toujours, Coe nous livre une critique acerbe de la société britannique. Insulaire et repliée sur elle-même, elle représente cette Angleterre statique et indifférente. Un roman assez court mais diablement efficace.

Extrait: “Rien n’est plus misérable que le souvenir du bonheur, position qu’on peut occuper de divers points de vue, comme nous le verrons dans certains des chapitres suivants. Dans le même ordre d’idées, à moins qu’il ne s’agisse d’un ordre d’idées opposée, rien n’est plus plaisant que la perspective du bonheur, et quand je dis « rien, je n’emploie pas ce mot à la légère. Car le bonheur en soi, se disait Maria, n’avait guère de poids comparé au temps passé soit dans sa perspective, soit dans son souvenir. En outre, l’expérience immédiate du bonheur paraissait complètement détachée de l’expérience de son attente ou de son souvenir. Jamais elle ne le disait, quand elle était heureuse : « C’est ça, le bonheur », et jamais donc elle ne l’identifiait comme tel au moment où elle le vivait. Ce qui ne l’empêchait pas de penser, quand elle ne le vivait pas, qu’elle avait une idée très claire de ce qu’il recouvrait. La vérité, c’est que Maria n’était vraiment heureuse que lorsqu’elle pensait au bonheur à venir, et je crois qu’elle n’était pas seule à adopter cette attitude absurde. Il est plus agréable, allez savoir pourquoi, d’éprouver de l’ennui, ou de l’indifférence, ou de la torpeur, en se disant : dans quelques minutes, quelques jours, quelques semaines, je serai heureux, que d’être heureux en sachant, fût-ce inconsciemment, que le prochain sursaut intérieur nous éloignera du bonheur. L’idée du bonheur, qu’il soit prospectif ou rétrospectif, éveille en nous des émotions beaucoup plus fortes que la seule émotion du bonheur. Fin de l’analyse.”

"Bloody Miami" de Tom Wolfe.


“Bloody Miami” de Tom Wolfe
Ed. Pocket 2014. Pages 820.
Titre Original: “Back to Blood”

Résumé: Une invasion armée, c'est une chose, évidemment. Mais Miami est la seule ville d'Amérique – et même du monde, à ma connaissance – ou une population venue d'un pays étranger, dotée d'une langue et d'une culture étrangères, a immigré et établi sa domination en l'espace d'une génération à peine – par la voie des urnes. Je veux parler des Cubains de Miami. Dès que j'ai pris conscience de cette réalité, j'ai trépigné d'impatience : il fallait que j'y aille. C'est ainsi que j'ai passé deux ans et demi dans la mêlée, en plein coeur de l'immense foire d'empoigne qu'est Miami. Il faut le voir pour le croire ; ou bien (oserais-je le suggérer ?) le lire dans Bloody Miami. Dans ce livre – ou il n'est pas question d'hémoglobine, mais de lignées –, Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve exilé par son propre peuple de la ville d'Hialeah, la véritable « Little Havana » de Miami, pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d'abord d'un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l'addiction à la pornographie, puis d'un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d'avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs ; un chef de la police noir décide qu'il en a assez de servir d'alibi à la politique raciale du maire cubain ; le rédacteur en chef WASP de l'unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais qui ne comprend rien aux contradictions intrinsèques et complètement cinglées de cette ville, meurt de peur de perdre sa place – et ses privilèges ; tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale – mais qui, lui, a tout compris –, s'échine (avec succès et avec l'aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n'évoque là que neuf des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. J'espère qu'ils vous plairont. C'est un roman, mais je ne peux m'empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d'y contempler l'aurore de l'avenir de l'Amérique ?

La 7 de la page 7: “C’est tout juste s’il ne voyait pas, les lubrifiants et les spirochètes suintés dans l’entrejambe de leurs micro micro-shorts?”

Avec “Bloody Miami”, Tom Wolfe ne signe sans doute pas son plus grand roman. Mais ce n’est pas pour autant que ce livre n’est pas rondement mené. Commençons par l’écriture, toujours aussi magistrale, de Wolfe. Il nous emmène, littéralement, à Miami. On y étouffe sous sa plume si efficace qu’elle nous fait ressentir chaque brise et courber l’échine sous la chaleur de la Floride. L’histoire, ensuite. Comme toujours, Wolfe prend un personnage principal, ici Nestor Camacho, afin de disséquer une société construite sur l'émigration, les trafics et un sens de l’honneur parfois dérisoire. Son personnage est pathétique, minable. Il tente de s’élever socialement sans se rendre compte de ses capacités et de ses défauts plus qu’handicapants. Entre amour et trahisons, Wolfe nous fait détester ce personnage médiocre qui est pourtant loin d’être lisse. C’est peut-être pour cela que Camacho nous hérisse le poil, il est humain tout simplement. Une brique, comme toujours avec Wolfe, qui n’est certes pas aussi bonne à avaler que “Le bûcher des vanités” pour ne citer que lui mais qui ne nous laisse pas non plus une indigestion. A lire quand vous avez un peu de temps devant vous.


Extrait: “Miami est à ma connaissance la seule ville du monde – du monde, je dis bien- dont la population soit composée à plus de cinquante pour cent d'immigrés récents... d'immigrés récents, arrivés au cours des cinquante dernières années... ce n'est pas rien quand on y pense. Et ça donne quoi ? Ca donne – je discutais avec une dame à ce sujet l'autre jour, une Haïtienne, et elle m'a dit, « Dio, si vous voulez vraiment comprendre Miami, il y a une chose que vous devez savoir avant tout. A Miami, tout le monde déteste tout le monde.

"Dracula" de Bram Stoker.


“Dracula” de Bram Stoker.
Ed. J’ai Lu 1997. Pages 506.

Résumé: Répondant à l'invitation du comte Dracula qui prépare son prochain voyage en Angleterre, Jonathan Harker découvre à son arrivée dans les Carpates un pays mystérieux. Un pays aux forêts ténébreuses et aux montagnes menaçantes. Un pays peuplé de loups dont les habitants se signent au nom de Dracula. Malgré la bienveillance de son hôte, le jeune clerc ne peut qu'éprouver une angoisse grandissante. Ce comte, qui contrôle son courrier et verrouille les portes de son château, ne se reflète pas dans les miroirs et se déplace sur les murs en défiant les lois de l'apesanteur...
Jonathan Harker doit se rendre à la terrifiante évidence : il est prisonnier d'un homme qui n'est pas un homme. Et qui partira bientôt hanter les nuits de Londres...

La 7 de la page 7: “Sans aucun doute, ils parlaient de moi car, de temps à autre, ils tournaient la tête de mon côté; des gens, assis, sur le banc près de la porte de l’hôtel, se levèrent, s’approchèrent d’eux, écoutant ce qu’ils disaient, puis à leur tour me regardaient avec une visible pitié.”

Le personnage de “Dracula” est une figure entrée dans la culture mondiale. Au-delà du personnage bien connu, “Dracula” est un monument de la littérature gothique et de la littérature victorienne. Stoker nous offre un personnage pour l’éternité qui engendrera de nombreux émules. Ce personnage nous met mal à l’aise  en même temps qu’il nous envoûte. On erre dans cet intriguant château et dans ces Carpates inquiétantes. Au-delà u récit et de son personnage atypique, les descriptions de Stoker sont particulièrement percutantes. L'héritage de Stoker est indéniable et totalement justifié. Un tout grand roman à lire sous la couette par une nuit pluvieuse.

Extrait: “Son visage donnait une impression de force, avec son nez fin mais aquilin, des narines particulièrement larges, un front haut et bombé, des cheveux qui se clairsemaient aux tempes, mais, ailleurs, épais et abondants. Les sourcils, massifs, se rejoignaient presque à l’arête du nez et paraissaient boucler tant ils étaient denses. La bouche, pour autant que je pusse l’entrevoir, sous l’épaisse moustache, présentait quelque chose de cruel, sans doute en raison des dents éclatantes et particulièrement pointues. Elles avançaient au-dessus des lèvres elles-mêmes dont le rouge vif soulignait une vitalité étonnante chez un homme de cet âge. Les oreilles étaient pâles et se terminaient en pointes. Le menton paraissait large et dur et les joues, malgré leur maigreur, donnaient toujours une impression d’énergie. L’impression générale était celle d’une extraordinaire pâleur. J’avais déjà remarqué le revers de ses mains qu’il avait posées sur ses genoux et, dans la lueur des flammes, elles m’avaient paru longues et fines. Pourtant, à présent que je les voyais de près, je les découvrais grossières, larges, doigts épais. Étrange constatation, aussi, je remarquais des poils au milieu des paumes. Les ongles étaient longs et fins, presque trop pointus. Un moment donné, le comte se pencha vers moi et ses mains me frôlèrent. Je ne pus retenir un frisson. Peut-être devais-je en imputer la cause à son haleine fétide, mais une terrible nausée s’empara de moi, que je ne pus cacher. Le comte s’aperçut de mon dégoût, car il recula. Avec un sourire effrayant, qui découvrit davantage ses dents proéminentes, il retourna s’asseoir à côté de la cheminée “

vendredi 8 juillet 2016

"Le retour au pays de Jossel Wassermann" de Edgar Hilsenrath


“Le retour au pays de Jossel Wassermann” de Edgar Hilsenrath.
Ed. Le Tripode 2016. Pages 260.
Titre Original: “Jossel Wassermanns Heimkehr”

Résumé: Un froid glacial s’est abattu sur le village de Pohodna. Les habitants juifs de ce shtetl ont reçu l’ordre de rejoindre le wagon qui les attend à la gare. À l’intérieur, oubliant l’obscurité et la crainte, le rabbin confie à l’esprit du vent : « Les goys sont stupides. En ce moment ils pillent nos maisons. Et ils creusent le sol de nos jardins. Et ils croient que nous avons laissé là-bas tout ce que nous possédions. Et ils rient dans leur barbe. Mais ils ne savent pas que nous avons emporté le meilleur. » « Et c’est quoi, le meilleur ? » demande le vent. Et le rabbin de répondre : « Notre histoire. Elle, nous l’avons emportée avec nous. »
Pour ceux qui admirent les romans d’Edgar Hilsenrath, Le Retour au pays de Jossel Wasserman apparaîtra comme un nouveau chef-d’œuvre. Sur son lit de mort, Jossel Wassermann raconte les péripéties, célébrations, joies et misères d’une famille haute en couleurs, depuis son installation dans les shtetls, ces petites communautés juives éparpillées dans l’Est de l’Europe, réduites à néant par la seconde guerre mondiale. Texte tardif dans l’œuvre d’Hilsenrath, il est peut-être le plus émouvant de tous par sa douceur et son humble drôlerie, son désir de faire revivre un monde qui a bercé l’enfance et l’imaginaire d’un auteur désormais culte. Cette nouvelle édition, dans une traduction revue par Chantal Philippe, paraît à l’occasion des 90 ans d’Edgar Hilsenrath.

La 7 de la page 7: “En cette saison, la nuit tombe vite.”

Dernier Hilsenrath à avoir rejoins ma bibliothèque, “Le retour au pays de Jossel Wassermann” est un récit décalé de la vie d’un juif. On y rencontre ses ancêtres et ses contemporains. Histoire atypique d’une généalogie juive condamnée au pire, le destin de Jossel Wasermann raconte son histoire et celle de milliers d’autres. La plume d’Hilsenrath est toujours aussi efficace. L’auteur frappe là où le lecteur a mal. Avec ses mots acérés, il nous dresse une gigantesque fresque oscillant entre le pathétique et le courageux. Un très grand roman signé par un des plus grands auteurs européens contemporains.

Extrait: “Nous avons appelé la Chevra Kaddisha, c’est une société de pompes funèbres, des gens pieux qui lavent les morts et les enveloppent dans un linceul blanc. Comme un mort ne doit pas rester plus de vingt-quatre heures sur la terre, dont la surface n’a été créée par Dieu que pour les vivants, tandis que les morts doivent reposer dessous, sans retard et recouverte de cette même terre dont Dieu a façonné les humains mon père fut enterré au cimetière juif à l’aube, c’est-à-dire peu de temps après que le soleil eut déjà atteint la hauteur du pont, je veux dire, notre petit pont de bois sur le Prut. Je me souviens du long cortège funèbre, car presque tous les juifs étaient venus. Ils se lamentaient et pleuraient, et leurs voix étaient presque aussi fortes que celles des pleureuses qui se contentaient de faire la mascarade, s’arrachaient les cheveux et chantaient et braillaient et imploraient Dieu qui voyait tout. Les goys, pour la plupart des paysans et des valets de ferme, se tenaient au bord de la route et ricanaient, plaisantaient ou riaient bruyamment, car ils étaient joyeux qu’il y ait un Juif de moins.”

jeudi 7 juillet 2016

"La Maison de Soie" de Anthony Horowitz


“La Maison de Soie” de Anthony Horowitz.
Ed. Le Livre de Poche 2013. Pages 359.
Titre original: “The House of Silk”

Résumé: Un an après la mort de Sherlock Holmes, Watson entreprend de consigner l’une des enquêtes les plus noires qu’il a menées avec le célèbre détective... Londres, novembre 1890. Edmund Carstairs, marchand d’art, craint pour sa vie. Faute de preuves, Holmes ne peut qu’attendre. Le lendemain, ce n’est pourtant pas d’un meurtre, mais d’un vol dont Carstairs est la victime. Holmes l’avait prévu. Ce qu’il ne pouvait imaginer, en revanche, c’est qu’en confiant à Ross, l’un des Irréguliers de Baker Street, la charge de monter la garde, il l’envoyait en fait à la mort. Et qu’avec ce meurtre horrible, c’était ce que Londres a de plus sordide qui se révélait aux deux enquêteurs... « La partie reprend. » Et cette fois, Holmes et Watson n’en sortiront peut-être pas indemnes.

La 7 de la page 7: “Comment pouvez-vous être certaine que mon épouse a raté son train?”

En commencant “La Maison de Soie”, je dois avouer que je connaissais déjà l’auteur. Je l’avais rencontré dans mes années de jeunesse grâce à ses romans pour enfants. Je me souviens avoir été séduite par son style et  ses histoires  bien écrites et bien adaptées pour un public plus jeune.
Ici, avec “La Maison de Soie”, je m’attaquais à un Horowtiz pour adulte. Et la déception a été grande. Je suis une grande admiratrice de Sherlock Holmes et j’ai parfois (souvent) tendance à être réfractaire à toutes les adaptations, suites etc. Donc, Horowitz avait déjà un a priori contre lui. Il lui fallait être diablement efficace pour pouvoir me satisfaire. Et, force est de constater que cela n’a pas été le cas. L’histoire est assez faiblarde et on ne retrouve pas un Sherlock digne de ce nom. Si l’écriture est agréable, le récit est bancal. Une très grosse déception.

Extrait: “Personne ne connaissait le mal comme Holmes, mais il y a des aspects du mal qu'il vaut mieux ne jamais connaître. Il ne pouvait pas se réjouir de son succès sans se rappeler les lieux obscurs où il l'avait acquis. Cela je pouvais le comprendre. Je faisais des cauchemars moi aussi.

mercredi 6 juillet 2016

"Une fille, qui danse" de Julian Barnes


“Une fille, qui danse” de Julian Barnes.
Ed. Folio 2014. Pages 212.
Titre Original: “The sense of an ending”

Résumé: Tony, la soixantaine, a pris sa retraite. Il a connu une existence assez terne, un mariage qui l’a été aussi. Autrefois il a beaucoup fréquenté Veronica, mais ils se sont éloignés l’un de l’autre. Apprenant un peu plus tard qu’elle sortait avec Adrian, le plus brillant de ses anciens condisciples de lycée et de fac, la colère et la déception lui ont fait écrire une lettre épouvantable aux deux amoureux. Peu après, il apprendra le suicide d’Adrian.
Pourquoi Adrian s’est-il tué ? Quarante ans plus tard, le passé va ressurgir, des souvenirs soigneusement occultés remonter à la surface – Veronica dansant un soir pour Tony, un weekend dérangeant chez ses parents à elle… Et puis, soudain, la lettre d’un notaire, un testament difficile à comprendre et finalement, la terrible vérité, qui bouleversera Tony comme chacun des lecteurs d’Une fille, qui danse.

La 7 de la page 7: “Quand Colin dénonçait la famille, quand je raillais le système politique, ou qu’Alex énonçait des objections philosophiques à la nature de la réalité telle qu’elle est perçue, Adrian gardait ses opinions pour lui-même dans un premier temps, du moins.”

“Une fille, qui danse” est un roman particulier. Je n’ai pas la moindre idée de ce que j’en pense. J’ai aimé certaines parties et je me suis ennuyée dans d’autres. Le point positif a relevé est l’écriture de Barnes, assez efficace. J’ai eu du mal à m’investir dans cette histoire. Adrian est complexe et on ne parvient pas vraiment à englober le propos du personnage. Une sorte de fantôme qui hante ce roman sans jamais vraiment y entrer. Ce qui est, sans doute, le projet de Barnes mais qui a été beaucoup trop déroutant  et pas assez abouti pour moi.

Extrait: “Que savais-je de la vie, moi qui avais vécu si prudemment ? Qui n'avais ni gagné ni perdu, mais seulement laissé la vie s'imposer à moi ? Qui avais eu les ambitions habituelles et ne m'étais que trop vite résigné à ne pas les voir se réaliser ? Qui évitais d'être blessé et appelais ça une aptitude à la survie ? Qui payais mes factures, restais autant que possible en bons termes avec chacun, et pour qui l'extase et le désespoir n'étaient plus guère que des mots lus dans des romans ? “

"Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson


“Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire” de Jonas Jonasson.
Ed Pocket 2012. Pages 507.
Titre original: “Hundraaringen Som Klev Ut Genom Förstret Och Försvann”

Résumé: Le jour de ses cent ans, alors que tous les notables de la ville l'attendent pour célébrer l'événement, Allan Karlsson s'échappe par la fenêtre de sa maison de retraite quelques minutes avant le début de la fête organisée en son honneur. Ses plus belles charentaises aux pieds, le vieillard se rend à la gare routière, où il dérobe une valise dans l'espoir qu'elle contienne une paire de chaussures. Mais le bagage recèle un bien plus précieux chargement, et voilà comment Allan se retrouve poursuivi par la police et par une bande de malfrats… Commence alors son incroyable cavale à travers la Suède, mais aussi, pour le lecteur, un étonnant voyage au coeur du XXe siècle, au fil des événements majeurs auxquels le centenaire Allan Karlsson, génie des explosifs, a été mêlé par une succession de hasards souvent indépendants de sa volonté.

La 7 de la page 7: “Autrement dit: il faut que j’aille chier.”

Quand on ouvre “Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire” on ne s’attend certainement pas à ouvrir un ovni littéraire pareil. L’écriture est juste et les propos acérés. Et en plus de tout cela, ce livre parvient à être très drôle. L’auteur fait passer l’invraisemblable pour plausible. Mais au-delà de cela, on assiste également à une critique historique en bonne et due forme. Le vieux traverse le XXème siècle sans sourciller, comme si il n’était pas intégré dans celui-ci alors qu’il en fait partie intégrante. Il se distancie de ses actes et, au final, ne se rend pas compte de l’impact qu’il a eu. Les situations cocasses sont suivies de scènes émouvantes tendrement écrites. On s’attache à ce personnage atypique. Et on en redemande.

Extrait: “Allan interrompit les deux frères en leur disant que s’il y avait une chose qu’il avait apprise en parcourant le monde, c’était que les plus insolubles conflits de la planète avait démarré de cette façon : « T’es bête ! – Non, c’est toi qui es bête ! – Non, c’est toi ! » La solution était bien souvent de partager une bouteille d’une contenance minimale de soixante-quinze centilitres, puis de regarder vers l’avenir.
- Alors tu penses que soixante-quinze centilitres d’alcool pourrait résoudre le conflit entre Israël et la Palestine ? lui demande Bosse. L’histoire remonte quand même jusqu’à l’époque de la Bible !
- Pour ce conflit-là, il faudrait peut-être augmenter la dose, mais le principe reste le même. “

"Cinquante Nuances de Grey" de E.L. James


“Cinquante Nuances de Grey” de E.L. James
Ed. Lattès 2012. Pages 560.
Titre Original: “Fifty shades of Grey”

Résumé: Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête.
Naïve et innocente, Ana ne se reconnaît pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble.
Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

La 7 de la page 7: “Je travaille énormément pour y arriver.”

J’ai lu ce roman deux fois. Une fois en français et une fois en anglais. Au départ, j’ai cru à une erreur monumentale de traduction. Et, après avoir lu “Cinquante nuances de Grey” en anglais, force est de constater que la traduction est plutôt bonne. De ce fait, je peux clairement établir que “Cinquante nuance de Grey” est probablement le livre le plus mauvais que j’ai jamais lu.
L’écriture est exécrable. Les personnages sans profondeur. L’intrigue inexistante. Rien à dire de positif sur cette médiocrité littéraire. Une sorte d’ersatz de roman érotique où la naïveté de la protagoniste est tellement affligeant qu’il en discrédite tout le roman qui pourtant n’en demandait pas autant pour être mauvais. Une perte de temps monumentale.

Extrait: “Il sourit sans que ce sourire atteigne ses yeux. Encore une fois, cette réponse contredit son désir de nourrir les affamés de la planète. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous sommes en train de parler de tout autre chose, sans avoir la moindre idée de ce dont il s’agit. Je déglutis. Il fait plus chaud dans la pièce tout d’un coup.”

"Défendre Jacob" de William Landay


“Défendre Jacob” de William Landay
Ed. J’ai Lu 2013. Pages 511.
Titre Original: “Defending Jacob”

Résumé: Depuis vingt ans, Andrew Barber est procureur adjoint du comté de Massachusetts. Admiré par ses pairs pour sa combativité au tribunal, respecté de la communauté, il est aussi un père de famille heureux, veillant sur sa femme Laurie et leur fils Jacob. Quand un crime atroce secoue la quiétude de sa petite ville, c'est la foudre qui s'abat sur lui : son fils de 14 ans est accusé du meurtre d'un camarade de classe. Andrew ne peut croire à la culpabilité de Jacob et va tout mettre en oeuvre pour prouver son innocence. Mais à mesure que les indices à charge s'accumulent et que le procès approche, certaines révélations surgies du passé sèment le doute et menacent de détruire son mariage, sa réputation et sa foi en la justice. Le dos au mur, Andrew devra faire face au pire dilemme de sa vie : choisir entre la loyauté et la vérité pour défendre cet adolescent qu'il connaît si mal.

La 7 de la page 7: “Il est d’autant plus motivé pour découvrir le meurtrier.”

Si vous ne devez lire qu’un seul thriller cette année, choisissez “Défendre Jacob”. Non seulement le texte est particulièrement bien écrit, élégant, mais en plus l’histoire en elle-même est très bien menée et maîtrisée du début à la fin. Landay nous offre un personnage auquel on s’attache, plus, on se projette en lui. Jacob devient notre fils. Et dès le départ, ce stratagème fonctionne parfaitement. Tout comme son père, on ne doute pas de jacob au départ. On croit en sa version. On veut le défendre coûte que coûte. Et petit à petit, on commence à se poser des questions. En même temps que le père de Jacob, on relève certaines bizarreries dans le récit fait par Jacob. On doute de lui. Et en même temps, il nous est inconcevable que ce jeune garçon puisse être coupable. “Défendre Jacob” est un page-turner très efficace.

Extrait: “Les présomptions ne vont jamais toutes dans un seul sens, pas dans une affaire aussi compliquée que celle-là. C'est d'ailleurs le problème. On n'a pas assez d'informations, le dossier est incomplet. Il n'y a pas de schéma clair, de réponse évidente. Alors les inspecteurs font ce que tout le monde fait : ils se fabriquent une histoire dans leur tête, une théorie, et ensuite ils vont consulter le dossier pour trouver des preuves de ce qu'ils avancent. Ils arrêtent d'abord un suspect et ensuite ils cherchent un élément pour l'inculper. Du coup, ils se désintéressent des éléments qui en désignent d'autres.”

"Trauma: Les visages de Victoria Bergman 2"


“Trauma: Les visages de Victoria Bergman 2” de Erik Axl Sund.
Ed. Babel Noir 2015. Pages 473.
Titre Original: “Hungerelden”

Résumé: Un important homme d’affaires est retrouvé sauvagement assassiné dans son appartement de Stockholm. Son corps a été dépecé et la scène du crime peinte au rouleau avec son sang. Plus tard, une femme de la haute société est découverte dans un souterrain, une corde de piano autour du cou. Le fils d’un haut fonctionnaire trouve quant à lui la mort dans une piscine municipale de la capitale. Seul lien apparent : un bouquet de tulipes jaunes laissé sur les lieux des crimes. La commissaire Jeanette Kihlberg est chargée de l’enquête. Toujours hantée par la mystérieuse Victoria Bergman, elle continue simultanément ses recherches dans l’affaire classée de jeunes sans-papiers assassinés et fait appel à la psychothérapeute Sofia Zetterlund pour établir un profil du meurtrier. De son côté, Sofia continue son autothérapie pour tenter de reprendre le contrôle d’elle-même mais ses absences ne font que s’intensifier. Pendant ce temps, Victoria Bergman mène sans relâche sa croisade contre les faibles... Avec ce roman d’une noirceur vertigineuse, Erik Axl Sund poursuit sa plongée dans les tréfonds du psychisme humain et offre une suite électrisante à Persona.

La 7 de la page 7: “Schwarz recule, la queue entre les jambes, et à ses côtés  Alhund n’en mène pas large.”

Le premier tome de cette trilogie s’était terminé sur une fin un peu décevante. J’espérais donc que le deuxième tome relève un peu le niveau. Malheureusement, la suite est tout aussi décevante. Les personnages principaux devient de plus en plus complexes. Trop complexes. J’ai eu du mal à m’intéresser à leur sort et à leurs péripéties. Peut-être que le troisième tome sera celui qui finira en apothéose. Mais pour cela, vous devrez le lire sans moi. Ce tome, trop brouillon et trop compliqué à suivre, a eu raison de moi. Pas de tome 3 en ce qui me concerne.

Extrait:”Stockholm peut être un endroit affreux. L’hiver impitoyable souffle un vent hostile, le froid pénètre partout, il est presque impossible de s’en protéger. La moitié de l’année, il fait nuit quand les habitants de la ville se réveillent, et nuit quand ils rentrent chez eux le soir. Des mois durant, les gens vivent dans un manque de lumière compact, étouffant, dans l’attente de la délivrance amère. Ils se referment dans leur sphère privée, évitent de croiser inutilement le regard de leurs semblables et repoussent tout ce qui pourrait les déranger à l’aide de leurs Ipod, lecteurs MP3 et téléphones portables.

vendredi 1 juillet 2016

"Nouvelles Chroniques de San Fransisco" de Armistead Maupin


“’Nouvelles Chroniques de San Fransisco” de Armistead Maupin.
Ed. 10/18 2012. Pages 378.
Titre Original: “More Tales of the City”

Résumé: Au 28, Barbary Lane, Mary Ann, venue de Cleveland, poursuit depuis six mois "son initiation, tantôt glorieuse, tantôt harassante, dans cet univers aventureux qu'était San Francisco". Tous les locataires sont devenus ses amis, en particulier Michael, dit Mouse, qui, comme elle, cherche l'homme de sa vie. Ils entreprennent ensemble une croisière au Mexique qui leur permettra, après bien des tribulations, de réaliser tous les deux leur rêve. Mais ce deuxième épisode du feuilleton d'Armistead Maupin contient une révélation de taille. Mme Madrigal, l'adorable logeuse, qui s'efforce contre vents et marées, d'assurer le bonheur de son étrange famille recomposée, est en fait le père d'une de ses locataires. Cette histoire de transexualité et une affaire plus obscure de transsubstantiation à laquelle se voue une inquiétante secte religieuse sont les ressorts de ce nouveau volet d'une comédie humaine qui plaide avec humour en faveur de la tolérance et du respect mutuel.

La 7 de la page 7: “Tu veux bien venir?”

Deuxième volet de la saga des chroniques de San Fransisco, c’est avec une joie difficilement descriptible qu’on retrouve nos héros de Barbary Lane.
On les avait quitté avec tristesse dans le précédent tome. Ici, on les retrouve afin de continuer leurs histoires rocambolesques.
L’écriture est toujours aussi agréable et les chapitres courts nous permettent une lecture fluide sans jamais laissé un de nos personnages préférés trop longtemps seul. On se vautre dans cette suite réussie. On attend le reste avec impatience.

Extrait: “Les chrétiens sont les seuls au monde qui s'agenouillent devant un instrument de torture, dit Michael en haussant les épaules. Si Jésus avait été martyrisé à notre époque, je suis sûr qu'on aurait tous des petites chaises électriques autour du cou.