lundi 11 avril 2016

"Il" de Derek Van Arman


“Il” de Derek Van Arman
Ed. Pocket 2014. Pages 956.
Titre Original: “Just Killing Time”

Résumé: "La plupart des tueurs en série n’ont rien à voir avec les mythes qu’ils ont engendrés. Ils ne vivent pas isolés, au milieu des bois ou au fin fond d’un asile. Ce sont vos propres voisins. Comme Bundy, Statler, Gacey, Williams, Merrin et des centaines d’autres sur cette liste, ce sont des individus que vous croisez aux réunions de parents d’élèves ou aux matchs de base-ball de Little League, ils prennent le bus avec vous, leurs enfants jouent avec les vôtres, et ils récitent peut-être même le Notre Père avec vous, lors de vos réunions de famille."
Ainsi parle Jack Scott, directeur de l’agence fédérale en charge des crimes violents et spécialiste des serial killers. Lorsqu’une mère et ses deux filles sont sauvagement assassinées dans une mise en scène macabre, c’est le début d’une chasse à l’homme impitoyable. Jack, qui pensait avoir tout enduré, devra affronter son passé pour mettre la main sur un tueur atypique, aussi pervers que machiavélique.

La 7 de la page 7: “Il avait puisé en eux tout un éventail d’émotions fortes: des histoires de trésors et d’explorateurs, des caches pillées par des espions confédérés, des grottes d’indiens regorgeaient de bijoux, d’or perdu, de poteries anciennes, et tout cet univers lui tendait les bras.”

Ce roman a été écrit en 1992. Et je ne doute pas un instant, qu’à cette époque, il devait être écrit dans un style nouveau et a dû soulever les enthousiasmes.
Or nous sommes en 2016. Et depuis, beaucoup d’eau est passée sous les ponts. Si vous regardez “Les Experts” et/ou “Esprits Criminels” vous avez déjà toutes les clefs pour dénouer ce sac de nœuds. Et c’est justement là où le bas blesse. Ce roman n’est absolument plus d’actualité. Il est répétitif (au point qu’il amène le lecteur à un certain agacement) et est composé des codes utilisés et réutilisés jusqu’à la corde par d’autres auteurs ou scénaristes. Je ne vais donc pas m’appesantir pendant de longues minutes sur “Il”. Si ce roman devait être bon en 1992, aujourd’hui il est désuet et ne comporte que très peu de bons éléments. 956 pages d’ennui. Évitez ce roman. Dommage.

Extrait:”Le son de cette voix le fit tressaillir. Après cette collision d’images, il revint à son affaire du moment. La blonde était une roulure, le garçon était un crétin et ce chien, il fallait le crever. Pleurer, c’est rien que de l’eau gâchée.”

"Entretien avec un vampire" de Anne Rice


“Entretien avec un vampire” de Anne rice.
Ed. Pocket 1997. Pages 444.
Titre Original: “Interview with the vampire”

Résumé: De nos jours, à la Nouvelle-Orléans un jeune homme a été convoqué dans l'obscurité d'une chambre d'hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Tandis que tourne le magnétophone, son mystérieux interlocuteur raconte sa vie, sa vie de vampire. Comme l'interviewer, nous nous laissons subjuguer, fasciner et entraîner à travers les siècles dans un monde sensuel et terrifiant ou l'atroce le dispute au sublime. Véritable livre culte, premier volet des désormais incontournables Chroniques des vampires, Entretien avec un vampire renouvelle totalement l'un des mythes les plus riches et les plus ambigus du fantastique.

La 7 de la page 7: “Au début, il n’y fit que quelques allusions, mais cessa totalement de prendre ses repas.”

“Entretien avec un vampire” est le premier volet des Chroniques des vampires de Anne Rice. Sacralisé par un film plutôt réussi, “Entretien avec un vampire” est devenu un classique de la littérature vampirique. On traverse les âges et les océans en compagnie des ces êtres surnaturels. On est très loin de la “bit-lit” actuelle. Entre épouvante et érotisme, Rice nous offre une ambiance unique. La cruauté des uns est mise en parallèle avec la pureté des autres. La grâce et la froideur accompagnent le lecteur à travers les pages de ce roman. La barbarie y côtoie l’élégance dans cette fresque vampirique splendidement exécutée. Une tendresse douloureuse nous étreint. On se sent triste pour ces êtres à l’immortalité dérangeante et pesante. Rice nous engloutit de sa plume acérée comme les dents de ses personnages. L’élégance de ce roman nous emporte bien au-delà de l’histoire de vampires. On voyage avec plaisir avec ces êtres différents. Car c’est aussi cela “Entretien avec un vampire”. Une ode à la différence. Lestat aussi bien que Louis représentent une différence gérée de diverses manières. Entre colère et passivité. Entre vengeance et acceptation, il y en a pour tous les goûts. Agressivité ou douleur, Anne Rice nous jette dans une histoire magnifique et magistrale.

Extrait : “Combien pensez-vous qu'il y ait de vampires qui aient la trempe nécessaire pour affronter l'éternité ? Pour commencer, ils ont de l'immortalité les notions les plus sinistres. Car, en devenant immortels, ils voudraient que tout ce qui a été l'accompagnement de leur vie devienne immuable et incorruptible comme ils le sont eux-mêmes. Que les véhicules gardent la même forme rassurante, que les vêtements conservent la coupe qui leur allait du temps de leur jeunesse, que les hommes continuent de s'habiller et de parler de la façon qu'ils ont toujours comprise et appréciée. Alors qu'en réalité, tout change, sauf le vampire lui-même ; tout, à l'exception du vampire, est soumis à décomposition et corruption permanentes. Bientôt, si l'on possède une âme peu flexible, et souvent même si l'on est doué de souplesse d'esprit, l'immortalité devient une peine de prison que l'on purge dans une maison de fous peuplée de figures et de formes totalement inintelligibles et sans valeur. Un soir, le vampire en se levant se rend compte que ce qu'il a craint, pendant des dizaines d'années peut-être, est arrivé : il se rend compte tout simplement qu'à aucun prix il ne veut vivre davantage. Que les styles, les modes, les formes d'existence qui lui rendaient l'immortalité attrayante ont tous été balayés de la surface du globe. Et que rien ne subsiste qui puisse le libérer du désespoir, sinon l'acte de tuer. Alors, le vampire va mourir. Personne ne trouvera ses restes. Personne ne saura où il s'en est allé. Et souvent personne dans son entourage – si toutefois il cherche encore la compagnie d'autres vampires –, personne ne saura qu'il est atteint de désespoir. Depuis longtemps il aura cessé de parler de lui-même ou de rien d'autre. Il disparaîtra.

"Aurora Teagarden: A vendre: Trois chambres, un cadavre" de Charlaine Harris


“Aurora Teagarden: A vendre: Trois chambres, un cadavre” de Charlaine Harris
Ed. J’ai Lu 2013. Pages 285.
Titre Original: “Three Bedrooms, One corpse”

Résumé: Aurora avait décidé de devenir agent immobilier, et c’est lors de sa première visite organisée qu’elle découvre dans la maison, un cadavre. Fait du hasard ? Soit. Mais, alors qu’elle retente l’expérience, elle fait à nouveau une macabre rencontre. C’est bien la preuve qu’un serial-killer, sévit dans la petite ville de Lawrencetown. Mais il semble très bien renseigné sur la vie de Roe…

La 7 de la page 7: “Je montai l’escalier en courant pour remonter le chauffage et descendis pour refermer et allumer cette fois-ci le lustre.”

Troisième volet des aventures de Aurora Teagarden. Si les deux premiers tomes sont assez légers et les intrigues assez simplistes, force est de constater que ce troisième tome est encore pire que les autres. On entre dans un roman vraiment simpliste. A la limite du roman jeunesse. J’ai de plus en plus de mal à m’accrocher à cette saga. On aurait pu penser qu’une fois tout bien installé, Harris aurait augmenter la qualité de ses romans poilicers. Mais ce n’est vraiment pas le cas. De roman en roman, les intrigues sont de plus en plus simplistes et les personnages de moins en moins intéressants. Je ne sais vraiment pas si je vais continuer. Je me laisse le temps de la réflexion. Parce que, là où on passait un bon moment dans les autres tomes, ici, on s’ennuie ferme. Dois-je continuer à espérer que Harris nous offre, enfin, un roman policier à la hauteur de son talent? L’avenir nous le dira.

Extrait: “Je m’étais habillée de la sorte afin de suivre mère dans ses rendez-vous, pour le troisième jour consécutif. J’étais en effet censée apprendre le métier, tout en suivant des cours du soir pour obtenir ma carte professionnelle d’agent immobilier.”

"L'Ambre du Diable" de Mark Gatiss


“L’ambre du Diable” de Mark Gatiss.
Ed. Bragelonne 2016. Pages 303.
Titre Original: “The Devil in Amber”

Résumé: Voilà ce qui se passerait si Sherlock Holmes croisait Flashman dans le Temple Maudit ! » G.Q.L'irrésistible dandy anglais est de retour ! Une vingtaine d'années se sont écoulées depuis les événements scandaleux relatés dans Le Club Vesuvius. Lucifer Box, le plus sulfureux des agents secrets de Sa Majesté, est en mission à New York, où sévit un messie fasciste aux desseins purement diaboliques. Du Manhattan des années 20 aux sommets enneigés suisses, Lucifer Box s'embarque dans un périple décoiffant, avec sa décontraction légendaire...

La 7 de la page 7: “C’est la moindre des choses d’aider un vieux camarade en poistion délicate..., railla-t-il avant de jeter un regard goguenard à ma main blessée.”

“L’ambre du Diable” est le deuxième volet des aventures de Lucifer Box, le héro atypique de Mark Gatiss. J’avais été subjuguée par le premier tome “Le Club Vesuvius” et j’attendais énormément du deuxième tome. Je voulais retrouver ce personnage au plus vite. Je n’ai donc pas su résister longtemps à l’appel de la librairie et du deuxième tome. Me voici donc, après la lecture de “L’ambre du Diable”. Et dire que j’ai passé un bon moment serait mentir. J’ai passé un excellent moment! On retrouve le caustique Lucifer Box dans une aventure rocambolesque.On se ballade dans cette histoire avec une facilité déconvertante. L’écriture est efficace et percutante. Un petit bémol cependant, ce deuxième tome est un peu (beaucoup) plus lent que le premier. Paradoxalement, cela n’empêche pas la mise en tension de l’intrigue et des personnages (peut-être trop nombreux) Mais tout est maîtrisé et controlé. Vivement le tome 3!!

Extrait: “Imaginez-moi le lendemain matin, perdu dans mes pensées au beau milieu de Central Park enneigé, les yeux rivés sur les eaux brunes de l’étang tandis que les arbres dénudés et agités par le vent entrechoquent leurs branches dans un concert de bois sec. Pandora! Ma soeur! Après toutes ces années! Pour tout vous dire, ma frangine et moi ne nous sommes jamais entendus. Comme dans la grande majorité des disputes familliales, l’origine du conflit est d’une banalité confondante et remonte au jour funeste où ma mère a annoncé, sur un ton solennel mais ravi, que le petit Lucifer alors âgé de trois ans aurait bientôt la compagnie d’un ou d’une camarade de jeu. J’étais un enfant très sérieux, très choyé par mes parents, à la pâleur toute victorienne et aux culottes courtes toujours aussi impeccables que mes cheveux gominés. J’attendais un petit frère, naturellement. Quel garçon rêve d’une petite soeur? Aussi, quand ma soeur Pandora fit son arrivée, emmaillotée dans ses langes et parfumée à l’eau de lavande de maman, je la regardais d’un oeil mauvais par-dessus ma cuillère en bois tout en me faisant la promesse qu’elle ne resterait pas longtemps. S’ensuivit une série de manigances diaboliques consistant généralement à assommer bébé à l’aide de cubes en bois colorés ou à précipiter le landau dans la Serpentine avant de faire porter le chapeau à la nourrice. Ma carrière d’assassin professionnel se dessinait déjà, voyez-vous. Cependant, les années passant –lentement, entre les quatre murs vert olive de notre triste nursery- je finis par m’habituer à la présence de cette chipie. En rechanche, à mesure que mes tendances homicides diminuaient, les siennes prirent de l’ampleur. Sa beauté était comparable à la mienne, pourtant, elle semblait considérer que je lui faisais de l’ombre. Je ne comprenais pas du tout son point de vue. Mes parents nous prodiguaient leur amour de façon éminemment équitable: nous n’en recevions pas une miette chacun.”

jeudi 7 avril 2016

"Qui a tué Daniel Pearl" de Bernard-Henri Lévy


“Qui a tué Daniel Pearl?” de Bernard-Henri Lévy.
Ed Grasset 2003. Pages 536.

Résumé: On se souvient avec effroi des images diffusées en février 2002 montrant le supplice de Daniel Pearl, ce journaliste américain enlevé puis décapité, à Karachi, par une bande de " fous de Dieu ".
Hanté par le meurtre barbare du reporter du Wall Street Journal, à la fois juif et ami du monde arabo-musulman, Bernard-Henri Lévy a mené sa propre enquête. Celle-ci l'a conduit de Karachi à Londres, de Sarajevo à Dubaï, de Kandahar à Los Angeles et... Karachi. Il a remis ses pas dans les pas de la victime et de son bourreau. Il a retrouvé les témoins, les acteurs et les lieux. Il s'est plongé dans un monde de fanatismes et de passions sanglantes, de traques interminables, de manipulations périlleuses et de mensonges d'Etat.
Il a côtoyé la nébuleuse terroriste dans ses ramifications les plus stupéfiantes, dans ses complicités les moins avouables. A chaque étape de cette immersion dans l'univers des nouveaux " possédés ", deux questions : qui a vraiment tué Daniel Pearl ? Quel secret s'apprêtait-il à révéler quand ses assassins l'ont égorgé ? Bernard-Henri Lévy explore ces ténèbres en journaliste, en romancier, en philosophe.
Son livre propose un tableau moderne du mal. C'est une descente vers les enfers où couvent, peut-être, nos prochaines apocalypses.

La 7 de la page 7: “Et je suis bien décidé, maintenant que je suis ici, à ne pas en dire davantage.”

Si vous ne connaissez pas l’histoire de Daniel Pearl, elle est très simple et terriblement douloureuse. Journaliste américain enlevé et ensuite décapité à Karachi. Les images ont fait le tour du monde en 2002. Ces images étaient tellement insoutenables que même quatorze ans plus tard, je m’en rappelle.
BHL décide de mener l’enquête en marchant dans les pas de ce journaliste. Cela peut sembler louable aux premiers abords. Essayer de comprendre comment un tel drame a pu se produire. L’intention était effectivement louable. L’exécution est pathétique. Beaucoup trop auto-centré sur l’auteur. Une récupération personnelle d’un drame, d’abord politique, et ensuite (et surtout) famillial. Il est rare d’avoir envie de gifler un auteur. Si vous avez envie de tester de sentiment, n’hésitez-pas, lisez ce livre. L’écriture est moyenne et le propos complètement ruiné par une conclusion qui précède l’enquête. C’est minimaliste et dénote une méconnaissance des conflits de la région. Daniel Pearl et sa famille ne méritait vraiment pas un tel comportement d’un “écrivain” en mal d’actualité. Mauvais. Très mauvais.


Extrait: “Arrivée à Karachi. La première chose qui frappe c’est, dès l’aéroport, l’absence totale d’Occidentaux.”

"Anges et Démons" de Dan Brown


“Anges et Démons” de Dan Brown.
Ed. J.C. Lattès 2005. Pages 569.
Titre Original: “Angels and Demons”

Résumé: Robert Langdon, le célèbre spécialiste de symbologie religieuse, est convoqué au CERN, en Suisse, pour déchiffrer un symbole gravé au fer rouge retrouvé sur le corps d'un éminent homme de science. Il s'agirait d'un crime commis par les Illuminati, une société secrète qui vient de resurgir après une éclipse de quatre siècles et a juré d'anéantir l'Église catholique. Langdon ne dispose que de quelques heures pour sauver le Vatican qu'une terrifiante bombe à retardement menace !

La 7 de la page 7: “Langdon était sceptique.”

J’avais déjà lu le “da Vinci Code” écrit par cet auteur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je n’avais pas du tout adhéré à ce récit. Vraiment pas. Mais je vouais donner une autre chance à Brown en lisant “Anges et Démons”. Et force est de constater que ce roman est bien meilleur que le “Da Vinci Code” (ce qui n’est pas un exploit en soi...)
Mais malgré une intrigue assez solide, Brown démollit lui-même son récit. La fin est bâclée au possible. Invraisemblable au possible. Un grand n’importe quoi. Et c’est bien dommage car les descritptions du Vatican et les intrigues religieuses sont assez réussies dans l’ensemble mais malheureusement, Brown ne peut convaincre personne avec cette fin qui descend méthodiquement tous les points forts de son roman.
En un mot comme en cent, Brown ne verra pas une troisième place se libérer dans ma bibliothèque. Deux, c’est bien assez. C’est même déjà trop.

Extrait: “Que vous croyiez ou non en Dieu, reprit-il sur le ton de la réflexion, comprenez au moins ceci: lorsque l’espèce humaine perd confiance en une puissance qui lui est supérieure, elle perd aussi son sens de la responsabilité (...) La foi nous rend responsables envers nous-même, envers les autres, envers une vérité supérieure. Si la religion est défaillante, c’est seulement parce quer l’homme est imparfait.”

"Ténèbres sur Sethanon" de Raymond E. Feist.


“Ténèbres sur Sethanon” de Raymond E. Feist.
Ed. Milady 2012. Pages 608.
Titre Original: “A Darkeness at Sethanon”

Résumé: La quête du Silverthorn a été couronnée de succès, et la Princesse Anita sauvée. Mais le prince Arutha sait que les forces du mal n'y ont pas dit leur dernier mot : Les faucons de la nuit, une dangereuse guilde d'assassins, sont de retour et rôdent DANS LES rues de Krondor, tandis qu'au nord l'armée des ténèbres vient de se mettre en marche. Seule la magie pourra peut-être sauver Midkemia des assauts et sortilèges du terrible nécromant Murmandamus... Pug, Le puissant magicien, et Tomas, le guerrier héritier des seigneurs dragons Valherus, entreprennent alors une quête désespérée. car voici venir l'ennemi, surgi du fond des âges pour reprendre ce qui lui appartenait autrefois...

La 7 de la page 7: “Il s’avança, plié en deux, vers un grand homme blond qui tenait ton cheval.”

“Ténèbres sur Sethanon” est le dernier tome de la Guerre de la Faille des Chroniques de Krondor. Du coup, on en attend beaucoup. Ce dernier tome est sensé nous donner les clefs et finir en feu d’artifice. Et c’est bien une fin en apothéose que Feist nous livre ici. Oh, bien sûr, on peut lui reprocher quelques défauts comme des intrigues parfois un peu trop “faciles” et fortement prévisibles ainsi que des rebondissements qui n’en sont pas vraiment. Mais cela ne gâche pas cette saga spectaculaire, tellement on se laisse emporter par cette histoire unique. Ce dernier tome clôture une saga maîtrisée du début à la fin.
Par contre, “Ténèbres sur Sethanon” sera mon dernier voyage au pays de Krondor. Je ne compte pas lire la suite de cette saga. Je n’ai pas forcément envie de continuer l’aventure avec d’autres personnages ou d’autres lieux. J’en garderai cependant un très bon souvenir même si le genre de Feist n’est pas celui que je préfère.

Extrait: “Soudain le vent fit voler les rideaux dans la pièce. Par réflexe, soudain alerté par un sens du danger acquis dans les rues mal famées, le jeune homme se retrouva à moitié hors de sa chaise, accroupi ; un couteau, comme jailli de sa botte, apparut dans sa main. Prêt à frapper, le cœur battant, il resta là un long moment ; son instinct lui susurrait qu’il allait livrer un combat à mort, comme cela lui était si souvent arrivé au cours de sa vie tumultueuse. Ne voyant personne, le jeune homme se détendit peu à peu. C’était fini. Perplexe, il secoua la tête. Une inquiétude inexpliquée lui nouait l’estomac lorsqu’il se dirigea lentement vers la fenêtre. De longues minutes s’écoulèrent tandis qu’il regardait vers le nord, dans la nuit, là où il savait que se trouvaient de grandes montagnes, au-delà desquelles attendait un ténébreux ennemi.”

"Le Club Vesuvius" de Mark Gatiss.


“Le Club Vesuvius” de Mark Gatiss.
Ed. Bragelonne 2015. Pages 306.
Titre Original: “The Vesuvius Club”

Résumé: Portraitiste de talent, dandy, bel esprit, mauvais garçon… et le plus irrésistible des agents secrets de Sa Majesté. Lorsque les meilleurs scientifiques du royaume sont mystérieusement assassinés, Lucifer se lance dans une enquête trépidante, des clubs de gentlemen londoniens aux bas-fonds volcaniques de Naples, tout en déterminant la façon la plus seyante de porter un œillet blanc à sa boutonnière. Une immersion étourdissante dans les arcanes d’un ordre occulte aux pratiques décadentes – et de ses secrets les plus sulfureux.

La 7 de la page 7: “A présent, j’allais pouvoir apporter cet échantillon à mon tailleur.”

Je connaissais déjà Mark Gatiss en tant que scénariste de “Docteur Who” ou encore de “Sherlock”. J’admire l’imagination que demande la première série et suis émerveillée de l’intelligence de la l’adaptation de la deuxième. J’étais donc très impatiente de découvrir Mark Gatiss, l’auteur de romans.
Déjà, le livre est terriblement beau et attrayant. Bragelonne a vraiment mis le paquet pour son édition “steampunk”.
L’histoire du “Club Vesuvius” est d’abord assez originale tout en restant dans des codes connus et reconnus. Gatiss part de ce qu’on connaît pour ensuite tout déconstruire et shooter un grand coup dans son texte. Une véritable réussite.  Un rythme assez soutenu et des situations cocasses, “Le Club Vesuvius” ne laisse pas son lecteur en attente.
Enfin, le personnage principal. Lucifer Box. Il est trucculent, sarcastique et savoureux à souhait. Un espion tel que Wilde aurait pu l’inventer. Que demander de plus?
Si il y a quelques lenteurs et quelques répétitions inutiles, on ne s’ennuie jamais tellement la plume de Gatiss est implacable.
J’attends déjà le deuxième tome avec impatience!

Extrait: “Comme vous vous en doutez, j’avais suffisamment traîné mes guêtres de par le monde pour savoir qu’il ne s’agissait pas simplement de la réunion annuelle d’un bordel de luxe. Ce genre d’événement requiert rarement que les membres du conseil se déguisent, et le titre le plus exotique qui circule est sans doute “Monsieur le directeur!”. Non, voilà qui était plus louche qu’une cuillère à soupe. Les trois nouveaux venus avaient allumé des torches supplémentaires, si bien que je pus voir divers plans et cartes épinglés aux murs. Je remarquai également que les quatre mannequins de paille avaient été menottés à leur chaise, comme s’il risquaient de s’enfuir.”

"Nuit" de Edgar Hilsenrath

 
“Nuit” de Edgar Hilsenrath.
Ed. Attlila 2007. Pages 377.
Titre Original: “Nacht”

Résumé: Resté censuré en Allemagne près de 20 ans, Nuit est aujourd’hui considéré comme le chef d’œuvre d’Edgar Hilsenrath. C’est la nuit permanente sur le ghetto de Prokov. Au fil des jours, dans un décor apocalyptique, Ranek lutte pour sa survie. Les personnages sont réduits à des ombres... comme s’ils n’avaient plus ni âme ni corps. Pourtant, dans ce brouillard permanent, surnagent des éléments de vie : la faim, le froid, les scènes d’amour hâtives, de pendaisons (ratées) ou d’accouchement au milieu du ghetto montrent que l’humanité demeure. L’écriture est plus sage que dans les livres précédents, et le style mécanique, concis, halluciné… quasiment cinématographique. Hilsenrath s’est inspiré pour Nuit de sa propre histoire, et du ghetto ukrainien où il a passé quatre ans entre 1941 et 1945. C’est d’ailleurs la genèse de ce livre, qu’il a réécrit vingt fois entre 1947 et 1958, qui est racontée dans Fuck America. En Allemagne, Nuit, publié en 1964, a été saboté par son propre éditeur, qui craignait les réactions à cette approche, très crue, de la Shoah : la moitié du tirage a été envoyée en service de presse et le livre, épuisé en un mois, n’a jamais été réimprimé. Aujourd’hui, le livre s’est vendu à plus de 500 000 exemplaires dans le monde.


La 7 de la page 7: “D’une arrière-cour lui parvenait des bribes d’harmonica.”

“Nuit” d’Hilsenrath est un roman très particulier. Totalement dénué de pathos et construit sur la forme de la répétition. Et c’est justement là que le roman est partciulièrement intéressant. Les scènes d’horreur se succèdent.
C’est seulement alors qu’il remarque la foule muette entassée le long du trottoir d’en face. Les sans-abris. Leur maigre bagage et quelques ballots de draps défaits trônaient sur le pavé. Quand les rafles commenceront, tout ça sera balayé, pensa-t-il... nettoyé comme les ordures par les balayeurs, demain matin on ne verra plus rien. Il sentit ses entrailles le démanger furieusement. Gare à ne pas faire dans ton fric, pensa-t-il. Ca a beau arriver tout le temps, on ne s’y fait pas.”
Hilsenrath nous emmène dans le ghetto de Prokov où on suit Ranek. “Chacun sa pomme” est la devise de chacun et tous sont prêts à tout pour survivre. Ranek est loin d’être un héro. C’est juste un être qui perd peu à peu son humanité pour continuer à vivre. Pas de sentiment. Pas de compassion. Pas de solidarité. Tout se vend et tout est bon pour survivre. Hilsenrath fait se succéder les raffles, les maladies, les exactions. Ils nous introduit à des personnages qui n’ont plus rien à perdre et qui sont prêts à tout.
Fred était depuis longtemps recouché sous l’escalier quand le dortoir fut pris d’assaut par une meute de sans-abris. Ils étaient bien informés et savaient qu’une ribambelle  de places s’étaient libérées. Tapis dans les fourrés, ils avaient attendu d’être sûrs que la police fût partie pour de bon, avant de s’approcher. D’abord ils firent du tapage sous la fenêtre et lancèrent des pierres contre le carreau en carton. Puis ils pénétrèrent dans l’entrée et exigèrent qu’on ouvre... Armés de bâtons, ils se ruèrent dans l’escalier et frappèrent avec la sauvagerie du désespoir les quelques personnes qui leur barraient la porte, bien décidées à défendre le dortoir. Le combat ne fut pas long, et bientôt toutes les places libres furent occupées.”
Au début le lecteur est horrifié par ce qu’il lit, cette déshumanisation totale des protagonistes. Hilsenrath cumule les mêmes scènes: raffles, morts, vols, faim...
Et le lecteur s’habitue. Hilsenrath vise juste et bien: quelque soit la situation, si elle se répète assez souvent, l’humain s’y habitue. On s’habitue aux horreurs écrites. Et grâce à cela, la déshumanisation s’inverse. Nous sommes tous des animaux de survie. Les protagonistes aussi. Il leur faut survivre et ils font ce qui doit être fait pour y arriver. Si en plus, on y ajoute la plume d’Hilsenrath, le roman n’en prend que plus d’ampleur.
“Le Dniestr offrait ce jour-là un spectacle idyllique. Au crépuscule, l’eau prenait une couleur plus tendre, une couleur entre chien et loup, mélange de gris, de noir et de brun, étrangement indéfinie. Le fleuve paraissait aussi couler plus lentement, mais ce n’était qu’une illusion. A cette heure du couchant, il donnait l’impression de s’étendre à l’infini, comme s’il venait de nulle part et n’allait nulle part, telle une ombre glissante dans un paysage silencieux et rêveur.”
“Nuit” est un récit dur et maîtrisé où les protagonistes sonnent trop justes. Hilsenrath nous met d’abord mal à l’aise afin de nous habituer à l’horreur. Et il y parvient de manière magistrale. Un grand roman.


mercredi 6 avril 2016

"Mes amis, Mes amours" de Marc Levy


“Mes amis, mes amours” de Marc Levy
Ed. Robert Laffont 2006. Pages 416.

Résumé: Quand deux pères trentenaires réinventent la vie en s’installant sous un même toit, ils s’imposent deux règles impossibles : pas de baby-sitter et aucune présence féminine dans la maison…
Dans le « village français », au cœur de Londres, une histoire d’amitié, des histoires d’amour – les personnages d’une comédie déjantée entre les mains de Marc Levy…

La 7 de la page 7: “Valentine n’est pas venue te chercher?”

On commence ce mois d’Avril avec un de mes petits plaisirs coupables: du roman léger qui se laisse lire tout seul et dont le propos n’a pas pour but de transcender un genre. Juste un petit moment de détente sans prétention. Oui, il n’y a aucun mal à lire, de temps en temps, un petit Levy ou Musso. Il faut bien se détendre de temps en temps. Même si on ne touche pas, ici, à mon genre de prédilection, il faut de tout pour faire un monde.
Donc: “Mes amis, mes amours” de Marc Levy. Le roman est efficace. Il remplit le contrat de nous divertir un après-midi ensoleillé avec un bon petit verre de rosé bien frais. Les personnages sont bien campés et n’ont qu’une seule prétention: réussir leurs vies et trouver le bonheur amoureux. Au-delà de cette histoire d’amour, Levy nous livre ici une histoire d’amitié et nous fait découvrir les rue d’un Londres qui donne envie de faire ses valises et de traverser la Manche. Oh bien sûr, ce n’est certainement pas de la haute littérature mais l’histoire à au moins le mérite d’exister. On passe un bon moment mais on reste sur un goût de trop peu. On aurait voulu que Levy aille encore plus loin avec ses personnages, qu’ils soient un peu plus complexes. C’est le reproche que je fais le plus souvent avec cet auteur. Ses histoires sont, en général, bien écrites, mais elles manquent souvent de profondeur. Mais en même temps, on ne lit pas Levy pour la profondeur de ses propos. On lit une histoire solide avec des personnages crédibles et c’est déjà pas mal! Sur ce , on se resservirait bien un petit rosé  en s’imaginant libraire à Londres. Contrat rempli.

Extrait: “Elle se disait que le mieux serait peut-être de ne plus jamais aimer. Pouvoir tout effacer, oublier les promesses, recracher ce poison au goût de trahison. Combien de jours et de nuits faudrait-il, cette fois encore, pour cicatriser.”

"Le Phare" de P.D. James


“Le Phare” de P.D. James.
Ed. Le Livre de Poche 2009. Pages 505.
Titre Original: “The Lighthouse”

Résumé: Au large de la Cornouailles anglaise, Combe Island abrite une Fondation destinée à permettre à des personnalités éminentes de venir jouir de la quiétude de ce lieu coupé du monde et se ressourcer à l'iode marin. Outre les résidents permanents - Emily Holcombe, dernière héritière des propriétaires de l'île, Rupert Maycroft, l'administrateur de la Fondation, Adrian Boyde, le comptable, Dan Padgett, le factotum, etc. -, Nathan Oliver, un écrivain de réputation mondiale, y séjourne régulièrement, accompagné de sa fille Miranda et de son secrétaire Dennis Tremlett. Alors que l'île accueille deux nouveaux visiteurs, l'un de ses habitants est retrouvé mort dans des conditions pour le moins suspectes. Chargé de mener une enquête aussi rapide que discrète, car Combe Island doit prochainement servir de cadre à un sommet international, le commandant Dalgliesh acquiert très vite la certitude qu'il s'agit d'un crime. Mais l'île est soudain la proie d'une autre menace, beaucoup plus insidieuse, celle-ci, et qui compromet la participation de Dalgliesh... Dans le huis clos d'une île battue par les vents se trouvent réunies toutes les qualités chères aux aficionados de la " reine du crime " : évocation vivante des lieux, incursions subtiles dans la vie des personnages, sans oublier les rebondissements d'une intrigue trépidante.

La 7 de la page 7: “En principe, ce que Combe Island leur offre, c’est la paix et la sécurité.”

“Le Phare” de P.D. James est un roman policier particulièrement maîtrisé. On y trouve tout ce qu’il nous faut pour passer un excellent moment de lecture. Des personnages mystérieux, une ambiance sombre et inquiétante, un récit fluide. Bref, vraiment tout ce qu’on peut souhaiter pour passer quelques heures dans une Angleterre aux paysages énigmatiques.
P.D. James n’a plus rien à prouver à personne quand il s’agit de récit policier. Et c’est toujours avec un très grand plaisir qu’on se laisse evahir par les récits de cet auteur qui n’a que peu de rivaux à sa hauteur.

Extrait: “Il s’approcha au bord de la falaise, s’arc-bouta des pieds et se pencha en arrière dans le vide. C’était la toute première étape, et elle s’accompagna du mélange de terreur et d’euphorie qui hantait encore sa mémoire. Si le point d’ancrage ne tenait pas, c’était un plongeon de vingt-cinq mètres vers la mort. Mais la corde se tendit et résista.”

"Vendetta" de R.J. Ellory


“Vendetta” de R.J. Ellory
Ed. Le Livre de Poche 2010. Pages 763.
Titre Original: “A Quiet Vendetta”

Résumé: 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l'enquête prend un tour imprévu: le kidnappeur, Ernesto Perrez, se livre aux autorités et demande à s'entretenir avec Ray Hartamann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité de lutte contre le crime organisé. A cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve.
A sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C'est le début d'une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l'incroyable récit d'une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l'Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu'à nos jours.
Quel est le véritable enjeu de cette confrontation? Pourquoi Perez souhaite-t-il Hartmann comme seul interlocuteur? Alors qu'une course contre la montre s'engage pour retrouver Catherine et que, dans l'ombre, la mafia et les autorités s'inquiètent du dialogue qui s'établit entre les deux hommes, Hartmann ira de surprise en surprise jusqu'à l'incroyable coup de théâtre final.

La 7 de la page 7: “Il y aurait toujours eu quelqu’un pour prendre leur place, mais eux – dans leur sagesse infinie et très mortelle – ne les voyaient jamais.”

Je ne suis pas une très grande fan d’Ellory. Je m’explique. Ses histoires me happent pendant quelques centaines de pages et à la fin, je me lasse. Trop de lenteur. “Vendetta” n’échappe pas vraiment à la règle. En fait si. Ce roman échappe à “la règle Ellory” et en même temps l’illustre à la perfection. “Vendetta” est divisé en deux types de récits. Le premier raconte une histoire passée. La deuxième est écrite au présent. Les deux histoires se rejoignent, bien entendu. Et durant ma lecture, un phénomène assez curieux s’est produit. Au début j’accrochais vraiment au récit de Perrez qui relatait son passé. Mais je ne parvenais pas à réeellement m’investir dans l’enlèvement présent. Et d’un seul coup, sans comprendre pourquoi ou comment, l’inverse s’est produit. Je me suis totalement désintéressée de l’histoire de Perrez pour me concentrer sur l’enlèvement de Catherine. Curieux. Mais au final, assez décevant car je ne me suis pas impliquée dans ce roman de manière égale. Le côté conspiration, je le préfère vraiment chez Ellroy. Par contre, en ce qui concerne les émotions humaines, j’aime assez le style d’Ellory.
Donc, je ne sais pas trop quoi en penser. Est-ce que je recommanderais ce livre? Probablement. Pourquoi? Je n’en ai pas la moindre idée...


Extrait: “C’est à La Havane que je suis devenu un homme. Que je suis devenu moi-même un ouragan. Il me semblait que chaque vie que je prenais était une sorte de revanche contre les mauvais traitements que Dieu m’avait infligés. Je n’étais pas naïf au point de me considérer comme pitoyable ou de me chercher quelque justification, mais je n’étais pas non plus ignorant au point de ne pas comprendre que je possédais une chose précieuse. Il y avait des hommes qui paieraient pour ce que je pouvais faire. Il faut être un être rare pour donner la mort, puis rentrer chez soi sans trembler, le coeur paisible, pour prendre juste le temps d’évaluer la qualité de l’acte commis, son professionnalisme.”

"Le Silence des agneaux" de Thomas Harris.


“Le Silence des agneaux” de Thomas Harris.
Ed. Pocket 2007. Pages 377.
Titre original: “The Silence of the Lambs”

Résumé: Le FBI est mis en échec par un psychopathe qui accumule les meurtres dans le seul but de récupérer leur peau. Lorsqu'il enlève la fille d'un sénateur, les fédéraux confient à la jeune Clarice Starling, encore élève stagiaire, l'inquiétante mission d'interroger le Dr Hannibal Lecter, emprisonné à vie pour meurtres et cannibalisme. L'ancien psychiatre, grâce à ses connaissances sur la psychologie des déviants criminels, reste la seule personne à pouvoir mettre le FBI sur la piste du tueur. Lecter accepte de communiquer avec Clarice mais à la condition qu'elle dévoile ses peurs, ses souvenirs d'enfance. En échange, il va peut-être l'aider à retrouver le tueur...

La 7 de la page 7: “Et il me le faut pour dimanche matin, neuf heure.”

Sacralisé au cinéma, “Le Silence des agneaux” est le roman central de l’oeuvre de Harris. Si c’est le deuxième tome de la trilogie, il n’en reste pas moins qu’il est probablement le plus faible de cette saga. Si il a le mérite de mettre le visage d’Anthony Hopkins sur le personnage de Lecter, le livre est tout de même moins bon que le film. C’est suffisament rare pour qu’on s’y attarde deux minutes. L’aura de Lecter dans le film est surtout dû à l’interprétation magistrale de Hopkins. On se perd dans ses yeux bleus et froids. Sa diction nous donne des frissons dans le dos. Son personnage mange l’écran et ne permet pas tellement aux autres acteurs (pourtant tout autant magistraux qu’Hopkins) d’imposer leur interprétation. Hopkins gagne un oscar pour un second rôle qui va devenir central au cinéma. Or ce n’est jamais réellement le cas chez Harris. Et c’est justement pour cela qu’il faut bien distinguer le cinéma de la littérature. On ne parle pas de la même oeuvre. Pas du tout. Reprenons d’abord le premier tome, “Dragon Rouge”. Lecter n’est pas un personnage central dans ce roman. C’est Will Graham qui est le personnage principal. Lecter n’est qu’un élément de la vie de Graham qui va faire avancer l’intrigue. Harris ne met jamais Lecter au centre de son livre dans le premier tome. Et il fait exactement la même chose dans “Le Silence des agneaux”. Lecter n’est absolument pas central. C’est Clarisse qui mène la danse. Lecter est beaucoup plus présent dans ce deuxième tome que dans le premier, c’est un fait. Mais Harris ne lui donne pas encore de place centrale (il ne le fera que dans le troisième tome, écrit après les films)
Et c’est justement là que réside l’astuce. Le personnage de Graham est beaucoup mieux construit que celui de Sterling (qui explosera dans le troisième tome, mais qui n’est pas, ici, à la mesure de Graham) Et c’est là que la déception s’installe. La déception n’est que littéraire pourtant. Car il faut bien avouer qu’on se prélasse dans ce roman en imaginant l’ombre d’Hopkins planant dans ce roman. Jonathan Demme, le réalisateur du film, est parvenu à donner une aura au livre alors qu’à la base, elle n’en possède que peu par rapport au premier tome. Une déception alors? He bien non. Car la plume de Harris, elle, est toujours particulièrement efficace. Son intrigue est implacable et il nous prend à revers . On ne s’attend pas à ses rebondissements. On sourit de ses clins d’oeil sans voir ce qu’il nous met vraiment sous le nez. Donc, si on résume tout cela, on en arrive à un deuxième roman un peu en-dessous du premier tome. Mais le roman reste pourtant efficace. Cinéma et littérature se rencontrent dans ce roman et l’un comme l’autre en sortent grandis par cette rencontre plus que réussie.

Extrait: “A l'extrémité du couloir, le docteur Hannibal Lecter se tenait droit comme un i, le visage à trente centimètres du mur. Il était attaché par une toile à sangles, telle une horloge comtoise, sur un petit chariot de déménageur. Sous les sangles, il portait une camisole de force et ses jambes étaient entravées. Le masque de hockey qui couvrait son visage l'empêchait de mordre; c'était aussi efficace qu'un bâillon, mais moins mouillé de salive, pour le confort des aides-soignants.”

"Le Bonheur: Tableaux et bavardages" de Philippe Delerm.


“Le bonheur: Tableaux et bavardages.” de Philippe Delerm.
Ed. Folio 2006. Pages 162.

Résumé: " Je suis heureux.
Est-ce que ça va durer ? Voilà le sujet de ce livre. Ce sera un thriller, le plus authentique du siècle. Je suis cerné de toutes parts, et jusqu'au fond de mon terrier. Sur chaque page va planer une menace de mort ou de cancer, d'accident de voiture, de mal de vivre, simplement. Mais je suis fort, j'ai plein de munitions, je vous en parlerai. Si la menace se précise, vous la vivrez au cœur de mon sang, de mon encre.
Si j'en réchappe, nous partagerons le butin. Peut-être... "

La 7 de la page 7: “Dans l’armature un peu raidie par les ressorts usés, il y a de la place, beaucoup trop: il faut évidemment d’énormes coussins de soie prune, dans le dos, sous les fesses, et même dans les coins.”

“Le bonheur” de Philippe Delerm est mon premier roman de cet auteur. J’en garde une sensation particulière. Il y a des parties qui m’ont totalement transportées et d’autres qui m’ont laissée complètement indifférentes.
Il me faudra probablement un autre roman de Delerm pour me faire une idée plus précise. Mon avis est ici trop dispersé pour avoir une opinion totalement impartiale.
Mais en ce qui concerne “Le bonheur”, le texte est assez inégal en ce qui me concerne. Mais en même temps, je pense que les différents tableaux qui composent ce roman ne sont pas créés pour parler à tout le monde au même moment. Des textes qui peuvent parler à des différentes couches sociales, différents âges, différentes partie de la vie. On ne peut pas se sentir totalement concerné par le roman dans son ensemble. Mais la plume est efficace et assez solide pour se lancer dans un deuxième Delerm sans sourciller.

Extrait: “Dans le petit matin d’hiver, le bois du lit grince au-dessus de moi. Bientôt tu vas descendre l’escalier. Lentement. L’escalier n’est pas qu’un endroit de passage: miroirs encadrés de bois peint, dessins d’Hansi, albums pour les enfants. Si le papier peint se décolle un peu le long des murs humides, on ne le voit pas trop sous les cartes postales d’autrefois, les boîtes anciennes de pastilles pour la toux, les affiches de musée. Une coquetterie économique nous fait préférer les affiches temporaires aux reproductions vierges.”