lundi 25 janvier 2016

"L'Evangile de Jimmy" de Didier Van Cauwelaert


“L’Evangile de Jimmy” de Didier Van Cauwelaert.
Ed. Albin Michel 2004. Pages 421.

Résumé: Je m'appelle Jimmy, j'ai 32 ans et je répare les piscines dans le Connecticut.
Trois envoyés de la Maison-Blanche viennent de m'annoncer que je suis le clone du Christ.

La 7 de la page 7: “Il dirigeait l’Eglise du Grand Retour, courant néo-messianique préparant les zappeurs à l’imminence du Jugement dernier.”

On ne peux pas reprocher à “L’Evangile selon Jimmy” de manquer d’audace. Bien du contraire. Didier Van Cauwelaert nous offre un récit où l’homme (ou plus précisément, le gouvernement américain) a eu l’audace de cloner le Christ.
Au départ, j’ai été fortement emballée par l’histoire. Tout se goupillait bien. L’histoire était intéressante. Le personnage de Jimmy particulièrement bien présenté et bien écrit. Mais il y a un “détail” qui m’a complètement gâché ma lecture: je n’ai absolument pas adhérer au futur de van Cauwelaert. Je n’y ai pas du tout cru. Et cela m’a empêché de bien profiter de cette lecture. Je vais même aller plus loin: ça m’a complètment refroidie. Des cigarettes vitaminées, des lois en faveur de la télé-réalité… Cela manque cruellement de substance. Son future est trop “facile”. L’intrigue est censée se passer en 2016 et le livre est écrit en 2004. Et honnêtment, j’ai trouvé que les propositions de Van Cauwelaert étaient bien trop faciles et peu dignes de l’auteur qui nous a habitué à mieux.
Le roman connaît donc des hauts et des bas tout en restant toujours assez moyen.
La fin est assez bien trouvée mais aurait méritée d’être un peu plus exploitée et plus mise en valeur.
Donc, un avis plus que mitigé pour un roman qui aurait, sans doute, pu être traité avec plus de profondeur et plus d’intelligence. Dommage, Didier Van Cauwelaert nous avait habitué à mieux. On attend le prochain pour ne pas rester sur ce roman.

Extrait: “Merci de ton message, tu m’avais dit avant cinq heures… Oui, un peu mieux. Je suis à Greenwich. Un coup de tête, comme ça. Les souvenirs d’enfance… Là, c’est à l’abandon, mais c’est dix fois plus beau qu’avant. Tu verrais, il y a une piscine géante, absolument sublime. Je travaille mes dossiers et je fais des longueurs… Non, toute seule. Ils sont partis en Floride, je préfère… Surtout ce soir, j’aurais pas eu la force. Non, non, oublie. Ou alors tu me fais livré un homme. Gentil, sexy, pas top moche et aussi paumé que moi… Mais non, je blagu. Simplement, quand t’as pris l’habitude d’être heureux à deux, tu es… J’sais pas, ça te fait bizarre d’un coup de te sentir bien toute seule. Limite, tu culpabilises.”

vendredi 22 janvier 2016

"Jamais sans ma fille" de Betty Mahmoody


“Jamais sans ma fille” de Betty Mahmoody
Ed. Pocket 1989. Pages 478.
Titre original: “Not without my daughter”

Résumé: 3 août 1984... Dans l'avion qui l'emmène à Téhéran avec son mari, d'origine iranienne, et sa fille, pour quinze jours de vacances, Betty a le sentiment d'avoir commis une erreur irréparable...
Quelques jours plus tard, son existence bascule dans le cauchemar. Le verdict tombe: "Tu ne quitteras jamais l'Iran! Tu y resteras jusqu'à ta mort." En proie au pouvoir insondable du fanatisme religieux, son mari se transforme en geôlier.
Elle n'a désormais qu'un objectif: rentrer chez elle, aux Etats-Unis, avec sa fille. Quitter ce pays déchiré par la guerre et les outrances archaïques: ce monde incohérent où la femme n'existe pas.
Pour reconquérir sa liberté, Betty mènera deux ans de lutte incessante. Humiliations, séquestration, chantage, violences physiques et morales. Rien ne lui sera épargné.

La 7 de la page 7: “Cela vient du fond de la sale et ressemble à quelque chose comme “Da-hiii-djon! Da-hiii-djon!”.”

Je me rappelle la première fois que j’ai lu ce roman. C’était pour l’école. J’en avais gardé un excellent souvenir de lecture et souhaitait revenir sur cette ouvrage avec quelques années en plus… Et je ne regrette pas cette décision. J’y ai retrouvé tout ce que j’y avais aimé. La puissance du texte reste implacable. Ce livre témoignage est poignant. Le combat d’une mère a toujours une résonnance particulière. On imagine pas la souffrance maternelle qu’engendre la perte d’un enfant. Or ici, Betty Mahmoody décide de se battre non seulement contre son mari mais également contre une culture et des moeurs différents des siennes. Certains passages de ce combat sont insoutenables. On souffre avec cette mère et on développe un soutien indefectible à sa cause. On l”accompagne dans sa lutte contre l’absurdité de l’extrêmisme et les méandres de l’administration (aussi bien iranienne qu’américaine). Un combat mené par une femme forte et déterminée. Son combat devient le nôtre. On partage ses doutes, ses colères et finalement sa joie. “Jamais sans ma fille” est à mettre entre toutes les mains. Car malheureusement ces combats sont toujours d’actualité.

Extrait: “Ellen a pris sa décision poussée par la peur et non par l’amour. Pour des motifs plus matériels que sentimentaux. Elle se sentait incapable de faire face à l’insécurité qui est le prix de toute emancipation. En fait, elle a choisi une experience horrible au quotidien, mais qui lui offre un semblant de ce qu’elle appelle la sécurité.”

"Humiliation" de Kressmann Taylor


“Humiliation” de Kressmann Taylor.
Ed. Le Livre de Poche 2006. Pages 33.
Titre Original: “The Pale Green Fishes”

Résumé: Quand la douleur ou le désarroi sont trop forts, quand les émotions nous bousculent, le bruit, l'odeur, le simple mouvement d'un arbre ou d'une source peuvent nous apaiser.
Omniprésente dans ces nouvelles de Kressmann Taylor, la nature est la grande consolatrice. Confrontés à un père tyrannique, à un professeur frustré, à des adultes qui mentent, les adolescents mis en scène avec subtilité par l'auteur ne retrouvent leur équilibre profond que dans cette immersion hors des hommes. Humiliation, remords, mélancolie, solitude scandent ces quatre histoires toutes banales, toutes simples, faussement simples, bien sûr, car elles cristallisent admirablement nos ambiguïtés et nos tensions.
On reconnaît dans ces textes courts la sensibilité, la finesse d'analyse de l'auteur d'Inconnu à cette adresse, sa capacité de saisir à vif nos déchirures, nos blessures minuscules.

La 7 de la page 7: “Le silence de la pièce le tira de sa rêverie et il vit les yeux de sa mère rivés sur lui, inquiets, pour l’avertir.”

Première nouvelle du recueil “Ainsi mentent les hommes”.  Kressmann Taylor nous raconte ici le retour à la maison d’un père abusive et violent. La tension monte dès son retour. Aussi bien pour son épouse que pour son fils. Kressmann Taylor prend le parti de mettre en avant le côté psychologique de la violence. Elle axe son récit sur le ressenti du fils. Il voudrait protéger sa mère mais est terrifié par son père.
La manière dont Taylor amène son récit nous enferme dans ce huis-clos vécu par cette famille. Elle joue avec les nuances et les textures afin de bien mettre en place son propos. La nature est très importante car c’est elle qui permet au garcon de se ressourcer, de s’évader. Et dans cet aspect de son récit, Taylor parvient également à nous livrer un très bon texte. On ressent le vent comme s’il glissait sur notre propre peau. On sent l’eau glisser sur notre corps. Un texte court mais au message puissant et à l’écriture implacable.

Extrait: “La lenteur calculée du petit déjeuner s’étirait jusqu’à l’insupportable. Ils mangeaient en silence, à part le léger cliquetis des couverts contre les assiettes (son père était oppose à toute conversation à table) en attendant que soit annoncé le programme de la journée. Mais aujourd’hui tout se passait bizarrement.”

mardi 19 janvier 2016

"Aurora Teagarden: Un crime en héritage" de Charlaine Harris


“Aurora Teagarden: Un crime en héritage” de Charlaine Harris.
Ed. J’ai Lu 2013. Pages 252.
Titre Original: “A Bone to Pick”

Résumé: Une vieille dame a légué tous ses biens à Aurora. Dans la maison, cette dernière découvre un crâne humain caché sous une banquette. Elle va devoir résoudre ce meurtre sans éveiller les soupçons du voisinage.

La 7 de la page 7: “Toute drapée de blanc, sa haute silhouette élancée progressait à pas lents.”

“Aurora Teagarden: Un crime en héritage” est le deuxième tome de la saga Aurora Teagarden. On reste dans le même style que la première enquête. “Aurora Teagarden: Un crime en héritage” est cependant un peu inférieur au premier tome. Toutefois, comme le premier, ce deuxième volet se laisse lire tranquillement. Petit policier sans prétention, il est surtout basé sur le personnage principal, Aurora. Cette dernière est plus attachante que dans le premier tome mais l’intrigue est par contre, nettement plus faible.
Ce n’est certainement pas le policier de l’année, mais “Aurora Teagarden: Un crime en héritage” reste un bon petit roman policier assez court qui se laisse lire de lui-même.

Extrait: “Je m’efforcais de projeter une aura de femme droite et respectable, tout en me désolant que mes boucles indomptables aient refusé de coopérer. Elles me tenaient chaud et virevoltaient tout autour de moi comme un nuage"

lundi 18 janvier 2016

"Da Vinci Code " de Dan Brown


“Da Vinci Code” de Dan Brown.
Ed. J.C. Lattès 2004. Pages 571.
Titre Original: “The Da Vinci Code”

Résumé: Enfermé dans la Grande Galerie du Louvre, Jacques Saunière n'a plus que quelques instants à vivre. Blessé mortellement, le conservateur en chef va emporter son secret avec lui. Il lui reste cependant un mince espoir de ne pas briser cette chaîne ininterrompue depuis des siècles. Mais il lui faut agir vite. Une seule personne au monde peut prendre la relève, décrypter le code et être traquée à son tour...

La 7 de la page 7: “Il est l’auteur de nombreux livres célèbres comme “Les symboles des sectes religieuses”, “L’art des Illuminati”,  “Le Langage perdu des idéogrammes”.”

Succès planétaire s’il en est, “Da Vinci Code” est, somme toute, un roman assez lisible et qui aurait pu être agréable à lire. “Aurait pu” sont ici consciemment utilisés. En effet, là où le bas blesse, c’est que Brown tente de faire passer des événements fictifs sur “de vraies bases historiques” . Certains pourront argumenter qu’il "fictionnalise" des personnages, et j’aurais été d’accord avec cette analyse si Brown n’allait pas trop loin dans ses “fictionnalisations”
En partant de là, Brown écrit un roman qui aurait pu être agréable sans l’égo démesuré de son auteur qui affirme que, non il n’a que très peu romancé les fait historiques finalement….
Si je comprends l’engouement pour le livre (personnellement, tant que les gens lisent, ils lisent ce qu’ils veulent…) je ne le partage absolument pas. Les personnages sont caricaturaux  et l’histoire se veut “intelligente” alors qu’elle n’est que difficile à suivre puisque Brown raconte n’importe quoi. La description des lieux est à mourir d’ennui. On a l’impression qu’il s’est contenté de voir quelques photos sur Google et de partir de là pour ses descriptions (qui en plus sont parfois d’une longueur désastreuse)
De plus, et cela n’arrange pas son cas, j’ai trouvé la fin bâclée. Brown ne va pas jusqu’au bout de son projet. Il tombe dans une facilité déconcertante afin de terminer son roman.
L’écriture n’est pourtant pas mauvaise. Le sujet est simplement trop (et mal) exploité. De la conspiration de bas-étage qui n’a pas grand intérêt.

Extrait: “Je crois que la Bible sert de boussole à des centaines de millions de gens sur Terre, au même titre que le Coran,la Torah ou le Canon Pali. Si vous et moi avions la possibilité de fournir au monde des documents probants qui contredisent les croyances des musulmans, des israélites, des bouddhistes ou des animistes, devrions-nous le faire? Prouver que Bouddha n’est pas né d’une fleur de lotus? Ni Jésus d’une vierge? Ceux qui connaissent bien leur foi comprennent qu’il s’agit de métaphore.”

samedi 9 janvier 2016

"Dans l'angle mort" de Chris Bohjalian


“Dans l’angle mort” de Chris Bohjalian
Ed. France Loisirs 2009. Pages 446.
Titre Original: “The Double Blind”

Résumé: Etudiante, Laurel est agressée par deux hommes lors d'une balade à vélo.
Des années plus tard, à la mort de Bobby, un sans-abri fréquentant le refuge dans lequel elle travaille, Laurel est chargée de trier ses maigres possessions. Elle découvre alors un véritable trésor : des photos de célébrités mais également parmi elles la photo d'une jeune fille à vélo, sur une route sombre du Vermont...
Tandis que sa fascination pour l'ancienne vie de Bobby - qui selon elle recèle un obscur secret de famille - se mue lentement en obsession, Laurel se lance dans un jeu du chat et de la souris où menace d'éclater sa propre vérité...

La 7 de la page 7: “Non, un cordial français à la place.”

La très grande force de “Dans l’angle mort”, outre un style bien maîtrisé, réside dans son intrigue intelligente et originale. On se laisse emporter par l’intrigue et on est scotché à la fin. L’histoire est bien construite et ficelée d’une main de maître. Si, au départ, je ne m’attendais pas à un aussi bon roman policier, je dois avouer qu’il m’a surpris. Et à bien des égards. Ce serait criminel de ma part de vous révéler pourquoi… Mention spéciale à une fin en forme de claque dans le visage.
Une vraie bonne surprise qui donne envie de découvrir davantage l’auteur.

Extrait: “Sur un autre cliché d’une sensiblité radicalement différente, Laurel découvrit un sentier du Vermont qu’elle reconnut aussitôt. Au loin, une jeune fille faisait du VTT. Short en lycra noir. Maillot coloré orné d’un destin à peine visible mais qui aurait très bien pu être une bouteille. La scène se déroulait peut-être à huit cents mètres de l’endroit où elle avait été agressée et, le coeur palpitant, Laurel se retrouva cataputée sur son chemin de croix, face aux deux brutes marquées et tatouées qui avaient voulu la violer.

vendredi 8 janvier 2016

"Être sans destin" de Imre Kertész


“Être sans destin” de Imre Kertész
Ed. 10/18 2004. Pages 367.
Titre Original: “Sorstalansag”

Résumé: De son arrestation, à Budapest, à la libération du camp, un adolescent a vécu le cauchemar d'un temps arrêté et répétitif, victime tant de l'horreur concentrationnaire que de l'instinct de survie qui lui fit composer avec l'inacceptable.

La 7 de la page 7: “Il avait l’air un peu effrayé.”

“Être sans destin” n’est pas enième roman sur l’enfer de la guerre et des camps de concentration. Ici, on nous donne une vision peu commune, celle d’un adolescent. Le protagoniste sait ce qu’il se passe sans pour autant comprendre ce qui lui arrive. Il voit  la guerre avec naïveté. Kertész nous livre un témoignage unique et qui donne une nouvelle vision de la guerre. Cette manière de décrire la guerre la rend encore plus terrifiante. Ce récit, écrit avec recul, nous inflige la douleur de l’ignorance. La dureté de la déportation se transforme en voyage. L’horreur des camps se transforme en “travail”. Ce groupe d’adolescents rient entre eux sans comprendre ce qu’il se passe réellement. Kertész met en avant l’innocence face à l’innomable. Ils rient. Ils jouent. Et pendant le récit, le lecteur, lui, sait ce qui est en jeu. L’auteur nous pose des questions et notamment la compréhension de l’incompréhensible pour un adolescent acteur de la deuxième guerre mondiale. Si le protagoniste entrevoit ce qu’il se passe, il n’en prend pas la mesure. Du début de son arrestation où il est pris d’un four rire à sa libération où il est incapable d’assimiler les camps à l’enfer (faute de compréhension ou de mots ) On ne peut s’empêcher de penser que son esprit refuse tout simplement d’analyser froidement sa situation. Il se protége. Si à la fin du récit, il n’est plus l’adolescent du début, il en reste un être fragile qui se mure dans une armure de refus. Il continue à croire en l’adulte qui pourtant le trahi de la première à la dernière page.
Le protagoniste entre dans la guerre et dans les camps à un âge où l’esprit se façonne, où l’esprit critique se développe. Et c’est à cette période cruciale de son développement qu’il connaît l’horreur. Il grandit avec celle-ci. Si il est difficile pour nous de comprendre son “détachement”,avec un peu de recul, on entrevoit les raisons de son comportement. Le protagoniste, 15 ans, se construit et se définit dans la pire période de l’Histoire du XXème siècle. Il est bien obligé de se concentrer sur les routines, seules garde fou d’un esprit en construction. Mais Kertész nous offre un diamant de la littérature de guerre. Le récit est froid et naïf en même temps. Il nous ébranle. “Être sans destin” est une oeuvre majeure à inscrire en majuscule sur la liste des livres nous livrant une certaine vérité sur la deuxième guerre mondiale.

Extrait: “Il ne m’est resté de tout cela que deux impressions qui se sont succédées rapidement: la voix éraillée de l’homme à la cravache, rappelant un peu celle d’un camelot du marché, ce qui au vu de son apparence si distinguee, m’a tellement surpris que je n’ai pas retenu grand-chose de ce qu’il a dit. J’ai juste compris qu’il avait l’intention de procéder à “l’examen” – c’est le mot qu’il a employé – de notre situation le lendemain, et tout de suite après, il s’adressait déjà aux gendarmes, leur ordonnant d’une voix qui remplissait toute la place d’emmener en attendant”toute cette bande de juifs” là où, à son avis, est leur place, c’est à dire à l’écurie, et de les y enfermer pour la nuit. Ma deuxième impression a été le tumulte impénétrable qui a suivi, rempli de commandements, les gendarmes qui s’animent soudain en hurlant leurs ordres pour nous disperser. Dans la précipitation, je ne savais même pas par où aller, je me rappelle juste que pendant ce temps j’avais un peu envie de rire d’une part, à cause de l’étonnement et de mon embarrass, à cause de cette impression que j’avais d’être tombé soudain au beau milieu d’une pièce de théâtre insensée où je ne connaissais pas très bien mon rôle, d’autre part, à cause d’une pensée fugace qui n’a fait que passer dans mon imagination: la tête de ma belle-mère quand elle se rendrait compte qu’elle m’attendait en vain pour dîner.”

dimanche 3 janvier 2016

"Le Diable en gris" de Graham Masterton


“Le Diable en gris” de Graham Masterton
Ed. Bragelonne Stars 2015. Pages 280.
Titre Original: The Devil in Gray”

Résumé: Une jeune femme brutalement taillée en pièces dans sa maison de virginie... avec une arme vieille de cent ans. Un officier à la retraite éviscéré... par un assaillant invisible. Un jeune homme, les yeux crevés dans sa baignoire... puis bouilli vif. Qu'ont ces victimes en commun ? Quel être de cauchemar les a massacrées ? Le mystère s'épaissit lorsque la police, jusque-là impuissante, reçoit l'aide d'une petite fille qui semble être la seule capable de voir l'assassin. Mais pourront-ils capturer un tueur qui n'a peut-être jamais été humain ? Qui arrêtera le diable en gris?

La 7 de la page 7: “Elle avait une voix rauque, voilée, comme si elle avait trop fume de havanes.”

J’aime vraiment beaucoup les romans d’horreur ou d’épouvante. Je suis vraiment preneuse. Alors quand j’ai lu ce quatrième de couverture, il faut avouer que j’étais plus qu’enthousiaste. Et au départ, force est de constater que je dévorais les premières pages avec envie. Masterton commence son roman directement. Pas d’exposition et d’introduction longue, non. Ici, on entre directement dans le vif du sujet. L’intrigue est directement posée en ne laissant aucun doute sur le côté  surnaturel de son histoire. Il nous donne directement les bases de son récit.
Et cela fonctionne plutôt bien pendant pas mal de pages. Malheureusement, en ce qui me concerne, est venu un moment où j’ai commencé à m’ennuyer ferme. On comprend bien l’intrigue et pourtant Masterton en fait des caisses. Il se répète. Cela aurait pu ne pas être trop dérageant mais si on y ajoute une fin plutôt faiblarde... Et, en effet, j’ai trouvé la fin trop “facile”. L’intrigue aurait mérité un dénouement en fanfare et là, c’est tout le contraire. Un stratagème plus que invraisemblable pour “attraper le tueur” et un mobile qui, s’il est bien trouvé, aurait mérité d’être un peu plus étoffé.
Toutefois, l’écriture reste agréable et les personnages sont plutôt bien campés et assez attachants. J’ai quand même passé un bon moment même si, il faut l’avouer, je ne garderai pas de ce roman un souvenir mpérissable.

Extrait: “Decker était dans la partie depuis suffisamment de temps pour savoir qu’un meurtre commis au hasard, cela n’existait pas. “Un meurtre commis au hazard” était une phrase que les policiers d’un certain âge utilisaient lorsqu’ils pensaient en réalité :  Nous avons déjà un suspect très probable en détention préventive et je n’ai pas envie de consacrer plus d’heures supplémentaires à rechercher quelqu’un d’autre.”

samedi 2 janvier 2016

"Patte de velours, oeil de lynx " de Maria Ernestam


“Patte de velours, oeil de lynx” de Maria Ernestam
Ed. Gaïa 2015. Pages 105.
Titre Original: “ Öga for öga, tass för tass”

Résumé: Sara et Björn s'installent à la campagne dans la maison qu'ils viennent de rénover. Un paradis d'espace et de liberté pour eux comme pour leur chat. Le couple d'en face, leurs seuls voisins, est charmant. Ils n'ont qu'un seul défaut, leur propre chat, un animal belliqueux qui défend son territoire toutes griffes dehors. Bientôt, une guerre des nerfs s'engage, œil de lynx contre patte de velours. Et c'est délicieusement cruel. On ne choisit pas ses voisins. Leur chat encore moins.


La 7 de la page 7: “J’y ai déjà pensé.”

Sur fond de querelles entre chats, Maria Ernestam nous offre un bien mystérieux petit roman. Ce qui commence sur des notes assez légères et assez drôles chemine lentement vers un roman beaucoup plus sombre qu’on ne pourrait l’imaginer. Grâce aux querrelles entre chats, Ernestam nous livre avec “Patte de velours, oeil de lynx” un récit narré sur un fond de mystère, de soupcons et d’énigmes. On se prend d’affection pour Michka, cette petite chatte terrorisée et pour sa maîtresse, Sara. Le texte est très fluide et permet une lecture sans arrêt tellement l’intrigue est simple mais efficace.
On vit cette intrigue en même temps que Sara. On ressent sa colère, sa peur. On voudrait pouvoir la protéger en même temps qu’on souhaite que tout se déroule bien pour Michka également. Vous n’ignorerez plus jamais l’instinct de votre animal de compagnie. Mention spéciale pour une fin totalement inattendue.
Dans la continuation du courant suédois qui s’empare d’une histoire assez drôle pour en détourner le sens et tourner en “tragi-comique”, “Patte de velours, oeil de lynx” est un bon petit roman, assez court, qui se laisse bien digérer après les ripailles de fêtes de fin d’année.

Extrait: “Leur maison était effectivement plus vieille que la leur, on y avait soigneusement conservé le style ancien. De toute evidence, on avait consacré un temps considerable à la decoration. Agneta aimait farfouiller dans les brocantes et les ventes aux enchères. Ca ne manquait pas dans la region, et si l’un d’eux avait envie de l’accompagner, il n’y avait qu’à prévenir. Tout allait donc au mieux. Sauf entre Michka et Alexander, le chat de Lars et Agneta. Sara l’avait apercu dès le lendemain de leur arrivée. En se levant de leur rude campement sur le sol de la chambre à coucher, elle avait trouvé Michka assise à une fenêtre, le regard perdu au-dehors.”

mardi 29 décembre 2015

"Profanation" de Jussi Adler-Olsen


“Profanation” de Jussi Adler Olsen
Ed. Le Livre de poche 2014. Pages 572.
Titre original: “Fasandraeberne” 

Résumé:  En 1987, le meurtre atroce d'un frère et d'une sœur avait défrayé la chronique. Malgré les soupçons pesant sur un groupe de lycéens d'une école privée de Copenhague, l'enquête s'était arrêtée, faute de preuves... Jusqu'à ce que neuf ans plus tard, l'un des garçons (le seul « pauvre » de la bande) s'accuse du crime. Affaire classée.
Pour une raison inexplicable, le dossier ressurgit soudain sur le bureau de l'inspecteur Carl Mørck, chef de la section V. Intrigué par les circonstances, l'inspecteur, toujours accompagné de son acolyte Assad, décide de reprendre l'enquête. Elle le mène sur la piste de l'énigmatique Kimmie, prostituée, voleuse, semi-clocharde, qui était alors la seule fille de la bande, et celle de trois hommes, les plus riches du Danemark...

La 7 de la page 7: “Même les voleurs étaient rentrés se mettre au chaud.”

“Profanation” est un thriller assez simple et bien construit. Et c’est justement ce qui fait sa force. L’histoire n’est pas trop difficile à appréhender et c’est justement ce qui rend ce livre intéressant et agréable. On entre pas dans une histoire alambiquée et trop complexe pour qu’on puisse s’y plonger à fond. Ici, tout est simple et assez limpide. Et pourtant, on se laisse prendre au jeu avec une facilité déconcertante.
L’auteur danois nous livre un roman sans prétention et cela fait un bien fou. Trop de thrillers tentent de nous balader dans tous les sens. Ce n’est pas le cas ici. On suit les aventures de Carl Morck et de son collègue Assad avec plaisir et décontraction. Cela n’est pas pour cela que l’intrigue n’est pas diablement efficace ou est dépourvue de rebondissements. Bien au contraire. On se délecte des malheurs de la petite bande de bourgeois danois. Bande totalement perverse et sadique. On se réjouit de leur chute. On l’attend avec impatience. C’est justement dans la dualité des protagonistes dits “gentils” et des “méchants” que se déroule le bras de fer. Olsen nous présente des personnages sans scrupule, sans remord. Et on adore les détester.
“Profanation” est un très bon thriller qui se laisse lire facilement et par lequel on se laisse emporter avec une facilité déroutante.

Extrait: “Je ne suis pas sûr d’être bon juge en la matière. Mais entre le gars qui se met un coup de carabine dans les roubignoles, celui qui gagne sa vie en bourrant les femmes de botox et de silicone, le troisième qui fait défiler des gamines anorexiques pendant que les gens se rincent l’œil, un quatrième qui purge perpète, le cinquième dont la spécialité est de permettre à des riches de gagner du fric sur le dos de petits épargnants mal informés, et la dernière qui est dans la rue depuis maintenant douze ans, en fait, je ne sais pas quoi en penser.”

samedi 12 décembre 2015

"Le Magicien d'Oz" de Frank Lyman Baum


“Le Magicien d’Oz” de Frank Lyman Baum
Ed. Pocket 2014 .Pages 179.
Titre original: “The Wonderful Wizard of Oz”

Résumé: Dorothée, la petite orpheline au rire cristallin, vit avec son chien Toto dans une ferme retirée du Kansas, auprès de son oncle Henri et de sa tante Em. Rien ne semble devoir perturber son existence paisible et joyeuse...jusqu'au jour où un formidable cyclone vient tout bouleverser. Encore assommés par le choc, Dorothée et son compagnon se réveillent, le lendemain matin, dans une bien curieuse contrée...Ici ,les sorcières ressemblent à des fées, les arbres sont doués de parole et les rêves les plus fous se réalisent. A condition, bien sûr, de les formuler devant le Grand Magicien d'Oz. Se lançant à la recherche du mystérieux personnage, la fillette croise en chemin, l’Épouvantail sans cervelle, le Bûcheron en Fer Blanc et le Lion Poltron, qui ont, eux aussi une demande de la plus haute importance à présenter au Magicien.

La 7 de la page 7: “L’étoffe était couverte de petites étoiles qui scintillaient au soleil comme des diamants.”

Baum le dit lui même “Le Magicien d’Oz a été écrit (...) avec pour unique ambition de donner de la joie aux enfants d’aujourd’hui. Il ne vise à être qu’un conte de fées modernisé: il élimine les peines de cœur et les cauchemars pour ne conserver que l’enchantement et le plaisir.”
Et pourtant, son livre va susciter deux grosses polémiques. La première étant que ce roman est en fait une apologie de la sorcellerie. Les puritains américains voient dans “Le Magicien d’Oz” un roman subversif qui veut “corrompre la jeunesse”. Ici, rien de bien nouveau, dès qu’il y a un peu de magie, les puritains américains ressortent leurs vieilles pancartes “Pas contents! Pas contents!” Rien d’original dans cette polémique.
La deuxième polémique, qui a la dent plus dure, est que Baum, par son “Magicien d’Oz” présente une critique virulente de la politique américaine de son époque. Le magicien d’Oz est un  “dirigeant” et c’est un charlatan. La fin du  XIXème siècle, les États-Unis sont dans une période de crise économique et les personnages de Baum sont en fait des analogies aux politiques de l’époque. Le fait que Baum précise bien que “Le Magicien d’Oz” ne soit qu’un conte pour enfants et rien d’autre a tendance à alimenter les arguments qui prônent un double sens au livre. En lisant le livre, vous vous ferez votre propre opinion, la mienne étant que c’est probable mais que je me contenterai de commenter le texte en tant que conte pour enfant.
Donc, “Le Magicien d’Oz” est un conte pour enfants plutôt réussi. Ne me demandez pas si le film est fidèle au livre, je n’ai pas vu le film (je sais...)
En tout cas, c’est une belle histoire. Dorothy vit au Kansas. Après une tempête, elle se retrouve, seule dans un pays merveilleux. Elle y trouve un épouvantail sans cervelle, un bûcheron en fer sans coeur et un lion sans courage. Ensemble, ils vont tenter de trouver le magicien d’Oz qui pourrait bien être la solution à leurs problèmes. L’épouvantail voudrait de la cervelle, le bûcheron de fer, un coeur et le lion, plus de courage. Malheureusement pour eux, le magicien d’Oz est un charlatan. Il ne peut donc pas vraiment les aider.  Ce que les personnages ne réalisent pas, c’est que pendant leurs aventures, ils ont tous montré qu’ils possédaient ce qu’ils pensaient ne pas avoir. Le faux magicien prétend alors donner à chacun ce qu’il désire. Ce n’est pas difficile, puisque chacun l’a déjà en lui, sans le savoir. Reste le problème de Dorothy. Comment rentrer au Kansas. Pas d’angoisse, elle trouve un moyen. Tout est bien qui finit bien.
“Le Magicien d’Oz” a donc tout les codes du conte pour enfants: magie, émerveillement, amitié etc. Baum permet aussi à ses lecteurs plus âgés de s’évader une heure ou deux. Et c’est rudement agréable de marcher avec ces personnages très sympathiques. “Le Magicien d’Oz” parle aux petits comme aux grands et c’est un plaisir de se plonger dedans. La mission est remplie et le message est passé: il faut toujours croire en soi. Et si jamais on y arrive pas tout de suite, on a des amis sur qui on peut compter.
Le contrat est rempli.

Extrait: “En fin de journée, alors que Dorothy commençait à ressentir la fatigue de cette longue marche et à se demander où elle allait passer la nuit, elle arriva près d’une maison un peu plus vaste que les autres. Des hommes et des femmes dansaient sur la pelouse verdoyante qui s’étendait devant. Cinq petits violonistes jouaient le plus fort possible, pendant que les gens riaient et chantaient non loin d’une grande table surchargée de fruits délicieux, de noix, de tartes, de gâteaux et de beaucoup d’autres bonnes choses

vendredi 11 décembre 2015

"La Prime" de Janet Evanovic


“La Prime” de Janet Evanovich
Ed. Pocket 2013. Pages 319.
Titre original: “One for the money”

Résumé: Adieu froufrous, adieu dentelles.
La lingerie, c'est fini. Stéphanie Plum, trente ans, n'a plus de boulot. Sa télé est au clou, son frigo est vide et elle se désespère. Heureusement, il y a son cousin Vinnie ! Il dirige une agence de cautionnement et cherche un chasseur de primes... Elle décroche le job et se retrouve sur les traces de Joe Morelli, un flic accusé de meurtre. Un malin, un dur, un séducteur... D'ailleurs, ce ne serait pas le même Joe Morelli qui l'a séduite et abandonnée lorsqu'elle avait seize ans ? Une raison de plus pour le retrouver ! " Stépahnie Plum a de l'humour, de la spontanéité, du bagou, de la rancune.Du charme, quoi !

La 7 de la page 7: “Cinq minutes plus tard, je quittai Hamilton Avenue pour m’engager dans Roosevelt Street.”

Stéphanie Plum n’a rien d’une chasseuse de prime. Non vraiment rien. Et c’est de cet élément somme toute assez basique qu’est basé tout le roman de Evanovich. Certes cela ne donne pas une littérature de haut-vol et c’est justement pour cela que j’ai bien aimé ce roman. Pas de prise de tête. Pas de prétention. Un bon petit roman bien léger qui permet de se vider la tête.
Et vraiment, en ce moment, c’est tout ce dont on a besoin. Un petit roman sans prétention à lire tranquillement sous une couette bien chaude pendant que la pluie tombe sur les vitres.

Extrait: “Je coinçai les dossiers sous mon bras, promettant à Connie d’en faire des photocopies et de lui rendre les originaux. L’anecdote de la barquette de poulet était particulièrement encourageante. Si Andy Zabotsky pouvait choper un voyou devant un stand de sandwiches, imaginez mon potentiel. Je bouffais tout le temps ce genre de merdes. Je trouvais même ça bon. Peut-être que ce boulot de chasseuse de primes allait marcher.”

mardi 8 décembre 2015

Nouvelle page Facebook

Bonjour à tous et à toutes,
Ça y est, aujourd'hui, on a ENFIN créé notre page Facebook.
N'hésitez pas à nous y suivre!
https://www.facebook.com/La7delapage7/?ref=aymt_homepage_panel
Allez, on va se reboire un café là-dessus!
A bientôt! 

"L'Opéra de quat'sous" de Bertold Brecht


“L’Opéra de quat’sous” de Bertold Brecht
Ed. L’Arche 2007. Pages 94.
Titre original: “Die Dreigrosschenoper”

Résumé: Un dimanche, en pleine ville, Un homme, un couteau dans le cœur : Cette ombre qui se défile, C'est Mackie-le-Surineur.

La 7 de la page 7: “D’ailleurs, tu n’as pas à poser de questions, mais seulement à enfiler tes frusques.”

Comencons d’abord par raconter l’histoire de cet “Opéra de quat’sous”. Beaucoup en ont déjà entendu parler sans pour autant savoir ce que raconte cette pièce.
Donc, dans l’Angleterre Victorienne, deux bandes rivales s’affrontent. D’un côté, Peachum, le roi des mendiants. De l’autre, Mackie-le-Surineur, un criminel. Tout commence lorsque Mac épouse Polly, la fille de Peachum. Ce qui ne plaît absolument pas à ce dernier. Mais il se dit qu’il serait intéressant de faire d’une pierre deux coups en se débarrassant d’un gendre dont il ne veut pas mais surtout en se débarrassant d’un de ses principaux concurrents. Il veut donc faire arrêter Mackie-le-Surineur. On découvre que Mac est un homme sans scrupule, déjà marié à une autre et qui ne se soucie que de lui. Il se fiche du reste. Après plusieurs rebondissement, Mac est condamné à la potence. A la dernière minute, il est gracié.
En quoi cette pièce peut-elle être considérée comme majeure, non seulement dans l’œuvre de Brecht mais aussi dans le théâtre dans son ensemble? En effet, le premier point important, c’est que Brecht ne conçoit pas tout seul cette pièce puisqu’elle est largement inspirée par “L’Opéra des gueux” de John Gray  (1728).
C’est quand l’œuvre de Gray reçoit un succès retentissant à Londres que la pièce est traduite en allemand par Elisabeth Hauptmann. Après un refus, Brecht accepte quand même de se mettre au travail et s’associe à Kurt Weill pour présenter une version brechtienne de l’opéra de départ.
Et c’est justement là que réside l’intérêt de “L’Opéra de quat’sous” , c’est une pièce fondamentalement brechtienne qui se démarque des opérettes précédentes. Souvent assez légères, ici, le propos est politique. Marxiste des pieds jusqu’au bout de sa plume, Brecht saisi l’occasion de servir son propos dans “L’Opéra de quat’sous”. Attaque en règle contre le milieu des affaires dont les bénéfices sont la seule importance, se fichant de l’élément humain. Qui est le pire des deux protagonistes? Peachum qui profite du malheur des autres pour s’enrichir? Ou Mac qui s’enrichit en agissant comme un criminel? Vers qui notre cœur balance? Indubitablement vers Mac qui pourtant est bien loin d’un Robin des bois. Mais, dans notre inconscient, c’est Peachum le véritable coupable qui rend la société moins bonne que ce qu’elle aurait été sans lui. C’est l’homme d’affaires qui est le seul méchant de cette œuvre.
Or Mac n’est pas mieux que Peachum mais il semble plus “correct”:
Tu t’élèveras bien assez, si tu te mets en tête de me concurrencer. A-t-on jamais entendu dire qu’un professeur d’Oxford laisse n’importe quel assistant signer ses erreurs scientifiques? Il signe lui-même.”  
Mais il ne faut pas se méprendre, Mac est un sale type! Et Brecht ne s’en cache pas. Il demande simplement au public de faire un choix entre la peste et le choléra. Et c’est exactement ce que le public fait. Il choisit Mac sans concession.
Peachum: (...) Je ne suis qu’un pauvre homme (...) Les lois ne sont faites que pour exploiter ceux qui ne les comprennent pas, ou ceux que la misère la plus noire empêche de s’y conformer (...)”
Et c’est justement pourquoi on a tendance à se ranger du côté de Mac. On nous donne l’impression que, lui, n’a pas eu le luxe de choisir son camp. Au contraire de Peachum. Et c’est ici que la pièce de Brecht tourne au chef-d’œuvre. Il y inclut un procédé (qui sera d’ailleurs décrit comme “la distanciation brechtienne”) qui ne permet pas au public de se laisser emporter par la pièce. Brecht met le sens critique de son public à l’épreuve. Contradictions dans les personnages qui se contredisent dans la même phrase; confusion entre  le discours et la situation; éclatement du quatrième mur; et autres techniques de mise en scène.
Brecht signe ici une pièce efficace et engagée tout en restant agréable à lire, à voir et à écouter.

Extrait:”(...) Vous seriez tous en train de crever dans les cloaques de Turnbridge si je n’avais pas consacré mes nuits blanches à chercher le moyen de tirer un penny de votre misère. Je suis arrivé à la conclusion que si les puissants de la terre sont capables de provoquer la misère, ils sont incapables d’en supporter la vue. Car ce sont des faibles et des imbéciles, exactement comme vous. S’ils ont à bouffer jusqu’à la fin de leurs jours, s’ils peuvent enduire leur plancher de beurre, pour engraisser jusqu’aux miettes qui tombent de leur table, ils ne peuvent pas voir de sang-froid un homme tomber d’inanition dans la rue: évidemment il faut qu’il vienne tomber juste devant leur porte.”

lundi 7 décembre 2015

"Gatsby le Magnifique" de F. Scott Fitzgerald


“Gatsby le Magnifique” de F. Scott Fitzgerald.
Ed. Le Livre de Poche 2003. Pages 204.
Titre Original: “The Great Gatsby”

Résumé: Dans le Long Island des années vingt, la fête est bruyante et la boisson abondante. Surtout chez Jay Gatsby. Aventurier au passé obscur, artiste remarquable par sa capacité à se créer un personnage de toute pièce, Gatsby, figure solaire par son rayonnement, lunaire par le mystère qu'il génère, est réputé pour les soirées qu'il donne dans sa somptueuse propriété. L'opulence, de même que la superficialité des conversations et des relations humaines, semblent ne pas y avoir de limites. C'est pourquoi l'illusion ne peut être qu'éphémère. Parmi les invités de cet hôte étrange se trouve Nick Carraway, observateur lucide qui seul parvient à déceler une certaine grandeur chez Gatsby, incarnation de multiples promesses avortées. Ce roman visuel qui se décline dans des tons d'or, de cuivre et d'azur, s'impose également comme la chronique d'une certaine époque vouée, telle la fête qui porte en elle son lendemain, à n'être magnifique que le temps d'un air de jazz.

La 7 de la page 7: “Puis elle m’informa dans un souffle que la jeune équilibriste se nommait Baker.”

Dès mon âge le plus tendre et le plus facile à influencer, mon père m’a donné un certain conseil que je n’ai jamais oublié.
-       Chaque fois que tu te prépares à critiquer quelqu’un, m’a-t-il dit, souviens-toi qu’en venant sur terre tout le monde n’a pas eu droit aux mêmes avantages que toi.”
Ainsi commence le chef-d’oeuvre de Fitzgerald.
Dès le départ, Fitzgerald brouille les pistes. Gatsby est mystérieux, entouré d’une aura énigmatique. Il le décrit comme un personnage complexe et bien au-dessus de notre compréhension. Mais l’auteur nous trompe, tout comme Gatsby trompe son entourage.
“Gatsby le Magnifique” est une sombre et triste histoire d’amour. Enrobée dans une atmosphère des années 20, de jazz, de fêtes... La poudre nous a été jétée aux yeux et l’évidence nous a d’abord échappée. Vouloir savoir qui est ce mystérieux Gatsby nous a aveuglé, comme tout le monde. On ne s’est pas demandé qui il est réellement. Un amoureux déçu.
“Daisy glissa aussitôt son bras sous le sien, mais il semblait comme oppressé par ce qu’il venait de dire. Peut-être avait-il pris conscience que cette lumière verte, si longtemps vitale pour lui, venait de s’éteindre à jamais. La distance qui le séparait de Daisy était si proche, presque à la toucher, aussi proche qu’une étoile peut l’être de la lune, et ce n’était plus désormais qu’une lumière sur la jetée. Son trésor venait de perdre l’une de ses pierres les plus précieuses.”
Gatsby est riche. Il est envié et pourtant, il est malheureux. Malheureux de ne pouvoir aimer la femme que son coeur a choisi. Il vit dans ses rêves d’amour. Tout ce qu’il fait est mué par le désir qu’il ressent pour l’amour de Daisy. Tant qu’il s’enferme dans ses rêves en oubliant la réalité des choses. L’argent
“Et par moments peut-être zu cours de cette après-midi Daisy s’était-elle montrée inférieure à ses rêves –mais elle n’était pas fautive. Cela tenait à la colossale vigueur de sib aptitude à rêver. Il l’avait projetée au-delà de Daisy, au-delà de tout. Il s’y était voué lui-même avec une passion d’inventeur, modifiant, amplifiant, décorant ses chimères de la moindre parure scintilante qui passait à sa portée. Ni le feu ni la glace ne sauraient atteindre en intensité ce qu’enferme un homme dans les illusions de son coeur.”
Gatsby a tout pour être heureux mais il ne le sera pourtant jamais car il désire une chose qu’il ne pourra jamais avoir. Entouré de son vivant, il meurt seul. Nick est sa seule connaissance à faire le déplacement pour ses funérailles. Tout n’était que vent et illusion. Fitzgerald nous a écrit une tragédie grèque contemporaine. Un tour de force. Consumons la vie avant qu’elle nous consume sans paillettes ni de fumée factice.  Sans argent aveuglant. Vivre comme Gatsby n’a pu le faire.

Extrait: “Le pasteur luthérien de Flushing est arrivé un peu avant trois heures. Malgré moi, j’ai commencé à guetter les voitures. Le père de Gatsby guettait de son côté. Le temps passait. Les domestiques se sont regroupés dans le hall, un à un. J’ai vu le vieil homme plisser les paupières avec inquiétude, et il a dit quelque chose à propos de la pluie, d’une voix pensive, hésitante. Le pasteur regardait sans cesse sa montre. Je l’ai pris à part et lui ai demandé d’attendre une demi-heure. Mais en pure perte. Personne n’est venu.”