mercredi 27 juillet 2016

"Bloody Miami" de Tom Wolfe.


“Bloody Miami” de Tom Wolfe
Ed. Pocket 2014. Pages 820.
Titre Original: “Back to Blood”

Résumé: Une invasion armée, c'est une chose, évidemment. Mais Miami est la seule ville d'Amérique – et même du monde, à ma connaissance – ou une population venue d'un pays étranger, dotée d'une langue et d'une culture étrangères, a immigré et établi sa domination en l'espace d'une génération à peine – par la voie des urnes. Je veux parler des Cubains de Miami. Dès que j'ai pris conscience de cette réalité, j'ai trépigné d'impatience : il fallait que j'y aille. C'est ainsi que j'ai passé deux ans et demi dans la mêlée, en plein coeur de l'immense foire d'empoigne qu'est Miami. Il faut le voir pour le croire ; ou bien (oserais-je le suggérer ?) le lire dans Bloody Miami. Dans ce livre – ou il n'est pas question d'hémoglobine, mais de lignées –, Nestor, un policier cubain de vingt-six ans, se retrouve exilé par son propre peuple de la ville d'Hialeah, la véritable « Little Havana » de Miami, pour avoir sauvé de la noyade un misérable émigrant clandestin de La Havane ; Magdalena, sa ravissante petite amie de vingt-quatre ans, leur tourne le dos, à Hialeah et à lui, pour des horizons plus glamour en devenant la maîtresse d'abord d'un psychiatre, star des plateaux télé et spécialiste de l'addiction à la pornographie, puis d'un « oligarque » russe dont le plus grand titre de gloire est d'avoir donné son nom au Musée des beaux-arts de Miami (en lui vendant des faux pour soixante-dix millions de dollars...) ; un professeur haïtien risque la ruine pour que ses enfants mulâtres soient pris pour des Blancs ; un chef de la police noir décide qu'il en a assez de servir d'alibi à la politique raciale du maire cubain ; le rédacteur en chef WASP de l'unique quotidien anglophone encore publié à Miami, certes diplômé de Yale mais qui ne comprend rien aux contradictions intrinsèques et complètement cinglées de cette ville, meurt de peur de perdre sa place – et ses privilèges ; tandis que son jeune reporter vedette, également sorti de Yale – mais qui, lui, a tout compris –, s'échine (avec succès et avec l'aide de Nestor, notre jeune policier cubain) à traquer le scoop qui lui permettra de se faire une place à la hauteur de son ambition... et je n'évoque là que neuf des personnages de Bloody Miami, qui couvre tout le spectre social de cette mégapole multiethnique. J'espère qu'ils vous plairont. C'est un roman, mais je ne peux m'empêcher de me poser cette question : et si nous étions en train d'y contempler l'aurore de l'avenir de l'Amérique ?

La 7 de la page 7: “C’est tout juste s’il ne voyait pas, les lubrifiants et les spirochètes suintés dans l’entrejambe de leurs micro micro-shorts?”

Avec “Bloody Miami”, Tom Wolfe ne signe sans doute pas son plus grand roman. Mais ce n’est pas pour autant que ce livre n’est pas rondement mené. Commençons par l’écriture, toujours aussi magistrale, de Wolfe. Il nous emmène, littéralement, à Miami. On y étouffe sous sa plume si efficace qu’elle nous fait ressentir chaque brise et courber l’échine sous la chaleur de la Floride. L’histoire, ensuite. Comme toujours, Wolfe prend un personnage principal, ici Nestor Camacho, afin de disséquer une société construite sur l'émigration, les trafics et un sens de l’honneur parfois dérisoire. Son personnage est pathétique, minable. Il tente de s’élever socialement sans se rendre compte de ses capacités et de ses défauts plus qu’handicapants. Entre amour et trahisons, Wolfe nous fait détester ce personnage médiocre qui est pourtant loin d’être lisse. C’est peut-être pour cela que Camacho nous hérisse le poil, il est humain tout simplement. Une brique, comme toujours avec Wolfe, qui n’est certes pas aussi bonne à avaler que “Le bûcher des vanités” pour ne citer que lui mais qui ne nous laisse pas non plus une indigestion. A lire quand vous avez un peu de temps devant vous.


Extrait: “Miami est à ma connaissance la seule ville du monde – du monde, je dis bien- dont la population soit composée à plus de cinquante pour cent d'immigrés récents... d'immigrés récents, arrivés au cours des cinquante dernières années... ce n'est pas rien quand on y pense. Et ça donne quoi ? Ca donne – je discutais avec une dame à ce sujet l'autre jour, une Haïtienne, et elle m'a dit, « Dio, si vous voulez vraiment comprendre Miami, il y a une chose que vous devez savoir avant tout. A Miami, tout le monde déteste tout le monde.

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