mardi 29 décembre 2015

"Profanation" de Jussi Adler-Olsen


“Profanation” de Jussi Adler Olsen
Ed. Le Livre de poche 2014. Pages 572.
Titre original: “Fasandraeberne” 

Résumé:  En 1987, le meurtre atroce d'un frère et d'une sœur avait défrayé la chronique. Malgré les soupçons pesant sur un groupe de lycéens d'une école privée de Copenhague, l'enquête s'était arrêtée, faute de preuves... Jusqu'à ce que neuf ans plus tard, l'un des garçons (le seul « pauvre » de la bande) s'accuse du crime. Affaire classée.
Pour une raison inexplicable, le dossier ressurgit soudain sur le bureau de l'inspecteur Carl Mørck, chef de la section V. Intrigué par les circonstances, l'inspecteur, toujours accompagné de son acolyte Assad, décide de reprendre l'enquête. Elle le mène sur la piste de l'énigmatique Kimmie, prostituée, voleuse, semi-clocharde, qui était alors la seule fille de la bande, et celle de trois hommes, les plus riches du Danemark...

La 7 de la page 7: “Même les voleurs étaient rentrés se mettre au chaud.”

“Profanation” est un thriller assez simple et bien construit. Et c’est justement ce qui fait sa force. L’histoire n’est pas trop difficile à appréhender et c’est justement ce qui rend ce livre intéressant et agréable. On entre pas dans une histoire alambiquée et trop complexe pour qu’on puisse s’y plonger à fond. Ici, tout est simple et assez limpide. Et pourtant, on se laisse prendre au jeu avec une facilité déconcertante.
L’auteur danois nous livre un roman sans prétention et cela fait un bien fou. Trop de thrillers tentent de nous balader dans tous les sens. Ce n’est pas le cas ici. On suit les aventures de Carl Morck et de son collègue Assad avec plaisir et décontraction. Cela n’est pas pour cela que l’intrigue n’est pas diablement efficace ou est dépourvue de rebondissements. Bien au contraire. On se délecte des malheurs de la petite bande de bourgeois danois. Bande totalement perverse et sadique. On se réjouit de leur chute. On l’attend avec impatience. C’est justement dans la dualité des protagonistes dits “gentils” et des “méchants” que se déroule le bras de fer. Olsen nous présente des personnages sans scrupule, sans remord. Et on adore les détester.
“Profanation” est un très bon thriller qui se laisse lire facilement et par lequel on se laisse emporter avec une facilité déroutante.

Extrait: “Je ne suis pas sûr d’être bon juge en la matière. Mais entre le gars qui se met un coup de carabine dans les roubignoles, celui qui gagne sa vie en bourrant les femmes de botox et de silicone, le troisième qui fait défiler des gamines anorexiques pendant que les gens se rincent l’œil, un quatrième qui purge perpète, le cinquième dont la spécialité est de permettre à des riches de gagner du fric sur le dos de petits épargnants mal informés, et la dernière qui est dans la rue depuis maintenant douze ans, en fait, je ne sais pas quoi en penser.”

samedi 12 décembre 2015

"Le Magicien d'Oz" de Frank Lyman Baum


“Le Magicien d’Oz” de Frank Lyman Baum
Ed. Pocket 2014 .Pages 179.
Titre original: “The Wonderful Wizard of Oz”

Résumé: Dorothée, la petite orpheline au rire cristallin, vit avec son chien Toto dans une ferme retirée du Kansas, auprès de son oncle Henri et de sa tante Em. Rien ne semble devoir perturber son existence paisible et joyeuse...jusqu'au jour où un formidable cyclone vient tout bouleverser. Encore assommés par le choc, Dorothée et son compagnon se réveillent, le lendemain matin, dans une bien curieuse contrée...Ici ,les sorcières ressemblent à des fées, les arbres sont doués de parole et les rêves les plus fous se réalisent. A condition, bien sûr, de les formuler devant le Grand Magicien d'Oz. Se lançant à la recherche du mystérieux personnage, la fillette croise en chemin, l’Épouvantail sans cervelle, le Bûcheron en Fer Blanc et le Lion Poltron, qui ont, eux aussi une demande de la plus haute importance à présenter au Magicien.

La 7 de la page 7: “L’étoffe était couverte de petites étoiles qui scintillaient au soleil comme des diamants.”

Baum le dit lui même “Le Magicien d’Oz a été écrit (...) avec pour unique ambition de donner de la joie aux enfants d’aujourd’hui. Il ne vise à être qu’un conte de fées modernisé: il élimine les peines de cœur et les cauchemars pour ne conserver que l’enchantement et le plaisir.”
Et pourtant, son livre va susciter deux grosses polémiques. La première étant que ce roman est en fait une apologie de la sorcellerie. Les puritains américains voient dans “Le Magicien d’Oz” un roman subversif qui veut “corrompre la jeunesse”. Ici, rien de bien nouveau, dès qu’il y a un peu de magie, les puritains américains ressortent leurs vieilles pancartes “Pas contents! Pas contents!” Rien d’original dans cette polémique.
La deuxième polémique, qui a la dent plus dure, est que Baum, par son “Magicien d’Oz” présente une critique virulente de la politique américaine de son époque. Le magicien d’Oz est un  “dirigeant” et c’est un charlatan. La fin du  XIXème siècle, les États-Unis sont dans une période de crise économique et les personnages de Baum sont en fait des analogies aux politiques de l’époque. Le fait que Baum précise bien que “Le Magicien d’Oz” ne soit qu’un conte pour enfants et rien d’autre a tendance à alimenter les arguments qui prônent un double sens au livre. En lisant le livre, vous vous ferez votre propre opinion, la mienne étant que c’est probable mais que je me contenterai de commenter le texte en tant que conte pour enfant.
Donc, “Le Magicien d’Oz” est un conte pour enfants plutôt réussi. Ne me demandez pas si le film est fidèle au livre, je n’ai pas vu le film (je sais...)
En tout cas, c’est une belle histoire. Dorothy vit au Kansas. Après une tempête, elle se retrouve, seule dans un pays merveilleux. Elle y trouve un épouvantail sans cervelle, un bûcheron en fer sans coeur et un lion sans courage. Ensemble, ils vont tenter de trouver le magicien d’Oz qui pourrait bien être la solution à leurs problèmes. L’épouvantail voudrait de la cervelle, le bûcheron de fer, un coeur et le lion, plus de courage. Malheureusement pour eux, le magicien d’Oz est un charlatan. Il ne peut donc pas vraiment les aider.  Ce que les personnages ne réalisent pas, c’est que pendant leurs aventures, ils ont tous montré qu’ils possédaient ce qu’ils pensaient ne pas avoir. Le faux magicien prétend alors donner à chacun ce qu’il désire. Ce n’est pas difficile, puisque chacun l’a déjà en lui, sans le savoir. Reste le problème de Dorothy. Comment rentrer au Kansas. Pas d’angoisse, elle trouve un moyen. Tout est bien qui finit bien.
“Le Magicien d’Oz” a donc tout les codes du conte pour enfants: magie, émerveillement, amitié etc. Baum permet aussi à ses lecteurs plus âgés de s’évader une heure ou deux. Et c’est rudement agréable de marcher avec ces personnages très sympathiques. “Le Magicien d’Oz” parle aux petits comme aux grands et c’est un plaisir de se plonger dedans. La mission est remplie et le message est passé: il faut toujours croire en soi. Et si jamais on y arrive pas tout de suite, on a des amis sur qui on peut compter.
Le contrat est rempli.

Extrait: “En fin de journée, alors que Dorothy commençait à ressentir la fatigue de cette longue marche et à se demander où elle allait passer la nuit, elle arriva près d’une maison un peu plus vaste que les autres. Des hommes et des femmes dansaient sur la pelouse verdoyante qui s’étendait devant. Cinq petits violonistes jouaient le plus fort possible, pendant que les gens riaient et chantaient non loin d’une grande table surchargée de fruits délicieux, de noix, de tartes, de gâteaux et de beaucoup d’autres bonnes choses

vendredi 11 décembre 2015

"La Prime" de Janet Evanovic


“La Prime” de Janet Evanovich
Ed. Pocket 2013. Pages 319.
Titre original: “One for the money”

Résumé: Adieu froufrous, adieu dentelles.
La lingerie, c'est fini. Stéphanie Plum, trente ans, n'a plus de boulot. Sa télé est au clou, son frigo est vide et elle se désespère. Heureusement, il y a son cousin Vinnie ! Il dirige une agence de cautionnement et cherche un chasseur de primes... Elle décroche le job et se retrouve sur les traces de Joe Morelli, un flic accusé de meurtre. Un malin, un dur, un séducteur... D'ailleurs, ce ne serait pas le même Joe Morelli qui l'a séduite et abandonnée lorsqu'elle avait seize ans ? Une raison de plus pour le retrouver ! " Stépahnie Plum a de l'humour, de la spontanéité, du bagou, de la rancune.Du charme, quoi !

La 7 de la page 7: “Cinq minutes plus tard, je quittai Hamilton Avenue pour m’engager dans Roosevelt Street.”

Stéphanie Plum n’a rien d’une chasseuse de prime. Non vraiment rien. Et c’est de cet élément somme toute assez basique qu’est basé tout le roman de Evanovich. Certes cela ne donne pas une littérature de haut-vol et c’est justement pour cela que j’ai bien aimé ce roman. Pas de prise de tête. Pas de prétention. Un bon petit roman bien léger qui permet de se vider la tête.
Et vraiment, en ce moment, c’est tout ce dont on a besoin. Un petit roman sans prétention à lire tranquillement sous une couette bien chaude pendant que la pluie tombe sur les vitres.

Extrait: “Je coinçai les dossiers sous mon bras, promettant à Connie d’en faire des photocopies et de lui rendre les originaux. L’anecdote de la barquette de poulet était particulièrement encourageante. Si Andy Zabotsky pouvait choper un voyou devant un stand de sandwiches, imaginez mon potentiel. Je bouffais tout le temps ce genre de merdes. Je trouvais même ça bon. Peut-être que ce boulot de chasseuse de primes allait marcher.”

mardi 8 décembre 2015

Nouvelle page Facebook

Bonjour à tous et à toutes,
Ça y est, aujourd'hui, on a ENFIN créé notre page Facebook.
N'hésitez pas à nous y suivre!
https://www.facebook.com/La7delapage7/?ref=aymt_homepage_panel
Allez, on va se reboire un café là-dessus!
A bientôt! 

"L'Opéra de quat'sous" de Bertold Brecht


“L’Opéra de quat’sous” de Bertold Brecht
Ed. L’Arche 2007. Pages 94.
Titre original: “Die Dreigrosschenoper”

Résumé: Un dimanche, en pleine ville, Un homme, un couteau dans le cœur : Cette ombre qui se défile, C'est Mackie-le-Surineur.

La 7 de la page 7: “D’ailleurs, tu n’as pas à poser de questions, mais seulement à enfiler tes frusques.”

Comencons d’abord par raconter l’histoire de cet “Opéra de quat’sous”. Beaucoup en ont déjà entendu parler sans pour autant savoir ce que raconte cette pièce.
Donc, dans l’Angleterre Victorienne, deux bandes rivales s’affrontent. D’un côté, Peachum, le roi des mendiants. De l’autre, Mackie-le-Surineur, un criminel. Tout commence lorsque Mac épouse Polly, la fille de Peachum. Ce qui ne plaît absolument pas à ce dernier. Mais il se dit qu’il serait intéressant de faire d’une pierre deux coups en se débarrassant d’un gendre dont il ne veut pas mais surtout en se débarrassant d’un de ses principaux concurrents. Il veut donc faire arrêter Mackie-le-Surineur. On découvre que Mac est un homme sans scrupule, déjà marié à une autre et qui ne se soucie que de lui. Il se fiche du reste. Après plusieurs rebondissement, Mac est condamné à la potence. A la dernière minute, il est gracié.
En quoi cette pièce peut-elle être considérée comme majeure, non seulement dans l’œuvre de Brecht mais aussi dans le théâtre dans son ensemble? En effet, le premier point important, c’est que Brecht ne conçoit pas tout seul cette pièce puisqu’elle est largement inspirée par “L’Opéra des gueux” de John Gray  (1728).
C’est quand l’œuvre de Gray reçoit un succès retentissant à Londres que la pièce est traduite en allemand par Elisabeth Hauptmann. Après un refus, Brecht accepte quand même de se mettre au travail et s’associe à Kurt Weill pour présenter une version brechtienne de l’opéra de départ.
Et c’est justement là que réside l’intérêt de “L’Opéra de quat’sous” , c’est une pièce fondamentalement brechtienne qui se démarque des opérettes précédentes. Souvent assez légères, ici, le propos est politique. Marxiste des pieds jusqu’au bout de sa plume, Brecht saisi l’occasion de servir son propos dans “L’Opéra de quat’sous”. Attaque en règle contre le milieu des affaires dont les bénéfices sont la seule importance, se fichant de l’élément humain. Qui est le pire des deux protagonistes? Peachum qui profite du malheur des autres pour s’enrichir? Ou Mac qui s’enrichit en agissant comme un criminel? Vers qui notre cœur balance? Indubitablement vers Mac qui pourtant est bien loin d’un Robin des bois. Mais, dans notre inconscient, c’est Peachum le véritable coupable qui rend la société moins bonne que ce qu’elle aurait été sans lui. C’est l’homme d’affaires qui est le seul méchant de cette œuvre.
Or Mac n’est pas mieux que Peachum mais il semble plus “correct”:
Tu t’élèveras bien assez, si tu te mets en tête de me concurrencer. A-t-on jamais entendu dire qu’un professeur d’Oxford laisse n’importe quel assistant signer ses erreurs scientifiques? Il signe lui-même.”  
Mais il ne faut pas se méprendre, Mac est un sale type! Et Brecht ne s’en cache pas. Il demande simplement au public de faire un choix entre la peste et le choléra. Et c’est exactement ce que le public fait. Il choisit Mac sans concession.
Peachum: (...) Je ne suis qu’un pauvre homme (...) Les lois ne sont faites que pour exploiter ceux qui ne les comprennent pas, ou ceux que la misère la plus noire empêche de s’y conformer (...)”
Et c’est justement pourquoi on a tendance à se ranger du côté de Mac. On nous donne l’impression que, lui, n’a pas eu le luxe de choisir son camp. Au contraire de Peachum. Et c’est ici que la pièce de Brecht tourne au chef-d’œuvre. Il y inclut un procédé (qui sera d’ailleurs décrit comme “la distanciation brechtienne”) qui ne permet pas au public de se laisser emporter par la pièce. Brecht met le sens critique de son public à l’épreuve. Contradictions dans les personnages qui se contredisent dans la même phrase; confusion entre  le discours et la situation; éclatement du quatrième mur; et autres techniques de mise en scène.
Brecht signe ici une pièce efficace et engagée tout en restant agréable à lire, à voir et à écouter.

Extrait:”(...) Vous seriez tous en train de crever dans les cloaques de Turnbridge si je n’avais pas consacré mes nuits blanches à chercher le moyen de tirer un penny de votre misère. Je suis arrivé à la conclusion que si les puissants de la terre sont capables de provoquer la misère, ils sont incapables d’en supporter la vue. Car ce sont des faibles et des imbéciles, exactement comme vous. S’ils ont à bouffer jusqu’à la fin de leurs jours, s’ils peuvent enduire leur plancher de beurre, pour engraisser jusqu’aux miettes qui tombent de leur table, ils ne peuvent pas voir de sang-froid un homme tomber d’inanition dans la rue: évidemment il faut qu’il vienne tomber juste devant leur porte.”

lundi 7 décembre 2015

"Gatsby le Magnifique" de F. Scott Fitzgerald


“Gatsby le Magnifique” de F. Scott Fitzgerald.
Ed. Le Livre de Poche 2003. Pages 204.
Titre Original: “The Great Gatsby”

Résumé: Dans le Long Island des années vingt, la fête est bruyante et la boisson abondante. Surtout chez Jay Gatsby. Aventurier au passé obscur, artiste remarquable par sa capacité à se créer un personnage de toute pièce, Gatsby, figure solaire par son rayonnement, lunaire par le mystère qu'il génère, est réputé pour les soirées qu'il donne dans sa somptueuse propriété. L'opulence, de même que la superficialité des conversations et des relations humaines, semblent ne pas y avoir de limites. C'est pourquoi l'illusion ne peut être qu'éphémère. Parmi les invités de cet hôte étrange se trouve Nick Carraway, observateur lucide qui seul parvient à déceler une certaine grandeur chez Gatsby, incarnation de multiples promesses avortées. Ce roman visuel qui se décline dans des tons d'or, de cuivre et d'azur, s'impose également comme la chronique d'une certaine époque vouée, telle la fête qui porte en elle son lendemain, à n'être magnifique que le temps d'un air de jazz.

La 7 de la page 7: “Puis elle m’informa dans un souffle que la jeune équilibriste se nommait Baker.”

Dès mon âge le plus tendre et le plus facile à influencer, mon père m’a donné un certain conseil que je n’ai jamais oublié.
-       Chaque fois que tu te prépares à critiquer quelqu’un, m’a-t-il dit, souviens-toi qu’en venant sur terre tout le monde n’a pas eu droit aux mêmes avantages que toi.”
Ainsi commence le chef-d’oeuvre de Fitzgerald.
Dès le départ, Fitzgerald brouille les pistes. Gatsby est mystérieux, entouré d’une aura énigmatique. Il le décrit comme un personnage complexe et bien au-dessus de notre compréhension. Mais l’auteur nous trompe, tout comme Gatsby trompe son entourage.
“Gatsby le Magnifique” est une sombre et triste histoire d’amour. Enrobée dans une atmosphère des années 20, de jazz, de fêtes... La poudre nous a été jétée aux yeux et l’évidence nous a d’abord échappée. Vouloir savoir qui est ce mystérieux Gatsby nous a aveuglé, comme tout le monde. On ne s’est pas demandé qui il est réellement. Un amoureux déçu.
“Daisy glissa aussitôt son bras sous le sien, mais il semblait comme oppressé par ce qu’il venait de dire. Peut-être avait-il pris conscience que cette lumière verte, si longtemps vitale pour lui, venait de s’éteindre à jamais. La distance qui le séparait de Daisy était si proche, presque à la toucher, aussi proche qu’une étoile peut l’être de la lune, et ce n’était plus désormais qu’une lumière sur la jetée. Son trésor venait de perdre l’une de ses pierres les plus précieuses.”
Gatsby est riche. Il est envié et pourtant, il est malheureux. Malheureux de ne pouvoir aimer la femme que son coeur a choisi. Il vit dans ses rêves d’amour. Tout ce qu’il fait est mué par le désir qu’il ressent pour l’amour de Daisy. Tant qu’il s’enferme dans ses rêves en oubliant la réalité des choses. L’argent
“Et par moments peut-être zu cours de cette après-midi Daisy s’était-elle montrée inférieure à ses rêves –mais elle n’était pas fautive. Cela tenait à la colossale vigueur de sib aptitude à rêver. Il l’avait projetée au-delà de Daisy, au-delà de tout. Il s’y était voué lui-même avec une passion d’inventeur, modifiant, amplifiant, décorant ses chimères de la moindre parure scintilante qui passait à sa portée. Ni le feu ni la glace ne sauraient atteindre en intensité ce qu’enferme un homme dans les illusions de son coeur.”
Gatsby a tout pour être heureux mais il ne le sera pourtant jamais car il désire une chose qu’il ne pourra jamais avoir. Entouré de son vivant, il meurt seul. Nick est sa seule connaissance à faire le déplacement pour ses funérailles. Tout n’était que vent et illusion. Fitzgerald nous a écrit une tragédie grèque contemporaine. Un tour de force. Consumons la vie avant qu’elle nous consume sans paillettes ni de fumée factice.  Sans argent aveuglant. Vivre comme Gatsby n’a pu le faire.

Extrait: “Le pasteur luthérien de Flushing est arrivé un peu avant trois heures. Malgré moi, j’ai commencé à guetter les voitures. Le père de Gatsby guettait de son côté. Le temps passait. Les domestiques se sont regroupés dans le hall, un à un. J’ai vu le vieil homme plisser les paupières avec inquiétude, et il a dit quelque chose à propos de la pluie, d’une voix pensive, hésitante. Le pasteur regardait sans cesse sa montre. Je l’ai pris à part et lui ai demandé d’attendre une demi-heure. Mais en pure perte. Personne n’est venu.”

vendredi 27 novembre 2015

"Cujo" de Stephen King

"Cujo" de Stephen King
Ed. J'ai Lu 1996. Pages 380.

Résumé: A la suite d'une panne et de coïncidences exceptionnelles, Donna Trenton et son fils Tad se retrouve enfermée dans leur voiture à cause de la présence d'un chien enragé (Cujo) qui les empêche de sortir de l'automobile afin d'appeler de l'aide. En effet, son mari - Vic Trenton - est en voyage d'affaires et ne peut par conséquent pas savoir la situation de son épouse. Quant à la famille propriétaire du chien, la mère et son enfant (Charity et Brett Camber) sont en vacances chez sa soeur alors que le père (Joe Camber) n'a pu échapper à la violence aveugle que son chien entraîne derrière lui.

La 7 de la page 7: "Et cette impression paraissait ce qu'il y avait de plus insupportable." 

"Cujo" est, peut-être, le livre de Stephen King le plus oppressant. On est enfermé en même temps que les personnages dans cette voiture face à ce chien transformé en tueur implacable. Et pourtant, peu d'action dans ce livre. Mais après tout, on est coincé dans une voiture dont on ne peut sortir car elle est gardée par un chien enragé... Ça ne laisse pas beaucoup de place aux grandes actions...  Mais c'est justement le propos. On est totalement coincés! King nous enferme dans cette voiture avec ses personnages. On attend l'action, et donc on sursaute au moindre bruit. On se retrouve à regarder son propre chien de travers... 
"Cujo" est diablement efficace et, pour une fois, ce n'est pas en raison d'un quelconque procédé surnaturel ou épouvantable... Non, juste un chien... Mais quel chien!! 

Extrait: "Donna émit un cri rauque et bestial, elle tenta de repousser l'assaillant à deux mains, le sang coulait sur la ceinture de son pantalon. Tenant le chien d'une main, elle chercha la poignée de la portière de l'autre. Dès qu'elle l'eut trouvée, elle referma violemment la porte sur l'animal. Plusieurs fois. Chaque coup porté dans les côtes de Cujo produisait un bruit sourd, comme un gros battoir frappant un tapis suspendu à une corde à linge. A chaque coup, Cujo poussait un grognement, soufflant sur la jeune femme son haleine chaude et fétide."

"Un homme, un vrai" de Tom Wolfe

"Un homme, un vrai" de Tom Wolfe
Ed. Pocket 2000. Pages 1010.
Titre Original: "A Man in Full"

Résumé: À soixante ans, le richissime promoteur Charlie Croker, auréolé de sa gloire d'ex-star du football, est l'un des maîtres d'Atlanta. Rien ne semble résister aux désirs de son ego surdimensionné. Pour preuve sa plantation de 12 000 hectares vouée à sa passion (chasser la caille), son train de vie à faire pâlir d'envie les puissants de ce monde, sa jeune et exigeante seconde épouse…
Seulement voilà, sa dernière création, un somptueux complexe immobilier à moitié vide le plonge dans un gouffre de dettes. Dans le même temps, à Oakland, Californie, Conrad Hensley, un jeune père de famille idéaliste, perd brutalement son emploi à la Croker Global Foods, victime du plan social concocté par Charlie pour sauver les bases de son empire vacillant. Commence pour lui une vertigineuse descente aux enfers …
… Et à Atlanta, la vedette noire de l'équipe de football de Georgia Tech, Fareek "le Canon" Fanon, est accusé d'avoir violé la fille d'un des piliers de l'establishment blanc. Le brillant avocat Roger II White, issu de la bonne bourgeoisie noire, est engagé pour le défendre.
Sa mission ? Empêcher que le fragile équilibre racial du fief sudiste, aujourd'hui soi-disant "trop occupé pour être raciste", n'explose…

La 7 de la page 7: "Comme il convenait, elles portaient toutes deux une tenue kaki - le kaki accompagnant aussi impérativement une chasse à la caille dans une plantation de Géorgie que le tweed une chasse à la grouse en Écosse - et toutes deux avançaient nonchalamment sur leurs chevaux légèrement penchées l'une vers l'autre, bavardant à mi-voix en souriant, puis partant dans des fous rires étouffés." 

 En voilà un fameux parpaing! Mais chaque page en vaut la peine! Si Wolfe met du temps à mettre en place son intrigues et ses personnages, c'est pour mieux nous tenir en apnée par la suite. Chaque détail a son importance et il ne faut rien rater. Wolfe nous offre, ici, un voyage dans une Atlanta tendue où le racisme et les préjugés font lois. Il y décrit aussi bien la communauté blanche que la communauté noire. Sans aucune complaisance. Sans aucun pathos. 
Critique virulente d'une société américaine au racisme schizophrène et où, fondamentalement, seuls les intérêts et l'argent sont rois. Avec "Un homme, un vrai" Wolfe nous livre un roman complet et acéré décrivant une Amérique sans gloire ni sentiment. On se laisse transporter en compagnie de personnages criants de vérité et une intrigue implacable. Parfois, cela a du bon les parpaing! 

Extrait:  "Charlie attaqua les marches. Clackclack... clackclack... clackclack... clackclack... Chaque "clackclack" lui faisait l'effet d'une double décharge de fusil. Il était raide mort, son genou le mettait à la torture, son cerveau lui semblait pris dans l’œil d'un cyclone, il voyait des singes, et sa femme n'aimait pas le bruit de ses béquilles. Ses béquilles ! S'il avait eu l'énergie et la confiance de jadis, il aurait coupé court à ce fatras de remarques acerbes en une seconde. Mais dans son état, les commentaires de Serena se noyèrent dans le flot d'ordures déchargées dans son crâne.

"Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" de Charlaine Harris

"Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" de Charlaine Harris
Ed. J'ai Lu 2013. Pages 254.
Titre Original: "Real Murders Club"

Résumé: Aurora Teagarden, dite Roe, est bibliothécaire dans la ville de Lawrenceton, en Géorgie. Un de ses passe-temps est de faire partie du Real Murders Club pour étudier une fois par mois les cold cases. Un soir, elle tombe sur le corps sans vie d'un des membres du club. Ce crime ressemble à un de ceux non résolus qu'ils devaient analyser. D'autres suivent. Aurora enquête.

La 7 de la page 7: "Les quatre portes de droite ouvraient sur une petite salle de réunion, les toilettes des hommes, celles des dames et enfin, tout au bout du couloir, la petite cuisine." 

Bon on ne va pas se mentir, "Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" n'est certainement pas le livre policier de l'année. L'intrigue est un peu faible et les personnages trop typés. Et si on fait partie des personnes qui sont vite agacées par des enquêtrices un peu naïves, on tombe vraiment mal... On est confronté à un livre qui n'est pas totalement policier. Il associe enquête et vies sentimentales. Mais Aurora reste assez attachante et bien écrite.
La plume est assez fluide et cela se lit vite. L'idée aurait sans doute mérité plus de profondeur mais on passe quand même un bon petit moment policier. 

Extrait: "La police, c'est nous. C'est nous qui sommes payés, certes au lance-pierre, pour mener des enquêtes sur des meurtres. C'est notre métier. Nous ne restons pas assis à lire des livres. Nous résolvons des crimes. Nous trouvons des indices, nous suivons des pistes, nous frappons aux portes." 

"Beignets de tomates vertes" de Fannie Flagg


"Beignets de tomates vertes" de Fannie Flagg.
Ed. J'ai Lu 2013. Pages 475.
Titre original: "Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe"

Résumé: "Un sacrée numéro, Idgie ! La première fois qu'elle a vu Ruth, elle a piqué un fard et elle a filé à l'étage pour se laver et se mettre de la gomina. Par la suite, elles ont ouvert le café et ne se sont plus jamais quittées. Ah ! Les beignets de tomates vertes du Whistle Stop Café ... J'en salive encore !"
Un demi-siècle plus tard, Ninny, quatre-vingt-six ans, raconte à son amie Evelyn l'histoire du Whistle Stop, en Alabama. Il s'en ai passé des choses, dans cette petite bourgade plantée au nord de la voie ferrée ! Et Evelyn, quarante-huit ans, mari indifférent, vie sans relief, écoute, fascinée. Découvre un autre monde. Apprend à s'affirmer, grâce à Ninny, l'adorable vieille dame.

La 7 de la page 7: "C'était une belle et grande bâtisse blanche avec un étage et une véranda qui faisait toute la façade... et les chambres étaient tapissées de papier peint avec des roses; ça faisait si joli quand on allumait les lampes, le soir." 

Chronique du Sud profond de 1929 à 1988, ce roman tendre et généreux vous fera rire aux éclats et, au détour d'une page, essuyer une larme. Humour et nostalgie : une recette au parfum subtil ...
J'avais entendu beaucoup de bien de ce livre...Le début est très long! On ne sait pas très bien où l'auteur veut en venir. La structure du livre est dérangeante. La structure chronologique non linéaire du livre est déboussolante.  Toutefois, au fur et à mesure des pages, les personnages deviennent de plus en plus attachants. Mais on a beau chercher, on ne voit pas où se trouve l'histoire. Evelyn est très attachante et on aime son histoire. Serait-ce la seule qui ait une continuité? Il y a des personnages dans tout les sens. On ne compte plus les histoires qui se recoupent à longueur de pages. On a du mal à trouver un intérêt à ce qu'il se passe car il s'en passe trop de partout!! Les petits encarts de Dot sont intéressants mais pas assez pour relever le livre. Vraiment pas accroché! Trop fouilli. On ne sait plus trop où donner de la tête. 
Grosse déception.

Extrait: "Plus tard, dans l'après-midi, quand Grady avait rappliqué avec ces deux policiers de Géorgie pour interroger son Daddy à propos du Blanc disparu, Artis avait failli tomber dans les pommes en voyant l'un des hommes s'approcher et jeter un coup d’œil dans l'énorme marmite. Il était sûr que le type avait vu le bras de Frank Bennett danser parmi les morceaux de cochon. Mais évidemment il n'en était rien car, deux jours plus tard, le même bonhomme, un gros rougeaud, dit à Big George qu'il n'avait jamais mangé meilleur barbecue de sa vie, et il lui demanda quel était son secret."

"L'Enfant de Noé' de Eric-Emmanuel Schmitt

"L'Enfant de Noé" de Eric-Emmanuel Schmitt
Ed. Albin Michel 2004. Page 189.

Résumé: " - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d'être chrétien, et moi je ferai semblant d'être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ? - Juré. " 1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ? Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim... et d'Oscar et la dame rose qui ont fait d'Eric-Emmanuel Schmitt l'un des romanciers français les plus lus dans le monde.

La 7 de la page 7: "De maman venait de la chaleur, de la force, de la joie." 

L'histoire est assez touchante. Un enfant juif séparé de ses parents est abrité par un prêtre. Il change de nom et de religion mais continue de défendre son héritage juif, envers et contre tout. Malheureusement, le style dégoulinant de bonnes intentions et de métaphores forcées ne servent pas une histoire pourtant bien partie. Le côté "pompeux" de la narration m'a exclue du récit. Je n'ai pas accroché au style alors que l'histoire m'intéressait fortement. Dommage. 

Extrait: "Les juifs et les chrétiens croient au même Dieu, celui qui a dicté à Moïse les Tables de la Loi. Mais les juifs ne reconnaissent pas en Jésus le Messie annoncé, l'envoyé de Dieu qu'ils espéraient... Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs ceux qui espèrent encore."  

"Spellman et associés" de Lisa Lutz

"Spellman et associés" de Lisa Lutz
Ed. Le Livre de Poche 2008. Pages 444.
Titre Original: "The Spellman Files"

Résumé: Qui pourrait résister aux Spellman, la famille la plus sérieusement fêlée de la côte Ouest ? Certainement pas leur fille, Izzy, associée et néanmoins suspecte. Car, pour ces détectives-nés, rien n'est plus excitant que d'espionner, filer, faire chanter... les autres Spellman de préférence.

La 7 de la page 7: "Il en arriva à cette conclusion en le voyant sortir de son sac un appareil photo et un énorme téléobjectif pour prendre des clichés d'un jeune couple enlacé sur un banc." 

Petit roman policier surtout centré sur les personnages de la famille de détectives. Le roman se veut drôle, parfois trop. On se sent parfois un peu forcés au sourire. Les situations rocambolesques sont parfois un peu trop alambiquées. On est à la limite du roman jeunesse. Il faudrait que Lutz fasse un choix narratif plus clair. Cependant, comme c'est le premier volet d'une saga, on est en droit d'espérer que le premier roman soit un roman d'introduction. 
Mais il y a tout de même quelques côtés positifs dans ce premier volet de la famille Spellman. Le plus important étant qu'il reste un livre assez relaxant à lire et assez léger. Alors, oui, je vais probablement continuer à lire cette saga, juste pour passer un bon petit moment relaxant (mais toujours en espérant un peu plus d'action) 

Extrait: "Je ne sais pas quand les portes sont devenues le seul mode d'entrée ou de sortie dans notre monde domestiqué, mais je trouvais que cette règle inflexible avait quelque chose d'illogique. Daniel me proposait de sauter de mon tuyau, de faire dix mètres pour aller jusqu'à une porte, d'attendre qu'il actionne l'ouverture par l'interphone, puis de franchir une porte à code et deux autres portes pour parvenir enfin à un endroit auquel je pouvais accéder avec un rétablissement et une bascule des jambes. " 

"L'Ours et le Dragon" de Tom Clancy


"L'Ours et le Dragon" de Tom Clancy
Ed. Albin Michel 2001. Pages 1239.
Titre Original: "The Bear and the Dragon"

Résumé: Qui a tenté d'éliminer Golovko, le chef des services secrets russes ? La mafia ? L'ex-KGB ? Ou des terroristes à la solde d'une puissance étrangère ?
Pour Jack Ryan, réélu président des États-Unis, cet attentat manqué est le point de départ du défi le plus terrifiant qu'il ait jamais eu à relever. Car tout bouge dans cette Russie où l'on est en train de découvrir de l'or et surtout de fabuleux gisements de pétrole, déjà convoités par une autre grande puissance : la Chine... Pour désamorcer un conflit qui risque d'aboutir à l'holocauste nucléaire, Ryan va avoir besoin de toute son énergie et de ses fidèles : John Clark, l'ancien commando de la Navy, et bien d'autres, soldats, espions et experts.

La 7 de la page 7: "Oui, Anatoly Ivanovitch?" 

Dans ce parpaing de Tom Clancy, on retrouve, à nouveau Jack Ryan, son personnage emblématique. Ce roman est particulièrement long en raison d'une introduction à la limite de l'insupportable. Heureusement que la suite est plus tonique. Je peux comprendre que Clancy ait eu besoin de mettre en place son intrigue et ses personnages mais cette introduction interminable aurait pu en dégoûter plus d'un. 
L'histoire, une fois mise en place, est assez efficace et complexe. Mais on s'implique quand même dans cette histoire aux multiples rebondissements. Une nouvelle fois, Clancy ne tombe pas dans la facilité et les clichés. Son roman est intelligent construit. 
Il faut avoir du temps devant soi, mais "L'Ours et le Dragon" est un bon livre qui se laisse découvrir.

Extrait: "Le courrier électronique du cardinal fut intercepté par la NSA (c'était illégal mais c'était la routine) et donné à la bécane qui leur recracha en clair. Celui-ci se retrouva très vite sur le bureau d'un analyste de l'agence qui (on avait pris soin de le vérifier auparavant) n'était pas catholique. " 

"De Sang-Froid" de Truman Capote

"De Sang-Froid" de Truman Capote
Ed. Folio 1972. Pages 506.
Titre Original: "In Cold Blood"

Résumé: Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.

La 7 de la page 7: "La Bonnie d'autrefois était ressuscitée; comme si elle offrait un avant-goût de la vie normale, la vigueur retrouvée, sur le point de revenir pour de bon, elle s'était mis du rouge à lèvres, s'était coiffée avec soin, et portant une robe neuve, elle l'avait accompagné à l’École de Holcomb où ils avaient applaudi une pièce mise en scène par les étudiants - Tom Sawyer - dans laquelle Nancy jouait le rôle de Becky Thatcher. 

"De Sang-Froid" est un chef-d’œuvre de la littérature américaine pour plusieurs raisons. Premièrement, avec ce roman, Truman Capote "invente" un nouveau genre, celui du "Nouveau Journalisme". Qu'est-ce donc que le nouveau journalisme? C'est tout simplement de prendre des faits criminels réels et de transcrire les faits dans un livre non romancé. Le "True Crime" prend ici le pas sur le "Fiction Crime". Comment Capote va-t-il s'y prendre pour sublimer ce nouveau genre? 
En Novembre 1959, Capote prend connaissance dans le "New York Times" d'un crime ayant eu lieu dans l'Arkansas. Un quadruple meurtre qui va directement devenir une obsession pour l'auteur. Il souhaite pouvoir traiter de l'affaire dans un roman non-fictionnel. C'est le "New Yorker' qui va lui donner les moyens d'accomplir ce souhait. Il est dépêché sur place et 'imprègne directement de l'ambiance et des habitants de l'Arkansas. Il commence alors à interroger les témoins du crime, les habitants, les policiers en charge de l'affaire mais surtout il va avoir l'opportunité de rencontrer les deux assassins. Ces derniers ont été condamnés à la peine capitale. Capote leur demande alors de livrer la vérité. Ce qu'ils vont faire (dans une moindre mesure) 
Dès lors Capote a tout en main pour nous livrer un des premiers (et des plus efficaces) ouvrage de "Nouveau Journalisme". Le succès est immédiat mais ne sera pas suivi d'autres pour Capote que cette affaire à ébranler bien plus qu'il ne l'avait anticipé. 
Non seulement "de Sang-Froid" est décrit au plus proche de la réalité mais Capote y intègre aussi des détails qui permettent aux lecteurs de se rendre avec lui dans l'Arkansas: les paysages, les odeurs, les sons... On observe, aux premières loges, à l'élaboration du quadruple meurtres, ayant les informations des deux côtés: la population et les assassins. Il donne également un contexte aux victimes, retraçant méticuleusement leurs faits et gestes avant le drame. Pendant aussi, se basant sur les avis des experts et sur ce que les éléments trouvés sur place laissent suggérer. 
Une vraie nouveauté composée par la main de maître de Capote. 

Extrait: "Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l'ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent "là-bas". A quelques soixante-dix miles à l'est de la frontière du Colorado, la région a une atmosphère qui est plutôt Far West que Middle West avec son dur ciel bleu et son air d'une pureté de désert. Le parler local est hérissé d'un accent de la plaine, un nasillement de cow-boy, et nombreux sont les hommes qui portent d'étroits pantalons de pionniers, de grands chapeaux de feutre et des bottes à bouts pointus et à talons hauts. Le pays est plat et la vue étonnamment vaste : des chevaux, des troupeaux de bétail, une masse blanche d'élévateurs à grain, qui se dressent aussi gracieusement que des temples grecs, sont visibles bien avant que le voyageur ne les atteigne."

jeudi 26 novembre 2015

"Le diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock

"Le diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock
Ed. Le Livre de Poche 2014. Pages 408.
Titre Original: "The Devil all the time"

Résumé: De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

La 7 de la page 7: "Ils montèrent dans le pick-up, suivirent jusqu'au bout leur chemin défoncé, puis descendirent Baum Hill Road." 

"Le diable, tout le temps" est un ovni littéraire. Je l'ai dévoré avec une rapidité folle. Impossible de dormir ou de fermer le livre sans connaître la suite. Pollock met en place différentes histoires qui vont, à un moment, se croiser dans un feu d'artifice jouissif. Le rythme est haletant et l'histoire époustouflante. Les personnages, atypiques et tellement bien écrits. Et comme si cela n'était pas assez, la plume de Pollock est implacable et acérée. On frôle le cynisme sans jamais vraiment y toucher. 
"Le diable, tout le temps" est une sorte de road-movie noir et intelligent, on se laisse embarquer avec chaque personnage. Un vrai bonheur de lecture. 

Extrait: "Tout en regardant la nuque du chauffeur, Willard repensa à la conversation qu'il avait eue à bord du bateau avec un jeune prêtre à l'air sombre, après qu'il se fut confessé d'avoir abattu le Marine afin d'abréger ses souffrances. Le prêtre était écœuré de toutes les morts qu'il avait vues, de toutes les prières qu'il avait prononcées sur des rangées de cadavres et des tas de membres dépareillés. Il dit à Willard que si seulement la moitié de son histoire était vraie, alors la seule chose à laquelle pouvait servir ce monde dépravé et corrompu, c'était à se préparer à l'autre." 

"Silverthorn" de Raymond E. Feist

"Silverthorn" de Raymond E. Feist
Ed. Milady 2014. Pages 476.

Résumé: La guerre de la faille entre les mondes de Midkemia et Kelewan est terminée. Longue vie au roi Lyam et au prince de Krondor, Arutha, seigneur de l'ouest. Le royaume se prépare à vivre une ère de paix et de prospérité. Mais très loin au nord, une sombre puissance se lève, qui rassemble en ses ténèbres elfes noirs, trolls et gobelins, annonçant l'avènement d'un nouvel âge de chaos. Une terrible prophétie doit bientôt s'accomplir... Mais il faut pour cela qu'un obstacle disparaisse : Arutha doit périr. Une horde d'assassins et de guerriers maléfiques est donc lancée à ses trousses. Accompagne de Jimmy les mains vives et de Laurie le ménestrel, le prince va reprendre la route pour contrer ce péril...

La 7 de la page 7: "Deux d'entre eux, l'un blond et l'autre brun, se tenaient près du bastingage, riant d'une plaisanterie faite par l'un d'entre eux." 

"Silverthorn" est le troisième volet de "La Guerre de la Faille" des Chroniques de Krondor. Si l'introduction est un peu lente et longue, on lit le reste en quasi apnée. On erre avec les personnages, on se bat avec eux. On sent que le troisième tome nous dirige directement vers le quatrième volet. 
"Silverthorn" est une sorte de tome de transition. Feist met bien tout en place et toutes les forces en présence. Toutes les ramifications et leurs conséquences sont mise en attente de l'apothéose du quatrième tome. 
On attend le dénouement avec impatience. 

Extrait: "Jimmy, commençant à retrouver ses esprits, regarda autour de lui. La salle semblait comme figée sur un horrible tableau. Le père Tully se tenait à côté d'Arutha et des gardes tsuranis entouraient le roi, scrutant des yeux chaque recoin de la salle. Tous les autres convives regardaient Anita, recroquevillée dans les bras d'Arutha, à genoux sur les dalles de pierre. ses voiles et sa robe étaient étalés tout autour d'elle; on eût dit qu'elle dormait dans l'étreinte du prince. Dans la lumière du soir, elle ressemblait à une apparition toute de blanc immaculé, à l'exception de la tâche écarlate qui s'étendait rapidement dans son dos."

"Boys don't cry" de Malorie Blackman

"Boys don't cry" de Malorie Blackman
Ed. Milan 2011. Pages 287.

Résumé: Dante attend les résultats de ses examens. Le courrier qui lui ouvrira les portes de l'université. De sa future vie. Celle dont il a toujours rêvé. Mais quand on sonne enfin à la porte, ce n'est pas le facteur, c'est Mélanie. Son ex-copine, dont il n'a plus entendu parler depuis des mois. Avec un bébé. Le sien. Le leur. Être père à 17 ans ? Il y a de quoi pleurer. Mais les garçons ne pleurent jamais...

La 7 de la page 7: "Et toi?" 

"Boys don't cry" est un roman jeunesse particulièrement réussi. Globalement, le sujet est simple. Un jeune garçon de 17 ans se retrouve, du jour au lendemain, être père. Blackman nous met bien en présence de l'ensemble de problèmes que cela peut poser: émotionnels, scolaires, financiers etc. La difficulté d'assumer sa paternité est très bien décrite dans ce roman. La plume est efficace sans pour autant être moralisatrice. Il est difficile d'écrire sur ce genre de sujet sans tomber dans la facilité et le pathos. Ici, c'est tout le contraire. C'est intelligemment écrit et abordé. De plus, le texte s'adapte bien à un public adolescent dans ses codes et ses inquiétudes. Un très bon ouvrage. 

Extrait: "Je me suis assis dans le fauteuil face à la poussette et j'ai observé le visage tout plissé du bébé. Des larmes roulaient sur ses joues. Tout en pleurant, il me regardait le regarder. Je me suis dit à cet instant que lui et moi, on ressentait peut-être exactement la même chose. Et il pleurait et pleurait et pleurait de plus en plus fort. Il avait de la chance. J'aurais vraiment voulu en faire autant. Mais les garçons ne pleurent pas. C'est ce que Papa nous a toujours dit et répété à Adam et moi. Et puis ça n'aurait servi à rien. "  

"Lucky Jim" de Kingsley Amis

"Lucky Jim" de Kingsley Amis
Ed. de la Martinière 2014. Pages 441.

Résumé: Chargé de cours dans une université de seconde zone, Jim Dixon accumule les déboires professionnels et sentimentaux. Il échoue à faire bonne impression au professeur Welch, le chef de la section d'Histoire, un mandarin dont la paresse n'a d'égal que le ridicule, et est pris au piège du chantage émotionnel qu'exerce sur lui Margaret, une collègue très collante.
Face à l'adversité, Jim dispose néanmoins de quelques ressources : son talent pour les grimaces et son imagination fertile.

La 7 de la page 7: "Et puis, Catchpole avait planté là Margareth et la lui avait laissée sur les bras." 

"Lucky Jim" est un petit bijou de la littérature anglaise du XXème siècle. Non seulement ce livre est drôle mais il a aussi l'audace d'être intelligemment écrit. Premièrement, le personnage de Jim Dixon est particulièrement savoureux. Il est faussement bête et terriblement maladroit. Cependant, il cache bien son jeu. Ce sont les circonstances qui le plongent dans les problèmes (bon d'accord, il en provoque aussi pas mal le bougre.) Dixon est une sorte de Wooster qui devrait se débrouiller sans son Jeeves. Deuxièmement, l'intrigue est bourrée de rebondissements plus farfelus les uns que les autres tout en conservant une ligne assez crédible et terriblement efficace. 
Enfin, si, oui ce roman est drôlissime, il n'en reste pas moins une critique furieuse du système éducatif anglais. Oxbridge en prend plein la tête. Les personnages feraient n'importe quoi pour sortir de leur milieu et atteindre les sommets de intelligentsia britannique. A tort, tout n'est qu'apparence. Dixon aussi n'est qu'apparence. Il est beaucoup plus malin qu'on ne le croit... Un pur régal! 

Extrait: "Malgré ce contraste aveuglant, Dixon se rendait compte que leur promenade, circonspecte et en apparence méditative, devait paraître assez pompeuse aux étudiants qui passaient."

"Jeux de Guerre" de Tom Clancy

"Jeux de Guerre" de Tom Clancy
Ed. Le Livre de Poche 1991. Pages 592.
Titre Original: "Patriot Games"

Résumé: Paisible professeur d'histoire navale, le héros de ce livre se trouve à Londres quand un attentat se déroule sous ses yeux. Il s'interpose instinctivement ; blessé, il apprend qu'il a sauvé la vie du prince et de la princesse de Galles et de leur fils, visés par l'I.R.A. Le voici promu héros national... et cible, à son tour, des terroristes.

La 7 de la page 7: "Le pistolet était tombé." 

Une nouvelle aventure de Jack Ryan.  Sur fond de terrorisme, ce roman d'espionnage est particulièrement bien écrit (et malheureusement toujours d'actualité) Clancy utilise les codes du roman d'espionnage comme personne. Mais en plus de nous offrir une intrigue crédible et prenante, il nous offre des personnages intéressants et attachants. "Jeux de Guerre" a été adapté en film, mais sincèrement, même si on est fan d'Harrison Ford, le livre est bien mieux construit et beaucoup plus complet. N'hésitez pas entre le film et le livre, le livre lui est bien supérieur!

Extrait: "Des hommes accouraient encore, de toutes les directions. Ryan eut l’impression que cent sirènes convergeaient sur les lieux. Un agent aux épaulettes dorées se mit à hurler des ordres aux autres. La scène était impressionnante. Une partie détachée de l’esprit de Ryan l’enregistrait. Il était assis là, adossé à la Rolls, la chemise trempée de rouge. Cathy, les mains en sang, essayait d’attacher convenablement un pansement. Sa fille sanglotait dans les bras d’un jeune soldat qui avait l’air de lui chanter quelque chose que Jack ne saisissait pas."




"Le Parfum" de Patrick Süskind

"Le Parfum" Patrick Süskind
Ed. Le Livre de Poche 2008. Pages 279.
Titre Original: "Das Parfum"

Résumé: Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque.
Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n'aurait pas survécu. Mais Grenouille n'avait besoin que d'un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n'avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s'agissait bien d'un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l'univers, car " qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ".
C'est son histoire, abominable... et drolatique qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.

La 7 de la page 7: "Et tout ça pour trois francs par semaine." 

"Le Parfum" est un roman étrange. Très étrange. On oscille entre des parties abominables et des parties assez drôles. Les personnages, et surtout Grenouille, sont superbement écrits et particulièrement efficaces. On ne peut s'empêcher de sentir énormément d'empathie pour Grenouille, alors qu'au final, il n'en mérite aucune. C'est un assassin de la pire sorte. Il est cruel, hautain, méprisant. Mais on s'attache à lui quand même. 
Mais au-delà de cela, c'est surtout l'ambiance qui réussit le livre. Sombre et angoissante. Envoûtante et entêtante. On ne peut s'empêcher de se vautrer dans les ambiguïtés d'ambiance. On en redemande. 

Extrait: "Maintenant il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l'huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d'eau, sa peau comme les fleurs de l'abricotier... et l'alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu'il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d'un coup à la pure insignifiance."

"Qui a tué le Dahlia Noir?" de Stéphane Bourgoin

"Qui a tué le Dahlia Noir?" de Stéphane Bourgoin
Ed. Ring 2014. 490 Pages.

Résumé: La plus grande énigme de l'histoire criminelle américaine enfin résolue. 15 janvier 1947, Los Angeles. Le cadavre coupé en deux d'Elizabeth Short, le « Dahlia Noir », est découvert sur un terrain vague. Vidé de son sang et lavé. Elle a été gardée prisonnière pendant plusieurs jours afin d'être soumise à d'innommables tortures, tenues secrètes à ce jour par la police de Los Angeles. Aujourd'hui, Stéphane Bourgoin vous dévoile le monstrueux rituel du tueur. L'analyse de la scène de crime et les pratiques hors normes de l'assassin prouvent, sans l'ombre d'un doute, qu'il n'en est pas à son premier forfait. 1934-1950, Cleveland, Ohio. 1939-1940, New Castle et Stowe Township, Pennsylvanie. Un serial killer mutile et décapite hommes et femmes. Il lave et vide de leur sang les corps de ses victimes. Et il pratique un rituel similaire à celui du Dahlia Noir. Vingt ans d'investigations et l'analyse de milliers de « cold cases » ont mené Stéphane Bourgoin sur la piste de l'un des pires tueur en série américain, et d'élucider ce crime légendaire, une hypothèse validée par les célèbres « profilers » de l'Académie nationale du F.B.I., à Quantico. Spécialiste mondialement reconnu des serial killers, Stéphane Bourgoin nous livre, dans ces vingts ans d'enquête, le résultat de sa quête obsessionnelle.

La 7 de la page 7: "Elle avait des hématomes violacés autour du cou, des bras et des poignets, ce qui prouvait qu'elle avait été solidement attachée, avant d'être torturée." 

Stéphane Bourgoin s'attaque au mythe du Dahlia Noir. Crime jamais résolu et qui a alimenté de nombreux films et livres de par son caractère particulièrement violent et sa victime assez mystérieuse. Non seulement le livre est bien documenté mais Bourgoin ne nous épargne aucune image de scène de crime ou de cadavre. Ce qui permet au lecteur de bien entrevoir la violence des propos et ne permet pas au lecteur de se distancer du texte. Bourgoin ne nous raconte pas l'histoire d'une enquête policière, non, il dissèque méticuleusement un (des) meurtre(s) particulièrement violent(s) et il tient à ce qu'on ne l'oublie pas.  Et sa manière de nous le démontrer est diablement efficace. 
Mais au-delà de tout cela, "Qui a tué le Dahlia Noir?" est surtout une étude sérieuse des faits. Bourgoin analyse les éléments et les recoupe avec d'autres afin de "résoudre" l'affaire la plus mystérieuse du XXème siècle. Il passe en revue les suspects de l'époque. Monte et démonte les théories (souvent fumeuses) et reste, sans concession, fidèle à l'entêtante Beth Short.  
Et sa théorie finale est assez crédible (exercice vraiment difficile, d'autres s'y sont essayé avec d'autres affaires en fonçant droit dans le mur, ce n'est pas le cas ici.) On ne saura probablement jamais si sa théorie se révèle vraie mais au moins, son coupable a le mérite d'exister et de coller aux éléments de l'enquête. On vous laisse découvrir tout cela par vous-même car l'enquête est vraiment bien construite et bien structurée.  

Extrait: "L'assassinat d'Elizabeth Short, le 15 Janvier 1947, demeure un cas légendaire dans les annales du crime américain, un peu à l'image de ce qu'a été Jack L’Éventreur en Angleterre ou l'affaire Grégory en France. Comment expliquer cette fascination? D'abord parce qu'il n'a toujours pas été résolu et qu'il touche une corde sensible du mythe américain qui est celui d'Hollywood. Plus que tout autre crime aux Etats-Unis, le meurtre du Dahlia Noir engendre plus de quatre cent confessions." 

mercredi 25 novembre 2015

"Oedipe Roi" de Sophocle

"Oedipe Roi" de Sophocle
Ed. Librio 2006. Pages 96.

Résumé: Cruauté du sort qui amène Œdipe à commettre à son insu l'acte criminel prédit par l'oracle ! Averti par Delphes qu'il tuerait son père et épouserait sa mère, il fuit les lieux de son enfance, espérant ainsi préserver Polype et Mérope, ses parents présumés... Que ne lui a-t-on dit, hélas, qu'il était le fils de Laïos !
Ignorant du drame ancien, aveuglé parle hasard, Œdipe court à sa perte. Il tue un voyageur qui lui barre la route, libère Thèbes de la Sphinge, épouse la reine de la cité, occupe le trône royal et... accomplit son terrible destin.

La 7 de la page 7: "Comment retrouver à cette heure la trace incertaine d'un crime si vieux." 

Tout le monde connaît l'histoire d’OEdipe. Roi de Thèbes, OEdipe veut résoudre le meurtre de Laïos, son prédécesseur. OEdipe a quitté Corinthe parce qu'un oracle lui avait prédit qu'il tuerait son père (Polybe) et partagerait la couche de sa mère (Mérope). Sur le chemin qui le mène à Thèbes, il tue un homme qui lui refuse le droit de passage. Arrivé à destination, il épouse la reine veuve, Jocaste et devient le roi de Thèbes. Après plusieurs rebondissements et surtout après enquête d'OEdipe, on découvre qu'en fait il est l'assassin de Laïos. De plus, on découvre l'oracle fait à Laïos et Jocaste: leur fils tuera son père pour épouser sa mère. Ils ont fait tuer cet enfant. Or, l'esclave qui a devait tuer l'enfant, pris d'un remord, le confia à un corinthien. Ce dernier a donné l'enfant à Polybe et Mérope. Les deux oracles se sont accomplis. OEdipe, fils de Laïos et de Jocaste a bien tué son père et a bien épousé sa mère. 
Mais réduire cette pièce de Sophocle a un simple complexe est grandement réducteur. Le texte antique est source d'une richesse qui traverse les âges.  
Sophocle met en avant des problématiques beaucoup plus universelles. OEdipe parle sans savoir. Il promet sans retenue. 
"J'entends tes prières, et à ces prières c'est moi qui réponds. (...) Je parle ici en homme étranger au crime lui-même; je ne pourrais tout seul mener loin mon enquête, à moins de disposer de quelques indices; et comme je me trouve en fait un des derniers citoyens inscrits dans cette citée, c'est à vous, c'est à tous les Cadméens que j'adresse solennellement cet appel: A quiconque parmi vous sait sous le bras de qui est tombé Laïos, le fils de Labdacos, j'ordonne de me révéler tout." 
OEdipe se condamne lui-même, sans le savoir. Si OEdipe n'a pas encore toutes les informations de la mise en place de la tragédie qui va se dérouler sous nos yeux, par contre, Sophocle nous donne, à nous, lecteurs, un indice de taille. OEdipe est bien un des derniers arrivants à Thèbes. Donc, de ce fait, il vient d'ailleurs. Il n'est pas natif de Thèbes. De plus Sophocle utilise le mot "étranger". Il ne l'utilise pas par hasard. OEdipe est bien étranger à Thèbes mais il est, croit-il, étranger au crime perpétré contre Laïos. En fait, il est surtout étranger à la vérité. 
"Voilà comment j'entends servir et le dieu et la mort. Je voue le criminel, qu'il ait agit tout seul, sans se trahir, ou avec des complices, à user misérablement, comme un misérable, une vie sans joie; et si d'aventure je venais à l'admettre consciemment à mon foyer, je me voue moi-même à tous les châtiments que mes imprécations viennent à l'instant d'appeler sur d'autres." 
OEdipe ne sait pas à quel point il a raison. C'est probablement pour cela qu'il enfonce le clou. Mais même lorsqu'on lui dit de s'arrêter et de bien réfléchir à ses propos, il reste sourd. 
" Tirésias: Hélas! qu'il est terrible de savoir quand le savoir ne sert à rien à celui qui le possède." 
Tisérias tente de lui transmettre le message qu'il sait quelque chose qui, à lui, ne lui sert à rien. Mais qui pourrait être une information vitale à OEdipe qui pourtant balaie d'un revers de main les propos de Tisérias. La logique voudrait que OEdipe lui demande où il veut en venir. Or, il n'en fait rien, sûr de son fait. 
Sophocle a mis en place la tragédie qui va, maintenant, suivre son cours logique. Il est déjà trop tard pour OEdipe qui s'est condamné lui-même. Il croit avoir déjoué une prophétie. Il se croit plus fort que le destin que les dieux lui ont réservé. Il se croit à l'abri. Il a malheureusement tort. 
La corrélation des deux prophéties est pourtant assez évidente. OEdipe est tellement englué dans ses certitudes qu'il n'envisage pas un seul instant que le passant qu'il a tué jadis puisse être Laïos. 
Là où le texte est terriblement bon, c'est que le lecteur a une longueur d'avance sur OEdipe. Le lecteur ne peut s'empêcher d'entrevoir la vérité. Mais il ne peut rien faire, que contempler la chute inévitable. 
"Tirésias: (...) Tu me reproches d'être aveugle, mais toi, toi qui y vois, comment ne vois-tu pas à quel point de misère tu te trouves à cette heure? et sous quel toit tu vis, en compagnie de qui? Sais-tu seulement de qui tu es né? (...)" 
Tirésias ne se cache même plus. Pour ceux qui avaient quelques doutes, c'est maintenant clair. Il faut douter de tout, même de ce qu'on pense être vrai. Il ne faut pas faire la même erreur qu'OEdipe et se condamner soi-même. Tirésias lui donne la clef. Il lui demande de douter même des certitudes de sa naissance. Mais OEdipe reste sourd. Mais on ne peut s'empêcher de penser que, peut-être, à ce moment là de la pièce, OEdipe sait mais ne veut tout simplement pas comprendre. La vérité étant trop insoutenable pour lui. Les conséquences trop grandes. Sophocle a maintenant mis toutes les cartes sur la table. La fin tragique ne peut plus être évitée. 
"Le Coryphée: Qui prétend se garder d'erreur trouvera qu'il a bien parlé. Trop vite décider n'est pas sans risque, roi." 
 Alors qu'OEdipe s'entête à ne pas comprendre, Jocaste, elle, comprend immédiatement. Il faudra attendre l'arrivée du Corinthien pour qu'il comprenne réellement (ou qu'il s'admette la vérité comme ne pouvant plus se cacher à ses yeux.) Une fois la vérité totalement dévoilée, l'aveuglement psychique de OEdipe devient physique: il se crève les yeux. Il s'est lui-même condamné à l'errance et à l'exil. La tragédie est bouclée. Ne jamais se prononcer sans avoir tous les détails et savoir qu'on ne sait pas et s'exprimer dans ce sens. Voilà le chef-d’œuvre que nous a laissé Sophocle. 

Extrait: "Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin." 
 

mardi 24 novembre 2015

"Désolation" de Stephen King

"Désolation" de Stephen King
Ed. Albin Michel 1996. Pages 571.
Titre original: "Desperation"

Résumé: La route 50 coupe droit à travers le désert du Nevada, sous un soleil écrasant. On n'y entend que le jappement lointain des coyotes. C'est là qu'un flic étrange, un colosse aux méthodes très particulières, arrête des voyageurs sous des prétextes vagues, puis les contraint de le suivre à la ville voisine Désolation. Et le cauchemar commence...

La 7 de la page 7: "Mary lâcha l'épaule de Peter et se recroquevilla contre sa portière, aussi loin qu'elle put du gérant qui approchait." 

Mon tout premier Stephen King! De ce fait, j'en garde un souvenir assez particulier. Découverte d'un nouvel auteur qui va m'accompagner pendant des années (et qui m'accompagne toujours d'ailleurs) 
L'histoire est originale et rondement bien menée par le maître de l'épouvante. Je me suis vite attachée aux personnages et j'ai vécu l'histoire à fond avec eux, du début à la fin! 
Dans "Désolation", King nous offre une histoire de confrontation frontale entre le bien et le mal. L'angoisse est au rendez-vous et l'intrigue est redoutable. 
Un très bon King. 

Extrait: "J'ai couru par instinct de survie, se dit-elle, et c'est une chose que je ne pourrai jamais expliquer - par des mots, ni en parlant ni même dans un poème - ce que c'est de courir non pas pour manger, ni pour une médaille, ni pour un prix, ni pour attraper un train, mais pour sauver sa putain de vie. "