vendredi 27 novembre 2015

"Cujo" de Stephen King

"Cujo" de Stephen King
Ed. J'ai Lu 1996. Pages 380.

Résumé: A la suite d'une panne et de coïncidences exceptionnelles, Donna Trenton et son fils Tad se retrouve enfermée dans leur voiture à cause de la présence d'un chien enragé (Cujo) qui les empêche de sortir de l'automobile afin d'appeler de l'aide. En effet, son mari - Vic Trenton - est en voyage d'affaires et ne peut par conséquent pas savoir la situation de son épouse. Quant à la famille propriétaire du chien, la mère et son enfant (Charity et Brett Camber) sont en vacances chez sa soeur alors que le père (Joe Camber) n'a pu échapper à la violence aveugle que son chien entraîne derrière lui.

La 7 de la page 7: "Et cette impression paraissait ce qu'il y avait de plus insupportable." 

"Cujo" est, peut-être, le livre de Stephen King le plus oppressant. On est enfermé en même temps que les personnages dans cette voiture face à ce chien transformé en tueur implacable. Et pourtant, peu d'action dans ce livre. Mais après tout, on est coincé dans une voiture dont on ne peut sortir car elle est gardée par un chien enragé... Ça ne laisse pas beaucoup de place aux grandes actions...  Mais c'est justement le propos. On est totalement coincés! King nous enferme dans cette voiture avec ses personnages. On attend l'action, et donc on sursaute au moindre bruit. On se retrouve à regarder son propre chien de travers... 
"Cujo" est diablement efficace et, pour une fois, ce n'est pas en raison d'un quelconque procédé surnaturel ou épouvantable... Non, juste un chien... Mais quel chien!! 

Extrait: "Donna émit un cri rauque et bestial, elle tenta de repousser l'assaillant à deux mains, le sang coulait sur la ceinture de son pantalon. Tenant le chien d'une main, elle chercha la poignée de la portière de l'autre. Dès qu'elle l'eut trouvée, elle referma violemment la porte sur l'animal. Plusieurs fois. Chaque coup porté dans les côtes de Cujo produisait un bruit sourd, comme un gros battoir frappant un tapis suspendu à une corde à linge. A chaque coup, Cujo poussait un grognement, soufflant sur la jeune femme son haleine chaude et fétide."

"Un homme, un vrai" de Tom Wolfe

"Un homme, un vrai" de Tom Wolfe
Ed. Pocket 2000. Pages 1010.
Titre Original: "A Man in Full"

Résumé: À soixante ans, le richissime promoteur Charlie Croker, auréolé de sa gloire d'ex-star du football, est l'un des maîtres d'Atlanta. Rien ne semble résister aux désirs de son ego surdimensionné. Pour preuve sa plantation de 12 000 hectares vouée à sa passion (chasser la caille), son train de vie à faire pâlir d'envie les puissants de ce monde, sa jeune et exigeante seconde épouse…
Seulement voilà, sa dernière création, un somptueux complexe immobilier à moitié vide le plonge dans un gouffre de dettes. Dans le même temps, à Oakland, Californie, Conrad Hensley, un jeune père de famille idéaliste, perd brutalement son emploi à la Croker Global Foods, victime du plan social concocté par Charlie pour sauver les bases de son empire vacillant. Commence pour lui une vertigineuse descente aux enfers …
… Et à Atlanta, la vedette noire de l'équipe de football de Georgia Tech, Fareek "le Canon" Fanon, est accusé d'avoir violé la fille d'un des piliers de l'establishment blanc. Le brillant avocat Roger II White, issu de la bonne bourgeoisie noire, est engagé pour le défendre.
Sa mission ? Empêcher que le fragile équilibre racial du fief sudiste, aujourd'hui soi-disant "trop occupé pour être raciste", n'explose…

La 7 de la page 7: "Comme il convenait, elles portaient toutes deux une tenue kaki - le kaki accompagnant aussi impérativement une chasse à la caille dans une plantation de Géorgie que le tweed une chasse à la grouse en Écosse - et toutes deux avançaient nonchalamment sur leurs chevaux légèrement penchées l'une vers l'autre, bavardant à mi-voix en souriant, puis partant dans des fous rires étouffés." 

 En voilà un fameux parpaing! Mais chaque page en vaut la peine! Si Wolfe met du temps à mettre en place son intrigues et ses personnages, c'est pour mieux nous tenir en apnée par la suite. Chaque détail a son importance et il ne faut rien rater. Wolfe nous offre, ici, un voyage dans une Atlanta tendue où le racisme et les préjugés font lois. Il y décrit aussi bien la communauté blanche que la communauté noire. Sans aucune complaisance. Sans aucun pathos. 
Critique virulente d'une société américaine au racisme schizophrène et où, fondamentalement, seuls les intérêts et l'argent sont rois. Avec "Un homme, un vrai" Wolfe nous livre un roman complet et acéré décrivant une Amérique sans gloire ni sentiment. On se laisse transporter en compagnie de personnages criants de vérité et une intrigue implacable. Parfois, cela a du bon les parpaing! 

Extrait:  "Charlie attaqua les marches. Clackclack... clackclack... clackclack... clackclack... Chaque "clackclack" lui faisait l'effet d'une double décharge de fusil. Il était raide mort, son genou le mettait à la torture, son cerveau lui semblait pris dans l’œil d'un cyclone, il voyait des singes, et sa femme n'aimait pas le bruit de ses béquilles. Ses béquilles ! S'il avait eu l'énergie et la confiance de jadis, il aurait coupé court à ce fatras de remarques acerbes en une seconde. Mais dans son état, les commentaires de Serena se noyèrent dans le flot d'ordures déchargées dans son crâne.

"Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" de Charlaine Harris

"Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" de Charlaine Harris
Ed. J'ai Lu 2013. Pages 254.
Titre Original: "Real Murders Club"

Résumé: Aurora Teagarden, dite Roe, est bibliothécaire dans la ville de Lawrenceton, en Géorgie. Un de ses passe-temps est de faire partie du Real Murders Club pour étudier une fois par mois les cold cases. Un soir, elle tombe sur le corps sans vie d'un des membres du club. Ce crime ressemble à un de ceux non résolus qu'ils devaient analyser. D'autres suivent. Aurora enquête.

La 7 de la page 7: "Les quatre portes de droite ouvraient sur une petite salle de réunion, les toilettes des hommes, celles des dames et enfin, tout au bout du couloir, la petite cuisine." 

Bon on ne va pas se mentir, "Aurora Teagarden: Le club des amateurs de meurtres" n'est certainement pas le livre policier de l'année. L'intrigue est un peu faible et les personnages trop typés. Et si on fait partie des personnes qui sont vite agacées par des enquêtrices un peu naïves, on tombe vraiment mal... On est confronté à un livre qui n'est pas totalement policier. Il associe enquête et vies sentimentales. Mais Aurora reste assez attachante et bien écrite.
La plume est assez fluide et cela se lit vite. L'idée aurait sans doute mérité plus de profondeur mais on passe quand même un bon petit moment policier. 

Extrait: "La police, c'est nous. C'est nous qui sommes payés, certes au lance-pierre, pour mener des enquêtes sur des meurtres. C'est notre métier. Nous ne restons pas assis à lire des livres. Nous résolvons des crimes. Nous trouvons des indices, nous suivons des pistes, nous frappons aux portes." 

"Beignets de tomates vertes" de Fannie Flagg


"Beignets de tomates vertes" de Fannie Flagg.
Ed. J'ai Lu 2013. Pages 475.
Titre original: "Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe"

Résumé: "Un sacrée numéro, Idgie ! La première fois qu'elle a vu Ruth, elle a piqué un fard et elle a filé à l'étage pour se laver et se mettre de la gomina. Par la suite, elles ont ouvert le café et ne se sont plus jamais quittées. Ah ! Les beignets de tomates vertes du Whistle Stop Café ... J'en salive encore !"
Un demi-siècle plus tard, Ninny, quatre-vingt-six ans, raconte à son amie Evelyn l'histoire du Whistle Stop, en Alabama. Il s'en ai passé des choses, dans cette petite bourgade plantée au nord de la voie ferrée ! Et Evelyn, quarante-huit ans, mari indifférent, vie sans relief, écoute, fascinée. Découvre un autre monde. Apprend à s'affirmer, grâce à Ninny, l'adorable vieille dame.

La 7 de la page 7: "C'était une belle et grande bâtisse blanche avec un étage et une véranda qui faisait toute la façade... et les chambres étaient tapissées de papier peint avec des roses; ça faisait si joli quand on allumait les lampes, le soir." 

Chronique du Sud profond de 1929 à 1988, ce roman tendre et généreux vous fera rire aux éclats et, au détour d'une page, essuyer une larme. Humour et nostalgie : une recette au parfum subtil ...
J'avais entendu beaucoup de bien de ce livre...Le début est très long! On ne sait pas très bien où l'auteur veut en venir. La structure du livre est dérangeante. La structure chronologique non linéaire du livre est déboussolante.  Toutefois, au fur et à mesure des pages, les personnages deviennent de plus en plus attachants. Mais on a beau chercher, on ne voit pas où se trouve l'histoire. Evelyn est très attachante et on aime son histoire. Serait-ce la seule qui ait une continuité? Il y a des personnages dans tout les sens. On ne compte plus les histoires qui se recoupent à longueur de pages. On a du mal à trouver un intérêt à ce qu'il se passe car il s'en passe trop de partout!! Les petits encarts de Dot sont intéressants mais pas assez pour relever le livre. Vraiment pas accroché! Trop fouilli. On ne sait plus trop où donner de la tête. 
Grosse déception.

Extrait: "Plus tard, dans l'après-midi, quand Grady avait rappliqué avec ces deux policiers de Géorgie pour interroger son Daddy à propos du Blanc disparu, Artis avait failli tomber dans les pommes en voyant l'un des hommes s'approcher et jeter un coup d’œil dans l'énorme marmite. Il était sûr que le type avait vu le bras de Frank Bennett danser parmi les morceaux de cochon. Mais évidemment il n'en était rien car, deux jours plus tard, le même bonhomme, un gros rougeaud, dit à Big George qu'il n'avait jamais mangé meilleur barbecue de sa vie, et il lui demanda quel était son secret."

"L'Enfant de Noé' de Eric-Emmanuel Schmitt

"L'Enfant de Noé" de Eric-Emmanuel Schmitt
Ed. Albin Michel 2004. Page 189.

Résumé: " - Nous allons conclure un marché, veux-tu ? Toi, Joseph, tu feras semblant d'être chrétien, et moi je ferai semblant d'être juif. Ce sera notre secret, le plus grand des secrets. Toi et moi pourrions mourir de trahir ce secret. Juré ? - Juré. " 1942. Joseph a sept ans. Séparé de sa famille, il est recueilli par le père Pons, un homme simple et juste, qui ne se contente pas de sauver des vies. Mais que tente-t-il de préserver, tel Noé, dans ce monde menacé par un déluge de violence ? Un court et bouleversant roman dans la lignée de Monsieur Ibrahim... et d'Oscar et la dame rose qui ont fait d'Eric-Emmanuel Schmitt l'un des romanciers français les plus lus dans le monde.

La 7 de la page 7: "De maman venait de la chaleur, de la force, de la joie." 

L'histoire est assez touchante. Un enfant juif séparé de ses parents est abrité par un prêtre. Il change de nom et de religion mais continue de défendre son héritage juif, envers et contre tout. Malheureusement, le style dégoulinant de bonnes intentions et de métaphores forcées ne servent pas une histoire pourtant bien partie. Le côté "pompeux" de la narration m'a exclue du récit. Je n'ai pas accroché au style alors que l'histoire m'intéressait fortement. Dommage. 

Extrait: "Les juifs et les chrétiens croient au même Dieu, celui qui a dicté à Moïse les Tables de la Loi. Mais les juifs ne reconnaissent pas en Jésus le Messie annoncé, l'envoyé de Dieu qu'ils espéraient... Les chrétiens sont ceux qui se souviennent et les juifs ceux qui espèrent encore."  

"Spellman et associés" de Lisa Lutz

"Spellman et associés" de Lisa Lutz
Ed. Le Livre de Poche 2008. Pages 444.
Titre Original: "The Spellman Files"

Résumé: Qui pourrait résister aux Spellman, la famille la plus sérieusement fêlée de la côte Ouest ? Certainement pas leur fille, Izzy, associée et néanmoins suspecte. Car, pour ces détectives-nés, rien n'est plus excitant que d'espionner, filer, faire chanter... les autres Spellman de préférence.

La 7 de la page 7: "Il en arriva à cette conclusion en le voyant sortir de son sac un appareil photo et un énorme téléobjectif pour prendre des clichés d'un jeune couple enlacé sur un banc." 

Petit roman policier surtout centré sur les personnages de la famille de détectives. Le roman se veut drôle, parfois trop. On se sent parfois un peu forcés au sourire. Les situations rocambolesques sont parfois un peu trop alambiquées. On est à la limite du roman jeunesse. Il faudrait que Lutz fasse un choix narratif plus clair. Cependant, comme c'est le premier volet d'une saga, on est en droit d'espérer que le premier roman soit un roman d'introduction. 
Mais il y a tout de même quelques côtés positifs dans ce premier volet de la famille Spellman. Le plus important étant qu'il reste un livre assez relaxant à lire et assez léger. Alors, oui, je vais probablement continuer à lire cette saga, juste pour passer un bon petit moment relaxant (mais toujours en espérant un peu plus d'action) 

Extrait: "Je ne sais pas quand les portes sont devenues le seul mode d'entrée ou de sortie dans notre monde domestiqué, mais je trouvais que cette règle inflexible avait quelque chose d'illogique. Daniel me proposait de sauter de mon tuyau, de faire dix mètres pour aller jusqu'à une porte, d'attendre qu'il actionne l'ouverture par l'interphone, puis de franchir une porte à code et deux autres portes pour parvenir enfin à un endroit auquel je pouvais accéder avec un rétablissement et une bascule des jambes. " 

"L'Ours et le Dragon" de Tom Clancy


"L'Ours et le Dragon" de Tom Clancy
Ed. Albin Michel 2001. Pages 1239.
Titre Original: "The Bear and the Dragon"

Résumé: Qui a tenté d'éliminer Golovko, le chef des services secrets russes ? La mafia ? L'ex-KGB ? Ou des terroristes à la solde d'une puissance étrangère ?
Pour Jack Ryan, réélu président des États-Unis, cet attentat manqué est le point de départ du défi le plus terrifiant qu'il ait jamais eu à relever. Car tout bouge dans cette Russie où l'on est en train de découvrir de l'or et surtout de fabuleux gisements de pétrole, déjà convoités par une autre grande puissance : la Chine... Pour désamorcer un conflit qui risque d'aboutir à l'holocauste nucléaire, Ryan va avoir besoin de toute son énergie et de ses fidèles : John Clark, l'ancien commando de la Navy, et bien d'autres, soldats, espions et experts.

La 7 de la page 7: "Oui, Anatoly Ivanovitch?" 

Dans ce parpaing de Tom Clancy, on retrouve, à nouveau Jack Ryan, son personnage emblématique. Ce roman est particulièrement long en raison d'une introduction à la limite de l'insupportable. Heureusement que la suite est plus tonique. Je peux comprendre que Clancy ait eu besoin de mettre en place son intrigue et ses personnages mais cette introduction interminable aurait pu en dégoûter plus d'un. 
L'histoire, une fois mise en place, est assez efficace et complexe. Mais on s'implique quand même dans cette histoire aux multiples rebondissements. Une nouvelle fois, Clancy ne tombe pas dans la facilité et les clichés. Son roman est intelligent construit. 
Il faut avoir du temps devant soi, mais "L'Ours et le Dragon" est un bon livre qui se laisse découvrir.

Extrait: "Le courrier électronique du cardinal fut intercepté par la NSA (c'était illégal mais c'était la routine) et donné à la bécane qui leur recracha en clair. Celui-ci se retrouva très vite sur le bureau d'un analyste de l'agence qui (on avait pris soin de le vérifier auparavant) n'était pas catholique. " 

"De Sang-Froid" de Truman Capote

"De Sang-Froid" de Truman Capote
Ed. Folio 1972. Pages 506.
Titre Original: "In Cold Blood"

Résumé: Il était midi au cœur du désert de Mojave. Assis sur une valise de paille, Perry jouait de l'harmonica. Dick était debout au bord d'une grande route noire, la Route 66, les yeux fixés sur le vide immaculé comme si l'intensité de son regard pouvait forcer des automobilistes à se montrer. Il en passait très peu, et nul d'entre eux ne s'arrêtait pour les auto-stoppeurs... Ils attendaient un voyageur solitaire dans une voiture convenable et avec de l'argent dans son porte-billets : un étranger à voler, étrangler et abandonner dans le désert.

La 7 de la page 7: "La Bonnie d'autrefois était ressuscitée; comme si elle offrait un avant-goût de la vie normale, la vigueur retrouvée, sur le point de revenir pour de bon, elle s'était mis du rouge à lèvres, s'était coiffée avec soin, et portant une robe neuve, elle l'avait accompagné à l’École de Holcomb où ils avaient applaudi une pièce mise en scène par les étudiants - Tom Sawyer - dans laquelle Nancy jouait le rôle de Becky Thatcher. 

"De Sang-Froid" est un chef-d’œuvre de la littérature américaine pour plusieurs raisons. Premièrement, avec ce roman, Truman Capote "invente" un nouveau genre, celui du "Nouveau Journalisme". Qu'est-ce donc que le nouveau journalisme? C'est tout simplement de prendre des faits criminels réels et de transcrire les faits dans un livre non romancé. Le "True Crime" prend ici le pas sur le "Fiction Crime". Comment Capote va-t-il s'y prendre pour sublimer ce nouveau genre? 
En Novembre 1959, Capote prend connaissance dans le "New York Times" d'un crime ayant eu lieu dans l'Arkansas. Un quadruple meurtre qui va directement devenir une obsession pour l'auteur. Il souhaite pouvoir traiter de l'affaire dans un roman non-fictionnel. C'est le "New Yorker' qui va lui donner les moyens d'accomplir ce souhait. Il est dépêché sur place et 'imprègne directement de l'ambiance et des habitants de l'Arkansas. Il commence alors à interroger les témoins du crime, les habitants, les policiers en charge de l'affaire mais surtout il va avoir l'opportunité de rencontrer les deux assassins. Ces derniers ont été condamnés à la peine capitale. Capote leur demande alors de livrer la vérité. Ce qu'ils vont faire (dans une moindre mesure) 
Dès lors Capote a tout en main pour nous livrer un des premiers (et des plus efficaces) ouvrage de "Nouveau Journalisme". Le succès est immédiat mais ne sera pas suivi d'autres pour Capote que cette affaire à ébranler bien plus qu'il ne l'avait anticipé. 
Non seulement "de Sang-Froid" est décrit au plus proche de la réalité mais Capote y intègre aussi des détails qui permettent aux lecteurs de se rendre avec lui dans l'Arkansas: les paysages, les odeurs, les sons... On observe, aux premières loges, à l'élaboration du quadruple meurtres, ayant les informations des deux côtés: la population et les assassins. Il donne également un contexte aux victimes, retraçant méticuleusement leurs faits et gestes avant le drame. Pendant aussi, se basant sur les avis des experts et sur ce que les éléments trouvés sur place laissent suggérer. 
Une vraie nouveauté composée par la main de maître de Capote. 

Extrait: "Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l'ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent "là-bas". A quelques soixante-dix miles à l'est de la frontière du Colorado, la région a une atmosphère qui est plutôt Far West que Middle West avec son dur ciel bleu et son air d'une pureté de désert. Le parler local est hérissé d'un accent de la plaine, un nasillement de cow-boy, et nombreux sont les hommes qui portent d'étroits pantalons de pionniers, de grands chapeaux de feutre et des bottes à bouts pointus et à talons hauts. Le pays est plat et la vue étonnamment vaste : des chevaux, des troupeaux de bétail, une masse blanche d'élévateurs à grain, qui se dressent aussi gracieusement que des temples grecs, sont visibles bien avant que le voyageur ne les atteigne."

jeudi 26 novembre 2015

"Le diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock

"Le diable, tout le temps" de Donald Ray Pollock
Ed. Le Livre de Poche 2014. Pages 408.
Titre Original: "The Devil all the time"

Résumé: De l'Ohio à la Virginie-Occidentale, de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 60, les destins de plusieurs personnages se mêlent et s'entrechoquent. Williard Russell, rescapé de l'enfer du Pacifique, revient au pays hanté par des visions d'horreur. Lorsque sa femme Charlotte tombe gravement malade, il est prêt à tout pour la sauver, même s'il ne doit rien épargner à son fils, Arvin. Carl et Sandy Henderson forment un couple étrange qui écume les routes et enlève de jeunes auto-stoppeurs qui connaîtront un sort funeste. Roy, un prédicateur convaincu qu'il a le pouvoir de réveiller les morts, et son acolyte Théodore, un musicien en fauteuil roulant, vont de ville en ville, fuyant la loi et leur passé.

La 7 de la page 7: "Ils montèrent dans le pick-up, suivirent jusqu'au bout leur chemin défoncé, puis descendirent Baum Hill Road." 

"Le diable, tout le temps" est un ovni littéraire. Je l'ai dévoré avec une rapidité folle. Impossible de dormir ou de fermer le livre sans connaître la suite. Pollock met en place différentes histoires qui vont, à un moment, se croiser dans un feu d'artifice jouissif. Le rythme est haletant et l'histoire époustouflante. Les personnages, atypiques et tellement bien écrits. Et comme si cela n'était pas assez, la plume de Pollock est implacable et acérée. On frôle le cynisme sans jamais vraiment y toucher. 
"Le diable, tout le temps" est une sorte de road-movie noir et intelligent, on se laisse embarquer avec chaque personnage. Un vrai bonheur de lecture. 

Extrait: "Tout en regardant la nuque du chauffeur, Willard repensa à la conversation qu'il avait eue à bord du bateau avec un jeune prêtre à l'air sombre, après qu'il se fut confessé d'avoir abattu le Marine afin d'abréger ses souffrances. Le prêtre était écœuré de toutes les morts qu'il avait vues, de toutes les prières qu'il avait prononcées sur des rangées de cadavres et des tas de membres dépareillés. Il dit à Willard que si seulement la moitié de son histoire était vraie, alors la seule chose à laquelle pouvait servir ce monde dépravé et corrompu, c'était à se préparer à l'autre." 

"Silverthorn" de Raymond E. Feist

"Silverthorn" de Raymond E. Feist
Ed. Milady 2014. Pages 476.

Résumé: La guerre de la faille entre les mondes de Midkemia et Kelewan est terminée. Longue vie au roi Lyam et au prince de Krondor, Arutha, seigneur de l'ouest. Le royaume se prépare à vivre une ère de paix et de prospérité. Mais très loin au nord, une sombre puissance se lève, qui rassemble en ses ténèbres elfes noirs, trolls et gobelins, annonçant l'avènement d'un nouvel âge de chaos. Une terrible prophétie doit bientôt s'accomplir... Mais il faut pour cela qu'un obstacle disparaisse : Arutha doit périr. Une horde d'assassins et de guerriers maléfiques est donc lancée à ses trousses. Accompagne de Jimmy les mains vives et de Laurie le ménestrel, le prince va reprendre la route pour contrer ce péril...

La 7 de la page 7: "Deux d'entre eux, l'un blond et l'autre brun, se tenaient près du bastingage, riant d'une plaisanterie faite par l'un d'entre eux." 

"Silverthorn" est le troisième volet de "La Guerre de la Faille" des Chroniques de Krondor. Si l'introduction est un peu lente et longue, on lit le reste en quasi apnée. On erre avec les personnages, on se bat avec eux. On sent que le troisième tome nous dirige directement vers le quatrième volet. 
"Silverthorn" est une sorte de tome de transition. Feist met bien tout en place et toutes les forces en présence. Toutes les ramifications et leurs conséquences sont mise en attente de l'apothéose du quatrième tome. 
On attend le dénouement avec impatience. 

Extrait: "Jimmy, commençant à retrouver ses esprits, regarda autour de lui. La salle semblait comme figée sur un horrible tableau. Le père Tully se tenait à côté d'Arutha et des gardes tsuranis entouraient le roi, scrutant des yeux chaque recoin de la salle. Tous les autres convives regardaient Anita, recroquevillée dans les bras d'Arutha, à genoux sur les dalles de pierre. ses voiles et sa robe étaient étalés tout autour d'elle; on eût dit qu'elle dormait dans l'étreinte du prince. Dans la lumière du soir, elle ressemblait à une apparition toute de blanc immaculé, à l'exception de la tâche écarlate qui s'étendait rapidement dans son dos."

"Boys don't cry" de Malorie Blackman

"Boys don't cry" de Malorie Blackman
Ed. Milan 2011. Pages 287.

Résumé: Dante attend les résultats de ses examens. Le courrier qui lui ouvrira les portes de l'université. De sa future vie. Celle dont il a toujours rêvé. Mais quand on sonne enfin à la porte, ce n'est pas le facteur, c'est Mélanie. Son ex-copine, dont il n'a plus entendu parler depuis des mois. Avec un bébé. Le sien. Le leur. Être père à 17 ans ? Il y a de quoi pleurer. Mais les garçons ne pleurent jamais...

La 7 de la page 7: "Et toi?" 

"Boys don't cry" est un roman jeunesse particulièrement réussi. Globalement, le sujet est simple. Un jeune garçon de 17 ans se retrouve, du jour au lendemain, être père. Blackman nous met bien en présence de l'ensemble de problèmes que cela peut poser: émotionnels, scolaires, financiers etc. La difficulté d'assumer sa paternité est très bien décrite dans ce roman. La plume est efficace sans pour autant être moralisatrice. Il est difficile d'écrire sur ce genre de sujet sans tomber dans la facilité et le pathos. Ici, c'est tout le contraire. C'est intelligemment écrit et abordé. De plus, le texte s'adapte bien à un public adolescent dans ses codes et ses inquiétudes. Un très bon ouvrage. 

Extrait: "Je me suis assis dans le fauteuil face à la poussette et j'ai observé le visage tout plissé du bébé. Des larmes roulaient sur ses joues. Tout en pleurant, il me regardait le regarder. Je me suis dit à cet instant que lui et moi, on ressentait peut-être exactement la même chose. Et il pleurait et pleurait et pleurait de plus en plus fort. Il avait de la chance. J'aurais vraiment voulu en faire autant. Mais les garçons ne pleurent pas. C'est ce que Papa nous a toujours dit et répété à Adam et moi. Et puis ça n'aurait servi à rien. "  

"Lucky Jim" de Kingsley Amis

"Lucky Jim" de Kingsley Amis
Ed. de la Martinière 2014. Pages 441.

Résumé: Chargé de cours dans une université de seconde zone, Jim Dixon accumule les déboires professionnels et sentimentaux. Il échoue à faire bonne impression au professeur Welch, le chef de la section d'Histoire, un mandarin dont la paresse n'a d'égal que le ridicule, et est pris au piège du chantage émotionnel qu'exerce sur lui Margaret, une collègue très collante.
Face à l'adversité, Jim dispose néanmoins de quelques ressources : son talent pour les grimaces et son imagination fertile.

La 7 de la page 7: "Et puis, Catchpole avait planté là Margareth et la lui avait laissée sur les bras." 

"Lucky Jim" est un petit bijou de la littérature anglaise du XXème siècle. Non seulement ce livre est drôle mais il a aussi l'audace d'être intelligemment écrit. Premièrement, le personnage de Jim Dixon est particulièrement savoureux. Il est faussement bête et terriblement maladroit. Cependant, il cache bien son jeu. Ce sont les circonstances qui le plongent dans les problèmes (bon d'accord, il en provoque aussi pas mal le bougre.) Dixon est une sorte de Wooster qui devrait se débrouiller sans son Jeeves. Deuxièmement, l'intrigue est bourrée de rebondissements plus farfelus les uns que les autres tout en conservant une ligne assez crédible et terriblement efficace. 
Enfin, si, oui ce roman est drôlissime, il n'en reste pas moins une critique furieuse du système éducatif anglais. Oxbridge en prend plein la tête. Les personnages feraient n'importe quoi pour sortir de leur milieu et atteindre les sommets de intelligentsia britannique. A tort, tout n'est qu'apparence. Dixon aussi n'est qu'apparence. Il est beaucoup plus malin qu'on ne le croit... Un pur régal! 

Extrait: "Malgré ce contraste aveuglant, Dixon se rendait compte que leur promenade, circonspecte et en apparence méditative, devait paraître assez pompeuse aux étudiants qui passaient."

"Jeux de Guerre" de Tom Clancy

"Jeux de Guerre" de Tom Clancy
Ed. Le Livre de Poche 1991. Pages 592.
Titre Original: "Patriot Games"

Résumé: Paisible professeur d'histoire navale, le héros de ce livre se trouve à Londres quand un attentat se déroule sous ses yeux. Il s'interpose instinctivement ; blessé, il apprend qu'il a sauvé la vie du prince et de la princesse de Galles et de leur fils, visés par l'I.R.A. Le voici promu héros national... et cible, à son tour, des terroristes.

La 7 de la page 7: "Le pistolet était tombé." 

Une nouvelle aventure de Jack Ryan.  Sur fond de terrorisme, ce roman d'espionnage est particulièrement bien écrit (et malheureusement toujours d'actualité) Clancy utilise les codes du roman d'espionnage comme personne. Mais en plus de nous offrir une intrigue crédible et prenante, il nous offre des personnages intéressants et attachants. "Jeux de Guerre" a été adapté en film, mais sincèrement, même si on est fan d'Harrison Ford, le livre est bien mieux construit et beaucoup plus complet. N'hésitez pas entre le film et le livre, le livre lui est bien supérieur!

Extrait: "Des hommes accouraient encore, de toutes les directions. Ryan eut l’impression que cent sirènes convergeaient sur les lieux. Un agent aux épaulettes dorées se mit à hurler des ordres aux autres. La scène était impressionnante. Une partie détachée de l’esprit de Ryan l’enregistrait. Il était assis là, adossé à la Rolls, la chemise trempée de rouge. Cathy, les mains en sang, essayait d’attacher convenablement un pansement. Sa fille sanglotait dans les bras d’un jeune soldat qui avait l’air de lui chanter quelque chose que Jack ne saisissait pas."




"Le Parfum" de Patrick Süskind

"Le Parfum" Patrick Süskind
Ed. Le Livre de Poche 2008. Pages 279.
Titre Original: "Das Parfum"

Résumé: Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque.
Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n'aurait pas survécu. Mais Grenouille n'avait besoin que d'un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n'avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s'agissait bien d'un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l'univers, car " qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le cœur des hommes ".
C'est son histoire, abominable... et drolatique qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.

La 7 de la page 7: "Et tout ça pour trois francs par semaine." 

"Le Parfum" est un roman étrange. Très étrange. On oscille entre des parties abominables et des parties assez drôles. Les personnages, et surtout Grenouille, sont superbement écrits et particulièrement efficaces. On ne peut s'empêcher de sentir énormément d'empathie pour Grenouille, alors qu'au final, il n'en mérite aucune. C'est un assassin de la pire sorte. Il est cruel, hautain, méprisant. Mais on s'attache à lui quand même. 
Mais au-delà de cela, c'est surtout l'ambiance qui réussit le livre. Sombre et angoissante. Envoûtante et entêtante. On ne peut s'empêcher de se vautrer dans les ambiguïtés d'ambiance. On en redemande. 

Extrait: "Maintenant il sentait qu'elle était un être humain, il sentait la sueur de ses aisselles, le gras de ses cheveux, l'odeur de poisson de son sexe, et il les sentait avec délectation. Sa sueur fleurait aussi frais que le vent de mer, le sébum de sa chevelure aussi sucré que l'huile de noix, son sexe comme un bouquet de lis d'eau, sa peau comme les fleurs de l'abricotier... et l'alliance de toutes ces composantes donnait un parfum tellement riche, tellement équilibré, tellement enchanteur, que tout ce que Grenouille avait jusque-là senti en fait de parfums, toutes les constructions olfactives qu'il avait échafaudées par jeu en lui-même, tout cela se trouvait ravalé d'un coup à la pure insignifiance."

"Qui a tué le Dahlia Noir?" de Stéphane Bourgoin

"Qui a tué le Dahlia Noir?" de Stéphane Bourgoin
Ed. Ring 2014. 490 Pages.

Résumé: La plus grande énigme de l'histoire criminelle américaine enfin résolue. 15 janvier 1947, Los Angeles. Le cadavre coupé en deux d'Elizabeth Short, le « Dahlia Noir », est découvert sur un terrain vague. Vidé de son sang et lavé. Elle a été gardée prisonnière pendant plusieurs jours afin d'être soumise à d'innommables tortures, tenues secrètes à ce jour par la police de Los Angeles. Aujourd'hui, Stéphane Bourgoin vous dévoile le monstrueux rituel du tueur. L'analyse de la scène de crime et les pratiques hors normes de l'assassin prouvent, sans l'ombre d'un doute, qu'il n'en est pas à son premier forfait. 1934-1950, Cleveland, Ohio. 1939-1940, New Castle et Stowe Township, Pennsylvanie. Un serial killer mutile et décapite hommes et femmes. Il lave et vide de leur sang les corps de ses victimes. Et il pratique un rituel similaire à celui du Dahlia Noir. Vingt ans d'investigations et l'analyse de milliers de « cold cases » ont mené Stéphane Bourgoin sur la piste de l'un des pires tueur en série américain, et d'élucider ce crime légendaire, une hypothèse validée par les célèbres « profilers » de l'Académie nationale du F.B.I., à Quantico. Spécialiste mondialement reconnu des serial killers, Stéphane Bourgoin nous livre, dans ces vingts ans d'enquête, le résultat de sa quête obsessionnelle.

La 7 de la page 7: "Elle avait des hématomes violacés autour du cou, des bras et des poignets, ce qui prouvait qu'elle avait été solidement attachée, avant d'être torturée." 

Stéphane Bourgoin s'attaque au mythe du Dahlia Noir. Crime jamais résolu et qui a alimenté de nombreux films et livres de par son caractère particulièrement violent et sa victime assez mystérieuse. Non seulement le livre est bien documenté mais Bourgoin ne nous épargne aucune image de scène de crime ou de cadavre. Ce qui permet au lecteur de bien entrevoir la violence des propos et ne permet pas au lecteur de se distancer du texte. Bourgoin ne nous raconte pas l'histoire d'une enquête policière, non, il dissèque méticuleusement un (des) meurtre(s) particulièrement violent(s) et il tient à ce qu'on ne l'oublie pas.  Et sa manière de nous le démontrer est diablement efficace. 
Mais au-delà de tout cela, "Qui a tué le Dahlia Noir?" est surtout une étude sérieuse des faits. Bourgoin analyse les éléments et les recoupe avec d'autres afin de "résoudre" l'affaire la plus mystérieuse du XXème siècle. Il passe en revue les suspects de l'époque. Monte et démonte les théories (souvent fumeuses) et reste, sans concession, fidèle à l'entêtante Beth Short.  
Et sa théorie finale est assez crédible (exercice vraiment difficile, d'autres s'y sont essayé avec d'autres affaires en fonçant droit dans le mur, ce n'est pas le cas ici.) On ne saura probablement jamais si sa théorie se révèle vraie mais au moins, son coupable a le mérite d'exister et de coller aux éléments de l'enquête. On vous laisse découvrir tout cela par vous-même car l'enquête est vraiment bien construite et bien structurée.  

Extrait: "L'assassinat d'Elizabeth Short, le 15 Janvier 1947, demeure un cas légendaire dans les annales du crime américain, un peu à l'image de ce qu'a été Jack L’Éventreur en Angleterre ou l'affaire Grégory en France. Comment expliquer cette fascination? D'abord parce qu'il n'a toujours pas été résolu et qu'il touche une corde sensible du mythe américain qui est celui d'Hollywood. Plus que tout autre crime aux Etats-Unis, le meurtre du Dahlia Noir engendre plus de quatre cent confessions." 

mercredi 25 novembre 2015

"Oedipe Roi" de Sophocle

"Oedipe Roi" de Sophocle
Ed. Librio 2006. Pages 96.

Résumé: Cruauté du sort qui amène Œdipe à commettre à son insu l'acte criminel prédit par l'oracle ! Averti par Delphes qu'il tuerait son père et épouserait sa mère, il fuit les lieux de son enfance, espérant ainsi préserver Polype et Mérope, ses parents présumés... Que ne lui a-t-on dit, hélas, qu'il était le fils de Laïos !
Ignorant du drame ancien, aveuglé parle hasard, Œdipe court à sa perte. Il tue un voyageur qui lui barre la route, libère Thèbes de la Sphinge, épouse la reine de la cité, occupe le trône royal et... accomplit son terrible destin.

La 7 de la page 7: "Comment retrouver à cette heure la trace incertaine d'un crime si vieux." 

Tout le monde connaît l'histoire d’OEdipe. Roi de Thèbes, OEdipe veut résoudre le meurtre de Laïos, son prédécesseur. OEdipe a quitté Corinthe parce qu'un oracle lui avait prédit qu'il tuerait son père (Polybe) et partagerait la couche de sa mère (Mérope). Sur le chemin qui le mène à Thèbes, il tue un homme qui lui refuse le droit de passage. Arrivé à destination, il épouse la reine veuve, Jocaste et devient le roi de Thèbes. Après plusieurs rebondissements et surtout après enquête d'OEdipe, on découvre qu'en fait il est l'assassin de Laïos. De plus, on découvre l'oracle fait à Laïos et Jocaste: leur fils tuera son père pour épouser sa mère. Ils ont fait tuer cet enfant. Or, l'esclave qui a devait tuer l'enfant, pris d'un remord, le confia à un corinthien. Ce dernier a donné l'enfant à Polybe et Mérope. Les deux oracles se sont accomplis. OEdipe, fils de Laïos et de Jocaste a bien tué son père et a bien épousé sa mère. 
Mais réduire cette pièce de Sophocle a un simple complexe est grandement réducteur. Le texte antique est source d'une richesse qui traverse les âges.  
Sophocle met en avant des problématiques beaucoup plus universelles. OEdipe parle sans savoir. Il promet sans retenue. 
"J'entends tes prières, et à ces prières c'est moi qui réponds. (...) Je parle ici en homme étranger au crime lui-même; je ne pourrais tout seul mener loin mon enquête, à moins de disposer de quelques indices; et comme je me trouve en fait un des derniers citoyens inscrits dans cette citée, c'est à vous, c'est à tous les Cadméens que j'adresse solennellement cet appel: A quiconque parmi vous sait sous le bras de qui est tombé Laïos, le fils de Labdacos, j'ordonne de me révéler tout." 
OEdipe se condamne lui-même, sans le savoir. Si OEdipe n'a pas encore toutes les informations de la mise en place de la tragédie qui va se dérouler sous nos yeux, par contre, Sophocle nous donne, à nous, lecteurs, un indice de taille. OEdipe est bien un des derniers arrivants à Thèbes. Donc, de ce fait, il vient d'ailleurs. Il n'est pas natif de Thèbes. De plus Sophocle utilise le mot "étranger". Il ne l'utilise pas par hasard. OEdipe est bien étranger à Thèbes mais il est, croit-il, étranger au crime perpétré contre Laïos. En fait, il est surtout étranger à la vérité. 
"Voilà comment j'entends servir et le dieu et la mort. Je voue le criminel, qu'il ait agit tout seul, sans se trahir, ou avec des complices, à user misérablement, comme un misérable, une vie sans joie; et si d'aventure je venais à l'admettre consciemment à mon foyer, je me voue moi-même à tous les châtiments que mes imprécations viennent à l'instant d'appeler sur d'autres." 
OEdipe ne sait pas à quel point il a raison. C'est probablement pour cela qu'il enfonce le clou. Mais même lorsqu'on lui dit de s'arrêter et de bien réfléchir à ses propos, il reste sourd. 
" Tirésias: Hélas! qu'il est terrible de savoir quand le savoir ne sert à rien à celui qui le possède." 
Tisérias tente de lui transmettre le message qu'il sait quelque chose qui, à lui, ne lui sert à rien. Mais qui pourrait être une information vitale à OEdipe qui pourtant balaie d'un revers de main les propos de Tisérias. La logique voudrait que OEdipe lui demande où il veut en venir. Or, il n'en fait rien, sûr de son fait. 
Sophocle a mis en place la tragédie qui va, maintenant, suivre son cours logique. Il est déjà trop tard pour OEdipe qui s'est condamné lui-même. Il croit avoir déjoué une prophétie. Il se croit plus fort que le destin que les dieux lui ont réservé. Il se croit à l'abri. Il a malheureusement tort. 
La corrélation des deux prophéties est pourtant assez évidente. OEdipe est tellement englué dans ses certitudes qu'il n'envisage pas un seul instant que le passant qu'il a tué jadis puisse être Laïos. 
Là où le texte est terriblement bon, c'est que le lecteur a une longueur d'avance sur OEdipe. Le lecteur ne peut s'empêcher d'entrevoir la vérité. Mais il ne peut rien faire, que contempler la chute inévitable. 
"Tirésias: (...) Tu me reproches d'être aveugle, mais toi, toi qui y vois, comment ne vois-tu pas à quel point de misère tu te trouves à cette heure? et sous quel toit tu vis, en compagnie de qui? Sais-tu seulement de qui tu es né? (...)" 
Tirésias ne se cache même plus. Pour ceux qui avaient quelques doutes, c'est maintenant clair. Il faut douter de tout, même de ce qu'on pense être vrai. Il ne faut pas faire la même erreur qu'OEdipe et se condamner soi-même. Tirésias lui donne la clef. Il lui demande de douter même des certitudes de sa naissance. Mais OEdipe reste sourd. Mais on ne peut s'empêcher de penser que, peut-être, à ce moment là de la pièce, OEdipe sait mais ne veut tout simplement pas comprendre. La vérité étant trop insoutenable pour lui. Les conséquences trop grandes. Sophocle a maintenant mis toutes les cartes sur la table. La fin tragique ne peut plus être évitée. 
"Le Coryphée: Qui prétend se garder d'erreur trouvera qu'il a bien parlé. Trop vite décider n'est pas sans risque, roi." 
 Alors qu'OEdipe s'entête à ne pas comprendre, Jocaste, elle, comprend immédiatement. Il faudra attendre l'arrivée du Corinthien pour qu'il comprenne réellement (ou qu'il s'admette la vérité comme ne pouvant plus se cacher à ses yeux.) Une fois la vérité totalement dévoilée, l'aveuglement psychique de OEdipe devient physique: il se crève les yeux. Il s'est lui-même condamné à l'errance et à l'exil. La tragédie est bouclée. Ne jamais se prononcer sans avoir tous les détails et savoir qu'on ne sait pas et s'exprimer dans ce sens. Voilà le chef-d’œuvre que nous a laissé Sophocle. 

Extrait: "Gardons-nous d'appeler jamais un homme heureux, avant qu'il ait franchi le terme de sa vie sans avoir subi un chagrin." 
 

mardi 24 novembre 2015

"Désolation" de Stephen King

"Désolation" de Stephen King
Ed. Albin Michel 1996. Pages 571.
Titre original: "Desperation"

Résumé: La route 50 coupe droit à travers le désert du Nevada, sous un soleil écrasant. On n'y entend que le jappement lointain des coyotes. C'est là qu'un flic étrange, un colosse aux méthodes très particulières, arrête des voyageurs sous des prétextes vagues, puis les contraint de le suivre à la ville voisine Désolation. Et le cauchemar commence...

La 7 de la page 7: "Mary lâcha l'épaule de Peter et se recroquevilla contre sa portière, aussi loin qu'elle put du gérant qui approchait." 

Mon tout premier Stephen King! De ce fait, j'en garde un souvenir assez particulier. Découverte d'un nouvel auteur qui va m'accompagner pendant des années (et qui m'accompagne toujours d'ailleurs) 
L'histoire est originale et rondement bien menée par le maître de l'épouvante. Je me suis vite attachée aux personnages et j'ai vécu l'histoire à fond avec eux, du début à la fin! 
Dans "Désolation", King nous offre une histoire de confrontation frontale entre le bien et le mal. L'angoisse est au rendez-vous et l'intrigue est redoutable. 
Un très bon King. 

Extrait: "J'ai couru par instinct de survie, se dit-elle, et c'est une chose que je ne pourrai jamais expliquer - par des mots, ni en parlant ni même dans un poème - ce que c'est de courir non pas pour manger, ni pour une médaille, ni pour un prix, ni pour attraper un train, mais pour sauver sa putain de vie. " 

"Le Manuel du Serial Killer" de Frédéric Mars

"Le Manuel du Serial Killer" de Frédéric Mars
Ed. Hachette (Black moon) 2013. Pages 462.

Résumé: Dans deux heures ou trois heure tout au plus, ce garçon sera mort.
Je vous raconte la suite ?
Les hululements de douleur du môme qui se tient le ventre à deux mains ?
Ses convulsions sur le sol de la cuisine familiale ? Les cris de la mère qui découvre son fils déjà quasi exsangue ? Raide comme une batte. Vidé ou presque de son sang, écrasé comme un petit cafard sur le carrelage immaculé.
Les yeux du gamin ont cessé de papillonner. Le coma ne va pas tarder à l'emporter. Même avec la meilleure volonté du monde, le médecin ne sera pas sur place avant plusieurs minutes. Et, sans soins immédiats, il va ...
Alors, je vous la raconte ou pas, cette suite ?
Non.Je vais plutôt vous parler de moi. C'est ça, de moi seul.
La mort est en moi. Là, dans ma tête. Elle y a toujours été comme chez elle.

La 7 de la page 7: "Un petit coin d'humanité où elle s'épanouit semble-t-il plus qu'ailleurs." 

On m'avait beaucoup parlé de ce livre, et surtout en termes élogieux. Très élogieux. Même les critiques étaient assez bonnes. Et honnêtement... je ne comprends toujours pas. Je me suis vraiment beaucoup, beaucoup ennuyée. Et pourtant j'ai vraiment essayé de m'accrocher. Mais rien n'y a fait. Ce livre m'est complètement passé au-dessus de la tête. Bon, je ne dis pas que ce n'est pas un bon livre, il n'a simplement pas d'arguments suffisants pour me convaincre. 

Extrait: "Quand tout vous échappe, se raccrocher à des dates apparaît comme un ancrage rassurant. Un port abrité, comme il en existe encore dans certaines îles de la baie de Boston, où vos pensées peuvent mouiller en toute quiétude. Rien ne peut venir contredire la vérité qu'énonce un calendrier. C'est un havre sûr. " 

"Série Z" de J.M. Erre

"Série Z" de J.M. Erre 
Ed. Pocket 2014. Pages 284. 

Résumé: Cinéphile, Félix Zac écrit des scénarios qu'il n'achève jamais. Jusqu'au jour où, mystérieusement inspiré, il parvient à conclure L'hospice de l'angoisse, dans lequel un cadavre jette le trouble à la Niche Saint-Luc, une joyeuse maison de retraite, bientôt suivi par d'autres. Les ennuis commencent lorsque la fiction rattrape la réalité.

La 7 de la page 7: "Mais, ce matin-là n'était pas comme les autres, Félix le savait." 

Non seulement l'histoire est complètement décalée mais le style suit le mouvement. 
On est en présence de personnages totalement atypiques. On a des références à des films aux titres improbables, des policiers qui mettent en place des grilles statistiques de suspects, un héro complètement à côté de ses pompes et des vieux qui n'en font qu'à leur tête! 
On en oublie parfois que c'est un roman policier. Parfois l'humour n'est peut-être pas assez subtil pour nous arracher plus qu'un tiers de sourire mais certains mots et certaines situations en valent la peine. 
Ça se lit vite et ça se lit bien. C'est parfois un peu décousu mais on passe quand même un bon moment. 

Extrait: "Attention, ce qui suit est une scène de violence flirtant avec les cimes de l'abomination. Pour les moins de seize ans, la présence d'un responsable légal pendant la lecture est souhaitable. Tout le monde est prêt? C'est parti."
 

"Rebecca" de Daphné du Maurier

"Rebecca" de Daphné du Maurier
Ed. Le Livre de Poche 1985. Pages 410.

Résumé: Sur Manderley, superbe demeure de l'ouest de l'Angleterre, aux atours victoriens, planent l'angoisse, le doute : la nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente jeune femme, réussira-t-elle à se substituer à l'ancienne madame de Winter, morte noyée quelque temps auparavant ? Daphné du Maurier plonge chaque page de son roman - popularisé par le film d'Hitchcock, tourné en 1940, avec Laurence Olivier et Joan Fontaine - dans une ambiance insoutenable, filigranée par un suspense admirablement distillé, touche après touche, comme pour mieux conserver à chaque nouvelle scène son rythme haletant, pour ne pas dire sa cadence infernale. Un récit d'une étrange rivalité entre une vivante - la nouvelle madame de Winter - et le fantôme d'une défunte, qui hante Maximilien, exerçant sur lui une psychose, dont un analyste aurait bien du mal à dessiner les contours avec certitude. Du grand art que l'écriture de Daphné du Maurier, qui signe là un véritable chef-d’œuvre de la littérature du XXe siècle, mi-roman policier, mi-drame psychologique familial bourgeois.

La 7 de la page 7: "Il y a des gens qui lisent des guides pour le plaisir d'imaginer d'impossibles voyages." 

J'ai lu ce livre il y a déjà un petit moment. Par une soirée glacée d'automne, j'ai décidé de le relire. La construction narrative de du Maurier est aussi saisissante que dans mon souvenir. On emménage à Manderley en même temps que la protagoniste. On en découvre les coins et les recoins. On frissonne au contact de madame Danvers. Mon souvenir ne m'avait donc pas trompée, "Rebecca" est toujours bien ce très bon roman, digne successeur de l'ère Victorienne. 
Certes, on ne peut s'empêcher de soupirer à la naïveté de la protagoniste. Les pièges sont gros comme des maisons. Mais on aime l'ambiance de ce manoir anglais et l'aura qui entoure Rebecca. 
Allez, on en redemande! Du coup, on va se regarder le film parce que il fait quand même bien pourri dehors! (Et il faut dire que le film est particulièrement bien fait, mais ça, c'est encore une autre histoire.) 

Extrait: "Il ne m'appartenait pas du tout, il appartenait à Rebecca. Elle était toujours dans la maison, comme Mrs Danvers l'avait dit, elle était dans cette chambre de l'aile ouest, elle était dans la bibliothèque, dans le petit salon, dans la galerie au dessus du hall. Même dans le petit vestiaire où pendait son imperméable. Et dans le jardin, et dans les bois, et dans la maisonnette en pierre sur la plage. Ses pas résonnaient dans le corridor, son parfum traînait dans l'escalier. Les domestiques continuaient à suivre ses ordres, les plats que nous mangions étaient les plats qu'elle aimait. Ses fleurs préférées remplissaient les chambres. Rebecca était toujours Mme de Winter. Je n'avais rien à faire ici."  

"Jack L'Eventreur: Affaire classée. Portrait d'un tueur" de Patricia Cornwell

"Jack L’Éventreur: Affaire classée. Portrait d'un tueur" de Patricia Cornwell
Ed. des deux terres 2003. Pages 438.
Titre Original: "Jack the Ripper - Case Closed"

Résumé: Entre les mois d'août et novembre 1888, au moins sept femmes furent assassinées à Londres dans le quartier de Whitechapel. La nature effroyable de ces meurtres provoqua la panique et la terreur dans l'East End, et donna naissance au surnom qui allait devenir synonyme de serial Biller Jack l'Eventreur. Pendant cent quinze ans, ces meurtres ont constitué une des plus grandes énigmes criminelles du monde. C'est lors d'une visite à Scotland Yard, en mai 2001, que Patricia Cornwell s'est intéressée à " l'affaire " Jack l'Éventreur et à la personnalité ambiguë et inquiétante de Walter Sickert, un peintre impressionniste britannique célèbre à la fin du XIXe siècle. Très vite, elle a eu l'intime conviction que Sickert et l'Eventreur ne faisaient qu'un. Après avoir mis en piste les plus fins enquêteurs et experts en médecine légale, l'auteur nous livre les résultats de son enquête et, comme un véritable témoin à charge, présente ses preuves. Grâce à sa connaissance des enquêtes criminelles, à l'étendue de sa documentation et à ses talents de romancière, Patricia Cornwell reconstitue l'arrière-plan de cette sinistre affaire l'Angleterre à l'époque victorienne. Patricia Cornwell réussit un véritable thriller, avec une parfaite maîtrise et une conviction sans faille.  

La 7 de la page 7: "Les étoiles se fichaient pas mal de lui." 

Bon. On ne va pas se mentir... J'ai été très déçue par ce livre (qu'on ne qualifiera pas de roman puisqu'il est vendu comme une enquête sérieuse sur Jack L’Éventreur.)   Il existe bon nombre d'auteurs qui ont, à un moment, décidé de revêtir leur cape d'enquêteur pour tenter de résoudre la plus célèbre série de crimes ayant touché Whitechapel à la fin du 19ème siècle. Et chacun d'entre eux à son suspect préféré. Mais ils ont souvent tendance à mettre en avant ce qui cautionne leur théorie en passant sous silence ce qui la mettrait à mal. Et c'est exactement le problème dans cette enquête de Cornwell. On sent bien que son coupable est déjà tout désigné et que l'ensemble des faits vont être détournés pour aller dans son sens. Et c'est exactement ce qu'il se passe ici. Elle met de côté tout ce qui pourrait aller à l'encontre de son fait: Walter Sickert est Jack L’Éventreur. Le problème fondamental, c'est qu'elle ne s'appuie que sur une vague comparaison graphologique. Tout ce qu'elle peut prétendre, c'est que, peut-être, Sickert a-t-il écrit à Scotland Yard. Si on prend en considération que les preuves graphologiques sont parfois (souvent) à prendre avec caution, il est quand même assez faible de baser sa réflexion juste là-dessus. Parce qu'il faut bien constater, que mis à part cela, Cornwell ne se base sur presque rien d'autre de concret. Alors, non, ça ne tient pas. Non seulement Cornwell n'est pas convaincante mais en plus je me suis sentie flouée dans ma lecture, forcée dans ma réflexion. Bref, je n'y ai pas cru un seul instant. 

Extrait: "Les psychiatres interprètent les états mentaux et les désirs émotionnels d' un patient à travers son comportement et les aveux de ses sentiments et de ses actes. Les médecins des morts, eux, doivent faire ces mêmes interprétations en utilisant le braille des blessures, anciennes et récentes, les résidus présents sur le corps, la manière dont une personne est habillée et où elle est morte. Écouter parler les morts est un don unique, et cela nécessite une formation hautement spécialisée. Le langage du silence est dur à interpréter, mais les morts ne mentent pas. Il et parfois difficile de les comprendre, et on peut les comprendre de travers, ou ne pas les retrouver avant qu' ils aient cessé de parler. Mais s' ils ont encore des choses à dire, la véracité de leurs affirmations est implacable."

vendredi 20 novembre 2015

"Magicien, le mage" de Raymond E. Feist

"Magicien, le Mage" de Raymond E. Feist
Ed. Milady 2013. Pages 477.
Titre Original: "The Magician"

Résumé: La guerre fait rage et a séparé les amis d’autrefois.
Pug a été capturé et réduit en esclavage, mais dans l’empire exotique de Kelewan, il découvre peu à peu les pouvoirs incroyables qui dormaient en lui depuis longtemps.
Tomas est devenu un guerrier aussi respecté que craint, et le prince Arutha, quant à lui, doit déjouer à la cour les complots visant à déstabiliser le royaume.
Bientôt, tous vont devoir s’unir contre un ennemi venu de la nuit des temps...

La 7 de la page 7: "L'honneur est trop grand." 

Deuxième tome de cette réédition de "La Guerre de la Faille". On retrouve les mêmes personnages que dans le tome précédent. Sauf qu'ils sont de plus en plus en mauvaise posture. Pug prend de plus en plus d'ampleur et de puissance. On sent l'apothéose arriver. 
Les descriptions de Feist sont très précises, ce qui permet au lecteur de bien imaginer les deux mondes où évoluent les différents personnages. 
Avec ce deuxième tome, on entre dans le vif du sujet, sans pour autant que les personnages en souffrent. Ils sont toujours bien campés et bien décrits par Feist. 
On attend la suite de ces chroniques de Krondor avec impatience. 

Extrait: "Les femmes n'aiment pas qu'un homme qu'elles n'apprécient pas leur montre trop d'intérêt, mais il y a une chose qu'elles détestent encore plus, c'est le manque d'attention de la part d'un homme qu'elles apprécient. " 

"La rivière rouge sang" de Ann Rule

"La rivière rouge sang" de Ann Rule
Ed. Le Livre de Poche 2007. Pages 377.
Titre original: "Green River Running Red"

Résumé: En novembre 2001, Gary Ridgway, le tueur en série le plus meurtrier des États-Unis, est enfin arrêté. L'assassin de la " Green River ", le fleuve vaseux dans lequel il plongeait ses victimes après les avoir violées et étranglées, échappait à la police depuis vingt ans. Voilà justement vingt ans qu'Ann Rule suit pas à pas les avancées de l'enquête, qu'elle réunit des indices sur le tueur et son mode opératoire, qu'elle collecte des informations sur les quarante-huit victimes.
Qu'avaient en commun ces jeunes filles au physique si différent ? Leur fragilité psychologique, leur existence marquée par des drames indélébiles ? La réponse se trouve-t-elle au fond de cette rivière rouge sang, sinistre sillage d'un serial killer qui se croyait insaisissable ?

La 7 de la page 7: "L'adjoint Mike Hogan, de l'équipe de secours et de sauvetage, et l'unité de plongeurs arrivèrent en renfort." 

Autant être honnête tout de suite, je n'ai pas vraiment accroché à ce livre. J'y ai senti moins d'implications de la part de Rule. Le côté "documenté" prend ici le pas. Si le sujet est toujours bien ciblé et le récit toujours aussi efficace, les longueurs du livre m'ont un peu refroidie (en même temps, il a fallu longtemps pour attraper Ridgway, donc forcément, il y a des longueurs...) Le livre ne va pas assez à l'essentiel. Je me suis même parfois un peu ennuyée. 

Extrait: "Les catastrophes s'annoncent souvent par des signes imperceptibles. Une fissure dans une falaise, quelques jets de pierre, une lézarde dans un barrage... Il suffit que des plaques au plus profond de la terre frissonnent, et des immeubles entiers s'écroulent. Le malheur n'a pas coutume de crier gare." 

"Le dernier juré" de John Grisham

"Le dernier juré" de John Grisham
Ed. France Loisirs 2005. Pages 436.
Titre Original: "The Last Juror"

Résumé: 1970. Le jeune Willie Traynor rachète le journal local de Clanton, petite ville du Mississippi... Est-ce une si bonne affaire ? Le Ford County Times est aussi vieillot et endormi que le bourg qui l'abrite. Mais tout change le jour où une jolie veuve de Clanton est sauvagement assassinée par Danny Padgitt, rejeton d'une famille mafieuse de la région. Le Ford County Times lance de dramatiques appels à la justice, et les ventes explosent. Face à la campagne de presse menée par le courageux - et désormais très riche - jeune journaliste, la puissante famille Padgitt ne peut étouffer l'affaire : le procès a lieu, Danny Padgitt est condamné... Mais avant de quitter la salle d'audience, il jure publiquement de tuer un à un tous les jurés qui l'ont envoyé en prison à perpétuité. Après neuf ans, contre toute attente, le meurtrier est libéré sur parole.

La 7 de la page 7: "Cela me plaisait." 

"Le dernier juré' est un thriller juridique qui se lit avec une facilité déconcertante. Il y a très peu de "juridique" et c'est sans doute pour cela que ce roman m'a vraiment plu. Avec ce récit, Grisham nous emmène plus dans une histoire de vengeance que dans un thriller juridique. le suspens est haletant et bien dosé. Il y a peut-être un peu trop de longueur mais cela ne gâche pas trop l'histoire. Un bon Grisham. 

Extrait: "Il existe dans le Mississippi une idée répandue bien que rarement exprimée selon laquelle il faut être un peu malhonnête pour faire respecter la loi et l’ordre. L’alcool, la prostitution, les jeux d’argent font partie de la vie ; un shérif digne de ce nom doit y avoir goûté s’il veut en protéger efficacement les bons chrétiens. Ces vices ne pouvant être éradiqués, il doit être en mesure d’en contrôler la pratique. Pour récompense, il reçoit un petit supplément octroyé par les pourvoyeurs de ces vices. C’était dans l’ordre des choses, pour lui comme pour la plupart des électeurs. Un homme honnête ne pouvait vivre avec un si maigre salaire. Un homme honnête ne pouvait évoluer dans les eaux troubles de la pègre. Depuis la fin de la guerre de Sécession, pendant une centaine d’année, les shérifs du comté de Ford avaient été à a solde des Padgitt. Ceux-ci les achetaient directement, avec des espèces sonnantes et trébuchantes. Mackey Don Coley recevait ainsi –à ce qu’on racontait – cent mille dollars par an. Les années d’élection, il obtenait tout ce dont il avait besoin pour sa campagne. Et les Padgitt se montraient généreux avec les politiciens qu’ils savaient maintenir sous influence." 

"La tempête du siècle" de Stephen King

"La tempête du siècle" de Stephen King
Ed. Albin Michel 1999. Pages 448.
Titre Original: "The Storm of the Century"

Résumé: Dans le Maine, un port insulaire pourtant paisible habituellement s'apprête à vivre ce que la météo décrit comme la tempête du siècle. Les conditions climatiques sont tragiques. Et pourtant le souci de la population vient plutôt des événements étranges qui se sont produit depuis l'arrestation d'André Linoge, le meurtrier de la vieille Martha Clarendon. Celui-ci, enfermé dans la maigre cellule du supermarché-commissariat, semble tout contrôler, à tel point que même le shérif en a peur. Il sait tout des habitants, et n'hésite pas à se servir de ce savoir. Les habitants se rendent vite compte qu'il n'est pas vraiment humain. André est pourtant clair, il ne partira que quand on lui donnera ce qu'il veut… et il le fera savoir...

La 7 de la page 7: "Une main agrippe la canne, qui est en noyer noirci sous le pommeau argenté." 

Si l'histoire est excellente et que je n'en ai rien à redire, la structure du "scénario de film"m'a complètement perdue. Les indications et autres didascalies m'ont vite lassée. Et donc, j'ai refermé ce livre avec soulagement. Et pourtant je suis une inconditionnelle de Stephen King. Mais cet ouvrage ci est déjà oublié. 

Extrait: " Je suis un simple commerçant qui tient aussi le rôle de policier à temps partiel. Je n’y connais pas grand-chose en philosophie, mais il y a au moins une chose que je sais : on doit payer pour ce dont on a besoin. Beaucoup, en général. C’est une leçon que je croyais avoir apprise il y a neuf ans, pendant ce que les gens du coin appellent la Tempête du Siècle. " 

"Sur Ordre" de Tom Clancy


"Sur Ordre" de Tom Clancy
Ed. Le Livre de Poche 2001. Pages 1522. 
Titre original: "Executive Orders"

Résumé: Un Boeing 747 s'écrase sur le Capitole, entraînant dans la mort le Président, les membres du Sénat et de la Cour suprême. Telle est la déclaration de guerre d'un dictateur islamiste fou de Dieu au « Grand Satan » américain.
Plus que jamais, Jack Ryan est l'homme de la situation, le seul capable d'enrayer la machine de guerre et d'expansion conçue par un cerveau mégalomane, résolu à unifier l'ensemble du monde musulman et à déclencher la guerre totale contre l'Occident libre.

La 7 de la page 7: "Le Capitole était une construction en pierre mais il contenait quantité de bureaux en bois et des tonnes de papier..."

Si on prend en considération que "Sur Ordre" a été écrit en 1996 et qu'ensuite, on prend en considération ce que l'on sait et d'où le monde en est maintenant, on se dit que Tom Clancy était quand même rudement fort! Ce qui pouvait passer, à l'époque, pour des thrillers d'espionnage particulièrement prenants, a, maintenant, un goût de roman d'anticipation bien tragique. 
L'intrigue est crédible (on sait maintenant, que oui, ce roman est d'une crédibilité implacable). Mais ce qui impressionne surtout dans "Sur Ordre" (et globalement dans toute l’œuvre de Clancy)  c'est la valeur documentée de son travail. Le souci du détail est intraitable. Et cependant, Clancy ne nous laisse pas perdus dans les méandres du pouvoir américain, il nous prend la main afin de bien nous expliquer le pourquoi du comment et quelles sont les implications de son récit. 
Maîtrisé et implacable, "Sur Ordre" est, malheureusement,  toujours d'actualité. 

Extrait: "John Clark décida de finir sa bière. Il n'avait aucune raison de venir à Washington jusqu'à l'appel de Mary Pat. Il n'était qu'une abeille ouvrière, après tout, et seules les grosses légumes de la CIA devaient se démener dans la capitale, à présent. Ah, pour ça oui, ils allaient se remuer !"

"Le mystère Sherlock" de J.M. Erre

"Le mystère Sherlock" de J.M. Erre.
Ed. Pocket 2013. Pages 260.

Résumé: Meiringen, Suisse. Les pompiers dégagent l’accès à l’hôtel Baker Street. Cet hôtel, charmant et isolé, a été coupé du monde pendant trois jours à cause d’une avalanche. Personne n’imagine que, derrière la porte close, se trouve un véritable tombeau. Alignés dans les frigidaires, reposent les cadavres de dix universitaires. Tous sont venus là, invités par l’éminent professeur Bobo, pour un colloque sur Sherlock Holmes. Un colloque un peu spécial puisque, à son issue, le professeur Bobo devait désigner le titulaire de la toute première chaire d’holmésologie de la Sorbonne. Le genre de poste pour lequel on serait prêt à tuer…

La 7 de la page 7: "C'est du sang, confirma Poséidon." 
 
En voilà un roman policier bien rafraîchissant! L'histoire est assez bien menée et le suspens reste jusqu'à la toute dernière ligne. Rondement bien menée! 
Mais au-delà du côté policier du roman, il faut avouer que l'écriture est légère et qu'on y rit beaucoup! 
En plus, c'est  assez court ce qui permet de ne pas faire de pause. Il se lit d'une seule traite et on voudrait y retourner quand on a fini. 
Très bonne surprise! A lire! (voir même à relire!)

Extrait: "Comment entrer dans une pièce où vous attend peut-être un tueur ? Trop peu de parents intègrent cette question essentielle dans l’éducation de leurs enfants, et c’est bien dommage. A cause de cette attitude irresponsable, on dit bonjour à la dame, on ne parle pas la bouche pleine, mais quand on se retrouve devant la porte d’un meurtrier, on a l’air finaud. Chacun fit donc sa proposition, le postulat de base étant que personne ne voulait entrer le premier. Oscar proposa d’enfumer la pièce pour obliger l’assassin à sortir, Perchois de condamner la porte pour l’en empêcher, Dolorès d’envoyer Eva en éclaireur, Eva de se servir de Dolorès comme appât. Difficile de faire un tri… McGonaghan était peut-être encore envie, j’ai donc fait au plus simple : j’ai ouvert la porte."

"L'homme aux cercles bleus" de Fred Vagas

"L'homme aux cercles bleus" de Fred Vargas.
Ed. J'ai Lu 2013. Pages 220.

Résumé: "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors ?"
Depuis quatre mois, cette phrase accompagne les cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu: trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon...
Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent: un maniaque, un joueur.
Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent: bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique.

La 7 de la page 7: "Il avait débrouillé coup sur coup au cours des cinq années suivantes quatre meurtres d'une manière que ses collègues avaient trouvée hallucinante, c'est à dire injuste, provocante." 

Première rencontre avec le commissaire Adamsberg. Et cette première rencontre est bien singulière. Tout en poésie, Vargas nous emmène dans une histoire policière drôle et impalpable. On se balade dans Paris, suivant ces inscriptions mystérieuses. On se demande où Vargas nous nous emmène mais on l'accompagne avec plaisir. La plume est efficace et l'histoire inédite. Mais ce qui marque le plus dans "L'homme aux cercles bleus", c'est surtout le protagoniste, le commissaire Adamsberg. Il est insaisissable et pourtant très attachant. Une aura de mystère l'entoure  et s'intègre parfaitement dans cette histoire qui est à sa mesure.  
"L'homme aux cercles bleus" nous donne envie de continuer à lire les aventures d'Adamsberg. Vivement la suite! 

Extrait: "Quand on regarde de l'eau dans un seau, dit Adamsberg, on voit le fond. On met le bras dedans, on touche quelque chose. Même chose dans un tonneau, on y arrive. Dans un puits, rien à faire. Même lancer des petits cailloux dedans pour essayer de se rendre compte, ça ne sert à rien. Le drame, c'est qu'on essaie quand même. L'homme, il faut toujours qu'il se «rende compte». C'est ça qui ne lui vaut que des emmerdements. Vous ne vous imaginez pas le nombre immense de petits cailloux qui sont au fond des puits. Ce n'est pas pour écouter le bruit que ça fait quand ça tombe dans l'eau que les gens les lancent, non. C'est pour se rendre compte." 

vendredi 6 novembre 2015

"La salle des meurtres" de P.D. James

"La salle des meurtres" de P.D. James 
Ed. Le Livre de Poche 2004. Pages 572. 
Titre original: "The Murder Room" 

Résumé: Cette nouvelle intrigue concoctée par P.D. James se déroule dans le huis clos d'un petit musée londonien, le Dupayne, dédié aux années de l'entre-deux-guerres, véritable enclave de verdure et de calme située à la lisière du parc de Hampstead Heath. Administrée par les trois enfants de son fondateur Max Dupayne, cette institution rencontre des difficultés financières, et l'un des fils, Neville, psychiatre de son état, hésite à donner une nouvelle fois son aval à la reconduction du bail. Or sans son accord, le musée fermera. Aussi, quand on retrouve son corps carbonisé dans l'enceinte de l'établissement, est-ce tout naturellement sur les responsables et le personnel du musée que se portent les soupçons du commandant Adam Dalgliesh, dépêché sur les lieux.
Qui a pu souhaiter la mort du médecin? Son frère Marcus et sa sueur Caroline qui, eux, tiennent absolument à ce que le Dupayne reste ouvert? Le conservateur, James Calder-Hale, dont on apprend qu'il a des liens avec les services secrets du M15 ? Les deux employées modèles, Tally Clutton et Muriel Godby, qui se dévouent corps et âme à cette institution? L'affaire se complique lorsqu'un deuxième corps est retrouvé, cette fois dans l'une des salles du musée, précisément celle consacrée aux meurtres célèbres des années trente...

La 7 de la page 7: "Les gens sont tellement procéduriers."

Le livre est long et l'histoire est riche. Malheureusement, un indice plus qu'important est donné très tôt. Pour le lecteur inattentif, cela passe comme une lettre à la poste. Or j'ai une tendance à être très attentive aux détails quand je lis un roman policier. J'aime à essayer de découvrir l'assassin. De ce fait, j'ai très vite découvert qui était l'assassin.  Restait à savoir pourquoi. Et le mobile est assez vague. On reste avec un goût de trop peu dans l'esprit. 

Un bon divertissement qui tire parfois en longueur.

Extrait: "La salle des Meurtres était une grande pièce, d'au moins neuf mètres de long, bien éclairée par trois lustres. Pourtant Dalgliesh éprouva sur-le-champ une impression d'obscurité oppressante, malgré deux fenêtres donnant à l'est et une au sud. A droite de la cheminée richement ornée, une deuxième porte, ordinaire, était percée dans la paroi. Elle était de toute évidence fermée en permanence car il n'y avait ni bouton ni clenche à l'extérieur.
Des vitrines occupaient tous les murs. La partie inférieure portait des étagères de livres probablement consacrés aux différentes affaires au-dessus des vitrines s'alignaient des rangées de photographies sépia ou noir et blanc, de nombreux agrandissements mais aussi quelques clichés originaux, souvent d'une crudité sans équivoque. On aurait dit un collage de visages morts, ensanglantés et blêmes, assassins et victimes désormais unis dans le trépas, le regard fixé sur le néant.
"