mardi 13 décembre 2016

"Les Apparences" de Gillian Flynn

"Les Apparences" de Gillian Flynn. 
Ed. Sonatine 2012. Pages 570. 
Titre Original: "Gone Girl" 

Résumé: « À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. »
Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Nick découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

La 7 de la page 7: "Quand je lui ai demandé comment elle avait pu penser que sa version était lointainement, possiblement, vaguement correcte, elle m'a expliqué qu'elle avait toujours cru que la nana dans la chanson aimait vraiment le mec parce qu'elle mettait son chapeau sur l'étagère du dessus." 

Il y a certains livres qu'on ouvre, comme ça, au hasard d'un quatrième de couverture alléchant et qu'on  ne referme qu'à l'aube même si on ne travaille que dans quelques heures. "Les Apparences" de Gillian Flynn fait partie de ces romans. Les personnages, attachants au début, deviennent de plus en plus sombres. On se base sur leurs "apparences" les concevoir. On croit connaître une situation mais, évidemment, on se trompe car tout n'est effectivement qu'apparences dans ce livre. On se fourvoie du début à la fin. Et c'est justement là que réside l'originalité de ce roman. Dès le départ, le lecteur prend en considérations des faits et ne pense même pas à les mettre en question. Flynn nous emmène là où on ne pensait pas aller. Elle bouscule nos certitudes. On commence à douter de tous et de tout. Le lecteur qui aime les thrillers est parfois déçu par ses lectures (en règle générale, parce qu'il en attend trop de l'intrigue) mais il continue pour tomber sur des romans comme "Les Apparences". C'est, en effet, un petit bijou du genre, une pépite de suspens, un page-turner d'une efficacité effrayante. Un excellent livre pour passer quelques heures sous tension. 

Extrait: "J'aimerais bien qu'on me baise correctement. Ma vie sentimentale semble tourner autour de trois types d'hommes: des types BCBG de l'Ivy League qui s'imaginent qu'ils vivent un roman de Fitzgerald; des boursicoteurs gominés de Wall Street avec des dollars dans les yeux, les oreilles, la bouche; des garçons sensibles et intelligents qui sont tellement conscients qu'on dirait que toute leur vie est une plaisanterie fine. Les héros fitzgéraldiens, si je puis dire, ont tendance à être efficaces au lit, beaucoup de bruit et de gymnastique pour fort peu de résultats. Les financiers sont plein de rage, et mous.Les garçons sensibles baisent comme s'ils étaient en train de composer un morceau de math-rock: une main qui grattouille par ici, un doigt qui improvise une ligne de basse sympa... Je suis une vraie salope, pas vrai?" 

mercredi 30 novembre 2016

"Le Trône de fer: L'ombre Maléfique" (tome 4) de George R.R. Martin

"Le Trône de Fer: L'Ombre Maléfique" (tome 4) de George R.R. Martin. 
Ed. J'ai Lu 2009. Pages 352. 
Titre Original: "A Clash of Kings" 

Résumé:  Plongé dans le chaos, le royaume des sept Couronnes est en proie à une formidable pandémie de violence. Les héritiers du souverain défunt se disputent le trône dans d'âpres et sanglants combats. Et les puissants seigneurs, ralliés aux diverses causes, négligent tout égard pour le peuple, qui supporte souffrances et famine. Les ennemis jurés Catelyn et Tyrion fourbissent chacun leurs armes. Catelyn Stark rejoint Renly Baratheon, à la tête des forces de Hautjardin et Accalmie, tandis que Tyrion Lannister ourdit de nouvelles alliances et prépare Port-Réal à repousser le futur siège. Mais un nouveau péril se profile : une ombre plane, frappe les rois et renverse les citadelles...

La 7 de la page 7: "Ils comprirent enfin." 

Si le troisième tome du "Trône de Fer" manquait un peu d'action, le tome suivant tombe dans le même schéma à une exception près: le quatrième tome "L'Ombre Maléfique" connaît plus d'action mais surtout ce tome nous donne l'impression d'être une cocotte minute. A chaque chapitre, l'équilibre, précaire, semble vouloir s'effondrer. Ici, on est moins dans la stratégie, mais pas encore dans l'action. Et pourtant, le lecteur reste sur le qui vive à longueur de lecture. Il attend le pion qui fera chuter l'échiquier. Chacun dans sa contrée semble être apte à faire chuter cet équilibre, être le déclencheur d'une révolte sans précédent. Et pendant que le lecteur reste en apnée, Martin continue de jouer avec les nerfs des lecteurs. Là où ces derniers pensent que l'action va changer la donne, c'est ailleurs et sans prévenir que l'intrigue avance. Mais au-delà de cette intrigue bien construite, ce sont surtout les personnages qui sont à épingler dans ce tome. Ils se dessinent de plus en plus, leurs évolutions sont de plus en plus marquées. Il est vraiment temps pour le lecteur de choisir son camp. Aux côtés de qui compte-il frémir? Les Stark? Les Lannister? Les Baratheon? Qui est son Roi légitime? Qui est son traître? Qui est son allié? La révolte gronde et le lecteur n'en peut plus, il veut connaître la suite. Inlassablement. 
Le préféré: Tyrion Lannister. 
Le plus détesté: Stannis Baratheon. 

Extrait: "Des os, songea Catelyn. Ceci n'est pas Ned, ceci n'est pas l'homme que j'aimais, le père de mes enfants. Il avait les mains jointes sur la poitrine, des doigts de squelette reployés sur la garde d'une épée quelconque, mais ce n'étaient pas les doigts ni les mains de Ned, si vigoureux, si débordants de vitalité. On avait revêtu les os du surcot de Ned, c'était bien le beau velours blanc frappé du loup-garou à hauteur du cœur, mais il ne subsistait rien de la chair tiède sur laquelle tant et tant de nuits elle avait reposé sa tête, rien des bras qui m'avait étreinte. On avait beau rattacher la tête au torse par un beau fil d'argent, rien ne ressemble à un crâne comme un autre crâne, et, dans ces cavités vides, elle cherchait vraiment les prunelles gris sombre de son seigneur, ces prunelles qui pouvaient avoir la douceur des brumes ou la dureté de la pierre."

"La vérité sur l'affaire Harry Quebert"

"La vérité sur l'affaire Harry Quebert" de Joël Dicker.
Ed. De Fallois Poche 2014. Pages 859.

Résumé: À New York, au printemps 2008, lorsque l'Amérique bruisse des prémices de l'élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d'écrire le nouveau roman qu'il doit remettre à son éditeur d'ici quelques mois. Le délai est près d'expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d'université, Harry Quebert, l'un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison.
Convaincu de l'innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l'enquête s'enfonce et il fait l'objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s'est-il passé dans le New Hampshire à l'été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?

La 7 de la page 7: "Mais rien de bon." 

Quand on ouvre la brique de Joël Dicker, "La vérité sur l'affaire Harry Quebert", on ne s'attend pas à être happé dans ce roman particulièrement brillant. Dicker parvient à nous livrer un roman intelligent et très bien construit dont le lecteur ne se lasse pas une seule seconde de ses 859 pages. Dicker nous offre un tour de force convaincant et délicieux en mêlant plusieurs genres. "La vérité sur l'affaire Harry Quebert" est, d'abord, un roman policier. Qui a tué Nola? Pourquoi? Mais ce serait réducteur de ne parler que de l'aspect "enquête" de ce roman. En effet, d'une certaine manière, c'est aussi un roman d'amour. Un amour malsain entre un trentenaire et une jeune fille de quinze ans. Et finalement, Dicker nous offre un exercice de style réussi en mêlant à tout cela les peurs d'un écrivain effrayé de ne plus en être un. 
Si certains se laissent impressionner par le nombre de pages, pour "La vérité sur l'affaire Harry Quebert', il n'y a pas d'inquiétude à avoir car ces 859 pages se lisent avec une facilité déconcertante. Les personnages sont fouillés et crédibles. L'intrigue nous brouille et nous embrouille jusqu'au dénouement final, jusqu'à la dernière page. Dicker maîtrise fiction et sème le trouble dans l'esprit du lecteur. Et si au final, on lisait le troisième roman de Marcus et non le roman de Dicker? Les rebondissements sont brillamment utilisés. Le lecteur est dans l'attente de la vérité et dès qu'il croit la toucher du doigt, Dicker change son fusil d'épaule et nous emmène ailleurs. Époustouflant. A lire. Vite.  

Extrait: "Les jeudis, Jared et moi ne manquions jamais le cours de l'un des personnages centraux de l'université: l'écrivain Harry Quebert. C'était un homme très impressionnant, par son charisme et sa personnalité, un enseignant hors normes, adulé par ses élèves et respecté par ses pairs. Il faisait la pluie et le beau temps à Burrows, tout le monde l'écoutait et se ralliait à ses avis, non seulement parce qu'il était Harry Quebert, la plume de l'Amérique, mais parce qu'il en imposait, par sa large stature, son élégance naturelle et sa voix à la fois chaude et tonnante. Dans les couloirs de l'université et dans les allées du campus, tout le monde se retournait sur son passage pour le saluer."

"Projet Faille: Bienvenue à l'institut" de Benoît Barker

"Projet Faille: Bienvenue à l'institut" de Benoît Barker. 
Autoédité 2016. Epub. 

Résumé: Que feriez-vous si, du jour au lendemain, vous vous retrouviez dans une école ressemblant plus à une prison qu'à un établissement scolaire ? Une école où l’échec signifie au mieux, la mort, au pire... non, mieux vaut ne pas parler du pire. Florian va le découvrir. Entre les faux semblants et la surveillance constante, parviendra-t-il à fuir cet endroit mystérieux avant qu'il ne soit trop tard ? Et surtout, supportera-t-il la terrible vérité cachée derrière les murs de l'Institut ?

La 7 de la page 7: "L'infime mouvement de sa bouche craquela ses lèvres desséchées."

Avec son premier roman "Projet Faille: Bienvenue à l'institut", Benoît Barker nous offre un roman jeunesse original et assez bien ficelé. On se prend d'affection pour ces personnages qui ne savent pas très bien ce qui leur arrive. On se pose les mêmes questions que ces jeunes enfermés dans cet institut aux pratiques plus que douteuses. Où est on?
Si l'écriture  est parfois un peu forcée pour le lecteur et les tournures de phrases parfois un peu trop faciles, on pardonnera ces quelques défauts pour se concentrer sur une idée assez intéressante. Où se trouvent ces personnages? Et surtout pourquoi? On anticipe et on s'étonne d'une fin qu'on ne voyait pas arriver. Le lecteur se laisse embarquer dans sa lecture et se laisse porter par une histoire bien organisée et originale. 
Un bon roman jeunesse qui tape juste et bien. Un auteur, auto-édité, à qui on souhaite une bonne continuation et qu'on aura plaisir à retrouver. 

Extrait: "Une main agrippée à l'armature de son lit, Florian entreprit de se relever. Ses articulations craquèrent sous l'effort, comme s'il n'était qu'une vieille machine rouillée à cours de graisse. L'impression de pouvoir sentir chacun de ses muscles frotter contre ses os lui donna envie de vomir, mais rien ne sortit, ce qui s'avéra être encore plus désagréable que de vomir tout court." 

jeudi 24 novembre 2016

"Délivrances" de Toni Morrison

"Délivrances" de Toni Morrison. 
Ed. Christian Bourgeois 2015. Pages 197. 
Titre Original: "God Help the Child" 

Résumé: L'histoire de Lula Ann Bridewell, enfant maltraitée, qui a fait un faux témoignage pour plaire à sa mère et passe sa vie à essayer de se racheter en combattant le racisme.

La 7 de la page 7: "De légers tirs de balles aux fenêtres, suivis de filets d'eau cristalline." 

"Délivrances" fait partie de ces romans qu'on ouvre un peu par hasard et qui vous met une gifle colossale. Non seulement les personnages sont intéressants et bien construits mais, en plus, la plume est superbe, envoûtant. Dans ce récit décalé, on passe d'un personnage à l'autre en gardant le même sujet: le racisme et se trouver soi même à travers les autres. Chaque personnage est un emblème différent du même combat. Morrison jongle avec ses personnages avec brio. Un texte fort, violent et pourtant d'une délicatesse subtile. Un livre sur la différence. Un livre sur l'enfance qui engendre l'adulte. On assiste à la renaissance de Bride et on l'accompagne dans sa quête. Un livre court, fort et diablement efficace. 

Extrait: "Quand mon père et elle sont allés au tribunal pour se marier, il y avait deux Bibles et il a fallu qu'ils la posent sur celle réservée aux Noirs. L'autre était pour les mains des Blancs. La Bible. Incroyable, non? Ma mère était femme de ménage chez un riche couple de Blancs. Ils mangeaient chacun des repas qu'elle cuisinait in insistaient pour qu'elle leur frictionne le dos pendant qu'ils restaient assis dans la baignoire, et Dieu sait quelles autres choses intimes ils lui faisaient faire, mais hors de question qu'elle touche la même Bible."  

"Vernon Subutex" de Virginie Despentes

"Vernon Subutex" de Virginie Despentes. 
Ed. Grasset 2014. Pages 400. 

Résumé: QUI EST VERNON SUBUTEX ?
Une légende urbaine.
Un ange déchu.
Un disparu qui ne cesse de resurgir.
Le détenteur d’un secret.
Le dernier témoin d’un monde disparu.
L’ultime visage de notre comédie inhumaine.
Notre fantôme à tous.

La 7 de la page 7: "Mais il a passé l'âge d'imaginer que tout ça vient sans son lot d'exigences en retour." 

J'ai beaucoup entendu parler de ce roman (en bien comme en moins positif) et j'ai longtemps hésité car le résumé ne m'attirait pas réellement. De plus, ayant déjà rencontré l'auteure dans "Baise Moi", je savais que j'avais du mal avec son style. Mais j'ai quand même tenté le coup. Le début m'a emballée et je manifestais un certain enthousiasme. Mais le style m'a rattrapé. Les personnages oscillent entre la naïveté et le pathétique. Le rythme ne permet pas de s'attacher à eux. C'est probablement voulu (voir même être le propos) mais je n'ai pas pu accrocher. Si on touche le thème de l'anticonformisme ou encore le thème de la société en déroute, le côté provocateur du texte est trop frontal en ce qui me concerne. On peut être provocateur sans être agressif. Je n'ai pas été convaincue par le propos et je n'ai trouvé aucun moyen de m'investir dans ces destins croisés. Une grosse déception même si je n'attendais pas grand chose de ce roman. 

Extrait: "Les femmes évoluent avec l'âge. Elles cherchent à comprendre ce qui leur arrive. Les hommes Les hommes stagnent, héroïquement, puis régressent d'un seul coup. Plus ils prennent de l'âge plus l'amour et le sexe sont liés à l'enfance. Ils ont envie de dire des mots d'enfants à des filles qui ressemblent à des gosses, de faire des cochonneries qu'on fait dans la cour de récré. Personne n'a envie d'entendre parler du désir d'un vieillard, c'est trop embarassant." 

"Le Mystère Henri Pick" de David Foenkinos

"Le Mystère Henri Pick" de David Foenkinos. 
Ed. Gallimard 2016. Pages 286. 

Résumé: En Bretagne, un bibliothécaire décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Ainsi, il reçoit toutes sortes de manuscrits. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu’elle estime être un chef-d’œuvre, écrit par un certain Henri Pick. Elle part à la recherche de l’écrivain et apprend qu’il est mort deux ans auparavant. Selon sa veuve, il n’a jamais lu un livre ni écrit autre chose que des listes de courses... Aurait-il eu une vie secrète? Auréolé de ce mystère, le livre de Pick va devenir un grand succès et aura des conséquences étonnantes sur le monde littéraire. Il va également changer le destin de nombreuses personnes, notamment celui de Jean-Michel Rouche, un journaliste obstiné qui doute de la version officielle. Et si toute cette publication n’était qu’une machination?

La 7 de la page 7: "Quel est l'intérêt d'entreposer des livres dont personne ne veut?"

Avec "Le Mystère Henri Pick", Foenkinos joue sur l'érudition de son lecteur en l'investissant dans une histoire originale. L'auteur nous offre une déclaration d'amour à la littérature, quelle qu'elle soit. Durant tout le roman, on se demande qui est cet Henri Pick. Génie littéraire? Coup publicitaire? Arnaque? 
En compagnie des personnages de Foenkinos, on enquête sur l'identité de Pick. On découvre l'homme et l'auteur, comme à chaque fois, on découvre un nouvel auteur, la première fois qu'on ouvre un livre d'un auteur qui nous était, jusque là, inconnu. 
La vie défile autour du roman d'Henri Pick. Foenkinos insiste sur l'importance du marketing dans le monde de l'édition. Personne n'a encore lu le livre de Pick mais tout le monde en parle déjà. Il insiste aussi sur le phénomène actuel qui veut que tout le monde se pose en écrivain. Pourtant beaucoup de gens confondent talent et célébrité.Le succès devient plus important que le talent. Mais là où Foenkinos est dans une écriture intelligente, c'est que dans son roman, c'est le critique littéraire qui est obsédé par l'auteur et non l'inverse. On suit ce critique, se posant les mêmes questions que lui. Le livre se lit vite et bien. L'écriture est fluide et agréable, sans prétention, il raconte une histoire originale et intelligente. Le rythme est soutenu avec un chapitrage court et efficace. Un belle découverte. 

Extrait: "Après le départ de sa femme, on ne lui avait pas connu de relation durable et il n'avait pas d'enfant. Difficile de savoir quelle avait été sa vie sexuelle. On pouvait l'imaginer en amant de femmes délaissées, avec les Emma Bovary de son temps. Certaines avaient dû chercher entre les rayonnages davantage que la satisfaction d'une rêverie romanesque. Auprès de cet homme qui savait écouter, puisqu'il savait lui, on pouvait s'évader d'une vie mécanique. Mais il n'existe aucune preuve de cela. Une chose est certaine: l'enthousiasme est la passion de Gouvrec pour sa bibliothèque n'ont jamais faibli. Il recevait avec une attention particulière chaque lecteur, s'efforçant d'être à l'écoute pour créer un chemin personnel à travers les livres proposés. Selon lui, la question n'était pas d'aimer lire, mais plutôt de savoir comment trouver le livre qui vous correspond. Chacun peut adorer la lecture, à condition d'avoir en main le bon roman, celui qui vous plaira, qui vous parlera et dont on ne pourra pas se défaire. Pour atteindre cet objectif, il avait ainsi développé une méthode qui pouvait presque paraître paranormale: en détaillant l'apparence physique d'un lecteur, il était capable d'en découvrir l'auteur qu'il lui fallait." 

mercredi 23 novembre 2016

"Le Bazar des mauvais rêves" de Stephen King

"Le Bazar des mauvais rêves" de Stephen King. 
Ed. Albin Michel 2016. Pages 600. 
Titre Original: "The Bazaar of Bad Dreams" 

Résumé: Un homme qui revit sans cesse sa vie (et ses erreurs), un journaliste qui provoque la mort de ceux dont il prépare la nécrologie, une voiture qui dévore les badauds… 20 nouvelles pour la plupart inédites, précédées chacune d’une introduction du maître sur les coulisses de leur écriture.

La 7 de la page 7: "Son cœur cognait à la pensée de la suite logique des choses." 

Stephen King n'est jamais aussi bon que quand il nous offre un recueil d'histoires totalement différentes, nous plongeant ainsi dans plusieurs univers, toujours efficaces. Ce recueil nous offre une palette d'émotions impressionnante qui confirme le talent de l'auteur. Que cela soit en compagnie de monstres comme dans "Mile 81" ou en compagnie de la folie humaine comme dans "Batman et Robin ont un accrochage". King nous emmène également dans un univers où tout, même l'impensable, devient possible comme dans "La Dune" ou "Sale Gosse". Si toutes les nouvelles ne sont pas de la même qualité, on prend plaisir à lire chacune d'entre elles. King nous envoie dans des mondes différents avec brio sans jamais nous lâcher la main. La mention spéciale de ce recueil est que Stephen King nous y raconte comment ses idées lui sont venues et nous emmène dans son monde d'écriture. Un vrai bon moment de lecture. 

Extrait: "Sa voiture était garée sur le parking A mais Wesley choisit de parcourir à pied les trois kilomètres le séparant de son appartement, chose qu'il faisait souvent quand il voulait réfléchir. Il longea Moore Avenue d'un pas lourd, dépassant d'abord les maisons des fraternités, puis les maisons d'appartements dégueulant du rock et du rap par toutes les fenêtres puis les bars et restos à emporter qui font office de système de survie pour toutes les petites facultés américaines. Il y avait aussi une librairie spécialisée dans les livres d'occasion et les best sellers de l'an passé vendus à moins cinquante pour cent. La librairie avait l'air poussiéreuse et anémique et elle était la plupart du temps déserte." 

"Le Trône de fer : La Bataille des Rois" (tome 3) de George R.R. Martin

"Le Trône de fer: La Bataille des Rois" (tome 3) de George R.R. Martin. 
Ed. J'ai Lu 2009. Pages 416. 
Titre Original: "A Clash of Kings" 

Résumé: Le roi Robert Baratheon est mort, son ami Eddard Stark a été exécuté. La dynastie Baratheon n'aura duré qu'une génération et la paix plusieurs fois centenaire qui régissait le royaume des sept couronnes a volé en éclats.
Joffrey, le bâtard illégitime, se terre dans sa capitale, les frères de robert rallient des troupes â leurs bannières, le fils de Ned a levé son armée et crie vengeance, des pirates razzient les côtes et des brigands pillent les campagnes.
Il y a quatre rois désormais et chacun forge des alliances pour entraîner le royaume dans la tourmente de la guerre. Maintenant c'est l'acier qui va hurler son chant de mort.

La 7 de la page 7: "Dans la mer, reprit le fou; la neige s'élève et la pluie est sèche comme l'os." 

On continue notre aventure "Trône de Fer" avec ce troisième tome, "La Bataille des Rois". J'ai moins accroché à ce troisième tome qu'au deux premiers. Cela ne veut pas, pour autant, dire que je n'ai pas aimé ce volume. Disons que ce troisième tome m'a paru être un tome de transition plus qu'autre chose. Comprenez qu'il n'y s'y passe pas grand chose, chacun bouge ses pions et de ce fait, la stratégie surpasse l'action. Martin met en place l'action à suivre dans les tomes prochains. Seul Tyrion semble évoluer dans cet épisode. On sent bien que le nain Lannister nous prépare un coup grandiose, ayant pour seul maître sa propre personne. L'écriture est toujours aussi efficace et la plume nous emmène toujours un peu plus loin dans son oeuvre. En continuant de nourrir notre envie de continuer avec ses splendides personnages et son histoire exigeante, Martin lance sa saga dans l'imagination de ses lecteurs. Vivement la suite. 
Le préféré: Tyrion Lannister. 
Le plus détesté: Littlefinger. 

Extrait: "Une sottise, soupira Tyrion. Quand vous arrachez la langue d'un homme, vous ne prouvez pas qu'il est un menteur, vous avertissez seulement le monde que vous redoutez ce qu'il proférait." 

"Petty Girls" de Karin Slaughter

"Pretty Girls" de Karin Slaughter. 
Ed. Mosaïc 2016. Pages 517. 

Résumé: Deux sœurs. Deux étrangères.
Plus de vingt ans auparavant, Julia a disparu à seize ans sans laisser de trace. Depuis, Claire et Lydia, ses sœurs, ne se sont plus parlé. Seule la haine farouche qu’elles nourrissent l’une pour l’autre les rapproche encore. La haine, et le désespoir : jamais elles ne se sont remises de la tragédie qui a fracassé leur famille. Deux événements violents vont venir cruellement raviver leurs blessures mais aussi les obliger à se confronter : l’assassinat du mari de Claire, et la disparition d’une adolescente.
A tant d’années de distance, ces événements ont-ils un lien quelconque avec Julia ? Lasses de se faire la guerre, Claire et Lydia plongent dans la noirceur du passé familial. Une spirale sanglante...
Avec la froide efficacité qui l’a rendue célèbre, Karin Slaughter fait ressurgir la noirceur et la sauvagerie au sein d’une famille frappée par la perte. Elle explore au scalpel les liens qui unissent les personnages et écorche leurs secrets. Un roman puissant, à vif, par l’un des écrivains contemporains les plus marquants.

La 7 de la page 7: "Très jolie." 

"Pretty Girls" est une très belle surprise. J'ai ouvert ce livre sans m'attendre à être scotchée par ce récit et pourtant j'ai tourné les pages avec avidité et envie. Non seulement les personnages sont solides et attachants mais en plus, l'intrigue est très bien menée. Slaughter nous balade et on en redemande. Les rebondissements sont rondement menés et on se laisse mener à la baguette par cette intrigue magistrale. On se prend des claques et on lit les pages en apnée, se demandant ce que Slaughter va encore nous réserver. Un excellent thriller. 

Extrait: "Il avait été adopté par son beau père (Qui n'avait épousé sa mère que pour qu'on ne puisse pas obliger celle ci à témoigner contre lui.) Le père de Lloyd est mort (en prison.) Lloyd est parti pour le Mexique où il devait annoncer une nouvelle à ses grands parents (non pour réceptionner vingt kilos de cocaïne) Sa voiture a été emboutie par un camion (Il a été retrouvé mort sur une aire d'autoroute après avoir essayé de sniffer la moitié d'une brique de coke.)" 
 

"A Banquet of Consequences" de Elizabeth George

"A Banquet of Consequences" de Elizabeth George. 
Ed. Hodder 2016. Pages 678. 

Résumé: Et si le secret de famille était le plus indétectable des poisons ?
Qu'est-ce que Lily a bien pu découvrir dans le journal intime de son fiancé William Goldacre pour que celui-ci se précipite du haut d'une falaise du Dorset ? Et est-ce un hasard si, quelque temps plus tard, sa mère, Caroline Goldacre, se retrouve mêlée à une sombre affaire : la mort suspecte de Clare Abbott, l'auteur féministe dont elle était l'assistante ?
Si le lien entre les deux décès semble ténu, voire inexistant, le sergent Barbara Havers est néanmoins déterminée à faire éclater la vérité. Il n'en faudra pas moins pour restaurer auprès de sa hiérarchie son image salement écornée par une précédente enquête. Elle est soutenue par son supérieur, l'inspecteur Thomas Lynley, qui suit une piste à Cambridge, où le corps de Clare a été retrouvé. Barbara Havers, de son côté, cherche quel mystère se cache dans la campagne du Dorset, d'apparence si paisible...

La 7 de la page 7: "This is your home." 

Mon premier Elizabeth George. J'ai préféré le lire directement en anglais afin de bien m'imprégner de l'ambiance dans la version originale. Si les personnages sont assez intéressants, il faut bien avouer que ce roman est d'une longueur affligeante. On passe un temps incommensurable à piétiner dans une histoire pourtant simple. Et tout à coup, à la fin, l'histoire s'accélère et tout est terminé en quelques pages seulement. On s'écrie "tout cela pour ça..." Et c'est justement là que réside toute la déception générée par "A Banquet of Consequences". Ce roman policier aurait été une belle découverte avec 300 pages en moins. Mais là, franchement, 678 pages pour en arriver là... C'est un peu dur à avaler. Et du coup, tout devient agaçant. Même les personnages, pourtant séduisants, nous paraissent, après toutes ces pages, un peu "too much". Par contre, là où réside la véritable déception, est le manque d'ambiance (ce qui n'aurait pas été aussi dérangeant dans un roman plus court) Dans un roman qussi long, si l'ambiance n'est pas feutrée et inquiétante, on se lasse et cela devient problématique. Mauvais choix de roman pour commencer avec cet auteur? Suis je tombée sur une exception de l'auteur? Il faudrait sans doute que j'en lise un autre pour me faire une idée. Mais cela sera pour un autre moment car je reste, pour l'instant, sur une très grosse déception. 

Extrait: "When Charlie and India arrived at the site of the memorial for Will, something of a crowd had gathered. Charlie knew most of them as they worked for his stepfather, both in Alastair's bakery and his seven shops across Dorset where he sold his baked goods. Among them was the middle aged widow who managed those businesses for Alastair and arranged near her where the ladies of Shaftesbury's women's leasure always identifiable by the hats they wore to any occasion deemed remotely suitable for headgear." 

"On dirait nous" de Didier Van Cauwelaert

"On dirait nous" de Didier Van Cauwelaert
Ed. Albin Michel 2016. Pages 380. 

Résumé: « On dirait nous, à leur âge... »
Deux jeunes amoureux en détresse.
Un vieux couple irrésistible qui envahit leur vie et réalise leurs rêves.
Le bonheur absolu ?
Ou le plus dangereux des pièges... ?
Soline est une jeune violoncelliste, Illan un brillant glandeur au potentiel en sommeil. En dehors de leur amour, rien ne va plus dans leur vie... jusqu'au jour où un vieux couple attachant leur propose une existence de rêve. Mais qu'attendent-ils en échange ?

La 7 de la page 7: "Comme le train était de plus en plus complet, je lui ai proposé de l'emmener en taxi à Laval." 

En règle générale, j'aime beaucoup les thèmes abordés par Van Cauwelaert. Il est rare que cet auteur me déçoive tant le style et les thèmes intéressants sont au rendez vous des romans de cet auteur. Et pourtant, cette fois, la sauce n'a pas pris. Le verdict est sans appel, "On dirait nous" ne m'a pas attrapée dans ses filets. Le côté "surnaturel" ne m'a pas vraiment dérangée mais je n'y ai pas cru une seule seconde. Même le côté métaphorique du côté "surnaturel" ne m'a pas convaincue. Ces deux couples m'ont laissée de marbre. Van Cauwelaert tire son intrigue en longueur, lui donnant des rebondissements trop faciles, trop prévisibles. Si les thèmes généraux de l'auteur sont bien présents et que la plume reste constante, je ne suis pas entrée dans cette histoire. Une petite déception. 
Extrait: "Par dessus l'archet aux va et vient frénétiques, Soline ne se lassait pas de contempler les variations d'humeur et de chagrin sur le visage de son percussionniste. Tantôt serrant les dents de rage, tantôt souriant sous la montée d'un beau souvenir, George martelait le daim du tambour tlingit sans la moindre allégeance au tempo de la partition en cours. Il n'accompagnait pas le violoncelle, il bruitait ses états d'âme. Assis en tailleur sur le tapis, le dos cambré, le regard ardent, vêtu de sa veste d'intérieur grenat cintrée sur une chemise noire à foulard gris clair, il affectait l'élégance arrogante des milliardaires psychopathes dans les anciens James Bond. Seules ses larmes qui pleuraient en cadence sur le tambour ramenaient la situation à sa juste mesure." 
 

lundi 7 novembre 2016

"La reine de la Baltique" de Viveca Sten

"La reine de la Baltique" de Viveca Sten
Ed. Le Livre de Poche 2014. Pages 476.
Titre Original: "I de lugnaste vatten"

Résumé: Archipel de Stockholm, en pleine saison estivale : les cadavres s'accumulent, la population s'affole...
Un corps est retrouvé sur une plage de l''île de Sandhamn. L'inspecteur Thomas Andreasson est chargé de l'enquête. Habitué des lieux pour y passer toutes ses vacances, il va se voir proposé une aide bien inattendue : celle de Nora, son amie d'enfance, jeune femme d'une perspicacité redoutable.
L'été vire au cauchemar quand un second cadavre est découvert dans une chambre d'hôtel. Et si, désormais, plus personne n'était à l'abri ?
Thomas croyait tout savoir de sa petite île paradisiaque. Il n'est pourtant pas au bout de ses lugubres découvertes...

La 7 de la page 7: "Comme il avait en outre un embonpoint qui correspondait en grande partie à la corpulence d'un homme politique, il était d'autant moins enclin à s'amuser des comparaisons que ses collègues bien intentionnés n'arrêtaient pas de faire circuler." 

"La reine de la Baltique" est ma première rencontre avec Viveca Sten. Et on ne peut pas dire que j'ai été déçue. Certes, l'intrigue est assez lente, comme souvent dans les romans scandinaves. Mais ce n'est pas vraiment dérangeant dans ce roman tant les personnages sont bien construits et se laissent découvrir avec facilité. On se laisse facilement embarquer dans cette histoire policière et on aime à se balader dans ce décor suédois somptueusement décrit. La plume est efficace et permet à l'intrigue de couler de source mais aussi de surprendre le lecteur. Et il se laisse bercer par cette intrigue policière et ne voit pas venir la fin tragique. Un très bon policier qui laisse le lecteur avec l'envie de continuer les aventures de Sten. 

Extrait: "Normalement, elle avait toujours du glucose ou quelque chose de sucré dans ses poches, mais là, elle n'avait rien pris, puisqu'elle ne partait pas pour longtemps. De rage, elle aurait pu se botter les fesses. Avait elle donc tout fait de travers, ce soir? Où était sa lampe de poche? Lentement, elle rampa pour essayer de la trouver dans le noir. Elle pourrait peut être attirer l'attention avec? Habituée à la mer, elle connaissait par cœur le signal sos. Trois courts signaux, trois longs et encore trois courts. Avec la lampe, elle pouvait signaler sa présence. Elle tâtonna de nouveau. Enfin. Là. D'un doigt tremblant, elle presse l'interrupteur. Rien."  

mercredi 26 octobre 2016

"Le trône de fer 2: Le Donjon Rouge" de George R.R Martin

"Le trône de fer 2: Le Donjon Rouge" de George R.R. Martin
Ed. J'ai Lu 2008. Pages 543. 
Titre Original: "A Game of Thrones: Song of Ice and Fire" 

Résumé: Comment Lord Eddard Stark, seigneur de Winterfell, Main du Roi, gravement blessé par traîtrise, et par là même plus que jamais à la merci de la perfide reine Cersei ou des imprévisibles caprices du despotique roi Robert, aurait-il une chance d'échapper à la nasse tissée dans l'ombre pour l'abattre ? Comment, armé de sa seule et inébranlable loyauté, cerné de toutes parts par d'abominables intrigues, pourrait-il à la fois survivre, sauvegarder les siens et assurer la pérennité du royaume ? Comment ne serait-il pas voué à être finalement broyé dans un engrenage infernal, alors que Catelyn, son épouse, a mis le feu aux poudres en s'emparant du diabolique nain Tyrion, le frère de la reine ?

La 7 de la page 7: "Les bâtiments que vous voyez furent édifiés par des esclaves qui, ramenés de razzias lointaines, ont tous procédé selon les usages de leurs nations respectives." 

A peine le premier tome déposé, voilà déjà le deuxième tome posé sur ma table de nuit. On se replonge, avec délectation, dans les intrigues de Martin. Malgré le chapitrage par personnage, jamais on ne se laisse Ned seul. Il reste dans un coin de notre tête. On sent que la situation dégénère pour lui et que sa loyauté le perdra. On souhaite qu'il s'en sorte indemne. Mais on sait que c'est peu probable. On s'attriste de son sort même quand le chapitre ne le concerne pas. On frémit pour Arya et on commence à entrevoir des personnages que l'on trouve répugnants. Chacun bouge ses pions en fin stratège. Martin emmène son lecteur dans cette aventure où aucun n'est en sécurité. Chaque personnage peut succomber et le lecteur choisit déjà son camp. Stark? Lannister? Pour lesquels serait il prêt à lever l'épée? Martin nous offre une suite impeccable aussi bien pour l'écriture que pour l'intrigue. Prodigieux. Enivrant. Encore...
Le préféré: Eddard Stark. 
Le plus détesté: Joffrey Baratheon. 

Extrait: "En un éclair affluaient dans sa cervelle toutes les leçons reçues de Syrio Forel. Prompt comme un daim. Silencieux comme une ombre. La peur est plus tranchante qu'aucune épée. Preste comme un serpent. Calme comme l'eau qui dort. La peur est plus tranchante qu'aucune épée. Fort comme un ours. Intrépide comme une louve. La peur est plus tranchante qu'aucune épée. La peur est plus tranchante qu'aucune épée. La poignée de sa latte était gluante de sueur lorsqu'elle atteignit, hors d'haleine, le palier de la tourelle et une seconde, s'y pétrifia: haut? bas? Grimper menait par le pont couvert qui enjambait la petite cour, droit à la tour de la Main, mais on compterait précisément qu'elle eût emprunté cet itinéraire. Ne jamais faire le geste escompté. Elle dévala quatre à quatre le colimaçon qui, à force de tournicoter, débouchait sur l'antre d'un cellier. Empilés sur une hauteur de vingt pieds, des fûts de bière s'y discernaient , panse à panse, à la faveur de la maigre lumière qu'au ras de la voûte diffusaient d'étroits soupiraux. Culs de sac. Point d'autre issue que par la voie d'accès... Mais elle n'osait pas remonter, ne pouvait pas non plus demeurer là. Il lui fallait retrouver Père et l'aviser du get apens. Père la protégerait." 

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" de Ransom Riggs

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" de Ransom Riggs. 
Ed. Bayard 2011. Pages 439. 
Titre Original: "Miss Peregrine's Home for Peculiar Children: Book 1" 

Résumé: Jacob est un ado comme les autres, excepté qu'il se pose des questions sur son mystérieux grand-père. Quelles sont ces étranges photos d'enfants qu'il lui montrait quand il était petit ? Les histoires qu'il lui contait sur eux étaient-elles vraies? Et pourquoi disparaissait-il aussi souvent ?
Tout s'accélère le jour où il le retrouve blessé dans son jardin. Jacob a vu des monstres, il en est sûr, et personne ne veut le croire. Il ne lui reste qu'à suivre les dernières instructions qu'a murmuré son grand-père avant de rendre son dernier souffle...

La 7 de la page 7: "Bien sûr, on l'avait maquillé pour un spectacle de cirque." 

"Miss Peregrine et les enfants particuliers" est une petite bombe de la littérature jeunesse. Non seulement l'histoire est particulièrement réussie mais les personnages sont spectaculaires. On y trouve du mystère, de l'angoisse mais toujours très bien dosés. Un adolescent sceptique en deuil tente de surpasser sa peine en essayant de comprendre les histoires de son grand père décédé. Ce qu'il découvre dépasse l'entendement. Affrontant des dangers qu'il ne pouvait entrevoir. Un petit fils aimant à la recherche de son grand père décédé qui, au final, se trouve lui même. Parsemée de créatures et d'enfants aux pouvoirs déroutants, l'histoire de Riggs, illustrée par des photos percutantes est une réussite du début à la fin. Rien n'est à jeter dans ce roman jeunesse qui devrait réjouir les jeunes mais aussi leurs parents. On attend la suite avec impatience. 

Extrait: "Chaque fois qu'il décrivait les monstres, il ajoutait de nouveaux détails épouvantables: ils empestaient comme de vieilles poubelles; ils étaient invisibles, mais on pouvait voir leurs ombres. Ils avaient dans la bouche des dizaines de tentacules grouillants qui jaillissaient soudain pour vous capturer et vous attirer dans leurs puissantes mâchoires. J'ai assez vite eu du mal à m'endormir le soir. Mon imagination fertile transformait le crissement des pneus sur la chaussée mouillée en halètements sous ma fenêtre; les ombres qui filtraient sous ma porte ressemblaient à s'y méprendre à des tentacules gris noir. J'avais peur des monstres mais j'étais tout excité à l'idée que mon grand père les avait combattus et qu'il était encore là pour le raconter." 

"Pride and Prejudice" de Jane Austen

"Pride and Prejudice" de Jane Austen. 
Ed. Penguin Popular Classics 1994. Pages 299. 

Résumé: Orgueil et préjugés est le plus connu des six romans achevés de Jane Austen. Son histoire, sa question, est en apparence celle d'un mariage: l'héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett qui n'est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ? Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui encore, l'épousera-t-elle ? Mais il apparaît clairement qu'il n'y a en fait qu'un héros qui est l'héroïne, et que c'est par elle, en elle et pour elle que tout se passe.

La 7 de la page 7: "Elizabeth Bennet had been obliged, by the scarcity of gentlemen, to sit down for two dances; and during part of that time, Mr Darcy had been standing near enough for her to overhear a conversation between him and Mr Bingley, who came from the dance for a few minutes, to press his friend to join in." 

Qui ne se souvient pas de Colin Firth sortant de l'eau, chemise humide, incarnant le somptueux Mr. Darcy? Et si cela ne vous donne pas envie de lire "Pride and Prejudice", on ne peut plus rien faire pour vous. Surtout que vous passeriez à côté d'un roman particulièrement réussi. Si le roman de Jane Austen est d'abord une histoire d'amour très complexe, il serait réducteur de ne voir dans "Pride and Prejudice" qu'un roman à l'eau de rose victorien. Car Elizabeth Bennet est, avant tout, une femme moderne dans un monde qui ne l'est pas. C'est elle qui choisit qui elle décide d'aimer. Elle décide de son destin. Même si le prix à payer pourrait être lourd, elle ne se laisse mener à la baguette par personne. Et ça, en 1813, c'est audacieux. Mais Austen met aussi également en évidence la différence des classes dans cette Angleterre bien structurée socialement. Bennet et Darcy ne sont pas du même monde et n'utilisent pas les mêmes codes. Ils ont donc énormément de mal à se comprendre et à communiquer entre eux. Dans l'intrigue elle même, il y a peu (ou pas) de choses à jeter. Le rythme est soutenu, l'écriture impeccable. Un vrai petit bijou de la littérature anglaise. 

Extrait: "Not all that Mrs Bennet, however, with the assistance of her daughters, could ask on the subject, was sufficient to draw from her husband any satisfactory description of Mr Bingley. They attacked him in various ways, with borefaced questions, ingenious suppositions and distant surmises, but at last obliged to accept the second hand intelligence of their neighbour, Lady Levers. Her report was highly favourable. Sir Williams had been delighted with him. He was quite young, wonderfully handsome, extremely agreeable, and, to crown the whole, he meant to be at the next assembly with a large party. Nothing could be more delightful_ To be fond of dancing was a certain step towards falling in love; and very lively hopes of Mr Bingley's heart were entertained." 

jeudi 20 octobre 2016

"Le trône de fer" de George R. R. Martin

"Le trône de fer" de George R.R. Martin. 
Ed. J'ai Lu 2015. Pages 479. 
Titre Original: "A Game of Thrones: Song of Ice and Fire"

Résumé: Il était une fois, perdu dans un lointain passé, le royaume des Sept Couronnes... En ces temps nimbés de brume, où la belle saison pouvait durer des années, la mauvaise toute une vie d'homme, se multiplièrent un jour des présages alarmants. Au nord du Mur colossal qui protégeait le royaume, se massèrent soudain des forces obscures ; au sud, l'ordre établi chancela, la luxure et l'inceste, le meurtre et la corruption, la lâcheté et le mensonge enserrèrent inexorablement le trône convoité. Pour préserver de l'ignominie les siens et la dynastie menacés se dresse alors, armé de sa seule droiture, le duc Stark de Winterfell, aussi rude que son septentrion natal. Mais, en dépit du pouvoir immense que vient de lui conférer le roi, a-t-il quelque chance d'endiguer la tourmente qui se lève ?

La 7 de la page 7: "Nous pourrions tout de même adopter une allure plus rapide non? dit Royce, une fois la lune entièrement levée." 

Si vous vous posez la question de savoir si on peut échapper au phénomène du "Trône de Fer", la réponse est oui. Je suis totalement passée à côté du phénomène télévisuel. Mais j'ai quand même voulu débuter le phénomène littéraire. Au final, ce premier tome du "Trône de Fer"? Au départ, il faut bien avouer que j'ai trouvé cela très long et ardu. Et lent en plus. Mais si on garde à l'esprit qu'il y a quand même déjà quinze tomes, on se rend compte par soi même qu'il faut bien que Martin installe ses personnages et un début d'intrigue crédible afin de happer son lecteur. Donc oui, au début, il faut bien s'accrocher et ne pas abandonner sa lecture même si, parfois, la tentation est grande. Toutefois, l'introduction est sauvée par des personnages déjà intrigants et particulièrement bien écrits et exploités. Martin met en place une mécanique infaillible basée sur des personnages forts et envoûtants. Et là, d'un coup, l'histoire s'emballe. Et il devient impossible de reposer ce livre. L'univers de Martin est sombre, froid et terriblement efficace. On sent qu'il maîtrise son sujet, il sait où il va. La découpe en chapitrage par personnages est également efficace car elle permet de conserver un suspens impressionnant tout au long de la lecture. De plus, cette structure permet de, déjà, observer une évolution chez certains personnages et de s'attarder sur certains détails de chacun d'entre eux. On s'attache sans s'en rendre compte. Le lecteur ne sait pas vraiment à qui se fier même s'il développe déjà certaines affinités. Un très bon début qui ne demande qu'une seule chose: qu'on lise la suite. Vite. 
Le préféré: Tyrion Lannister. 
Le plus détesté: Cersei Lannister. 

Extrait: "Ned mit un genou en terre. La proposition ne le surprenait pas. Dans quel autre but Robert eût il entrepris un si long voyage? La Main du roi occupait la deuxième place dans la hiérarchie des Sept Couronnes. Elle parlait de la même voix que le roi, menait les armées du roi, préparait les lois du roi. Elle allait parfois jusqu'à occuper le Trône de Fer, lorsque, malade, absent ou indisponible, le souverain devait renoncer à dispenser la justice en personne. Ainsi Ned se voyait il offrir des responsabilités aussi étendue que le royaume même. Seulement, c'était la dernière des choses au monde qu'il ambitionnât."

"Limonov" de Emmanuel Carrère

"Limonov" de Emmanuel Carrère.
Ed. P.O.L. 2011. Pages 489.

Résumé: « Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale »

La 7 de la page 7: "On le croisait au Palace, arborant une vareuse d'officier de l'Armée rouge." 

"Limonov" est un roman assez bien tourné qui joue sur la réalité et sur la fiction. Edouard Limonov a vraiment existé. Et Carrère nous livre ici une biographie soutenue. Le personnage d'abord. Complexe. On ne sait pas trop quoi en penser, tantôt aimable, tantôt médiocre. Que croire de cette biographie romancée? Où est la réalité et où se trouve la fiction de Carrère. Le texte envoûte. Efficace. Réfléchis. Carrère nous livre un roman qui se lit vite mais surtout qui se lit bien. On tourne les pages avec fluidité, avides que nous sommes de connaître la suite. Mais attention, ce roman est divisé en différentes parties qui, il faut bien l'avouer, ne sont pas vraiment égales. Mais cela ne nuit en rien à ce roman que chaque lecteur interprétera à sa façon. 

Extrait: "Si désireux qu'il soit de s'intégrer à une communauté, il en a assez d'eux. Et comme il en a assez aussi des émigrés russes, il transporte sa valise de l'hôtel Winslow, leur quartier général, à l'hôtel Embassy, encore plus minable si possible mais exclusivement fréquenté par des Noirs toxicomanes et prostitués des deux sexes, qu'il juge plus élégants. Il y est le seul Blanc, mais il ne détourne pas car, comme l'a remarqué Carol dans la bouche de qui ça ne semblait pas un compliment, il s'habille comme un nègre. Dès que le déménagement d'un quelconque rabbin lui a rapporté quelques dollars, il les investit dans la sape, d'occasion mais voyante: ses costumes rose et blanc, ses chemises à jabot de dentelle, ses vestes de velours mauve frappé, ses bottines à talons bicolores lui valent la considération de ses voisins. Et lui rapporte le dernier de ses fidèles, Liona Kossogor, en sachant qu'il lui fera plaisir, la rumeur enfle chez les émigrés. On le disait pédé, tchékiste, suicidé, on dit maintenant qu'il vit avec deux putes noires et qu'il est maquereau."

"Le vin de la jeunesse" de John Fante

"Le vin de la jeunesse" de John Fante.
Ed. 10/18 2002. Pages 329. 
Titre Original: "The Wine of Youth" 

Résumé: "Personne ne sait mieux que Fante dire les humiliations de l'enfance, les espoirs insensés et déçus, les rages au coeur et au ventre, les tendresses frustrées, les désirs impétueux. Personne ne sait dire aussi bien cette enfance-là, avec ses drames et ses rêves. Sans eau de rose, sans trémolos, avec une émotion vibrante et sèche. Le Vin de la Jeunesse est à coup sûr un grand classique de la littérature sur l'enfance."

La 7 de la page 7: "Ma mère en eut assez." 

John Fante n'est jamais aussi juste que quand il semble mêlé autobiographie et fiction. Avec "Le vin de la jeunesse", il aborde, magistralement, les thèmes de l'enfance, de l'émigration italienne mais aussi la religion. Au détour de chaque phrase, on entre un peu plus dans cette famille unique et pourtant si semblable à des milliers d'autres. Chaque mot est à sa place, chaque phrase est intelligemment composée. Fante nous livre avec "Le vin de la jeunesse" un texte maîtrisé et envoûtant, tout en restant d'une sobriété saisissante. Pourtant, il touche à des sujets importants, mais il le fait avec brio. Il nous livre son personnage et nous raconte une histoire attachante. La sienne ou pas, n'est pas la question tant le livre est réussi. La structure nous emmène partout  mais surtout à l'éveil à la religion. Intrinsèque au personnage, on y perçoit une relation à Dieu qui évolue et qui résonne de justesse. Roman sur l'enfance, sur ses illusions et, parfois, sa magie. Tout est important mais rien n'a d'importance. Sublime. Tout simplement. 

Extrait: "Cette année là, l'équipe de football est composée d'Irlandais et d'Italiens. Les premières lignes sont irlandais, mais au fond de terrain il y a quatre italiens, dont moi. Nous formons une bonne équipe et gagnons de nombreux matches. Mes camarades sont d'excellents joueurs qui travaillent la main dans la main. Mais je déteste mes trois compatriotes du fond de terrain; notre nationalité nous ridiculise. L'équipe me nomme capitaine, je mets au point des tactiques codées et force mes compatriotes du fond de terrain à commettre le moins de fautes possible. Le journal de l'école et les journalistes sportifs de la ville nous surnomment bientôt les Prodigieux Ritals. J'interprète cela comme une insulte. Un après midi, à la fin d'un match important, un groupe d'élèves quitte la tribune principale pour rejoindre l’extrémité du terrain et improviser quelques cris de guerre. Trois fois, ils lancent un hourra pour les Prodigieux Ritals. Ça me rend malade. Je sens des grenouilles dans mon estomac; après le match, je rends mon équipement et démissionne de l'équipe." 

"The woman in cabin 10" de Ruth Ware

"The woman in cabin 10" de Ruth Ware
Ed. Harvill Secker (London) 2016. Pages 344. 

Résumé: The Nothern Lights. A luxury press launch on a boutique cruise ship. A chance for a travel journalist Lo Blacklock to recover fromna traumatic break-in. Except things don't go as planned.
Woken in the night by screams, Lo rushes to her window to see a body thrown overboard from the next door cabin. But the records show that no one ever checked in to that cabin, and no passengers are missing from the boat. Exhausted, emotional and increasingly desperate, Lo has to face that she may have made a terrible mistake. Or she is trapped on board a boat with a murderer, and she is the sole witness...

La 7 de la page 7: "It was around 4 A.M." 

J'avais déjà lu, en français, "In a dark, dark wood" de Ruth Ware. Si j'avais trouvé l'intrigue un peu prévisible, le livre n'en était pas moins réussi dans sa structure et dans son écriture. C'est donc avec entrain que j'ai commencé le nouveau roman de Ruth Ware. Nous nous engageons donc sur ce bateau en compagnie de personnages attachants mais également très intrigants mais surtout très bien travaillés. Son personnage principal, une journaliste fortement paumée, nous emmène dans sa psychose et sa paranoïa avec brio. On doute de tout et de tous. On est enfermé sur ce bateau à essayer de comprendre et surtout de résoudre une intrigue assez bien ficelée. Cependant, sa journaliste n'en est pas pour autant sympathique. Si elle a un côté torturé assez bien développé, ses choix sont parfois douteux et on a du mal à suivre ses actions, parfois illogiques. Mais l'intrigue est assez solide pour passer outre quelques défauts. Un bon thriller qui se laisse lire avec plaisir. 

Extrait: "I felt the walls of the ballroom closing in on me, the blackness seeming to swallow me whole. Stop panicking, I told myself. No one's hurt you. No one's broken in. Chances are it's just a maid come to turn down the bed, or the door shutting by itself. Stop. Panicking."

"Divergent" de Veronica Roth

"Divergent" de Veronica Roth.
Ed. Nathan 2012. Pages 436.
Titre Original: "Divergent"

Résumé: Dans le Chicago dystopique de Béatrice, la société est divisée en cinq factions, chacune dédiée à la culture d'une vertu : les Sincères, les Altruistes, les Audacieux, les Fraternels, et les Erudits. Sur un jour désigné de chaque année, tous les adolescents âgés de seize ans doivent choisir la faction à laquelle ils consacreront le reste de leur vie. Pour Béatrice, la décision est entre rester avec sa famille et être qui elle est, les deux sont incompatibles. Alors, elle fait un choix qui surprend tout le monde, y compris elle-même.
Mais Tris a aussi un secret, celui qu'elle a caché à tout le monde parce qu'elle a été averti qu'il peut signifier la mort. Et comme elle découvre un conflit croissant qui menace de percer cette société en apparence parfaite, elle apprend aussi que son secret pourrait l'aider à sauver ceux qu'elle aime. . . ou pourrait la détruire.

La 7 de la page 7: "Mais il ne comprend pas" 

J'ai lu ce premier tome de cette saga assez populaire avec un peu d'appréhension. Mais maintenant le premier tome terminé, je dois avouer que je comprend l'engouement suscité par ce roman même si je ne le partage pas complètement. On reste dans la même optique que dans les "Hunger Games" et, en ce qui me concerne, ce n'est pas forcément un compliment. En effet, j'avais trouvé que les "Hunger Games" n'étaient qu'une pâle copie du "Battle Royale" japonais et j'avais peur que "Divergent" soit créé dans le même moule. Même si on peut argumenter que "Divergent" reste dans la même optique que les "Hunger Games", force est de constater que l'intrigue de Roth est tout de même plus travaillée. J'attends de lire le deuxième tome afin de me faire une idée plus concrète de cette saga, mais pour l'instant, je reste sur un bon livre jeunesse qui, certes, ne transcende pas le genre mais se laisse lire avec plaisir. 

Extrait:" Chez moi, il n'y a pas de miroir. Il se trouve à l'étage sur le palier, derrière un panneau coulissant. Les règles de notre faction m'autorisent à m'y regarder le deuxième jour de chaque trimestre, quand ma mère me coupe les cheveux. Je m'assois sur le tabouret et elle se tient derrière moi avec les ciseaux. Mes mèches tombent par terre en formant de lourds anneaux. Quand elle a terminé, ma mère et en fait une torsade qu'elle noue en chignon. Son calme et sa concentration m'impressionnent. Elle a une longue pratique dans l'art de s'oublier. Je ne peux pas en dire autant. Je jette un coup d'oeil furtif sur mon reflet pendant qu'elle ne fait pas attention; non par vanité mais par curiosité. On peut changer beaucoup physiquement en trois mois. Dans le miroir, je vois un visage étroit, de grands yeux ronds et un long nez aquilin. J'ai toujours l'air d'une petite fille, pourtant je viens d'avoir seize ans. Les autres factions fêtent les anniversaires, mais pas nous. Ce serait du narcissisme."

jeudi 13 octobre 2016

"Marche ou crève" de Stephen King

"Marche ou crève" de Stephen King
Ed. J'ai Lu 1999. Pages 344. 
Titre Original: "The Long Walk" 

Résumé: " Il m'a fallu du temps pour comprendre, mais c'est allé plus vite une fois que j'ai surmonté ce blocage mental. Marche ou crève, c'est la morale de cette histoire. Pas plus compliqué. Ce n'est pas une question de force physique, et c'est là que je me suis trompé en m'engageant . Si c'était ça, nous aurions tous une bonne chance. "
Ainsi Mc Vries définit-il l'horrible marathon auquel il participe ; marcher le plus longtemps possible, sans jamais s'arrêter, en respectant des cadences. Fautes de quoi, les concurrents de cette longue "longue marche" sont abattus d'une balle dans la tête.
Des cent concurrents au départ, il ne restera qu'un seul à l'arrivée qui aura, pour prix de son exploit, la possibilité de posséder tout ce qu'il désire. S'il désire encore quelque chose...

La 7 de la page 7: "La brise faisait danser des ombres sur la chaussée." 

Stephen King n'est jamais aussi bon que quand il veut nous faire passer un message. Et on peut, sans sourciller, déclarer que "Marche ou crève" fait partie de ces romans qu'on referme en se disant qu'on vient de prendre une bonne gifle en plein visage. Et pourtant l'intrigue est simplissime: les personnages doivent marcher sinon, ils crèvent. La longue marche imposée aux participants est une sorte de métaphore de la vie. Les personnages sont chacun d'entre nous. Et chacun d'entre-eux a une philosophie de la marche qui diffère de celles des autres. Certains marchent en ne se souciant que de leur survie en se fichant que les autres tombent. D'autres se soutiennent entre eux alors même qu'ils savent qu'il ne peut y avoir qu'un seul gagnant. Enfin certains abandonnent avant même d'avoir essayer. Peut-on vraiment gagner cette marche? 
Stephen King nous livre une théorie de la vie bien sombre et pourtant efficace. Nous aussi nous marchons en compagnie de ces personnages auxquels on finit par s'attacher. Inlassablement, on les suit. Pour le meilleur comme pour le pire. Un très grand Stephen King. 

Extrait: "J'ai encore envie de vivre, dit brutalement Parker. Toi aussi, me raconte pas d'histoires, Garraty. Ce mec, McVries, et toi, vous marchez ensemble et vous déconnez entre vous à propos de l'univers ou je ne sais quoi, c'est rien que des conneries mais ça passe le temps. Mais ne me raconte pas d'histoires. Le résumé, c'est que t'as envie de vivre. Comme la plulpart des autres. Ils vont mourir lentement. Ils vont mourir morceau par morceau. J'y passerai peut-être mais, en ce moment, je me sens d'attaque pour marcher jusqu'à La Nouvelle-Orléans avant de tomber à genoux devant ces pétards mouillés dans leur tacot."


mercredi 12 octobre 2016

"Le Liseur" de Bernhard Schlink

"Le Liseur" de Bernhard Schlink
Ed. Folio 2003. Pages 243. 
Titre Original: "Der Vorleser" 

Résumé: A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ?

La 7 de la page 7: "On ne voit personne, on entend rien, même pas un moteur au loin, ni le vent, ni un oiseau." 

"Le Liseur" est un roman particulier. Premièrement, il est très bien écrit mais dans une tradition très germanique. Le pathos est certes présent mais toujours avec une certaine distance, une certaine froideur. C'est particulièrement flagrant ici, puisqu'on est quand même en présence d'un roman où l'amour est une grande composante et pourtant on reste à distance de cet amour. Schlink parvient également de nous parler de la guerre sans pour autant réellement l'aborder en dehors du contexte du procès. Ce dernier n'est pourtant qu'un prétexte à un autre sujet. Deuxièmement, l'écriture empêche l'attachement aux personnages. Toujours cette distance où l'émotion est mise de côté. Enfin, la fin. Ce grand secret inavouable que l'on "découvre" à la fin. Or on se doute de ce "secret" depuis le début du roman. On est donc étonné que cela n'effleure pas le personnage principal. Même s'il est vrai qu'il est totalement auto-centré, on reste perplexe face à son étonnement lorsqu'il découvre ce fameux "secret". C'est probablement le point de vue de Schlink, nous donner un être totalement hermétique à ce qui ne ne concerne pas directement. Il nous offre un personnage aux airs froids et antipathiques, un héro germanique. Même si certains "défauts" gâchent un peu le plaisir de lecture, "Le Liseur" reste un roman agréable à lire et comme il est assez court, on a pas cette désagréable sensation d'avoir perdu son temps. 

Extrait: "Lorsque, sur les avions, les moteurs sont en panne, ce n'est pas la fin du vol. Les avions ne tombent pas du ciel comme les pierres. Ils continuent en vol plané, pendant une demi-heure à trois quart d'heure quand il s'agit des énormes avions de ligne à plusieurs réacteurs, pour ne s'écraser qu'au moment où ils tentent d’atterrir. Les passagers ne s'aperçoivent de rien. Moteurs coupés, le vol ne donne pas une sensation différente de quand ils marchent. Cela fait moins de bruit, mais juste un peu moins, c'est clair, fendu par la carlingue et les ailes, qui fait plus de bruit que les réacteurs. A un moment, par les hublots, la terre ou la mer apparait dangereusement proche. Ou bien on passe un film, et stewards et hôtesses ont baissé les rideaux. Peut-être les passagers trouvent-ils même ce vol un peu plus silencieux particulièrement agréable. Cet été-là fut la descente en vol plané de notre amour. Ou plutôt de mon amour pour Hanna; de son amour pour moi, je ne sais rien. "

"L'Homme de Saint-Péterbourg" de Ken Follet

"L'Homme de Saint-Pétersbourg" de Ken Follet. 
Ed. Le Livre de Poche 1994. Pages 450. 
Titre Original: "The Man from St-Petersburg" 

Résumé: À la veille de la Première Guerre mondiale, un envoyé du tsar, le prince Orlov, arrive à Londres avec pour mission de renforcer l’alliance entre la Russie et le Royaume-Uni.
En même temps que lui, débarque dans la capitale anglaise un redoutable anarchiste échappé du fond de la Sibérie...
Dans le duel qui va opposer ces deux hommes, de grands personnages sont en cause, dont un certain Winston Churchill, pour l’heure Premier Lord de l’Amirauté, et la très belle Charlotte Walden, idéaliste et volontaire, fille de l’homme qui porte sur ses épaules le destin de l’Empire britannique.
Passions romantiques et suspense implacable, dans les derniers feux d’une Europe au bord du gouffre : maître incontesté du thriller d’espionnage, l’auteur du Code Rebecca nous offre ici un enivrant cocktail romanesque.

La 7 de la page 7: "Churchill avait l'air grave." 

Ken Follet n'est jamais aussi bon que quand il décide de jouer avec l'Histoire. Si "L'Homme de Saint-Pétersbourg" est un thriller, il joue également sur plusieurs des codes du roman d'amour comme sur des codes du roman d'espionnage. Donc comment vraiment bien définir ce roman? C'est assez compliqué. Et c'est justement pour cela que ce roman est une réussite. En effet, chaque genre est très bien utilisé par Follet. Tout y est vraisemblable. Tout se goupille magistralement. Et le résultat nous donne un roman agréable à lire et assez prenant. Un excellent moment de lecture. 

Extrait: "L’homme est l’animal le plus cruel de la terre. Et qui donc a choyé et développé les instincts de cruauté dans l’homme, si ce n’est le roi, le juge et le prêtre armés de la loi, qui faisaient arracher la chair par lambeaux, verser de la poix brûlante dans les plaies, disloquer les membres, broyer les os, scier les hommes en deux, pour maintenir leur autorité ? Que l’on calcule seulement tout le torrent de dépravation versé dans les sociétés humaines par la « délation » favorisée par les juges et payée par les écus sonnants du gouvernement, sous prétexte d’aider à la découverte des crimes. Que l’on aille en prison, et que l’on étudie là ce que devient l’homme, privé de liberté, enfermé avec d’autres dépravés qui se pénètrent de toute la corruption et de tous les vices qui suintent des murs de nos geôles."

"La trilogie berlinoise" de Philip Kerr

"La trilogie berlinoise" de Philip Kerr. 
Ed. Le Livre de Poche 2010. Pages 1015. 
Titre Original: "Berlin Noir" 

Résumé: Publiés pour la première fois dans les années 1989-1991, L'été de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand évoquent l'ambiance du Ille Reich en 1936 et 1938, et ses décombres en 1947 Ils ont pour héros Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l'Allemagne nazie ce que Phil Marlowe était à la Californie de la fin des années 30 : un homme solitaire témoin de la cupidité et de la cruauté humaines, qui nous tend le miroir d'un lieu et d'une époque. Des rues de Berlin " nettoyées " pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques, à celles de Vienne la corrompue, théâtre après la guerre d'un ballet de tractations pour le moins démoralisant, Bernie va enquêter au milieu d'actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. Mais là où la Trilogie se démarque d'un film noir hollywoodien, c'est que les rôles principaux y sont tenus par des vedettes en chair et en°os.*Heydrich, Himmler et Goering...

La 7 de la page 7: "Eh bien, je ne sais pas ce qu'il en pense, mais vers la fin de la guerre, si un soldat se comportait de manière satisfaisante, il lui était facile de décrocher une croix de fer de seconde classe." 

"La trilogie berlinoise" comprend, comme il l'est suggéré par son titre, trois romans. Dans ces trois romans, on y rencontre Bernie Gunther, un personnage phare de Kerr. Et quel personnage! Cynique et pourtant naïf. Dur et pourtant tendre. Impitoyable et pourtant compréhensif. Vous l'aurez compris, un personnage complexe qui ravi le lecteur. On voyage dans l'Histoire, une histoire sombre et pourtant, Kerr parvient à l'illuminer de sa plume et par l'intelligence de son écriture. Kerr nous introduit dans son monde, dans sa vision de l'Histoire et y implante sa patte. Le lecteur en redemande. 

Extrait: "Derrière l’immeuble où était situé mon bureau, se trouvait l’Alex, le quartier général de la police… qui considère aujourd’hui comme criminel le fait de parler irrespectueusement du Führer, coller sur la vitrine de votre boucher une affiche le traitant de «vendu», omettre de pratiquer le salut hitlérien ou se livrer à l’homosexualité. Voilà ce qu’était devenu Berlin sous le gouvernement national-socialiste: une vaste demeure hantée pleine de recoins sombres, d’escaliers obscurs, de caves sinistres… où s’agitaient des fantômes déchaînés qui jetaient les livres contre les murs, cognaient aux portes, brisaient des vitres et hululaient dans la nuit, terrorisant les occupants au point qu’ils avaient parfois envie de tout vendre et de partir."

mercredi 5 octobre 2016

"Un meurtre sera commis le ..." de Agatha Christie.

"Un meurtre sera commis le..." de Agatha Christie. 
Ed. du Masque 1994. Pages 170. 
Titre Original: "A Murder is announced" 

Résumé: "Un meurtre est annoncé, il aura lieu le vendredi 29 octobre à dix-huit heures trente à Little Paddocks."
Au village de Chipping Cleghorn, tout le monde découvre cette petite annonce dans la gazette locale en prenant son breakfast. On pense aussitôt à une amusante merder party imaginée par quelque facétieux. Aussi, tout le voisinage, émoustillé, rapplique-t-il à Little Paddocks pour attendre l'heure fatidique dans la bonne humeur. A dix-huit heures trente, la lumière s'éteint, et des coups de feu éclatent...
Mais c'est l'étranger, entré Dieu sait comment dans la maison, qui est retrouvé, effondré sur le parquet, son pistolet à la main. Mort.

La 7 de la page 7: "Il va y avoir un assassinat chez Miss Blacklock."

J'avais déjà lu ce roman il y a maintenant  vingt ans, aux bords d'une piscine. C'est vous dire si j'avais quelque peu oublié l'intrigue. Et en ces journées ensoleillées, je profite d'un jour de congé pour me replonger dans l'univers, toujours parfaitement orchestré de la reine du crime, Agatha Christie. Commençons par préciser que dans le monde littéraire de Christie, je suis plus une "Poirot" qu'une "Marple", belgitude oblige sans doute. Avec "un meurtre sera commis le..." on est en compagnie de Marple. Et ce n'est pas bien grave en ce qui concerne le Poirot en moi car, force est de constater que j'aime aussi cette vieille dame. Comme toujours avec avec Christie, on nous offre une multitude de personnages donc, comprendre, suspects. Mais l'originalité, ici, c'est que le meurtre est annoncé dès le départ dans le journal local. Comme une sorte de murder party qui va très mal tourné. Christie nous balade de personnage en personnage, de soupçons en résolutions. Et on la suit avec délectation. Mieux, on en redemande. "Un meurtre sera commis le..." s'inscrit dans les très bons Christie et les tout grands romans policiers. Une véritable réussite qui nous donne envie de nous replonger dans toute l'oeuvre de la reine du crime. 

Extrait: "Au même instant, comme par enchantement, la lumière revint. Avec le sentiment de vivre des minutes irréelles, les indigènes de Chipping Cleghorn qui se trouvait assemblés dans le vestibule de Little paddocks se rendirent brusquement compte du tragique de l'événement. La mort était là! La main du colonel Easterbrook était rouge de sang, une coulée pourpre s'allongent du cou de miss Blacklock, pour descendre sur son corsage, un inconnu qui avait cessé de vivre gisait en tas sur le parquet."

"La Maison hantée de Sallie" de Debra Pickman

"La Maison hantée de Sallie" de Debra Pickman. 
Ed. ADA 2011. Pages 366. 
Titre Original: "The Sallie House" 

Résumé: Dans ce livre, Debra Pickman nous raconte elle-même ce qu'elle, son mari Tony et leur fils nouveau-né Taylor ont vécu dans la désormais célèbre maison de Sallie, depuis le jour de leur arrivée jusqu'à celui où, terrorisés, ils se sont enfuis.
L'histoire de la maison de Sallie et du fantôme de la fillette pyromane qui la hantait a donné naissance à d'innombrables rumeurs et hypothèses de meurtre, de dissimulation, de racisme et de sévices.
Mais les Pickman savent, eux, ce qui s'est réellement passé, parce que non seulement ils l'ont vécu mais qu'ils y ont à peine survécu.
Pour la 1ère fois, Tony et Debra révèlent des détails inédits de leur calvaire.
Ils décrivent l'apparente fascination protectrice de Sallie envers leur bébé et racontent ce que c'était que de vivre avec des entités menaçantes qui les ont griffés, mordus et terrorisés.
Ils livrent ici leurs recherches de nature historique, leurs propres photographies et des extraits du journal personnel de Debra qui documentent leur séjour dans cette maison cauchemardesque qui continue de les hanter encore à ce jour.

La 7 de la page 7: "Nous fréquentions le même bar et nous nous sommes discrètement observés l'un l'autre pendant des mois avant de nous adresser la parole." 

Il y a des romans qui nous marquent à jamais et puis il y a ceux qui ne font que passer dans notre vie sans qu'on en garde un souvenir impérissable. Et puis il y a "La Maison hantée de Sallie"qui entre dans les deux catégories. Ce livre est tellement mauvais qu'on ne peut pas l'oublier. Sous caution d'une "histoire vraie", on nous sert une histoire complètement aberrante, sans queue ni tête. L'histoire frôle le ridicule et les personnages, vrais ou pas, sont complètement idiots. L'histoire? Affligeante. En un mot comme en cent, une perte de temps monumentale. Un très mauvais roman que je conseille à personne. 

Extrait: "Cependant, au cours de l'une de nos conversations, j'ai reçu quelques éclaircissements sur son attitude péremptoire en matière de fantômes. Il m'a raconté qu'une nuit, alors qu'il était enfant, il avait été terriblement effrayé par ce qu'il semblait être le fantôme d'un homme le regardant fixement depuis le placard de sa chambre. Le reste de son enfance et de sa vie d'adulte, il s'est tenu loin tant de la chambre que du placard."

"Le Prince de la Brume" de Carlos Ruiz Zafon

"Le Prince de la Brume" de Carlos Ruiz Zafon.
Ed. Robert Laffont 2011. Pages 210.
Titre original: "El Principe de la Niebla"

Résumé: 1943, Angleterre.
Pour fuir la guerre, la famille Carver s'installe dans un village perdu sur la côte. Mais, à peine franchie la porte de la maison, des événements étranges se produisent...
Avec leur nouvel ami Roland, Alicia et Max Carver vont peu à peu percer les secrets de la vieille demeure et apprendre l'existence d'un certain Caïn, surnommé le Prince de la Brume. Un personnage diabolique revenu s'acquitter d'une dette très ancienne...
Voilà les trois enfants lancés à la découverte d'épaves mystérieuses, de statuettes enchantées, de gamins ensorcelés... Une aventure extraordinaire qui changera leur vie à jamais.

La 7 de la page 7: "Sa mère sourit faiblement, comme elle le faisait toujours devant les démonstrations d'optimisme rayonnant de Maximilian Carver, cependant Max vit passer dans ses yeux une ombre de tristesse et cette extraordinaire lueur qui, depuis son plus jeune âge, le portait à croire qu'elle lisait dans l'avenir des choses que les autres ne pouvaient deviner." 

Si l'intrigue du "Prince de la Brume" n'est pas, en soi, révolutionnaire, on ne peut que constater que l'atmosphère du roman est particulièrement efficace et bien établie. Le lecteur est envahi par une ambiance feutrée et solitaire. On évolue dans un univers sépia, chaque page, plus cotonneuse que la précédente. On semble flotter dans ce roman en compagnie de personnages qui, à chaque fois qu'on tente de les appréhender s'évanouissent comme un nuage de brume. Il y a, ensuite, l'écriture. Diablement efficace. Chaque mot semble pesé et apposé à côté des autres avec minutie. Un très beau roman. 

Extrait: "Quand la pluie tombait ainsi, Max sentait que le temps s'arrêtait. C'était comme une trêve durant laquelle on pouvait laisser de côté son occupation du moment et, simplement, contempler de sa fenêtre durant des heures le spectacle de cette chute sans fin de larmes célestes. Il reposa le livre sur la table de nuit et éteignit la lumière. Lentement, baignant dans le son hypnotique de la pluie, il se laissa vaincre par le sommeil."