jeudi 1 octobre 2015

"Une Touche d'Amour" de Jonathan Coe

 "Une touche d'amour" de Jonathan Coe.
Ed. Folio 2004. Pages 282.

Résumé: Robin Grant est étudiant à Coventry, où il traîne sa thèse en littérature depuis quatre ans. Solitaire, égocentrique, amorphe, il mène une existence sans amour et sans amitié. Profondément dépressif, il exprime sa vision du monde et son sens de la fatalité en écrivant des récits à l'humour cotonneux. Le monde extérieur va pourtant le toucher de plein fouet lorsque, soupçonné de s'être exhibé devant un petit garçon, il est accusé d'outrage à la pudeur.

La 7 de la page 7: "Deux grands yeux ardents et hostiles se posèrent sur lui." 

Un véritable petit bijou! 
Le personnage de Ted est particulièrement bien écrit. Celui qui sait mieux que les autres ce qui est bon pour eux... Il connaît les vraies valeurs! Bref un véritable crétin ignare et imbu de lui-même. On connaît tous un Ted... Robin est le contraire de Ted. Il sait qu'il ne sait pas et ne comprend pas ce qu'il sait. Un artiste trop intellectuel pour son propre bien-être. Il ne se laisse pas assez (ou trop) vivre pour comprendre où se trouve l'essentiel. 
Coe fait un travail remarquable entre "ses" écrits et ceux de Robin. On a une vraie cassure de style. On ne lit pas du Coe mais du Robin. Et déjà rien que pour cela, le livre est une vraie réussite. Il n'est pas facile de casser son style comme le fait Coe. 
Le livre est une critique acharnée de ces universitaires pour lesquels seuls leur discipline est intéressante. Le passage où Robin et Ted se souviennent de leur passé commun est particulièrement bien fait. Coe démontre brillamment que si les souvenirs sont "les mêmes" leur interprétation peut varier. Ted enjolive tout car pour lui ce sont des souvenirs heureux alors que Robin est plus terre à terre. 
Ce qui est curieux, c'est qu'on prend, sans réfléchir, le parti de Robin. On ne se dit pas que les souvenirs de Robin sont faux alors qu'on sent la lourde amertume qui les teinte. 
La première partie du livre est particulièrement bien écrite et on commence la seconde partie avec impatience. 
La seconde partie est intéressante car le lecteur en sait plus que les personnages. Ils font des conclusions hâtives et se fourvoient alors que le lecteur connaît des détails qui modifient leur perception des événements. On en sait plus et on adore ça. Cependant, c'est dans le texte de Robin que tout se produit.  Ici, encore, Coe fait du travail remarquable. On est dans le roman à l'intérieur du roman. 
Les personnages féminins de Coe sont très bien construits. Leurs sentiments sont justes. Il ne tombe pas dans un pathos dégoulinant. Elles sont crédibles et on peut aisément s'identifier à elles. 
Là où Coe est imprenable, c'est que malgré qu'on ne sache pas encore la vérité sur les accusations portées à l'encontre de Robin, on suppose qu'il est innocent. On ne doute jamais de son innocence. Coe met ici en valeur un débat très répandu: confondre l'artiste et son œuvre. Robin est considéré comme coupable puisqu'il a écrit des personnages capables de faire ce dont on l'accuse...  
La troisième partie est une remise en question de Robin par Robin. Il nous raconte ce qu'il s'est passé le jour où tout à basculé. On hésite entre la pitié et la peine pour ce personnage pathétique. Incapable de se résoudre aux conventions sociales.
La quatrième partie met en avant le côté dérisoire de l'histoire de Robin et de la vie en général. 
Ce livre se lit comme se boit le bon vin!

Extrait: "On devrait réfléchir très soigneusement avant de parler, tu ne trouves pas? Un mot peut être une arme mortelle. Un mot peut détruire le travail, un mot mal placé peut tout défaire : une famille, un mariage, une amitié."


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